‹ Affaire Shortis [microforme]Chapitre 55 sur 83 · A A PO PL SE SV · texte numérisé non relu

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“D’après la teneur de l: conversation, dit-il, j'ai “ compris que Shortis appartenait au parti conser- ‘“ vateur, et que, entre les deux factions politiques “qui divisent l'Irlande, c’est-à-dire entre les parti- ‘“ sans de Parnell et ceux de McCarthy, il se décia- “rait en faveur de Mr Redmond, qui est devenu le “ successeur de Parnel]l.”

On parla littérature aussi.

“ Q. Vous rappelez-vous d'aucune partie de la con- “ versation qui eut lieu ce jour-là ?

“R. Non, je ne me rappelle de rien. Je n’entends “ parler que d’après les impressions que j'ai reçues “ et d'après la teneur générale de cette conversation.

“Q. L'accusé est-il revenu chez vous après le “ diner de Noël ?

“ R. Oui, pendant un certain temps, il est venu jus- “ qu’à trois ou quatre fois par semaine.

“Q. Lors de ces visites, avez-vous eu occusion de ‘“ converser avec lui.

“ R. Oui, presque chaque fois, j'ai eu quelques mots “ de conversation avec lui, et je l'ai trouvé aussi in- “ telligent que les jeunes gens de son âge.

“Q. A-t-il jamais été question de religion dans le “ cours des conversations que vous avez eues en- “ semble ?

“ R. Oui, une fois. Voici comment : le jeune Kirv/in “ négligeait ses devoirs religieux, il n'allait pas à con- “ fesse, je m’efforçais de l’engager à remplir ses devoirs “ religieux et l'accusé me seconda dans mes efforts. “ Q. A-t-il été question entre vous et lui de revol-.

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“ vers et de gens qui ont l'habitude de porter des “ revolvers ?

“ R. Oh ! il avait ses idées là-dessus.”

C'est maintenant au tour de mon collègue, Mr Ureenshields, de lui poser des questions. Ecoutez ses réponses :

‘“ Q. Comment en êtes-vous arrivé à parler de revol- “ vers avec l'accusé ?

“R. C’est lui qui parlait de revolvers et d'armes à “ feu.

“ Q. À l’époque à laquelle vous référez, avez-vous ‘“ remarqué que l'accusé se teignait les cheveux ?

“KR. J'ai remarqué qu’il avait les cheveux d'une “ couleur pâle. |

“Q. Lui avez-vous vendu du peroxide d’hydro-

“ gène ? C’est une composition qui peut servir à tein- .

“ dre les cheveux, n'est-ce pas ?

“ R. Oui, il à acheté de cette composition à l’éta- “ blissement dans lequel je suis employé; mais, il m’a “ dit que c'était pour teindre les cheveux d’une jeune “ fille de ses amies.

“Q. Vous rappelez-vous ce qui a été dit dans le “ cours de la conversation durant laquelle il a été “ question de littérature ?

“R. Non.

“ Q. Pouvez-vous nous répéter une seule des rai- “ sons que l'accusé a pu donner, si toutefois il en a ‘ donné aucune, pour expliquer ses tendances vers le “ parti de Parnell ?

“KR. Non.

“ Q. Vous a-t-il dit à quel parti politique son père “ appartenait ?

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“ R. J'ai compris que son père était conservateur. “ Q. Monsieur Morrison, on vous a fait dire il y a un instant, que vous-aviez discuté sur la littérature et sur la politique ; n'est-il pas vrai que vous êtes incapable de nous rapporter un seul mot qui a pu se dire sur la politique, et que vous ne pouvez mentionner un seul livre ou un seul écrit dont on a pu “ parler, lorsqu'il a été question de littérature ?

“ R. Non, je ne le puis pas.

# Q. Etes-vous, vous-même, en état de nous dire “ quelle différence existe dans la politique des Parnel- “ listes et celle des McCartyistes ?

“ R. Non, je me suis très peu occupé de politique “ depuis 1891.

“Q. L'accusé vous a-t-il dit qu'il était dans l’habi- “ tude de porter des armes à feu ?

“HR. Oui.

‘“Q. Vous a-t-il dit pourquoi il portait ces armes ?

“R. Zlm'a dit qu'à Waterford, il existait des dif- « ficultés entre son père et Les autres commerçants dé “ bestiaux, et qu'il portait ces armes pour protéger “ son père, mais surtout pour se protéger lui-même.

‘“ La difficulté était au sujet de la réduction du ‘* prix des bestiaux ou du salaire des employés, je ne “ me rappelle plus lequel des deux c'était.

“ Q. Etes-vous resté convaincu qu'il parlait sérieu- “ sement lorsqu'il a dit cela ?

“ R. Oui.

‘Q. Vous at-il jamais dit qu’il portait ce revolver “ pour se protéger contre son père ?

“ R. Oh ! non, jamais. ”

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Voilà à quoi s'est réduit, en fin de compte, le témoignage de Mr Morrisson. Tout d’abord durant son examen en chef, lorsqu'il répondait aux questions de l'avocat du ministère public qui l’interrogeait, on aurait cru qu'il savait tout, qu'il connaissait tout. On aurait été porté à croire que, pendant longtemps» lui et Shortis avaient dû garder les bestiaux ensemble à Waterford. Dans son zèle outré, il allait même audelà des questions que le savant avocat lui posait et au-devant de celles qu'il paraissait vouloir lui poser. Ça été au point que mon collègue, Mr Greenshields, a dû attirer l'attention du tribunal sur ce fait, “ Ce “ témoin a un tel désir de parler, dit Mr Greenshields, “ que, non-seulement il ne se contente pas de répon- “ dre aux questions qui lui sont posées, mais il prend “ sur lui de nous donner volontairement ses impres- “ sions.”

Le tribunal dut intervenir afin de maintenir le témoin dans les limites de la légalité.

Messieurs, on n’envoie pas les accusés à l’échafaud sur les impressions des témoins, mais on les juge d’après les faits qui sont légalement et régulièrement prouvés. Or, après l'épurement de la déposition de Mr Morrisson au creuset du contre-interrogatoire,

qu’en est-il resté ? Rien. Rien, excepté la confirmation de la preuve faite par la défense sur la manie de l’accusé de porter des armes à feu et d'en faire usage sans motif, et aussi sur la folle illusion qui paraissait dominer son esprit et le portait à croire qu'à Water-

ford, il était entouré d’ennemis qui en voulaient à son existence.

DE A Ep en A SA EU

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