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Le témoin ajoute :
“ A part ces quatre occasions, il est venu plusieurs “ fois à mon bureau et nous avons conversé ensemble.
“ Q. Quelle a été la date de sa dernière visite à “ votre bureau ?
“R. C'était en 1894. Je n'ai aucun souvenir de “ l'avoir vu durant le cours de l’année 1895. Je l'ai “ rencontré fréquemment dans la rue.
“ Q. Comment l’avez-vous trouvé sous le rapport “ de l'intelligence ; est-il à la hauteur des jeunes gens
“ de son âge ?
“KR. Moi, je le classerais au-dessus de la moyenne.”
Je viens de vous donner le résumé de la déposition en chef du témoin ; voyons maintenant comment il répond durant le contre-interrogatoire aux questions qu'on lui pose de la part de la défense.
Il commence d’abord par protester, comme la fait son collègue, Mr Ouimet, qu'il n’est pas expert et que l'opinion qu'il nous ‘’onne sur le compte de l'accusé n'est que le résuitat de ses impressions comme simple bourgeois et rien de plus.
“ Q. À part les quatre occasions où l'accusé est
venu vous consulter, combien de fois vous êtes-vous
rencontré avec lui pour causer ensemble ?
“KR, Je pourrais dire huit ou dix fois. Quelques
unes de ces conversation n'ont duré que quelques
minutes; je me rappelle qu'une fois, il est resté à
mon burean environ une demi-heure, peut-être trois
quarts d'heure
“ Q. Toutes les visites réunies ne dépasseraient pas
une heure de temps, je suppose ?
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“R. Peut-être plus, disons une heure et quart ou “ une heure et demie.”
Maintenant de quoi a-t-on parlé pendant ces courtes entrevues, lesquelles réunies toutes les dix ensemble, couvriraient à peine une heure et quart ou une heure et demie ?
Vous allez l'entendre :
L'accusé recevait une revue illustrée le “ Scribner Magazine”. Lorsqu'il avait fini de lire sa revue, il la passait au docteur Sutherland qui la lisait à son tour. Dans le numéro du mois d'octobre 1894, le Scribner Magazine publiait quatre ou cinq gravures représentant des wagons, de chemin, de fer tels que nous les avons au Canada et aux Etats- Unis, et d'autres tels qu'on les construit en Europe. Ces gravures illustraient un article publié par un écrivain qui, après avoir discuté les avantages et les désavantages des deux systèmes de wagon, terminait son écrit en exprimant l'opinion que les wagons de chemin de fer Européens étaient supérieurs à ceux qui sont en usage en Amérique, pour la raison que le chargement et le déchargement des marchandises s'opèrent plus rapidement et parce que le système en usage en Europe est plus commode pour les voyageurs. Vous savez qu'en Europe les wagons pour les passagers s'ouvr 16 sur les côtés et non dans les bouts comme les nôtres + qu’au lieu de former à l’intérieur une longue chambre remplie de sièges séperés par ume allée qui court d’un bout du wagon à l'autre, les wagons Européens sont divisés en plusieurs compartiments avec des sièges tout autour de ces compartiments
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Comme vous le voyez, la différence est bien simple. L'accusé qui avait vu ces gravures et qui avait probablement lu l’article, déclara au Dr Sutherthand qu'il préférait le système Européen au nôtre. Je vous laisse à juger s’il fallait une intelligence bien extraordinaire pour exprimer une opinion sur une chose aussi simple. Et remarquez bien, messieurs, que l’accusé venant des vieux pays avait une connaissance parfaite de la différence entre le système en usage en Europe et celui qu'on a adopté Ge préférence en Amérique.
“ Mais, dit le docteur Sutherland, il n’y a pas ex “ que cette seule conversation, je puis en citer une ‘“ autre : Une fois j'empruntai de lui un petit roman “intitulé “ Le docteur Jykill et monsieur Hyde ”. Je “ Jus ce livre, et quelque temps après, il me demanda “ ce que je pensais de ce roman. Je lui répondis que, “ d'après moi, le récit rapporté dans ce livre ne me “ paraissait pas vraisemblable, et que l’auteur foisuit “ jouer aux personnages de son roman des sôles qui “ sont en dehors de toute probabilité. Shortis me dit : “ Je ne suis pas de votre avis. Je crois qu'il existe dans “ le monde des gens comme ceux que l'auteur a voulu “ décrire.”
Ce livre, messieurs, a été produit au dossier et il en forme partie. Vous avez le droit de le consulter et de le lire en entier si vous le désirez.
Je puis vous dire d'avance que, sans vouloir déprécier le talent de l'écrivain, je suis entièrement de l'opinion du Dr Sutherland. L'auteur a voulu écrire un roman fantastique avec des personnages exagérés outre mesure.
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Vous avez là les deux seules conversations que le docteur Sutherland a pu vous rapporter. C'est de ces deux conversations que le docteur a tiré ses conclusions sur l'intelligence de Shortis. À nous maintenant de tirer les nôtres.
Quels sont les livres qui amusent le plus Îles enfants ? Vous le savez, messieurs, ce sont les livres dans lesquels il y a des gravures. Ceci vous explique l'affection particulière que Shortis, qui, d’après ce que nous ont dit une couple de témoins “is an overgrown boy ”,—“ un enfant dans le corps d’un homme fait ”, semblait avoir pour les revues illustrées.
L'enfant affectionne égaleinent les livres de contes : l’histoire de Riquet à la Houpe, le Petit Poucet avec ses bottes de sépt lieues, Aladin ou la Lampe Mer-
veilleuse, enfin tous les récits qui ont un caractère fantaisiste ou fantastique.
Tout cela c'est très bien chez un enfant ; mais que
penseriez-vous d'un jeune homme de vingt ans qui croirait que l’histoire du Petit Poucet avec ses bottes de sept lieux est parfaitement véridique et qu'il existe dans le monde des personnages de ce genre ? Vous le prendriez pour un fou, n'est-ce pas ? Eh bien, c'est, à peu de différence près, ce qu'a fait Shortis. Un écrivain de renom qui a une imagination.facile a écrit un livre intitulé “ Le docteur Jykill et monsieur Hyde.” C’est un espèce de conte fantastique. Le docteur Jykill est un homme qui professe les principes de la plus haute moralité et qui, grâce à ses vertus, jouit de la considération et du respect de tous. Puis, tout à coup, comme dans une espèce de fantasmagorie, cet homme vertueux se trouve métamorphosé en brigand, en
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monstre de la pire espèce ; c’est un homme sans âme, 11 sans conscience, sans cœur, qui tue pour le plaisir de | [7 tuer. Il tue un vieillard sans défense, il tue un en- Pour fant ; puis une heure après, il redevient lui-même, | aussi plein d'onction et de vertu que auparavant. | C’est comme l’histoire de Cendrillon qui, sous le | charme des enchantements d’une fée, reste belle comme le jour jusqu'à minuit, et qui, une fois le charme passé, redevient tout à coup le sale souillon 1 qu’elle était auparavant. C'est à ce roman absurde | auquel Shortis faisait allusion lorsqu'il affirmait qu'il existait dans le monde des personnages comme le docteur Jykill et monsieur Hyde, c'est-à-dire des gens qui peuvent se transtigurer à volonté. Il n’y a qu'un fou comme Shortis capable de croire de pareilles choses.
: | Voilà l’homme que monsieur le docteur Sutherland, 1 après lui avoir parlé huit fois, (ces huit fois réunies | formant une période d'environ une heure et quart),
IL | a trouvé si intelligent.
114 Prenons maintenant la déposition de monsieur LIEN Lewis Young, le contremaître de la carderie dans l'établissement de la filature et celle de M. James | Sparrow, le mécanicien en chef du même établisse- | ment.
| Les dépositions de ces deux témoins vont ensemble
et se complètent l’une par l’autre.
Messieurs, par le témoin Mornson, le ministère publie a tenté de nous représenter l'accusé sous les traits d’un politicien et d’un partisan zélé du Par-