I. — U entrevue de Bàle
D'autres faits sont encore à la charge d'Henry. Pi
<piart raconte de la manière suivante un épisode cj
prend le titre à'Entvevue de Bàle, Elle eut lieu
6 août 1896.
Je fus avisé vers le commencement de juillet, par le co mandant Pauffin de Saint-Morel, qu'un agent étranger c: sirait se mettre en relations avec nous par l'intermédia de M. F., personne honorable établie à l'étranger.
Cette personne vint me trouver et me dit qu'elle ava en effet, reçu la visite d'un agent étranger que je dé gnerai pai* les initiales R. (Cuers).
R. (Guers) nous était connu, il avait eu des accointam avec certains de nos agents et il prétendait avoir été : voqué de son emploi par la dénonciation d'un de ces agen que nous avons même congédié. 11. G. avait dit à M. P qu'au moment de l'affaire Dreyfus on s'était demandé, da le pays que servait 11. G., pour le compte de qui travaill Dreyfus, qu'on avait fait des recherches partout à ce su et qu'elles n'avaient pas abouti.
HENRY ET beuïi:lls 83
R. C. ajouta que la puissance qu'il servait 7i' avait jamais eu qu'an seul officier français à son service^ un chef de bataillon, qui donnait des documents surtout relatifs au tiret à Vartillcrie ; que ces documents étaient de peu de valeur, qu'on avait fini par le remercier.
J'avais désigné Lauth pour s'y rendre.
Au dernier moment Lauth insista beaucoup pour emmener avec lui le commandant Henry ; je cédai à ses instances, bien qu'Henry ne sût aucune langue étrangère.
Le résultat de l'entrevue fut consigné en entier, de la main môme de Lauth, dans un rapport joint au mémoire que je fis à la date du 1" septembre sur l'état de l'affaire Esterhazy, mémoire qui est actuellement joint au dossier 4Îtal)li contre moi par le capitaine ïavernier ; il y est dit qu'en 18î)3 ou 1894, vers l'époque des manœuvres, je crois, un chef de bataillon, âgé de quarante-cinq à cinquante ans, offrit ses services, qu'il avait donné des renseignements siir Mn fusil en essai au camp de Châlons, sur le nouveau canon à tir rapide, et sur des ouvrages de fortifications de VEst, Cet officier avait été congédié en 1895.
Lauth et Henry prétendirent que R. C. n'avait pas voulu donner le nom de l'officier et qu'on ne pouvait lui arracher ^es renseignements que par lambeaux, ce qui est une attitude toute différente de celle qu'il a eue avec M. F.
J'anticipe immédiatement en disant que je revis M. F. au ^ols d'octobre suivant et qu'il me demanda qui j'avais Gii- ^oyé à l'entrevue avec R. G.
Celui-ci s'était plaint, h lui F., de ce que l'un des émissaires, le plus âgé, l'avait bousculé tout le temps (au figuré), ' ^^ttipêchant de parler, et avait tenu à se faire passer pour ^^^Iqu'un de la police.
J<3 sais qu'une nouvelle entreviuî avec R. C. a eu lieu ^^ 1897, après mon départ. Le compte rendu de cette entpevue est au dossier établi contre moi par le capitaine Tavernjer ; on n'y indique pas qui a pris part h l'enlrcvue, ^ïiis on indique nettement que le résultat a été négatif, *^' G. étant resté dans les généralités et n'ayant donné aucun ^enseignement nouveau.
Aux enquêtes Pellieux et Ravary, R. G, était considéré ^^mme un provocateur aux dires duquel il n'y avait aucunenient Ueu d'ajouter loi.
84 ANALYSE DE l'eNKUÉTE
Je dois remarquer cependant que les détails donnés pj R. C. h M. F. sur les circonstances qui avaient amené î révocation étaient très précis et parfaitement plausibles.
Nous n'attachons qu'une coufiance très secondaire des individus de ce genre. Nous ne croyons guère l'espion, candidat au prix Montyon, que le génén Gonse, le général Roget et quelques autres nous or présenté. Mais, cependant, il ressort nettement de c récit, que si Lautli n'a osé supprimer de son rapport 1 désignation du chef de bataillon, il est très probabl que le nom d'Esterhazy avait été donné par cet agent qi parle couramment le français et qa* Henri/ ei LaiilJi toi omis cVun commun accord.
C'était la conversation de R, C, que M, F. avait rap portée à Picquart, qui avait fait peoiser à celui-ci qit< y avait un lieii entre Vaffaire Dreyfus et Esterhazy.
Le général Roget dit dans sa déposition du 24 no vembre.
Malgré toutes les instances que firent Henry et Lauth, i ne purent rien obtenir de R... C... qui fut pratiquement ii téressant pour le service des renseignements français.
Ils obtinrenjt seulement le nom d'un agent de la pui sauce (agent brûlé dont on voulait se débarrasser, comn on le sut plus tard) ; mais R... C, si discret sur ce q concernait les choses qui nous intéressaient, entama de In même la conversation sur Dreyfus, disant qu'on s'étî trompé en France, et que le traître était un officier sup rieur. 11 ne donna aucun renseignement, du reste.
Cette première entrevue eut lieu, je crois, en août 189(1
Notons que c'est Henry et Lauth qui parlent.
Le général Roget continue :
La deuxième entrevue ne put avoir lien qu'après le il part de Picquart, au mois de janvier 1897, je crois. On se rencontra, cette fois, dans une autre ville
HENRY ET BERTULUS 85
étranger, et ce furent Junck et Lautli qui assistèrent à i'entrevue.
Ils ne purent pas obtenir davantage de R... C... le moindre renseignement, et cet homme, qui se disait en disgrâce auprès de l'Etat-Major étranger qu'il servait, être dénué de ressources et en être réduit aux expédients» refusa de nous servir, même au prix d'une grosse mensualité.
Il n'en dit pas davantage que la première fois sur l'officier supérieur qui trahissait, et Lauth et Junck rapportèrent de cette entrevue l'impression très nette qu'ils avaient eu affaire à un agent qui leur avait été envoyé à dessein par l'Etat-Major dont il s'agit, ou du moins qui n'agissait qu'avec l'autorisation de cet Etat-Major.
Telle est, avec le petit bleu, la preuve des relations louches qu'aurait eues Esterhazy.
Le général Roget oublie qu'il y a encore quelques « autres preuves des relations louches qu'aurait eues Esierliazy » , ne fussent-ce que ses propres aveux dans ses lettres au ministre de la guerre et au président de la Cour de cassation. Cet agent, si suspect qu'il soit, n'en donnait pas moins deux choses exactes : Terreur commise à l'égard de Dreyfus et l'indication du véritable fournisseur.
Il est possible que cette démarche ait été autorisée par le gouvernement allemand, afin de faire savoir la vérité ^^ gouvernement français, par une voie détournée. •