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traire à une deuxième attaque plus redoutable et mieux organisée que la première, il a fallu le transférer secrètement à la prison de Beauharnoïis.
Au mois de juin dernier, lorsqu'une requête pour obtenir un “ changement de venue,” (je me sers de l'expression légale), x été déposée devant l'Honorable Juge Bélanger, soixante personnes ont déclaré, que d’après ce qu’elles connaissaient du sentiment populaire ouvertement exprimé, il serait impossible de trouver dans ce district douze hommes impartiaux disposés à rendre justice au prisonnier et à le juger sans parti pris et sans prévention.
Toutes ces circonstances vous sont connues, Messieurs. Mais il y a plus: Vous avez vous-mêmes été témoins du fait que cinquante-neuf de vos collègues
jurés sont venus déclarer, sous serment, qu'ils éprouvaient contre l'accusé un sentiment d'animosité tel que rien, pas même les preuves les plus convaincantes, ne pourraient changer leur détermination bien arrêtée de l'envoyer à l’échafaud.
Grand Dieu ! serait-il possible que la paisible population de ce district serait devenue aussi insensible à tous sentiments de justice et d'humanité !
Messieurs, en dépit de tout cela, j'ai confiance en vous, Oui, j'ai confiance en vous, et malgré qu'aujourd'hui même on continue de répéter que jamais Valentine Shortis ne sera acquitté par un jury de Beauhæ--
nois ; malgré qu'on pousse l’audace jusqu'à vous calomnier en disant que tel et tel des jurés nssermentés pour cette cause sont montés sur le banc de la justice avec la détermination arrêtée et exprimée d'avance de pendre l’accusé, malgré qu'on ose affirmer ouvertement
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qu'il s'en trouve parmi vous qui ont volontairement menti à la société, menti à Dieu, menti à leur conscience, en mettant la main sur les Saints Evangiles pour affirmer qu’ils allaient juger Valentine Shortis sans passion et sans préjugés, lorsqu’en réalité ils avaient d'avance décidé de l'envoyer à l’échafaud, malgré tout cela, messieurs, j'ai confiance en vous. J’ai confiance dans l’honorabilité de mes concitoyens, dans leur sens de justice, dans leur respect pour la religion du serment ; et en dépit de tout ce qu’on a pu faire et de tout ce qu'on a pu dire, j'ose affimer à mon tour, que pas un seul des jurés qui m'entendent ne serait capable d’un pareil parjure, ni d’une si infamante lâcheté. |
Ah! Messieurs, après les scènes émouvantes dont vous avez été les témoins, en présence de ce père accablé sous le poids de la douleur, de cette mère dont le cœur se brise, qui tous deux viennent vous réclamer leur seul enfant, est-ce bien du côté de la haïne et de la vengeance que doit pencher la balance de la justice ? N'est-ce pas piutôt du côté de la pitié et de la commisération ? Mais que mes adversaires ne s’alarment pas : ce n’est pas par des appels aux sentiments tendres du cœur que j'entends obtenir l’acquittement de celui dont je vais entreprendre la défense. Personne ne m'a chargé d’une pareille mission. Ce que je demande c'est la justice, cette justice aveugle et implacable lorsqu'il le faut, mais qui doit tout entendre avant de former ses jugements et de prononcer ses arrêts.
Cette justice, Messieurs, j'ai le droit de l’attendre de vous. Vous êtes les juges aujourd'hui, qui sait si démain vous ne serez pas jugés à votre tour ? N’avonsnous pas, durant l'instruction de cette cause, reçu de
la Providence le plus solennel des avertissements ? Vous avez tous vu ce saint Prélat * que son zèle apostolique plus encore que sa vieille amitié pour cette malheureuse famille, avait conduit jusque dans ce prétoire—En apprenant l'immensesdouleur dans laquelle ce père et cette mère désolés étaient plongés, il était accouru de loin pour verser dans leur cœur un peu de ce baume de consolation, dont plus que tout autre, le prêtre possède le secret, Qui de vous, en le voyant si plein de vigueur et de santé, se serait 1maginé que quatre jours après sa visite en cette enceinte, il serait étendu sans vie dans une chambre mortuaire ? Qui aurait jamais songé, lorsque nous l'avons vu prendre place sur le banc du juge, à l'invitation du président du Tribunal, que cet honneur serait le dernier qu'il recevrait ici-bas, et que huit jours plus. tard, il serait dans sa tombe, dormant de ce sommeil dont on ne se réveille jamais.
Quel avertissement pour nous tous, Messieurs, Qu'est-ce donc que lu vie ? Quelques années passées sous le glaive toujours menaçant de cette implacable Souveraine, la Mort.-—Puis, plus rien.—Je me trompe, il y a le verdict’ prononcé par le Grund Juge.—Profitons de cette terrible leçon. Prenons-en chacun notre part, nous qui sommes chargés de défendre l'accusé, en faisant notre devoir d'avocats, et vous qui êtes nos juges en cette cause, en prononçant un jugement dont vous pourrez rendre compte sans appréhension et sans frayeur devant le Juge Suprême. Vous êtes appelés à vous prononcer sur la vie ou sur la mort de l’un de vos semblables ; écoutez su défense sans faveur