‹ Affaire Shortis [microforme]Chapitre 2 sur 83 · GEORGE BURY · texte numérisé non relu

GEORGE BURY

“ Mr Bury est un gras propriétaire bien connu à in Mont réal. ‘ “ A l'heure indiquée, Mr Bury fils, le même qui fut

‘entendu comme témoin lors du procès; se:rendit ‘“ chez moi, pour me conduire à la résidence’ de:son “ père, sur la rue Sherbrooke,

“Mr Bury avait connuïla famille de l'accusé Il “ m'informa que le pèrede Shortis était un riche ‘commerçant de bestiaux de Waterford, en Irlande ; “ que l'accusé était son seul enfant et que ce jeune “ homme avait été envoyé au Canada par son père, “ dans le but de l’isoler pendant un certain temps de “sa mère qui était trop indulgente pour lui, et en “ même temps dans le but de l’initier aux affaires.

“Il me dit que ce jeune homme était venu au Ca- “ nada dans l'automne de l’année mil huit cent quatre- “ vingt-treize, qu'il l'avait vu souvent pendant son sé- “ jour à Montréal, qu'il s'était aperçu qu'il raisonnait “ comme un enfant et que par moments il n ‘avait pas “ son esprit à lui.

“ Mr Bury me dit qu'il avait été informé par un “ télégramme reçu d'une personne de Valleyfield que “ l'enquête du coroner avait eu lieu la veille et que *“ l'enquête préliminaire, qui devait se tenir devant l’un “ des Juges de Paix de la localité de Valleyfield, aurait “* lieu le lendemain, lundi. Il me pria de faire mes “ préparatifs en conséquence et de vouloir bien me “ rendre à Valleyfield par le premier train, le jour “ suivant. Il me fit l'offre de m'accompagner eb ang “ ceptai son offre avec plaisir.

‘* À mon arrivée à Valleyfield, le lundi matin, je re- “ marquai que toute la ville était en deuil. De’tous “* côtés on voyait des drapeaux suspendus à mi-mât. “ Les portes et les fenêtres des maisons étaient gar- “nies de crêpes, et la tristesse était ‘pointe sur

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fitoutesles figures. J'appris que mon confrère au bar- «mea Mtre MacMaster, Conseil de la Reine, avait été “ chargé par l'Honorable Procureur Général de con- “duire toutes les procédures de la part du ministère “public.

“On m'informa, que, en effet, l'enquête du coroner ‘avait été tenue le samedi précédent et qu'on allait ‘# procéder à l'enquête préliminaire dans l'après-midi, “'aptès le service funèbre et l'inhumation des vic- “ times.

“Trois mille personnes venues de toutes les pa- “ roisses environnantes s'étaient rendues à Valleyfield “ pour assister aux funérailles des victimes de Shortis. “ On disait que le jeune Hugh A. Wilson, percé de “ trois balles, étuit mourant. Une excitation intense “ régnait dans la ville, surtout parmi la population “ ouvrière, et ma présence, bien que j'eusse l'air de “ l’homme le plus inoffensif au monde, semblait four- “’nir un motif de plus à leur indignation.

:Naturellement, j'étais curieux de voir le jeune {“ borome qui avait été l’auteur de cette horrible bou- “cherie, et en arrivant je m'empressai de me rendre à “la station de police. On. me conduisit imméd’atement “auprès de lui. C'était un grand jeune homme à la

“ figure douce et aux matières distinguées. Je remar-

“ quai que ses moustaches et ses cheveux étaient d’un

“blond très pâle. Il a été prouvé plus tard qu'il se tei- :

: gnait les cheveux et les moustaches. Je lui dis quel- “ ques mots d'encouragement dont probablement il “ n'avait aucun besoin, car il ne paraissait nullement “alarmé de sa position. Je remarquai des traces de

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“sang sur ses habits. Je l'informai que j'étais Vénu

“ pour suivre l'enquête préliminaire dans son intérêt “ et que j'avais été requis de me charger de sa défense “par Mr Bury de Montréal. Il parut satisfait de cette explication. Je me retirai en lui disant que nous nous reverrions, à la salle d'audience, à l’ouverture de l'enquête préliminaire.

“ Les funérailles des victimes eurent lieu dans “ l'après-midi, au milieu d’un immense concours de “citoyens accourus en foule de tous côtés, malgré “une tempête de neige affreuse et un vent du Nord “ qui coupait la figure comme des lames de glace. La “ tristesse et le deuil se lisaient sur les traits de tous “ les assistants.

“ L'enquête préliminaire, qui avait été fixée pour “ trois heures, ne put commencer que vers quatre “ heures. Shortis fut amené dans la salle d'audience “ entouré de cinq ou six constables sous les ordres du “ chef de police. En moins de deux minutes, la salle fut “* bondée de monde. Je hâtai les procédures tant que “ je pus, afin d'éviter une séance du soir que je redou- “ tais pour l'accusé. Tout se passa assez paisiblément “ jusqu’à la fin des procédures. Lorsque le magistrat “ fit à l'accusé la lecture de la formule du statut : “ “ Avant entendu la preuve, avez-vous quelque chose “ à dire en réponse à l'accusation ? ” je suggérai à “ Shortis de ne donner aucune explication et de se

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“ contenter de répondre tout simplement : ‘“ Je ne suis

“ pas coupable.” C'est ce qu'il fit, en prononçant ces

“ mots sur un ton assez élevé. L'effet de ces paroles

“ sur la foule ne pourrait se décrire. Imagines-vous “ une ruche d’abeilles qu'on vient de renvetsér De

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“ tous côtés les cris se firent entendre : “Lynchons-le ! “ Iynchons-le ! tuons-le!” Tout le monde se leva, “ um brouhaha indescriptible s'ensuivit. Les constables ‘entourèrent l'accusé. Les plus décidés cherchaïent ‘à se ruer sur lui, mais la foule était si compacte “ que les assaillants se nuisaient les uns aux autres. “ Le chef de police et les constables soutenaient ‘ces chocs avec fermeté. Je craignais à chaque ins- “tant qu'ils ne fussent balayés par la masse des “ assaillants. À un moment donné, je crus que la der-- “ nière heure de mon client était venue et que la foule ‘‘ allait l'écarteler sous mes yeux. Je jetai un regard “ sur lui,—c'était à ne pas y croire,—il était aussi “ froid, aussi indifférent. que s’il se fût agi du Grand “ Turc. Pas la moindre trace d'émotion sur sa figure. ‘“ Il était là, debout et calme, contemplant d’un œil “parfaitement stoïque tout ce tumulte autour de lui.

‘“ Les constables réussirent, en menaçant de leurs “ revolvers, à faire évacuer la salle et à éloigner “ Ja foule un peu. On profita de ce moment de répit “ pour conduire Shortis à la hâte dans sa cellule à la “ station de police. Il n’y avait que la rue à traver- ‘ser.

“ Je retournai à l'hôtel Windsor où je logeais. £n “ arrivant, je rencontrai Mr Bury que j'avais perdu

:“ dans la foule et que je trouvai aussi énervé que je .ff l'étais moi-même, à la suite de la scène dont nous

‘venions d'être tous deux les témoins. Son premier

“mot fut: “Avez-vous remarqué l'indifférence de : Shortis ? Oui, lui dis-je. — N'est-ce pas quelque ..“* chose de vraiment extraordinaire, me dit-il ? ” Il k “ ajouta : “Je vous ai déclaré que ce jeune homme

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