‹ Affaire Shortis [microforme]Chapitre 6 sur 83 · PERS À} QE · texte numérisé non relu

PERS À} QE

et sans passion, et jugez-le avec vos consciences, comme si votre jugement devait être le dernier acte de votre vie. Votre indulgente attention et votre bienveillance sur lesquelles je compte me rendront plus facile la tâche importante qui m’incombe, et moins onéreuse la redoutable responsabilité qui pèse sur mes épaules.

Quel est donc ce jeune homme qui est au'ourd’hui à la barre des accusés ?

Le ministère public, par la bouche de ses avocats, vous dit : c'est un voleur, un assassin et un meurtrier,

Nous qui sommes chargés de sa défense, nous vous disons : c’est un fou, un irresponsable.

Messieurs, lorsque les détails de l’affreuse tragédie vous ont été racontés ; lorsqu'on vous a dit que l’auteur du triple assassinat commis à Valleyfield était un jeune homme de vingt ans à peine, l’unique héritier d’une fortune de plus de cent mille dollars, lorsqu'on vous a informés du fait que ceux qu'il avait attaqués dans son aveugle fureur étaient ses amis les plus intimes, n’avez-vous pas été frappés par la pensée que ce massacre devait être l’acte d’un maniaque, d’un fou ?

Mr Gault affirme que dans le cablegramme envoyé par lui à la mère de l’accusé, en Irlande, pour lui faire connaître l'attreux malheur qui alluit la frapper, ses premiers mots ont été : ‘“ Madame, votre fils doit être fou. ” 3 L'un de vos confrères jurés est venu dire au tribunal, (et vous l'avez tous entendu) : “ Je suis incompé- “ tent à siéger comme juré en cette cause, parce que “ mon opinion est formée sur le compte de l'accusé ;

PP ON PE TMS TU UMEM ET UIrS } DNA LAN ER LS (LASER j CENTRO LE DA NS RSA AU NL ca ES AEATR j) LEE Vi x Li MERE RE er

HS sé

DE à

‘“ j'ai toujours pensé que les actes qui lui sont repro- “ chés ne pouvaient être que ceux d’un fou, et rien de “ ce qu'on dira ici ne pourra changer ma conviction “ intime que ce jeune homme est privé de sa raison. ” Je le répète : N’avez-vous pas, vous aussi, été frappés par la même idée ? Pourquoi aurait-il tué ses meilleurs amis ? Pour voler, dites-vous ? Mais, songez y donc ; il est l’unique héritier d'une immense fortune !

Vous me direz : ce jeune homme paraissait bien élevé ; il causait avec un certain degré d'intelligence ; il avait les manières d’une personne de bonne compagnie.—Oui, sans doute, il pouvait posséder toutes ces qualités, et cependant, être un lunatique.

Je le sais, Messieurs, pour le vulgaire, pour celui qui n’a jamais mis les pieds dans une asile d’aliénés, le fou, c’est le maniaque complètement privé de sa raison qu’il faut conduire pieds et poings liés dans une maison de santé ; c’est l'épileptique en fureur qui se ronge les bras et se coupe la langue avec ses dents, ou bien encore, c'est le pauvre idiot inoffensif, à la tête difforme, aux membres tordus ou rachétiques et grêles que l’on rencontre quelquefois dans nos campagnes, entouré où: poursuivi par un groupe d'enfants qui s'amusent à le taquiner.—Oui, assurément, tous ces

gens-là sont des fous, mais vous tomberiez dans une .

erreur grossière, si vous alliez vous imaginer que ce sont là les seuls êtres qui soient privés de leur raison. Ecoutez ce que dit Tardieu, ce docteur reconnus par le monde entier pour l’un des maitres dans la science médicale et l’un de ceux qui ont le plus approfondi l'étude de la folie et des maladies mentales :— “ Rien n’est plus opposé à la réalité que l'idée que

> F . ESS 070 En NN NE RE DRE RES EVE mr

Rte dt dinde 100 het. de Bntde id. Mnoheiémutrdebe ep» -qué ide matt TARN ERA rem

tte

“ l’on se fait d’un fou. Il existe un type de convention, ‘ une sorte de fou de théâtre, si l’on me permet l’ex- “ pression, qui n’a rien de la vérité, qui du moins ne “se rencontre que très-rarement, et qui cependant “ reste invinciblement gravé dans les esprits. Cette “erreur n’est pas seulement celle du vulgaire ; on la | ‘retrouve jusque dans les classes les plus éclairées. LE ‘ Pour le public, et trop souvent pour ceux qui, soit “ dans le sein d’un conseil de famille, dans un jury, “ sur le siège d’un tribunal même, ont à décider du “ sort d’un aliéné, il faut pour caractériser la folie une “incohérence absolue dès idées et du langage, une ‘ impersonnalité du malade, enfin l’abolition de toutes “ les facultés qui se rattachent à la volonté et à la con- “ since, comme la perception, l'attention, le jugement “ et la mémoire. Ce préjugé qui dénote simplement la “ plus complète ignorance de la folie, n’en est pas moins ‘un embarras pour l'expertise médico-légale qui doit “avant tout s'en affranchir résolument. Il y a très “ peu d'uliénés qui, lorsqu'on leur demande leur nom, “ ne le disent pas ; ils pourront quelquefois dans les “ formes aiguës du délire maniaque se tromper sur “ leur personnalité ; mais dans le plus grand nombre “ des cas, l’aliéné énoncera pertinemment son nom, ‘ son âge, son sexe, sa qualité. Tous les fous ne se ke présentent pus avec l’incohérence d'idées et de lan- Û dé qui ne caractérisent que quelques- -uns d'entr’- ‘eux, Îl n'existe pas un type unique de la folie ; à n'y a pas un fou, mais des fous, et les espèces sont “ multiples et variées. ” Dans une autre partie de son livre sur la folie, le ‘même docteur va jusqu’à prétendre que généralement |

les médecins eux-mêmes ne sont guère mieux renseignés que le vulgaire sur les traits caractéristiques de la folie.

“ Le premier précepte à formuler, dit-il, en ce qui “ concerne l'expert appelé à se prononcer sur l'état “ de la raison ou de la folie, c’est qu'il soit capable de “porter ce jugement, c'est qu'il ait une expérience ‘“ personnelle suffisante et qu’il sache à des signes cer- ‘“ tains reconnaître la folie.—Malheureusement l’édu- ‘ cation des médecins présente en général sur ce point ‘“ la plus fâcheuse lacune... . La généralité des médecins “ignoré la folie ; c’est pourquoi il faut avant tout que ‘ ceux-là se récusent et n’acceptent pas la tâche diff- ‘“ cile et l'énorme responsabilité d’une expertise sur les “ questions de folie, qui n'ont ni l'habitude d'observer ‘“ des fous, ni l'expérience des diverses formes et des ‘ différents degrés de la folie, qui en un mot ne sau- “ raient s'acquitter de leur mission en toute sécurité ‘“ de science et de conscience. ” Messieurs, tous les savants qui ont fait des maladies mentales l'étude de leur vie sont d'accord que la folie est une maladie du cerveau, que dans certains cas, comme au reste il arrive pour d’autres maladies, les signes extérieurs, les symptômes, sont apparents et faciles à constater, mais que dans un grand nombre d'autres cas, il faut recourir à la science, aux médecins spécialistes pour bien s'assurer de l’existence de la lésion dont souffre le cerveau du malade.

nue Les recherches de ce genre, dit Marc, dans son “Traité sur la Folie sont particulièrement dévo- ‘“ lues au médecin, (l’auteur parle ici du médecin ex- ‘“ pert), parce que Les lésions de l'entendement humain

mans TE dues

“rentrent dans le cadre des maladies qui affligent ‘“ mutre espèce, « qu'il doit les avoir étudiées pour “ bien connaître les formes sous lesquelles elles se “ présentent, ainsi que pour apprécier les causes qui “ peuvent les avoir influencées ou méme fait naître.”

La loi, Messieurs les Jurés, vous a constitués les juges pour déterminer la question de savoir si l'accusé était responsable des actes qu'il a commis dans la nuit du premier au deux mars dernier. Est-ce à dire que vous pourrez juger d’après les idées populaires que vous avez pu, comme bien d'autres, vous former sur ce qu'on appelle généralement un fou ? Non, assurément : Ce serait le comble de l’absurdité, et l’instruction de ce procès deviendrait une moquerie. Que vous soyez de braves et honnêtes cultivateurs, tout le monde l’admettra; que vous sachiez lire et écrire, je veux le croire; que vous ayez même eu les avantages d'une bonne instruction aux écoles de votre paroisse ou dans un collège classique, c'est possible ; mais tout

cela ne pourrait faire de vous des juges compétents, pour déterminer si un homme souffre ou non d’une maladie qui ne laisse que peu ou pas de traces au dehors, et encore moins s'il s’agit de déterminer les caractères et le degré de Ia maladie.

Lorsque vous vous sentez sérieusement malades, ce ne sont pas des cultivateurs comme vous que vous allez consulter et à qui vous allez demander la guérison que vous espérez obtenir ; c'est au médecin, c’est à l’homme de science que vous vous adressez. Exiger de vous que vous deveniez tout à coup, pour les fins de cette cause, des hommes de science, des spécialistes, |

a TD

serait assurément tomber dans l’absurdité ; aussi n'est-ce pas là ce que la loi attend de vous.

Quelles sont donc la nature et l'étendue de vos fonctions ? Allez-vous, à vous seuls, entreprendre toute la responsabilité du procès ? Allez-vous vous boucher les oreilles, vous fermer les yeux et dire que l'accusé est sain d'esprit lorsque lu science vous affirme que c'est un fou ? Non, messieurs. Sans doute, vous aurez à décider si, dans la nuit du premier au deux mars dernier, l’accusé était ou non sain d'esprit, mais votre devoir est de décider cette question d’après les données, les indications et les déductions de la science. C’est pour cette raison que la loi permet que dans les causes de cette nature, des experts, des médecins spécialistes, soient appelés pour vous donner leurs conclusions sur l’état mental de celui dont on fait le procès et pour éclairer vos consciences à la lumière des connaissances que leurs études et une longue expérience leur ont permis d'acquérir.

Avant de discuter la preuve qui établira l’état mental de l'accusé, parlons un peu de la folie :

Existe-t-il des fous qui, en apparence, parlent, raisonnent ct agissent comme des personnes en possession de leurs facultés mentales ? “ Oui,” nous ont répondu les quatre experts entendus de la part de la défense ; “il s'en trouve dans tous les asiles.” Vous allez me dire : “ Voilà qui est bien étrange, assuré-

ment.” Ne vous en étonnez pas, Messieurs : ce que

les experts ont affirmé est un fait rapporté par tous les savants qui ont fait des évudes sur cette question. Laissez-moi vous citer les paroles de l’un d’entre eux :

LE

a Cie NT ml are ae tas ane tes:

Page 1