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Affaire Guibord [microforme]

j'ai une toute autre espérance ; si le fait que le chef de notre Eglise a condamné l'Institut doit influer sur le résultat de ce procès, je suis confiant que la cause de l'Institut est déià perdue devant cette cour, comme elle l'est depuis longtemps devant le tribunal de l'opinion publique.

Je remercie Votre Honneur de m'avoir econté avec tant de bienveillance.

Discours DE M. F, X. A. TrupeL.

J'aurais désiré ne pas rappeler un incident désagréable auquel la procédure er cette cause a donné lieu, Mais la persistance avec la-

quelle on s’est plu à le rappeler et à le com- |

menter dans les termes les plus sévères depuis l'ouverture de ce débat, el surtout le fait qu'un des savants avocats de la poursuite vient encore de soulever la questior. des journaux, nécessitent ‘de ma part quelques explications.

11 serait superflu de dire ici que je suis l’auteur d'un des écrits qui ontsoulevé tant de récriminations ; C'est ce que personne n'ignore, vu que je l'ai signé de mon nom. de n'ai nullement l'intention de justilier ce que J'ai cru devoir écrire, l'ayant fait ailleurs...

Le Juge :—Monsieur Frudel, veuillez croire que j'ai oublié tout cela ; et'que si vous avez

jugé à propos d’ecrire quelque chose dans les |

journaux nous n'avons pas à nous en OCCUper ici. Je suppose que vous l'avez fait pour de bons motifs.

M Trudel :—Je désirais seulement constater

que j'ai été atlaqué dans l'accomplissement

d'un devoir professionnel, lorsque je tentais |

de justifier une haute autorité religieuse...

Le Juge —J'ai fait la part des circonstances, el je veux bien admettre que vous l'avez fait pour revendiquer votre honneur professionnel; je veux bien vous supposer les meillours motifs possibles. Je dois aussi vous rendre cette justice que vous avez eu la franchise de signer vos écrits et d'exvrimer carrément vos griefs.

M. Trudei,—Je remercie le tribunal de ces remarques et je suis bien aise de voir que le savant juge veuille bien ne pas me rendre responsable des quatre à cinq cents colonnes de journaux qui ont été publiées sur ce sujet, comme l'un de nos savants adversaires parait incliné à le faire. Car, bien que je ne veuilles pas me prononcer sur le mérite de ces écrits, je ne désire porter la responsabilité que de ce qué j'ai écrit moi-mêmo,.

Le Juge.—Monsieur, veuillez croire que ce que vous ou d’autres avez écrit ne m'empèêchera pas de vous rendre justice, de juger avec impartialité. de vous écouterai avec la mème attention que si ces incidents n'eusent pas eu heu, de crois au reste vous avoir traité depuis ©: temps dans l'exercice de vos devoirs profes. sionnels avec tous les égards que je vous devais. Quelques-uns sont d’avisque les juges doivent punir comme des mépris de cour les attaques dirigées contre eux personnellement par les journaux, Je ne suis pas de cet avis là, El sous un système politique tel que le nôtre, je reconnais à la presse une grande liberté d'action. Tant pis si elle en abuse,

M. Trudel.—En écrivant ce que j'ai écrit j'ai accepté d'avance toute la responsabilité.

Le Juge.—Ne parlons plus de cela. Occupons-nous de la cause, Ge que vous avez écrit

vous avez cru Gevoir l'écrire ; n’en parlons plus.

M. Trudel.—Je dois d'autant plus remercier Votre Honneur de la déclaration qu ile vient de faire,qu’un de nos savants adversaires a cru devoir, par un excès de délicalesse et en interprétant les règles de la profession avec une extrême libéralilé à mon égard, m'assaillir personnellement et essayer d'attirer sur moi seul la vaindicte du tribunal.

Le Juge.—Nous voyez qu’il n’a pas réussi.

M. Trudel.—Ce savant confrère, a cru devoir en raison de cette polémique de journaux, me mettre hors la loi; car après uvoir pose lès principes les plus larges de bienveillance et de modération à l'égard de mes deux collègues, il a cru devoir me comprendre, (ce dont je me trouve fort honoré), dans le massacre général des rétrogrades et des jésuites, moi le retrogra:le par excellence, le Chouan de la cause, comme il a eu l'amabililé de m'appeler.

La cause actuelle est avant tout une question de principes ; et comme telle, elle a provoqué de la part des messieurs de la poursuite une ample profession de foi, ou plutôt une ample déclaration de ce à quoi ils ne croient pas. Et si nous en jugeons par leur plaidoirie en celte cause, il serait diflicila de dire quelles sont les parties de Ja doctrine catholique qu'ils né mettent pas de côté.

Ces messieurs ont cru devoir metttre en douie la sincérité de mes savants collègues et ont provoqué par là, de la part de ces derniers, des professions de foi qui ont dù les convaincre que le nombre des prétendus rétrogrades était plus nombreux parmi les avocats de la défense qu'ils ne l'avaient d’abord pensé.

Vis-à-vis moi, ils ont poussé la générosité jusqu'à prendre sur eux de faire pour moi ma profession de foi. Ils ont déclaré que j'étais uu rétrograde de la pire espèce. S'ils entendent par retrogrades ceux qui rep°ussent tout progrès, ils savent bien que nous ne le sommes pas, pas plus qu'eux.

C:s Messieurs n'ignorent pas que ceux qui partagent mes convictions religieuses. accepteront toujours avec bonheur tous les progrès de la science, des arts et de l’industrie. Mais s'ils entendent par retrogrades ceux qui admettent dans son entier l’enseignement de l'Eglise ; ceux qui croient que les paroles du divin fondateur du Christianisme vraies, il y a dix-huit siècles, le sont encore aujourd'hui : je ne m'effraie pas des mots. Si c'es là ce qu'ils appellent être rétrogrades, je dois avouer que je le suis et que mon plus grand désir est de l'être toujours.

Je pousse même cet esprit rétrograde jusqu'au point de croire que le système des foies gras produisant la foi grasse, si habilement élaboré par ua des savants avocats, n’est pas le dernier mot de la science, ni mêmo la plus line expression du bon goût littéraire,

Jusqu'à présent nous avions en la naïveté «le croire que la source de la grâce se trouvait dans le Sauveur du monde et nous était transmise par les canaux des sacrements, Mais il parait que l'univers catholique était dans une bien déplorable erreur à cet égard. Suivant l'ingénieux système du savant jurisconsulle, la grâce n'est que le produit d'un procédé tout simple et bien naturel, Par une certaine

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Ce n'est pas plus diflicile que cela.

Le Juge :—Vous savez sans doute, M. Trudel, que ce système a dans son temps occupé bien des graves esprits. Vous devez bien pen-

ser, au reste, que je ne serai pas appelé à dé- |

cider cette question. J'ai assez d’être juge sans me mêler d'être théologien.

M. Trudel :—Crtte ridicule et indécente sor- |

tie ne m'a pas surpris, vu que je connais à

quelles sources le savant avocat a puisé,et dans | quels auteurs il a fait ces profondes études, |

Éncore une fois, si ce système est le nec plus

ullrà du progrès, je me fais un honneur d'être |

rétrograde et une gloire d’errer avec les Saints Pères et tout l'univers catholique, li

est malheureux toutefois que le savant avocat |

ne soit point né dans les premiers âges du Christianisme, alors que l’on s’imaginaif ne pouvoir avoir la grâce sans la foi, et une foi assez vive pour braver la mort et cueillir la palme du martyre.

Son système aurait de beaucoup simplifié les devoirs de ces saints confesseurs, de ces

grands solitaires, de tous ces hommes héroï- |

ques qui obtenaient la grâce sanctiliante au prix des tortures du gril ou des mortilications du désert. Au lieu de toutes ces souffrances atroces, il n'y aurait eu qu’à opérer sur le foie gras. La grâce réduite ainsi à des formes tangibles,son abondance eut été proportionnée au volume du foie gras et nar conséquent à l'embonpoint du personnage. D'après ce principe, je ne doute pas que le savant avocat n6 fül devenu le plus remarquable des Pères de l'Eglise? Encore une fois, il est né dix-huit siècles trop tard !

Je laisse ces Messieurs à leur systême, et j'aborde la question soumise au tribunal.

La demande s’est évertuée à établir comme principe que l'Eglise devait être soumise à l’état; et qu'en vertu de ce principe, le tribu-

nal civil avait, dans le cas actuel, le pouvoir | d'annuler une decision de l'autorité reli- |

gieuse,

L'argumentation des savants avocats peui se réduire à ceci :

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