‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 60 sur 162 · II. — Henry devant M, Bertulus · texte numérisé non relu

II. — Henry devant M, Bertulus

Kcoutons maintenant M. Bertulus :

J'ai eu ensuite à remettre sous scellés deux autres pièces, sur lesquelles j'ai besoin d'insister :

1** Une pièce, écrite on anglais, mais d'une écriture autre pe celle d'Esterhazy ;

SiÔ ANALYSE DE L^ENQUÊTE

VA 1" une autre pièce, écrite en français, do la main <l'Esterhazy, sous forme de note, dans laquelle on lit deux mots Bdle et un nom propre commençant — qui, d'après ce que vous me dites, monsieur le président, a été désigné dans les dépositions antérieures — par les initiales R... C...

Cette dernière pièce contenait un certain nombre de lignes et paraissait être' un mémento ; mais je n'ai pas gardé le souvenir de ce qu'elle contenait.

Par suite de mes relations avec le bureau des renseignements à V occasion des diverses affaires d'espionnage que fni eu à instruire y je savais que le nom commençant par un C, que je vlejisde vous citer , est celui d'un agent étranger à hi suide de la France.

\oilh un premier démeuti donné au général Roget. Maintenant voici comment Henry a accueilli la communication de ces pièces :

Je lui montrai d'abord les scellés du n** 1, le mémoire de M*' Jeanmaire, la pièce anglaise, et enfin la note sor îa- «|uelle on lisait le mot <« Râle » et le nom C

En présence de ees documents le colonel Henry éprouva une réelle émotion.

Il me dit que je pouvais sauver Flionneur de l'armée, que je le devais.

Je lui fis remarquer que je ue serais jamais sourd h un pareil appel. Et je lui développai les charges écrasantes que «•es documents apportaient contre Esterhazy et contre du Paly de Clam.

« ï/honneur de l'armée », c'est-à-dire riiouneur d'Henry et l'honneur d'Esterhazy, qui sont intimement liés.

Henry, comprenant que la lumière s'était faite à mes yeux, cessa tonte discussion, reconnut que Bàlc voulait rappeler un certain voyage qu'il fit avec le capitaine Lauth, pour entendre le sieur C.

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Au moment où Henry se leva pour se retirer, M. Bertulus, en raison des relations courtoises, déjà anciennes, qn'il avait eues avec Henry, crut de son devoir de le retenir et de lui dire :

Ce n'est pas tout. Esterhazy et du Paty sont coupables. Que du Paty se fasse sauter la cervelle ce soir, et qu'on laisse la justice suivre so7i cours contre Esterhazy, le faussaire, et non le traître. Mais il y a encore un dtin^r, et ee dan^r, c'est vons. J'ai eu en main, pendant deux jours, une lettre signée Bsterhazy, et cette lettre n'est pas la seule de ce genre. Dans cette lettre, adressée à M. Jules Roche, Esterhazy — qui fournissait à ce député certains renseignements circonstanciés sur certains errements du ministère de la guerre — fait de votre caractère et de vos aptitudes le plus détestable tableau.

Il dit aussi que vous n'êtes qu^un besogneux, et que vous êtes denteuré son débiteur.

Tout eela remonterait à une date iiien antérieure an procès Dreyfus.

Je lui fis remarquer que si pareils documents venaient à tomber dans les mains de ses ennemis, on en tirerait contre lai les conséquences les plus graves, et que certains experts pourraient facilement aller jusqu a soutenir que celui qui documentait Ksteriiazy n'était antre que lui, Henry.

Devant une pareille hypotlièse, Henry s'effondra dans son fauteuil, sans dire un mot.

Puis, tout à couf), il se mit à pleurer à chaudes larmes, pour ensuite se lever, venir à moi, m'enlacer de ses l)i'as, puis me prendre la tête dans ses deux mains, m'embrasser au front et aux joues à pleine bouche, me répétant : Sauve znous !

Je poussai Henry dans son fauteuil ; je laissai ses sanglots diminuer ; puis, tout à coup, comme se réveillant, il me dit :

— Esterhazy est un bandit I

Sans lui laisser le temps de continuer sa phrase, si tant est qu'il en eût le dessein, je lui ripostai : ^ — Esterhazy est l'auteur du bordereau.

88 A'NALYSE DE l'eNQUÊTE

Alors, Henry ne me dit ni oui ni non.

Il se contenta de me répéter :

Winsistez pas! NHnmstez pas! Avant tout Vhonneiir d r armée !

Je ne crus pas devoir profiter davantage de la situatior

Henry était dans un tel état de trouble et d'émotion qu j'eus pitié de lui.

Il était suppliant dans toute la force du mot. Je n'étais en réalité, saisi que des faux « Speranza » et « Blanche » Je n'avais pas à aller au delà.

Quand Henry voulut sortir de mon cabinet, il passa de vant mon greffier, puis, me ramenant dans mon arrière cabinet, il me demanda, comme une faveur exceptionnelle de sortir avec lui jusque dans le couloir des témoins, pou que, disait-il, le monde vît bien dans quels termes non nous quittions, et aussi pour qu'on put constater que je n l'arrêtais pas.

Quelle est la pièce dont parle* M. Bertulus ? M. Ber tulus ne doute pas que R...C... ne soitiin agent au ser vice de la France. Quand Henry et Lauth sont allés L voir, ils avaient d'excellentes raisons pour ne i)as 1( croire, quand il leur disait que Dreyfus n'était pas espion. Mais qu'a-t-il dit pour qu'Henry témoignât um pareiUe émotion quand M. Bertulus lui montra ceth pièce ? et qu'étaient donc les rapports entre ïlenry e Esterhazy, pour que le général Roget mette tant d'acliar nement à les nier et pour qu'Henry tombe dans le dé sespoir quand M. Bertulus lui dit qu'il en a la preuve

On réconforta Henry au ministère de la guerres M. Bertulus dit toutefois :

J'ai eu toutes les peines du monde à ce que cet officia supérieur reparût dans mon cabinet.

•l'ai fait prêter $>iernient à Henry. Il a eominenc? par nier ses visites chez M"° Pays et ce qu'il m'avait cl le 29 sur les télégrammes Blanche et Speranza.

J'ai été obligé de le prendre d'un peu haut avec lui ; ^^

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par ce moyen, j'ai fini par obtenir la déposition que vous avez au dossier.

Avant 4e se retirer, Henry demanda expressément, pour le ministère, Tautorisation de prendre copie de la déposilion qu'il venait de signer.

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