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Jobard, vous vous en rappelez, avait poignardé une femme en plein théâtre, le 15 septembre 1851. Trois ou quatre jours après cet attentat, il écrit à ses parents la lettre dont je vais vous lire quelques extraits.
“ Mes bien-aimés parents,
“ Soyez tranquilles sur mon sort, je suis heureux “maintenant. Bientôt j'irai au Ciel prier pour vous.
“ Je désirais mourir; maintenant au contraire, je ‘“ demande une longue vie de souffrances. .... Priez, “ suppliez le Seigneur qu'il m'envoie des peines, des “ maladies, enfin tout ce qu'il voudra m'envoyer.
“Je viens vous raconter mon abominable vie: je “ voudrais trouver un mot qui soit plus expressif que “ celui d'abominable, Je commence par mon entrée “ chez les Frères.
“ Le commencement de la première année, je me “ suis très bien comporté sous tous les rapports...., “ En classe je travaillais, et vous devez vous rappeler “ que j'ai eu tous les premiers prix. Ma conduite du “ dehors ne ressemblait en rien à celle de la classe.
“Mes faibles études terminées, j'entrai dans la mai- “ son Théodore Thibault, sur les bonnes recomman- “ dations du cher frère directeur et de Mr Oligny.”
Vous voyez que Shortis n'est pas le premier fou qui a obtenu des lettres de recommandation.
Après avoir parlé de la mort de sa victime, il continue :
“ On ma conduit en prison ; j'étais calme et tran-
“ quille, je ne pouvais pas me rendre compte de ce
“ que j'avais fait; mais, le matin, quand je pensais | | 24
“ que J'avais offensé Dieu, lui qui est si bon et qui. ‘“ m'a donné la vie, oh! comme mes larmes ont coulé ! “ Et vous, mes chers parents, votre famille est désho- “ norée maintenant. Toi, ma pauvre sœur que j'ai- ‘“ mais tant, ton avenir est perdu. Oh! combien je prie le Seigneur de t'accorder la grâce de te faire religieuse !
“ Ma bonne sœur, tu as envie de te placer en ville; je t'en supplie, éloigne de toi cette pensée ; tu ne sais pas à quel danger une jeune personne est exposée. Si j'étais resté sous l’aile de mes parents, je ne serais pas dans la misérable position où je me “trouve. Reste près d'eux, prodigue-leur tous les “ soins dont ils ont besoin, surtout à ma pauvre mère “ qui a une santé si délicate.”
Il continue à raconter toute sa vie, puis il termine en ces termes : (j'en passe plus des trois quarts, cette lettre est très longue) :
‘ Espérons, mes chers parents, qu’à torce de larmes, ‘ de repentir, de souffrances, de prières, Dieu qui est “ si bon, me pardonnera...... Pensez à moi quand
vous prierez pour moi seulement, mais pas autre- “ ment, car je n'en suis pas digne..,... Je vous ‘“ embrasse de toute la force de mon âme.
“ Adieu !