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Mr. Simpson a été tellement satisfait des services de son nouvel employé, qu'il l'a congédié sans cérémonie au bout du mois pour ia raison, nous ditil maintenant, qu’il n’avait aucune connaissance de la sténographie. Vous vous rappelez que c’est par l’entremisé de Mr Stephenson que l'accusé a été engagé et que lors de son engagement, il n’a nullement été question de sténographie. Il ne paraît pas non plus que Shortis ait pris la place d’un sténographe, lorsqu'il est entré au service de Mr Simpson. De sorte que vous conclurez facilement avec moi que ce défaut de connaissance chez l'accusé n'a été qu'un prétexte dont Mr Simpson s’est adroitement servi pour se débarrasser d'un incapable. Il est vrri qu'après le départ de Shortis, Mr Simpson a pris à son service le jeune Desrosicrs qui, lui, est sténographe ; mais ça n'a été que pour quelque temps seulement et non pas pour remplacer Shortis, car il est prouvé que le successeur de Shortis a été Alfred Follows, le jeune * Quaker”, qui n’est pas sténographe, et que lui et Desrosiers se sont trouvés
tous les deux employés en même temps par Mr Simp-
son.
Le renvoi de Shortis après son mois d'essai ne prouve certainement pas en faveur des capacités de ce dernier Une autre circonstance a dû égnlement vous frapper. Shortis, après avoir reçu son congé a demandé à
Mr Simpson un certificat, une attestation signée de
sa main, à l'effet qu'il avait accompli tidélement et
avec intelligence les devoirs dont il avait été chargé.
Il est d'usage pour les employés de demander de tels certificats à l'expiration de leur terme d'engagement, et c'est le devoir du patron de les donner, Qu'est-il
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arrivé dans le cas de Shortis ? A-t-ïl demandé le certificat d'usage ? Oui. L’a-t-il obtenu ? Non.
Mr Simpson qui est un retors, sentant d'avance tout le parti que la défense allait tirer de ce fait, s’est hâté de courir au-devant de l'attaque en disant sans que personne le lui demandât :“ Je n'ai pas voulu donner de certificat à Shortis, mais je lui ai dit que je donneraïis des explications verbales à ceux qui viendraient me consulter à son sujet.”
Ne trouvez-vous pas dans ces deux circonstances, d’abord le renvoi au bout du mois, et ensuite le refus du certificat demandé, la preuve évidente que Mr. Simpson avait à cette date une opinion bien différente de celle qu'il x exprimée ici sur le compte de son ancien employé ?
Mais, allons plus loin, examinons sa déposition et nous allons voir que Mr Simpson qui pour être aujourd'hui un témoin suspect n’en est pas moins un homme d'affaire, a fait preuve d'adresse et de jugement, d’abord en renvoyant Shortis de son service, et ensuite en refusant d'apposer son nom au bas d’une attesta-. tion qui n'aurait pu être qu'inutile à celui qui la lui demandait, si elle eût contenu la vérité, et rien moins que mensongère si elle eût été redigée telle que l’accusé désirait l'obtenir.
Quelles étaicut les fouctions que l'accusé avait à remplir pendant qu’il était au service de Mr Simpson et comment a-t-il rempli ces fonctions ?
“Il avait,” dit Mr Simpson :
‘“ 1o. à copier mes lettres.” Copier ses lettres, Mes-
sieurs, non pas en les transcrivant sur le papier, mais
en faisant le travail mécanique d’en obtenir une em-
preinte sur du papier de soie au moyen d’une presse. Ce travail n'exige pas une intelligence bien extraordinaire, comme vous pouvez en juger par vous-même.
“ 20. Après avoir pris une empreinte de ces lettres “ il avait à les mettre sous enveloppes et à écrire sur “ ces enveloppes les noms et les adre. ses des personnes “ à qui ces lettres étaient destinées.”
Naturellement le nom et l'adresse de chaque personne étaient fournis à Shortis par Mr Simpson luimême. C’est le travail d’un erfant, d’un jeune garçon de bureau.
“ 80. Il avait à enfiler dans des broches les lettres “ reçues par Mr Simpson.”
Après avoir lu chaque lettre, Mr. Simpson la marquait de l’une des lettres de l'alphabet et la passait à l'accusé qui avait à l'enfiler dans une broche portant la même lettre de l'alphabet. Vous voyez que ce n’était pas bien malin. C'était un simple travail mécanique. Lorsque Mr. Simpson désirait relire une de ces lettres, disons par exemple, une lettre de Mr Brown, il n'avait qu'à dire à Shortis : “ Allez me chercher la lettre de “ Mr Brown” Shortis regardait à la lettre B audessus de la broche où étaient enfilées toutes les correspondances marquées de cette lettre et trouvait facilement la lettre de Mr Brown. C’est le travail que l’on donne à faire tous les jours dans tous nos bureaux aux jeunes garçons de huit à dix ans que l'on garde pour faire les messages : Il suffit qu'il sache lire.
“ 40. Il avait à copier dans un livre appelé “ The “ price list book ”, le nom et le prix de certaines “ choses qu'on achetait pour le moulin. ”
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À Il avait simplement à écrire dans ce livre le nom do | de l’article mentionné dans une lettre ou dans une PE 1 k circulaire, et le prix de cet article. ï Vous êtes naturellement curieux de sevoir com- | | ment l’accusé s’est acquitté de sa tâche. Eh bien, du- Li à rant les quatre semaines et trois jours qu'il a été au service de Mr Simpson, il a écrit vingt lignes, et ces vingt lignes contiennent une dizaine d’erreurs. Voici les paroles mêmes de Mr Simpson:
| | “Q. With regard to this book, the extent of his | “labors in those five weeks consisted in writing and ! “ indexing up twenty lines ?
| “ A. Yes.” | Je traduis en français :
| “ Q. Tout le travail que Shortis a fait dans ce livre “ pendant cette période de cinq semaines, ça été fe L | “ d'écrire vingt lignes et d’en faire mention dans l’in- HR LE | “ dex du livre ?” FOR D VU “R, Oui.
an 1 “ Q. As a matter of fact in writing those twenty AE “ lines, he made between seven and ten mistakes ? “ À. Yes.
“ Et dans ces vingt lignes se trouvent de sept à | “ dix erreurs ? (ll ‘“R. Oui.” | Evidemment Mr. Simpson qui semble avoir été le | || génie inspirateur du ministère public en cette cause, n'a pas été heureux jusqu'à présent dans le choix de ses exemples, et s’il est réellement de bonne foi en affirmant que l'accusé a fait preuve d’une intelligence extraordinaire en copiant vingt lignes d'écriture en cinq semaines et en ornementant ces vingt lignes de
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dix fautes d'ortographe, je lui dirai que sans aucun doute, il est dans l'erreur. J’ajouterai même que si d’un côté les exemples qu’il nous a fournis ne prouvent rien en faveur de l'intelligence de l’accusé, d’un autre côté le ton de gravité avec lequel Mr Simpson nous les a cités et les grands mots dont il s'est servi pour paraître convaincu, sont de nature à nous faire sérieusement douter de sa bonne foi ou même de sa propre intelligence.
Quelles que soient les impressions qui me sont restées sur le compte de Mr Simpson lui-même, après avoir entendu son témoignage, je ne trouve absolument rien dans tout ce qu'il nous a dit jusqu’à présent qui soit de nature à ébranler ma conviction que l’accusé est un imbécile et, à de certains intervalles, un maniaque dangereux. .
Mais laissons de coté pour le moment la personnalité de Mr Simpson, et continuons l’examen de son témoignage.
5o. Une fois par semaine, le fermier de l’établissement, (car il paraît que la compagnie manufacturière de coton dont Mr Simpson est le gérant, est propriétaire d'une ferme à Valleyfield,) une fois par semaine, dis-je, le fermier apportait au bureau de la filature un petit rapport par écrit constatant le nombre d'hommes et de chevaux qui avaient été employés par lui sur la ferme durant le cours de la semaine. Cet écrit faisait mention de la somme d'argent qui avait été payée à chaque travailleur et à chaque propriétaire de chevaux. C'était un petit bout de papier sur lequel se trouvait quatre lignes au plus. L'accusé avait à copier ces trois ou quatre lignes dans un petit livret
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que Mr Simpson n’a pas produit. Ce petit livre n'étant pas devant nous, il me sera impossible de vous signaler le nombre d'erreurs et de fautes qu'il doit contenir. Mais assumant que les quatre entrées faites par l’accusé ont été faites correctement, ça ne prouverait pas grand chose. Un enfant de sept ans pouvait aisément faire ce travail.
60. Il copiait dans un livre une note du nombre de waggons qui arrivaient ou qui partaient de la voie ferrée dont on se sert près de la filature. Cette note lui était remise par un autre employé de la Compagnie. Ce travail n'ofirait pas plus de difficultés que le précédent.
Enfin, il faisait les commissions, et ces commissions
‘consistaient à aller chercher tel ou tel contre-maître
dont Mr Simpson avait besoin. | Et c'est là tout. Nous voilà maintenant parfaitement renseignés sur les fonctions qu'avait à remplir Shortis.
Eh bien, n’en déplaise à Mr Simpson qui peutêtre a plus de raison qu'un autre de vouloir faire
pendre l’accusé, moi je vous dirai qu’un jeune homme
employé aux fonctions que Mr Simpson nous à décrites, on ne doit chercher à le faire passer ni pour un clerc, ni pour un commis, ni pour un comptable ; on l'appelle simplement un garçon de bureau, tout comme il s’en trouve un chez Mr Macmaster, un autre chez Mr Greenshields, et tout comme il s’en trouve un chez moi.
Mr Simpson nous a dit que l'accusé avait'à mettre l'adresse des personnes sur les enveloppes des leitres qu'il écrivait. Tout le travail que cette opération exigeait était de copier sur l’enveloppe le nom de la
personne à qui la lettre était destinée, ainsi que le lieu de la résidence de cette personne, C'était bien simple n'est-ce pas ? Eh bien, écoutez ce que Mr Simpson est forcé d'admettre lorsqu'on le questionne à ce sujet.
“Q. Did he perform that duty properly ?
“R. He made some mistakes in addressing letters ; “ sometimes.” | :
Je traduis :
“ Q. A:-t-il rempli ce devoir correctement ?
“R. Il a fait des erreurs quelquefois en adressant “ les lettres.”
Mais ce n'est pas tout :
Après beaucoup de recherches, on a découvert que l'accusé avait, non pas composé, mais copié d’après une formule deux lettres en réponse à certaines demandes faites par des clients de la Compagnie. Et, vous vous rappelez, avec quelle apparente satisfaction on s’est empressé de vous montrer l'impression qu'on avait prise de ces deux lettres dans le livre : t | tenu à cet effet et que Mr Simpson garde dans son È bureau. Je croirais faire une injustice à mes savants 1 adversaires en omettant de les rappeler à votre sou- | venir.
Voici la première :
‘8 Août 1894.
“ J’accuse réception de votre lettre du ler du mois “ courant.
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“ En réponse je vous dirai que nous avons 207 “ paquets de paniers, chaque paquet contenant trois ‘ paniers, et aussi 67 paquets de couvercles, chaque “ paquet contenant dix couveréles.
“ J'ai l'honneur d’être “ Votre Serviteur, ‘“ (Signé) Louis SIMPSuw. ‘ Par F. V. S.” Voici la seconde :
“ À la Compagnie de Navigation du Canada, Montréal.
“ Messieurs, “ J'accuse réception de votre lettre du neuf du ‘ mois courant. Pous nous rendre à votre désir, nous ‘vous expédions aujourd'hui même par ‘ vapeur ‘ Garnet 230 paquets de paniers, chaque } ot com- “posé de trois paniers, et 79 paquets de couvercles, “ chaque paquet contenant dix couvercles.
“ J'ai l'honneur d’être “ Votre Serviteur, “ (Signé) Louis SIMPSON.
“ Par F. V. S”
Ces deux lettres comme il.est facile de le voir à la simple lecture ont été écrites d'après des formules préparées d'avance ou sur la dictée de Mr Simpson
Voilà Messieurs tout ce que le zèle de Mr Simpson a pu fournir aü ministère public pour contredire la
masse de preuves que la défense vous a apportée dans le but de démontrer, non pas que Shortis était inca-
du JUS ur mes,
pable de copier ou même d'écrire une lettre, mais qu’il était incapable de faire et de poursuivre un travail intellectuel sérieux.
A-t-on réussi à détruire Ja preuve de la défense, Messieurs ? Est-ce avec de pareilles misères qu’on pourra influencer votre opinion sur le compte de ce jeune homme ? Non, j'en suis sûr. Ce serait faire insulte à votre intelligence.
“ Mais il y a autre chose, nous dit Mr Simpson : “ 11 y a l’entrevue avec moi au sujet de son pardessus, “ et sa comparution devant moi en ma qualité de juge “ de paix ”
Donnons un moment d'attention à ces deux circonstances. Il paraît qu’un jour Shortis s’était fait voler son pardessus, dans l'hôtel. Afin de savoir si le propriétaire de l'hôtel était responsahle de la perte qu’il venait de faire, l'accusé vint consulter Mr Simpson. Cette démarche nous paraîtra bien naturelle de la part de ce jeune homme : Il s'adressaic à son patron. Savez-vous ce qui est arrivé ? C’est que Shortis est parti sans en savoir plus long qu'auparavant. Mr Simpson nous dit : “ I read the statute to him, but I “ declined to give him any advice.”—" Je lui ai lu le “ statut, maïs je n'ai pas voulu prendre sur moi de “ lui donner aucun renseignement.”
‘# Dans cette occasion, ajoute-t-il, l'accusé a discuté son cas “ with considerable brilliancy ”, “ d’une manière passablement brillante”, je traduis littéralement.
La seule morale qu'il soit possible de tirer de cette entrevue, c'est que ce jour là, Mr Simpson, qui se croit un grand homme, a découvert qu'il était aussi ignorant que Shortis, ct que se trouvant dès lors sur un