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qui ? Savait-il ce qu’il faisait lorsqu'il s’est rendu au théâtre et qu'il a choisi un endroit favorable qui lui permit d'être plus à l'aise pour frapper au cœur une femme qu'il ne connaissait pas et qu’il n'avait jamais vue auparavant ?
Dominique Miller a été déclaré fou et par les experts et par les jurés assermentés pour le juger. Savait-il ce qu'il faisait lorsqu'il s’est acheté un pistolet,
.de la poudre et des balles pour aller en plein jour
dans une des rues les plus fréquentées de Marseille, assassiner l’homme qu'il croyait être le consul du Mexique, lequel disait-il, l'avait fait emprisonner à Barcelone, en Espagne ?
Hadfield était un fou et il a été déclaré tel par un jury Anglais à Londres, et cela, d'après les instructions du juge lui-même. Savait-il ce qu'il faisait lorsqu'il a été s'acheter un pistolet, de la poudre et des balles pour tirer sur le roi George IIT ? Savait-il ce qu'il faisait lorsqu'il s'est assuré une position avantageuse dans ic théâtre afin d'être sûr d'exécuter son dessein de tuer le roi? Savait-il ce qu'il faisait lorsqu'après avoir déchärgé son arme, il l’a laissée tomber par terre pour mieux cacher son identité ? Savait-il ce qu'il faisait lorsqu’en réponse aux questions qu'on lui posa sur le champ, il répondit : “ qu'il savait qu'il allait “périr sur l'échafsud, mais qu'il avait décidé d'en “ finir avec la vie et que tout ce qu’il regrettait, c'était “le sort réservé à la femme qui était son épouse, et “ qui continuerait de l'être pendant quelques jours “ encore ? ”
Oxford était lui aussi un fou et comme Hadfield il a été déclaré tel par douze jurés anglais. Savait-il ce
ce
qu'il faisait lorsqu'il s’est procuré deux pistolets, qu'il les a chargés et qu’il est allé guetter la reine Victoria ‘sur la route où il savait qu’elle devait passer ? Savaitil ce qu'il faisait lorsqu'il a déchargé ses deux pistolets l’un après l’autre sur elle ?
Répondez à mes questions d'abord, et si vous pouvez m'expliquer les actions d'un maniaque en délire, peutêtre alors pourrai-je à mon tour répondre aux vôtres.
Le docteur Anglin nous a dit: “ There is no know ing what a mad man might do.”--" Il est impossible de se rendre compte des actes d'un fou en délire.” Et les autres experts se sont exprimés à peu près dans les mêmes termes.
Messieurs, sans vouloir prétendre en savoir plus long que ces spécialistes distingrés, je vous dirai qu’en entendant rapporter les paroles de Shortis à Lowe et en cherchant à m'expliquer ses actes durant toute la durée de la tragédie, il m'a semblé qu'après le coup de feu accidentel, Shortis s'est cru perdu, il ne voyait plus autour de lui que des ennemis qui allaient se ruer sur lui pour l'égorger et il a tiré sur tout le monde dans la pensée qu’il défendait sa vie.
Mais, à votre tour, comment expliquez-vous que Shortis ait brisé en morceaux le récepteur en fer du téléphone, cet instrument enveloppé de cette matière dure qui ressemble à de la gutta percha ? Vous savez qu'aucune de ses victimes n’a été frappée par autre chose que par des balles. Comment expliquez-vous que ce récepteur ait été trouvé à l'autre bout du couloir ? Comment expliquez-vous qu'il ait brisé sa canne en deux ? Comment expliquez-vous qu'il ait tordu de manière à la rendre presque méconnaissable
la lampe du bureau ? Qu'a-t-il fait de la cheminée en verre dont cette lampe était pourvue et qui n'a été retrouvée nulle part ? Comment expliquez-vous le fait qu'il a fourré son gilet de laine tout humide de sang dans un crachoir à demi rempli d’eau et de crachats ? Comment expliquez-vous que pendant les trois heures qu'il a passé dans le bureau de la fabrique les trois ou quatre lampes électriques sont demeurées allumées tout le temps ? Comment se fait-il qu’il n'ait pas cherché à fuir ? e
On nous dit : “Shortis a traîné le cadavre de Maxime “ Lebœuf jusqu’en bas de l'escalier conduisant à un “ étage inférieur et pour cela il s’est servi des bretelles “ de Lebœuf avec lesquelles il lui a lié ensemble un “ bras et une jambe; son dessein était de faire “ disparaître le corps de Maxime Lebœuf, de peur “que quelqu'un en arrivant dans le couloir du “ bureau ne s’aperçût du meurtre.” Vraiment! vous êtes bien sûr que tel était son objet ? Mais, alors pourquoi n'aurait-il pas fait disparaître également la grande mare de sang qui traversait le couloir et que n'importe qui aurait pu appercevoir en approchant ?
Vouloir expliquer comment un fou dans un de ses accès de délire peut aller, venir, parler, agir avec un semblant, une apparence de raison, ce serait tenter d'approfondir un des mystères de la nature. Le fou agit alors comme le somnambule qui rêve, comme l’homme ivre dans la frenésie de l'ivresse. L'ivresse vous le savez, produit une folie, qui pour n'être que passagère n’en est pas moins réelle ; et si la loi n'a pas voulu décharger de la responsabilité de ses actes, l’homme enivré jusqu'à la frénésie, ce n’est pas parce
que cet homme qui w perdu temporairement la raison par l'effet de l'ivresse ne doit pas être considéré comme un fou et un irresponsable, mais simplement parce qu'il s'est lui-même volontairement mis dans cet état de folie. L'homme dans la frénésie de l'ivresse est donc aussi complètement fou que le lunatique ou le maniaque que l'on renferme dans les asiles d'aliénés. Eh bien, ce fou là vous l'avez fréquemment observé. Ne l'avez-vous pas vu aller à droite, à gauche, se croire insulté pour un mot inoffensif, chercher querelle à tout le monde, frapper avec fureur. Il questionnera son adversaire, il répondra aux questions qui lui sont posées ; ses paroles, ses actions semblent s'enchaîner et suivre un certain ordre logique ; et pourtant durant cet accès de délire, c’est un fou, un véritrble fou, qui ne sait pas ce qu'il fait et qui ne serait pas tenu responsable de ses actes s'il ne se fût luimême mis dans l’état où il est.
Suivons la carrière de cet homme un peu plus loin. Il continue à s'enivrer pendant plusieurs jours, et de la frénésie de l'ivresse le vo là dans le delirium tremens. Sa folie, ce jour là, ne sera ni plus intense ni plus accentuée que la veille, et cependaut, dans cet état, la loi le déclare tout à fait irresponsable, malgré qu'il agisse exactement comme il agissait la veille lorsqu'il était dans la frénésie de l'ivresse.
Donc un fou, dans un accès de fureur peut parler, agir, raisonner en apparence avec un semblant de
. logique et cependant ce fou n’en demeure pas moins q
un maniaque en délire et un irresponsable.
Shortis a donc pu faire tout ce qu'on lui attribue et cependant être dans un accès de folie qui lui enle-
vait tout contrôle sur lui-même et toute intelligence. Ce n'est donc pas parcequ'il a dit à Lowe :‘“ Ne bouge pas ou je tire,” qu'on est en droit de conclure à l’encontre des affirmations des médecins spécialistes qu'il devait être dans ce moment-là, maître de son intelligence et qu'il devait savoir ce qu'il faisait. Et le même raisonnement s'applique à chacun des actes qui lui-sont reprochés durant la tragédie.
Je reviens aux experts :
On a attaqué ces quatre médecins avec une espèce de rage. On les a traités non pas comme des témoins dont on a le droit de mettre la science à l'épreuve, mais comme des adversaires qu'il faut terrasser. On a cherché partout, on a fouillé dans leurs écrits, dans les livres qu'ils ont publiés, dans leurs discours, pour tacher d'y trouver quelques phrases détachées, quelque opinion qui seraient en contradiction avec leurs affirmations présentes. Ainsi on demande au docteur Daniel Clark de Toronto : “ N’êtes-vous pas pro- “ fesseur de science médico-légale à l’université de To- “ ronto, et n’avez-vous pas écrit un livre sur la science ‘ médico-légale et nommément sur la Folie?” Oui, ‘ répond le docteur, mais ajoute-t-il, le livre que vous “ tenez à la main n'a pas été publié par moi; ce livre “ contient mes conférences données à mes éièves de “ l’université que l’un d'eux a recueillies au moyen “ de la sténographie. Cpendant, dit-il. j'accepte la res- ‘ ponsabilité de ce que contient ce livre.” — N’avez- “ vous pas prétendu dans une de ces conférences, lui. “ demande le savant avocai, que l’idiot était un être
pèce oins uve,
On lans Dour ueleurs docpro-
To-
nce
Oui,
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, lui.
être
“ tout-à-fait inconscient et que l'imbécile dans la clas- “ sification qu'on doit en faire vient immédiatement “après les animaux, qui, sous le rapport de l’intelli- “ gence, occupent le haut de l'échelle parmi les ani- ‘“ maux, tels que le chien, le singe, l'éléphant ?
“Oui, répond le docteur mais c'est là le bas de ‘“ l'échelle pour l’imbécile. Il y a différents degrés et “ l'on trouve des imbéciles beaucoup plus intelligents “ que ceux-là. Lisez à quelques pages plus loin dans le “ même livre et vous y trouverez cette explication “en toutes lettres.” Le témoin ajoute : “ D'autres ‘auteurs, cependant ont fait une classification quel- “ que peu différente et attribuent à l'idiot un peu plus “ d'intelligence. Ce n’est là qu'une question de classi- ‘“ fication.”
Un peu plus tard le savant avocat qui l’interrogeait lui demande : “ N'est-il pas vrai que dans un grand “ congrès de médecins réunis à Washington, vous avez “ fait une conférence en présence des membres de ce congris et que là vous avez exprimé l'idée que “la folie circulaire ” avait sa source dans le magnétisme animal ?”--* Oui, répond le docteur. C'était une idée nouvelle qui méritait d’être étudiée et c’est pour cette raison que j'ai attiré l’attention des membres de ce congrès sur cette idée.”
Mon savant ami continue : “ N'’est-1il pas vrai que tous les membres présents ont rejeté votre opinion ?” —Non dit le docteur. L'idée étant nouvelle, personne n'était prêt à la discuter. Il y avait là des savants venus de tous les pays du monde et quelques-uns
ont dit que cette idée valait certainement la peine “ d’être étudiée.”
Sousse. dla
Et c’est avec de semblables raisons qu’on veut vous faire croire que le docteur Daniel Clark n’est pas compétent à donner des opinions sur l’état d’un imbécile et d'un fou impulsif, deux classes de fous dont plus de la moitié des asiles sont rempli.
Messieurs, le meilleur juge d’un avocat c'est un autre avocat, le meilleur juge d'un médecin c'est un autre médecin. Un jour, les médecins les plus éclairés du monde ont jugé à propos d'inviter le docteur Daniel Clark à une réunion tenue par eux à Washington, n'est-ce pas là le meilleur certificat de savoir et de compétence qu'on put lui décerner ?
Mais on dit: “ La preuve constate que lorsque le # Docteur Daniel Clark a émis sa théorie nonvells au “ sujet de la cause de “la folie circulaire,” le plus “ grand nombre des médecins présents n ‘ont pas paru ‘“ partager son opinion.”
Quand ce serait le cas, cela prouverait-il que le docteur Clark ignore ce que c’est que “ la folie circulaire ?” Tous les jours on invente des théories nonvelles au sujet de ce qui constitue l'essence et l’origine du feu, de l'électricité, de la lumière, s’ensuit-il qu’on ignore les propriétés et les effets de cès phénomènes de la nature? Il est permis à l’homme de science de rechercher de nouveaux horizons et de faire de nouvelles découvertes.
On demande au docteur Buck : ‘“ Mais ne vous est- “ il pas arrivé de vous tromper dans votre diagnostic “ en faisant l'examen d’un homme soupçonné d’être “ fou?” La réponse a paru surprendre nos adversaires et certes, j'avoue qu'il y avait de quoi créer de l'étonnement.
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Voici cette réponse :
“ J'ai eu dit-il à faire l'examen non pas de plusieurs “ centaines, (remarquez-le bien, Messieurs), mais de ‘“ plusieurs milliers de fous, et je ne crois pas m'être “ trompé trois fois ! ”
Et si par hasard il se fût trompé, le remède était facile. Ne vous imaginez pas que, avec la protection dont nos lois entourent la liberté du citoyen, on puisse bien aisément tenir enfermé dans un asile une personne qui est en possession de toutes ses facultés. L'erreur, si erreur il y avait eu, aurait dans
‘chaque cas donné lieu à une poursuite immédiate de-
vant les tribunaux et à une revendication éclatante.
Mais allons un peu plus loin Messieurs, disons si l'on veut que le témoignage de ces quatre médecins laisse un doute, que leurs conclusions scientifiques ne sont pas sûres, que leur expérience n'est pas suffsante et que leur savoir est problématique. Disons, comme on l’a insinué, que l'argent peut tout faire, même acheter la conscience des hommes de science ? Que restait-il à faire alors ? La société va-t-elle être laissée à la merci de ces quatre témoins ignorants ou de mauvaise foi ? Non assurément: Il y a d'autres asiles d’aliénés au Canada et sur le continent qui ont à leur tête des médecins spécialistes expérimentés, qui, eux n’ont pas vu l'or de Mr Shortis,; faisons-les venir, Ceux-là ne manqueront pas de tout rectifier et de nous mettre sur la véritable piste. Ecoutez-les . On va leur demander : ‘“ Shortis est-il un imbé-
“cile moral et intellectuel? Non.”-—‘ Shortis est-il
“ un fou impulsif ? Non.”—"“Shortis est-il un maniaque
‘ homicide ? Non.”—“EÆEst-ce vrai que chez le fowimpul- ‘“ sif le délire et la fureur peuvent être provoqués:par “un choc nerveux ? Non.”—“Shortis savait-il ce qu’il “ faisait durant la tragédie du Ler mars dernier ? Oui.” Voilà la preuve qu’on va vous fournir assurément. Messieurs, le ministère public a fait venir de Montréal deux médecins aliénistes, deux spécialistes comme le sont les docteurs Anglin, Charles E. Clark, Daniel Clark et Maurice Buck. Vous les connaissez tous deux, l’un d'eux est le médecin attaché à l'asile St- Jean-de-Dieu à la Longue-Pointe, l’un des plus considérables du Canada, c’est le docteur Villeneuve ; l'autre plus âgé est aussi un spécialiste distingué, c'est le docteur Girdwood. Vous les avez vus tous les deux prêter une oreille attentive à toute la preuve, prendre des notes, consulter des livres, enfin se préparer à répondre sur tous les points. L'un d'eux, le docteur Villeneuve a insisté pour aller dans la prison examiner l'accusé en même temps que les quatre médecins de la défense. Il est demeuré avec eux pendant tout le temps qu'a duré l'examen ; il y a pris part ; il a questionné l'accusé, enfin il a fait ce que'les médecins appellent le diagnostic complet de l'accusé. Assurément ce n’est pas par parade que ces médecins appelés par le ministère public sont venus passer quatre semaines ici. Ils vont parler à la fin; nous allons les entendre. Eh quoi! ils s'en vont? Pas un mot pour nous démontrer que ces quatre charlatans achetés par Mr Shortis sont venus ici pour vous trom- . per? Non, ils s'en vont, vous dis-je, on n’osera pas les faire entendre. Et vous hésiteriez, après cette fuite, après cette déroute, à donner votre confiance aux quatre savants qui vous ont donné leurs conclusions ?
\puls par qu'il Oui.” 1t.
fontnine aniel ; tous e Stplus euve ; ingué, y tous reuve, > préux, le prison quatre k pena pris ue les AceUsé.
decins passer : DOUS Pas un latans tromra pas e fuite, 8 Aux sions ?
Messieurs, je m'honore de connaître personnellement le docteur Villeneuve. C’est un homme de
science et un honnête homme. Convaincu comme il
devait l'être que les quatre médecins de la défense n'avaient dit que la vérité, il n’aura pas voulu consentir à venir dire autre chose que ce qu’il savait être vrai. Au reste s’il eût osé s'aventurer dans la tentative dangereuse de chercher à contredire les experts de la défense, j'avais devant moi un petit livre dont il est l'auteur, qui l'aurait fort embarrassé et il le savait. Non, il n'aurait pas pu contredire nos experts. Il y a plus, à ma demande spéciale, le docteur Villeneuve avait apporté avec lui toutes les preuves sur lesquelles il s'était basé pour interner quatre personnes dont je me dispenserai maintenant de donner les noms. J’avais trois questions à lui poser. Je lui aurais dit : 10. Supposons, docteur, qu'au lieu d'être le médecin surintendant de l'asile de Saint-Jean de Dieu,vous auriez été le surintendant de l'asile de Clonmel en Irlande ; supposons de plus, que dans le but de faire interner son fils comme fou impulsif, comme maniaque homicide, Mr Shortis, le père, serait venu vous voir, muni de tous les témoignages qui ont été pris en Irlande et dont la lecture nous a été donnée ici ; auriez-vous admis ce jeune homme à l'asile sur cette preuve ? Voilà quelle aurait été ma première question. S'il eût dit non, alors je lui aurais posé la seconde question que voici : 20. Veuillez produire le dossier dans chacun des quatre cas dans lesquels je vous ai requis d'apporter les preuves, et dites-moi s’il n’est pas vrai que la preuve dans le cas de Shortis est cent fois plus forte, cent fois plus concluante que celle que vous avez eue dans aucun
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des quatre cas en question et sur l’autorité de laquelle vous avez admis chacun de ces quatre patients à l'asile de Saint-Jean de Dieu ? Je connaissais chacun de ces cas personnellement.
Si, au contraire, à ma première question, il eût répondu : “ Oui, j'aurais admis Shortis à l'asile sur “ cette preuve,” alors venait la troisième et dernière question.
30. Est-il jamais arrivé qu'on ait condamné pour meurtre un fou pris dans un asile d’aliénés ? A-t-on jamais fait sérieusement un procès pour meurtre, soit ici au Canada, soit dans aucun pays du monde, à un fou que l’on prend dans un asile d’aliénés pour le conduire devant le tribunal de la justice ?
Messieurs, pareille chose ne s’est jamais vu et le docteur Villeneuve n'aurait pu répondre que négative. ment à cette dernière question.
Vous vous rappelez le récit que vous a fait le docteur Charles E. Clark de Kingston, de la mort du docteur Metcalf, son beau-frère, poignardé par un des fous impulsifs internés dans l'asile. A-t-on envoyé ce pauvre fou à l’échafaud ? Non. On s’est. contenté de lui faire un simulacre de procès ; le docteur: Clark nous dit qu'il a été le seul témoin examiné. Ce malheureux fut acquitté de l'accusation de meurtre et renvoyé dans son asile où il est encore.
Eh ! Messieurs, un fou dont la place devrait: être à l'asile est-il moins fou parce qu'on le laisse en liberté ? Si à la date de la tragédie, Shortis était un fou im. pulsif dangereux qui aurait dû être interné, est-ce parce qu'on l'a laissé en liberté qu’il sera moins fou et
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‘31 Pour couvrir et masquer le silence et le départ du docteur Girdwood et du docteur Villeneuve, on a cherché une excuse. On a dit : “ Ni le docteur Girdwood “ ni le docteur Villeneuve n’ont jamais examiné l’ac- “ cusé avant le procès. Le docteur Villeneuve quelques ‘“ temps avant la date fixée pour le procès, s’est pré- ‘“ senté pour examiner Shortis, mais ce dernier a “ refusé de se laisser examiner en disant que ses avo- “ çats lui avaient conseillé d'en agir ainsi.”
Messieurs, si le docteur Girdwood n'a pas examiné l'accusé, c’est parce qu'il n’a pas voult le faire. Il y a près de cinq semaines que tous les experts, tant ceux de la poursuite que ceux de la défense sont ici, il n'avait qu'à le visiter dans sa prison où il aurait pu le voir trois fois par jour pendant cinq semaines s'il en eût manifesté le désir.
Le docteur Villeneuve a été un peu plus zélé. Il a exarriné Shortis une fois et il a paru satisfait de ce qu'il avait appris dans le cours de cet examen.
Est-ce avec une excuse aussi boiteuse que celle offerte par les avocats du ministère public, qu’on réussira à nous faire croire que, si les deux experts de la poursuite n'ont pas été appelés comme témoins, ça été pour la raison que Shortis avant le procès avait refusé de se laisser examiner, et parce que le docteur Girdwood n'avait pas cherché à le visiter ni avant ni durant le procès ?
Il n'est pas rare, nous à dit le docteur Buck, de voir un patient refuser tout d'abord de se faire exa-
miner: Mais dans ce cas le devoir du médecin est de
répéter ses visites et de persister jusqu'au bout, Shortis avait dit que ses avocats lui avaient conseillé de ne
pas se laisser examiner. Cette affirmation de Shortis était incorrecte. Shortis avait probablement mal compris. Il était facile dans tous les cas de remédier à ce malentendu. Pourquoi Mr le docteur Villeneuve ne s'adressait-il pas à mes collègues ou à moi? Je suis l'avocat de Shortis depuis le 4 Mars dernier aux vu et su de tout le monde. J'aurais été enchanté de donner au docteur Villeneuve toutes les facilités possibles pour lui permettre d'examiner mon client. Je l'aurais accompagné au besoin et je suis convaincu que mes deux collègues en auraient fait autant. Personne ne m'a jamais soufflé mot de cela et la première nouvelle que j'ai eue de la tentative du docteur Villeneuve, ça été par la déposition de Mr Vallée, ici, à l'audience. Cette excuse n'était évidemment qu’un prétexte.
Et remarquez cette circonstance: IL est évident
pour tout le monde que le témoin le plus compétent
pour rous faire connaître un fait de ce genre, le refus du patient de se faire examiner par le médecin, c'est le médecin lui-même. Nous avions intérêt à savoir si le docteur Villeneuve tenait réellement à examiner Shortis et si oui ou non cette tentative supposée n'était pas simplement une feinte, une déception. C’est donc le docteur Villeneuve qui était le
témoin le plus compétent à nous raconter cet incident.
Est-ce lui qu'on a appelé? Non, c'est Mr Vallée, le gouverneur de la prison. Mais Mr Vallée ne connaissait rien de la sincérité des intentions du docteur
‘Villeneuve ; pourquoi a-t-on laissé celui-ci.dans l'ombre ‘ pour lui substituer Mr Vallée ? Pourquoi ? Je vais le
dire. | En vertu de loi, du moment qu’un témoin est asser-
hortis | comer à ce ive ne Je suis ux vu donner »ssibles l'aurais ue mes ersonne ré nouleneuve, udience.
xte.
évident mpétent renre, le nédecin, térêt à ellement entative e décepétait le incident.
allée, le connaisdocteur s l'ombre © vais le
st asser-
menté par l’une ou l’autre des parties, quand ce ne serait que pour produire une lettre ou un exhibit quelconque, ce témoin s'expose par là même à tout le feu du contre-interrogatoire de la partie adverse qui, alors a le droit de lui poser toutes les questions qu'elle jugera nécessaires, pourvu bien entendu que ces questions aient trait à la cause. Nos adversaires connaissaient cette règle de la preuve. Aussi se sont-ils bien gardés de faire assermenter le docteur Villeneuve même pour prouver le fait insignifiant du refus de Shortis de se laiser examiner. Ils ont préféré faire prouver ce fait d’une manière plus ou moins boiteuse par Mr Vallée plutôt que de s'exposer à voir le docteur Villeneuve aux prises avec son propre livre et forcé, au grand regret des Messieurs de la poursuite, de corroborer sur tous les puints les témoignages des médecins experts de la défense.
Quant au docteur Girdwood, on ne s'est même pas donné la peine de chercher une excuse. Il est disparu mystérieusement vers la fin du procès sans tambour
ni trompette.
Mais supposons que ni l’un ni l’autre de ces experts n'avait eu l'occasion d'examiner l'accusé ; qui les empêchait de venir nous donner leur appréciation de tous les faits consignés dans la preuve prise en Irlande et de tous ceux qui nous ont été relatés ici. devant le tribunal par les témoins du Canada ? Non, on à eu peur de les exposer au contre-interrogatoire dé la défense et à la grande surprise de tout le mondes ces deux Messieurs sont disparus tous deux sans rien dire.
Pour pallier le mauvais effet que ne pouvait man-
quer de produire la d'sparition des experts appelés par le Ministère public, nos adversaires se sont certe avec em phase :
“ Mais si vous pensiez que le témoignage de ces
experts vous serait si favorable, pourquoi ne les avez- “ vous pas fait entendre comme témoins de la dé- “ fense ? ”
Eh ! Messieurs, la réponse est hien simple. Ces Messieurs étaient sensés nous être hostiles ; du moment qu'ils s’en alluient sans rien dire, leur silence et leur retraite devenaient une corroboration évidente du témoignage de nos propres experts, une admission tacite que leurs déductions et leurs conclusions étaient exactes. C'était tout ce qu’il fallait à la défense. nez n'avions rien autre chose à leur demander.
Messieurs, parmi les symptômes et les signes irrécusables de l’imbécillité morale et intellectuelle et de la folie observés par les experts de la défense, tant dans la preuve contenue dans la commission d'Irlande que dans celle faite ici devant le tribunal, il s’en trouve un que vous avez pu constater vous-même et qui, j'en suis sûr, n’a pas échappé à votre propre observation. Je veux parler de l'indifférence complète de l'accusé, de son stoïcisme, de son manque absolu de sensibilité. Il a vu son père abîme dans la douleur ;: il a vu sa pauvre mère fondre en larmes ; nous avons été témoins des scènes les plus navrantes ; à un moment
dônné, l'émotion était à son comble et se trahissait
sur tous les visages, plus d’un sanglot s'est fait entendre dans l'auditoire ; tous, nous étions pris
d'une pitié’ profonde pour ces pauvres parents qui
semblaient avoir concentré sur cet enfant tout ce qu'ils avaisnt au cœur de dévouement et d'amour ; une seule personne dans l'auditoire est demeurée l'œil sec et le regard froid, complètement indifférente à ce douloureux spectacle, et cette personne, vous l'avez tous remarquée, c'était le prisonnier à la barre.
Il y a plus encore. Un incident s’est produit sous vos yeux et les siens. Sa mère est insultée par des témoins de la poursuite qui sont venus s'asseoir près d'elle afin de mieux jouir de son martyre. Sous prétexte de causer ensemble, ils parlent sur un ton assez élevé pour être entendus par elle ; ils prennent un plaisir cruel à prédire la mort sur le gibet de son fils adoré, de son seul enfant. Cette pauvre mère se prend à pleurer à chaudes larmes ; le père se lève, sous le coup d’une indignation qu'il ne peut plus maîtriser. Il menace de souffleter au visage ces insolents. Une lutte est sur le point de s'engager. Vous n'avez pas oublié cette scène. Sa mère est là qui vient d’être insultée ; son vieux père âgé de près de cinquante ans est en face de deux hommes forts et vigoureux qui, d’un coup peuvent l’étendre à leurs pieds. Tout le monde se lève. Tout le monde partage l’indignation de ce père
qu'on outrage et la douleur de cette mère qu'on
insulte. Seul l'accusé demeure impassible et indifférent,
Et quoi ! ce jeune homme de vingt ans, il voit son père menacé, sa mère insultée et le sang ne lui montera.pas même à la joue ? Mais sans doute il va bondir de son siège ; il va se précipiter en dépit de ses gardes vers s0n vieux père pour le protéger ; il va voler auprès de sa mère pour la venger et la consoler. Non,