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“ des cages d'oiseaux dans la rue Coldbeck. Mon in- “ tention était d'en acheter une. J'avais à la muin une “ canne avec un pommeau d'argent, le jeune Shortis “ s'étant trouvé à passer par cette rue, s'approcha de “ moi et saisissant brusquement ma canne, il la cassa “en deux tronçons sur son genou.
“ Une autre fois, (c'était quelques jours avant son “ départ pour le Canada,), il arriva tout excité à l’en- “ clos public en criant à tue-tête qu’il voulait faire “ mettre un âne en fourrière. C’est moi qui avais la “ charge de cet enclos. Je lui demandai si cet animal “avait été trouvé sur le terrain appartenant à son “ père; je lui expliquui que, s’il avait été trouvé sur “le terrain de son père, je n'avais pas le droit de le “ mettre en fourrière. Il me répondit en jurant qu'il ‘“ trouverait bicn le moyen de me forcer à recevoir “ cet âne dans l’enclos public. Au même instant, 4 “ sortit un revolver de sa poche. En voyant son arme, “ j'entrai dans l’enclos et je fermai la barrière. Il était “à cheval et je craignais à chaque instant qu'il ne fit “ sauter son cheval pardessus la barrière. Il était “ accompagné d’une foule de jeunes gamins qui con- “ duisaient l'âne en question.
“ Q. A-t-il déchargé son revolver ?
“R. Non, mais je n'ai pas d'hésitation à croire “qu'il aurait tiré sur moi si je ne m'étais réfugié “ derrière la barrière.
“ Q, Comment vous expliquez-vous cette manière “ d'agir ? |
“ R. Je ne puis me l'expliquer, mais je sais que de- “ puis son enfance ce jeune homme a toujours été des “ plus excentriques. 21 agissait comme un garçon
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“qui n'a pas son esprit à lui. J'ai remarqué qu'il “ devenait pire avec l'âge. Il était toujours au re- “ bours du bon sens.
‘* Cet âne appartenait à une pauvre vieille femme ‘“ qui demeurait à Ferry Bank. Il l’avait presque tué “ de coups. Il avait dû surmener son cheval, car il “ était couvert d’écume.”
Voilà ce que disent de l'accusé les membres de la police qui l'ont connu.
Continuons l'examen de cette preuve en prenant les autres témoignages un peu au hasard.
George Moore âgé de 57 ans, exerce l’état de pale- frenier et fait le commerce de chevaux.
“ J'ai connu Valentine Shortis depuis son enfance, “ dit le témoin. Il y a environ deux ans j'avais un “ chien de chasse sur le terrain du Palais de Justice. “ Afin d'exercer mon chien, j'avais caché mon couteau ‘“ sous un arbre, sur ce terrain, pour le lui faire cher- “ cher, lorsque Shortis se trouvant à passer par là “frappa mon chien avec une canne qu'il avait à la “ main. Je lui dis: “ Pourquoi as-tu fait cela, espèce “ d'enfant de chienne ?” Puis je me dirigeai vers “l'arbre où j'avais caché mon couteau. Dans ce “ moment, Shortis déchargea une arme à feu sur moi. “ Il'avait à la main un pistolet ou un revolver. “ Je me sauvai au plus vite possible. Ce jour-là Shortis “ n'avait pas de chaussettes aux pieds, mais seule- “ ment des pantoufles, et il était nu-tête. ;
“ C'est tout ce que je connais de lui. Je savais ce- “ pendant depuis longtemps auparavant qu'il était « fou.
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Aux questions de l’avocat du ministère public, il répond comme suit :
“ Lorsque Shortis a tiré sur 1 oi j'étais penché et “ dans l'acte de ramasser mon couteau. La balle a “ frappé l'arbre près duquel j'étais.
“ Q. Il a dû y avoir un silence de mort après cela ?
“ R. Oui, et sans l'arbre, le silence aurait été plus " profond encore,
“ Je n'ai pas dénoncé ce fait à lu police, et je me “ serais bien gardé de le dire à son père. Je l'ai dit à un “ nommé Walsh, il y a de cela une semaine.
“Je n'ai pas dénoncé ce fait ni à son père ni à sa “ mère, ni à la police, pour la raison que je savais “ que ce jeune homme n'avait pas son jugement.”
Patrick Lennan âgé de 46 ans est depuis six ans et demi gardien du pavillon du Club Nautique de Waterford.
Il connaît Val. Shortis à peu près depuis son enfance.
“ Q. Comment le considérait-on ici, lui demanda “ mon confrère, Mr Grienshields ? que pensait-on de “ son intelligence ?
“R. On considérait qu'il n'avait pas la tête à lui “ (he was not all right). Pour moi, je crois qu'il était “ privé de son intelligence. J'en suis méme certain,
“ Un jour, dit le témoin, il arriva sur le terrain du “ club armé d'une carabine, J'étais à trois vérges de “ Jui. “ Lennan, me dit-il, voici un bon coup de cara- “ bine et je vais l'essayer.” Et en disant cela,ù épaula “ son arme dans la direction d'un monsieur et d'une “ dame qui passaient à trois cents verges de nous.
“ Q. D'après ce que vous avez vu là, croyez-vous “ qu'il avait l'intention de tirer sur ces personnes ?
“R. Oui il avait l'intention de tirer.
“ Q. Avez-vous aucun doute à ce sujet.
“KR. Non, je n'en ai aucun. Je ne sais pas si la ca- “ rabine était chargée, muis je sais qu’il avait une ‘“ cartouchière remplie de cartouches suspendue en “ bandoulière autour de son épaule.
“ Les gens du club l’appelaient “ Shortis le fou.”
Aux questions posées par l’Avocat du ministère * public, le témoin répond :
‘“ Le nom de l'accusé est Val. Shortis.”
‘ Q. Avez-vous parlé de ces faits à son père ?
“R. Non. |
“ Q. A la police ?
“R. Non, mais j'en ai parlé aux gens du club.
‘“ Lorsque j'ai entendu parler de ce qu'il avait fait “ au Canada j'ai dit: “ (Ça me m'étonne pas, c'est un “ fou.” C'est alors que j'ai raconté les faits relatés ‘“ plus haut.
“ Q. Jouissait-il ordinairement de son intelligence ?
“ R. Je pense que oui.
“ Je le connais depuis son enfance, il sortait avec
“ les jeunes tilles et les jeunes garçons. Il allait au
“ théâtre et à l'église, du moins je le suppose. Il s’a- “ musait comme les autres jeunes gens.
“ Il aimait à faire des niches et des charges.”
Wm. George Todd, âgé de 27 ans, est.un des em- .ployés du bureau de poste de Waterford.
Il connaît Valentine Shortis depuis sept ou buit . ans ets souvent conversé avec lui. .
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“ Sa conversation, dit-il, était décousue et inco- “ hérente; il sautait d'un sujet à l’autre et finissait “ par dire toute sorte d’absurdités.
“ Dans ses manières, \ était excentrique au sau- “ prême degré.
“ Je l’ai vu fréquemment chez Graïinger, le confi- “ seur dont la boutique se trouve près du quai. Lors- “qu'il rentrait il se ruait sur la porte; une fois
entré il se promenait de long en large. Il remplis-
sait ses poches de toute sorte de friandises : Je l'ai
vu en acheter assez pour la consommation de trois
hommes et s'éloigner ensuite en marchant au ha-
sard et en disant toutes sortes de balivernes. Il
avait constamment ses poches remplies de bonbons “ et de sucreries.
“ Shortis avait une très haute idée de lui-même, il “ se croyait le droit de gouverner tout le ronde et “ de conner des ordres à droite et à gauche. Zl avait “une manie pour les armes à feu ; cette manie chez “ Lui était irrésistible.
“ Q. Vous rappelez-vous un incident particulier “ qui & eu lieu lors des coùrses des bicyclistes, au parc “de Waterford, dans le cours du mois de mai ou de “ juin 18938 ?
“ R. Oui je me le rappelle, j'étais le secrétaire du “ club. Je m'étais rendu de benne heure le matin ‘ pour rencontrer les membres chargés de l’organisa- “tion. Nous nous étions réunis plusieurs ensemble, “et nous étions à discuter entre nous sur les meil- “ leurs moyens à prendre pour empêcher les specta- “ teurs et les curieux de descendre sur la piste réser- “ vée aux coureurs. Shortis se trouvait là par hasard