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Gault, sa véritable physionomie, non-seulement il me faudrait vous la lire dans la langue dans laquelle elle a été écrite, mais il me faudrait vous la faire lire à vous-même. D'abord elle est émaillée par ci par là de fautes d'orthographe; et puis, naturellement la traduction de cette lettre aura pour effet de faire disparaitre bien des défectuosités que vous pourriez facilement apercevoir s'il vous était possible de la lire en anglais. Cependant malgré ce désavantage, j'ai dit que je vous en ferais la lecture et je tiens à être fidèle à ma promesse.
Voici cette lettre :
VALLEYFIELD, P. Q., 30 Janvier, 1894.
(Mercredi matin.)
“ C’est avec le plus profond sentiment d'horreur et “ d'indignation que j'ai entendu parler hier soir de cer- “ taines histoires que Mr Simpson avait fait circuler “ sur mon compte à Montréal, au sujet d’une conspira- “ tion organisée pour le tuer.
© “On m'avait bien dit qu’il se servirait de tous les “ moyens à sa disposition pour 1ne chasser de la ville, “ mais jamais je ne me serais imaginé qu'il aurait eu “ recours à cette histoire aussi ridicule qu'invraisem- “ blable qui fait de moi un conspirateur à la tête “ d'une organisation pour le tuer, “ Poirier qui autrefois était chef de la police ici, mais qui grâce à ses habitudes d’intempérance a perdu sa position, m'a informé ce soir que Mr Simpson l'avait p'ié de me dire que si je ne quittais pas la ville, il serait forcé de me faire mettre en prison pour avoir
conspiré contre sa vie. Le notif pour lequelle Mr Simpson est si désireux de me faire quitter la ville est qu’il déteste Mile Anderson et son frère, pour la raison que leur mère maintenant Mme McGuinness et lui sont en très mauvais termes. Le 24, ou vers le 24 ‘ du mois dernier, il m'a dit qu'à l'avenir je devrais ne plus parler à Mile Anderson ni à son frère, Sa raison était qu'il avait décidé de ne permettre à aucun de ses amis, ni à aucune personne employée dans la ‘ fabrique, d'avoir aucun rapport avec eux. N'est-ce ‘ pas là du boycotting sur une grande échelle ? Il me semble que par cette conduite, Mr Simpson a fait preuve d'un sentiment de rancune bien étroit, ‘ pour en dire le moins possible. Je ne ferais à aucun de mes amis l’insulte de me comporter vis-à-vis de Jui d'une manière aussi rude.
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“ Jugez du résultat :
# D'abord on m'ordonne de quitter la fabrique, et ‘ ensuite on porte contre mot une uccusation imagi-
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“ Au Canada, une histoire comme celle-là ne peut être considérée que comme ridicule. N’êtes-vous pas étonné, Mr Gault, de voir un homme faire des choses telles que celles que fait Mr Simpson, simplement ‘ dans le but de vexer une personne qu'il n'aime pas ? C’est passablement dur pour la personne qu’il choisit ‘ pour être l'intermédiaire de ses vengeances. Veuillez donc me dire ce que je dois faire. Je suis ici seul et sans personne pour m'aviser. Je verrai Mr Simpson ‘ce matin pour lui dire qu’il aura ma réponse d'ici à une semaine. Quelle idée absurde de songer que j'irais roder autour de la fabrique pour tuer quelqu'un. Je
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suis trop jeune pour me décider immédiatement sur la conduite que je dois tenir, mais je prie le Bon Dieu que vous veuilliez bien me dire ce que j'aurais de mieux à faire, et en attendant je vous demande de vouloir bien prier Mr Simpson de suspendre tous procédés pendant une semaine.
Vous avez été si bon pour moi par le passé que je compte sur vos conseils dans ce moment difficile. S'il m'est permis de demeurer ici, j'espère obtenir une position dans le bureau d’un marchand de bois. Si on me force de partir, que vais-je faire ? Dieu seul “ Je sait. Si vous teniez à entendre un rapport impar- ‘ tial de ma conduite depuis que je suis ici, Je suis confiant qu’en écrivant à n'importe quelle personne qui me connait, vous recevriez un rapport favorable. I] y a, vous le savez, plus d'une manière de raconter une histoire. N’aurez-vous pas l'obligeance de chercher à obtenir un rapport impartial avant de me juger ? Tout en vous remerciant d'avance du fond de mon cœur pour le conseil que j'attends de vous et pour vos bontés passées, et avec l'espoir que vous me pardonnerez tout le trouble que je vous donne,
“ Je demeure, cher Monsieur Gault,
“ Votre ami très reconnaissant, “EF, V. C. SHORTIS. ”
Que pensez vous de l’idée de Shortis, qui adresse une supplique sur le ton d’un écolier qui a peur de la férule et qui termine cette lettre destinée à l’un des princes du commerce au Canada dont il invoque la protection par les paroles que je viens de lire :
“ Je demeure, cher Monsieur Grult,
« Votre ami très reconnaissant. ”
Ne voyez-vous pas là un manque absolu des convenances les plus élémentaires et du plus simple bon sens ? On dirait à la fin que c'est Mr Gault qui est sous la protection de Shortis. Il traite Mr Gault d'égal à égal. “Je demeure, cher Monsieur Gault, votre ami très reconnaissant.” Assuréinent Mr Gault va se sentir à l'aise en apprenant qu'il a au monde uu ami comme Shortis.
Que de choses je pourrais vous dire au sujet du contenu de cette lettre ! Mais je me hâte de finir.
Messieurs, la lettre de Shortis auruit-elle été écrite sans fautes d'orthographe et en conformité avec toutes les règles requises par les convenances et le sens commun, que je vous dirais : Qu'est-ce que cela prouve ? Simplement que lorsqu'il l’a écrite, chose dont je doute fort, il avait son bon sens. Il avait son bon sens comme Jobard avait le sien lorsqu'il a écrit la lettre que je vous ai lue. La lettre de Jobard n'a pas empêché son auteur d'être déclaré aliéné dangereux et d'être renfermé dans un asile, pas plus que celle de Shortis ne pourra faire croire qu’il n’est pas un fou impulsif digne du même sort,
On nous dit (et on a fait de cette question le grand point de toute la cause): Comment expliquez-vous les paroles de Shortis lorsqu'après le premier coup de feu il a dit à Lowe : “ Ne bougez pas ou je tire sur vous ?” Comment expliquez-vous qu'il se soit retourné vers Loye au moment où ce jeune homme venait d'entrer dans le cabinet du téléphone ? Shortis ne savait-il pas que Loye allait téléphoner pour donner l'alarme et appeler du secours ? Comment expliquez-vous qu'il
ait cherché à faire sortir Lowe et le jeune Arthur Lebœuf de la voûte de sûreté? Comment expliquezvous ses paroles lorsqu'il a prétendu faussement que Loye gisait blessé dans une des salles de la fabrique ? Comment expliquez-vous son exelamation en apercevant le gardien Maxime Lebœuf. “ Mon Dieu ! Maxime, “ ou’est-ce qu'il y a donc ?” paroles qui ont été immédiatement suivies d’un premier coup de revolver qui a foudroyé Maxime Lebœuf et d’un second qui lui a donné le coup de grâce ? Comment expliquez-vous la persistance sauvage qu’il a mise à poursuivre le Jeune Wilson, ses coups de feu répétés sur lui jusqu’à ce qu'enfin il l'ait cru mort ? Comment expliquez-vous tout cela ? Tout cela ne démontre-t-il pas que Shortis savait ce qu'il faisait ?
Messieurs, à ces questions je vais répondre en prenant la liberté d'en poser quelques autres.
Henriette Cornier était-elle une folle ? Oui, ont dit les experts, et le tribunal a ratifié cette opinion en l’envoyant à l'asile. Savait-elle ce qu’elle faisait au moment où portant dans ses bras la petite fille des époux Belon, elle prenait en passant äans sa cuisine un couteau de boucher pour lui couper la gorge ? Savait-elle ce qu'elle faisait lorsqu'elle a apporté cette enfant dans sa chambre, qu'elle l’a placée en travers sur son lit avant de se servir de son couteau. et lorsqu'elle a approché un vase près du lit pour que le sang ne coulât pas sur le tapis de la chambre ?
Emmanuel Jobard a été déclaré fou par les experts et la cour a ratifié cette opinion en l’envoyant dans
un asile d’aliénés, Savait-il ce qu'il faisait lorsqu'il a :
acheté un poignard pour tuer quelqu'un, n'importe
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