‹ Affaire Shortis [microforme]Chapitre 54 sur 83 · PTS SERRES · texte numérisé non relu

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d’avoir eu illégalement une arme à feu en sa posses sion. Shortis admit sa culpabilité et fut condamné à une amende de cinq dollars et au paiement des frais, en tout, dix dollars. Comme vous le voyez, le grand plaidoyer attribué à Shortis n'a pas été long. Le greffier lui a simplement dit: “ Shortis, vous êtes accusé (l'avoir illégalement porté une arme à feu, êtes-

vous coupable ou non coupable de cette offense ? ” Shortis a répondu : “ Je suis coupable.” Comme c'était sa première offense, on lui infligea le minimum de la peine, une amende de cinq dollars et les frais. L’accusé n'ayant pas sur lui la somme requise pour couvrir l'amende et les frais, un Mr Beaudet qui était présent lui prêta la somme nécessaire et tout fut dit.

“ Attendez, dit Mr Simpson, l'accusé a plaidé les “ circonstances atténuantes. Il nous a dit qu’il avait “ entendu crier quelqu'un au secours et qu’il avait dé- “ chargé son arme en l'air pour effrayer l’assaillant.” Un témoin qui était présent lors de l'incident se leva dans l'auditoire et jura que l’explication de Shortis était exacte. -

Est-ce là tout ? Oui, et c’est parce qu'il s'est déclaré coupable d'avoir illégalement porté une arme à feu et qu'il a donné cette simple explication, que Mr Simpson entend prouver que les soixante et quinze témoins entendus pour prouver que Shortis était un imbécile et un détraqué, ne savaient pas ce qu'ils disaient. |

Je reviendrai à Mr Simpson plus tard, lorsque je parlerai de la déposition de Mr McGinnis.

Après Mr Simpson nous avons eu Mr Adrien Desrosiers, le sténographe. Ce témoin a rencontré Shortis dans là rue. Il n’a eu que très peu de relations avec lui. Il nous dit qu'il n’a rien remarqué de particulier chez Shortis. Mr Desrosiers, cependant, fait mention de deux faits dont nous désirons prendre acte ; le premier, c’est que Shortis était connu sous le nom de “Grand Original” Mr Desrosters fréquentait à

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Valleyfield les gens bien élevés. Pour cette classe de personnes, l'expression de “ Grand Fou” paraissait par trop vulgaire ; à la place de ce mot on en substituait un autre un peu plus relevé ; on l’appelait le “ Grand Original” Au fond, ça veut dire à-peu-près la même chose. À

Le second fait, c’est qu’un jour le témoin ayant invité Shortis à monter dans sa chambre, ce dernier sans aucun préambule, lui déclara qu’il aimait follement Mademoiselle Anderson. Il est assez rare de trouver mel un amoureux aller s'épanche: ‘une pareille manière UT et révèler tout le secret de sa flamme à un autre | jeune homme, surtout lorsque cet autre jeune homme est presqu'un étranger pour lui.

Si le ministère public s’est imaginé faire par là la preuve que l'accusé etait un garçon de tact et de jugement il s’est évidemment trompé. C’est précisement le contraire qui résulterait de cet aveu intempestif, Un enfant agirait de cette manière, mais non pas un jeune homme d'esprit et de jugement.

(| Ces deux fuits constituent une corroboration de plus que j'ajoute aux preuves déjà si nombreuses de

la défense.

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Le ministère public a fait venir trois témoins dont | je vous parlerai immédiatement, afin de pouvoir un (LU . peu plus tard, grouper ensemble autant que possible | tous les témoins de Valleyfield. Ce sont Charles H. Kendrick de la ville de Sherbrooke, James E. Morrisson et Mr Thomas W. Boyd, ces deux derniers de Montréal.

Mr Kendrick est un vieux garçon qui cultive une

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ferme à quelque distance de la ville de Sherbrooke De temps à autre, durant la froide saison de l'hiver, Mr Kendrick quitte le toit champêtre pour venir dans la métropole chercher quelques délassements.

“ Adieu veau, vache, cochon, couvée.”

Le vin, l'amour et la gaieté dérident sa longue figure de puritain et pendant plusieurs jours on trouve Mr Kendrick heureux et folichon comme un étudiant de vingt ans. C’est dans une de ces occasions qu'il a rencontré l'accusé. A part le fait que Shortis lui a dit ‘“ bonjour,” il ne se rappelle absolument rien de l'unique conversation qu’il croit avoir entendue dans le salon des dames à l’hôtel Queen laquelle conversation il dit avoir duré environ une demi-heure. Vous êtes peut-être tentés de le blâmer d'avoir si peu de mémoire. N’en fuites rien, Messieurs, il faut être indulgent pour la jeunesse qui s'amuse, et quand cette jeunesse touche à la quarantaine il n’y a pas de temps à perdre, la vie est si courte !

Franchement il faut être bien à bout de ressources, pour aller relancer jusqu'à Sherbrooke un aussi piètre témoin que ce Mr Kendrick.

Résumons son témoignage en deux mots: Il nous dit que dans le cours du mois de février dernier,

il s'est rencontré avec Shortis à l’hôtel Queen : Il l'a.

vu à l’hôtel pendant trois jours consécutifs.

: Une observation en passant. Vous rappelez-vous que Mr Matthews, l’ex-gérant de l'hôtel Queen, et Mr Crierie, le commis au contrôle, nous ont dit tous deux que Shortis n'avait jamais été à l'hôtel Queen, excepté pendant quelques jours durant le mois de juin

1898, lorsque sa mère y a demeuré. Ce sont deux té-

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moins de la poursuite qui ont juré cela; comment allez-vous concilier leur témoignage avec celui de Kendrick qui, lui, affirme avoir vu Shortis durant trois jours consécutifs à l'hôtel Queen, dans le cours du mois de février dernier. Vous en tirerez la conclusion que vous voudrez, quant à moi la mienne est toute tirée, c'est que sur ce point, comme sur les autres, Malabar et Mackay avaient raison et que Messieurs Mathews et Crierie étaient dans l'erreur.

Je reviens à Kendrick :

“ Q. À quelle heure de la journée avez-vous ren-

. “ contré Shortis pour la première fois ?

“ R. Je pense que c'était dans l'après-midi.

“ Q. Vers quelle heure ?

“R. Il m'est impossible de le dire, c'était dans le “ cours de l’après-midi.”

Comme vous voyez, Messieurs, si la mémoire est courte, en revanche la marge est large.

# Q. Toutes vos relations avec lui ce jour-là se’ sont “ limitées à lui dire “ bonjour ” ?

“R. Oui.”

Voilà pour la première journée.

Voyons la seconde :

“ Q. Le jour suivant avez-vous rencontré Shortis ?

“R. Oui. .

“ Q. Où?

“R. Dans la rotonde de l'hôtel.

« Q. Lui avez-vous dit, “ bonjour ” ?

“R. Je ne pourrais pas le dire, mais je dois lui “ avoir parlé.

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«“ Q. Et c'est tout ce qui s’est passé entre vous et “ Jui dans le cours de cette matinée ?

“R. Oui, je puis l'avoir rencontré cependant trois “ ou quatre fois.

“ Q. Avez-vous couversé avec lui ?

“ R. Je ne m'en souviens pas.

« Q. Vous êtes-vous trouvé dans la salle à dîner de « J’hôtel avec lui ?

“R. Non, jamais.

“Q. L'avez-vous revu dans le cours de l’après- “ midi ce jour-là ?

“ R. Oui, dans I: rotonde et dans le salon des “ dames, en haut.

“ Q. Vous rappelez-vous ce que vous avez pu lui “ dire dans la rotonde ?

“R. Non

“Q. Vous l'avez vu en haut dans le salon des “ dames, combien de temps avez-vous passé en- “ semble là ?

“ R. Je ne saurais le dire.

“ Q. Donnez-nous quelque idée du temps que vous “ avez passé ensemble dans l'après-midi ?

“ R. Il est possible que je l’aie vu à divers inter- “ valles couvrant une période d'environ une demi- “ heure. Il y avait plusieurs danes au salon, l'accusé ‘ y était aussi et la conversation était générale entre “ toutes les personnes présentes. On parlait musique, # je ne me rappelle pas ce qui s’est dit.

“# Q. Sous l'influence de cet esprit de galanterie qui “ vous caractérise, naturellement vous avez porté “ beaucoup plus d'attention aux dames qu'à Shortis ? “ R. Probablement.

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“ Q. C'est là tout ce qui s’est passé dans l’après- “ midi ?

“ R. Oui, c'est to

‘“ Q. Et le soir ?

“ R. Je l'ai revu le soir.

“ Q. On a fait de la musique, les dames ont joué du “ piano ?

‘# Q. Combien de temps cette réunion a-t-elle duré ?

“ KR. Un peu plus d’une demi-heure.

“ Q. Et c’est tout pour ce jour-là ?

“R. Oui.

“ Q. L’avez-vous vu la troisième journée ?

“ R. Oui, le matin, pendant quelques instants. C’é- “ tait au moment où il quittait l’hôtel pour s’en retour- “ ner à Valleyfield. ”

Et voilà tout. LE

Si d’un côté on trouve dans ce récit la preuve que le ministère public a remué ciel et terre pour démontrer que Shortis n'était ni un imbécile, ni un fou, d’un autre côté, vous admettrez avec moi que malgré tout le bon vouloir de tous ces témoins, la poursuite est forcée malgré elle de faire l'aveu de son impuissance,

Mr Kendrick nous a bien fourni la preuve que, lorsqu'il vient séjourner en ville, il peut être compté parmi les joyeux compagnons de ceux qui veulent se faire la vie gaie, mais il est évident qu'il n’a pu, en aucune manière, nous éclairer sur la sanité d'esprit et l'intelligence de l’accusé. Je le répète, il: faut que le ministère public se sente bien dénué de preuves pour chercher à établir sa cause par des témoins aussi nuls.

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Je prends maintenant le témoignage de Mr Joseph Morrisson.

Mr Morrisson est pharmacien, non pas pour son compte personnel, mais au service de la maison Lyman, fils et Cie. Il est âgé de trente-quatre ans. Non seulement il est Irlandais comme Shortis, mais c'est un de ses pays, un de ses co-citadins ; il est né à Waterford comme lui. “ On n’est jamais trahi que par les siens” dit le proverbe, mais vous allez voir que malgré toute sa bonne volonté, disons le mot, tout son zèle pour le ministère public, ce témoin va être forcé malgré lui de nous dire des choses qui sont importantes pour la défense.

Mr Morrisson a été amené au Canada lorsqu'il était enfant, et comme il est âgé de trente-quatre ans, il

n’a jamais connu Shortis à Waterford. Il est marié

et tient feu et lieu à Montréal.

Voici comment il répond aux questions qui lui sont posées par l'avocat du ministère public :

“ Q. Comment vous est-il arrivé de lier connais- ‘“ sance avec l'accusé ?

“R. Par l'entremise d’un de mes parents du nom “ de Patrick Kirwin qui, lui aussi, vient de Waterford. “ C'était au mois de Novembre 1893.”

L'entrevue, ce jour-là, ne paraît pas avoir été de longue durée. de

‘ À la fête de Noël de la même année, dit le té- “ moin, Shortis est venu prendre le diner chez moi en “ compagnie de Kirwin.”

On dîna gaiement, et après le repas, on causa

de toutes espèces de choses: on parla même poli-

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