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Affaire Shortis [microforme]

Comme mes liens de famille ainsi que mes relations d’affaires me mettent en contact journalier avec Mtre Saint-Pierre, le défenseur de Shortis, souvent mes confrères du barreau se sont enquis auprès de moi pour savoir si Mtre Saint-Pierre ne publierait pas le magnifique plai‘oyer qu’il a prononcé à Beauharnoiïs pour la défense de son client.

Plusieurs fois j'insistai :uprès de l1 pour le perauader de livrer ce discours à la publicité.

Il y a quelque temps, Mie Saint-Pierre me dit : “ Je n’ai pas le temps de m'occuper de publication, “ mais si vous voulez publier ce discours, je vous “ donne carte blanche ; procurez-vous les notes des “ sténographes et publiez-le.” C’est ce que je fais aujourd'hui.

Le sujet en vaut certainement la peine.

Jamais, au Canada, aucun crime n’a fait naître un sentiment d'aussi profonde horreur et n'a soulevé une indignation aussi universelle que celui attribué à Shortis. L'impression produite dans notre population me peut se comparer qu'à celle qu'on éprouva en France en 1870, à la découverte du massacre de la famille Kink par le meurtrier Troppman.

Comme Troppman, Shor‘is n’était âgé que de vingt ans et comme Jui, il avait fait une véritable hécatombe ; il seit vautré duns le sang humain. Deux victimes

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étaient tombés pour ne plus se relever : c'étaienit John Loye et Maxime Lebœuf, et la troisième, Hugh A, Wilson, le corps percé de trois balles, avait été laissé pour mort sur place. Aussi de toutes les poitrines on entendait s'échapper un cri d'horreur et d'indignation. On se disait : qu’a-t-on besoin de procédures de cour ? Pour ces bêtes féroces-là, la potence a trop de ménagements ; on devrait les brûler à petit feu ou les écarteler tout vivants.

Cette première impression fit place à un sentiment de surprise, lorsqu'on annonça que Mire Saint-Pierre, le célèbre criminaliste, avait été requis de se rendre auprès de Shortis.

- On se disait: À quoi bon faire venir un défenseur ? L'inculpé n’avait-il pas été surpris en flagrant délit de meurtre et encore tout dégouttant du sang de ses victimes ? Tout le monde admettait bien le talent incontestable de l’avocat, sa connaissance profonde de

la loi, son éloquence chaude, entraînante et pathétique, mais on se disait: À quoi tout cela pourrait-il servir, le crime n'est-il pas avéré ?

A Valleyfield surtout, la présence de Mtre Saint- Pierre produisit une impression qui ne fit qu’activer le feu de l'indignation contre l'accusé. On disait : “ Le misérable ! le sang de ses victimes n’a pas encore “ eu le temps de sécher sur ses habits et il ose braver “ Ja justice en interposant ent; e elle et lui le nom et

“le talent du criminaliste le plus renommé du pays.

“ Qui sait si Mtre Saint-Pierre ne découvrira pas ‘“ dans la loi ou dans les procédures quelque ‘défec- “ tuosité ou quelque irrégularité qui us &son

“ elient d'échapper à la justice ? ”

Ja visite de Mtre Saint-Pierre à Valleyfield n'a pas été. sans péripéties.

Voici en quels termes il nous a lui-même raconté son voyage :

“ La nouvelle du drame de Valleyfield, arrivé dans à ‘A nuit du vendredi au samedi, les ler et 2 mars 1895,

m'était parvenue à moi, comme à tout le monde à

ie pe a par les journaux du samedi soir. La lec- “ ture de cet épouvantable récit m'avait profondément “ ému. Inutile de dire que toutes mes sympathies “ étaient pour les pauvres victimes de cet horrible “ attentat ; et, comme les preuves étaient évidentes, “ j'étais loin de m’attendre à être appelé à prendre la “ défense de l’inculpé. Aussi, grande fut ma surprise, “ lorsque en entrant chez moi le lendemain, dimanche, “ vers six heures de l’après-midi, je trouvai dans mon ‘“ cabinet le billet suivant :

‘ Mon cher Monsieur Saint-Pierre,

“ Je suis venu pour vous voir cette après-midi et je “ vous a1 attendu longtemps. Je désire m’assurer vos “ services pour la défense du jeune Shortis qui vient “d’être arrêté à Valleyfield pour avoir tué deux “ hommes. Vous avez sans doute lu le récit de cette “ affaire dans les journaux d'hier soir. J’enverrai mon “ fils vous chercher après souper.

“ Votre serviteur,

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