‹ Affaire Shortis [microforme]Chapitre 76 sur 83 · PET · texte numérisé non relu

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vous justifier? Non, car elle vous enjoint de ne pas punir celui qui n’a pas la responsabilité de ses actes. Est-ce la loi de Dieu ? Ecoutez ce que disent les Saintes Ecritures :

Je cite l'Evangile selon St-Mathieu, chap, 5ième. verset 4ième :

“ Jésus parcourait toute la Galilée, enseignant dans “les synagogues, prêchant la bonne nouvelle du “ royaume et guérissant toute maladie et toute intir- ‘“ mité parmi le peuple. On lui amenaït tous ceux qui “ souffraient de maladies et de douleurs de divers “ genres, des démontiaques, des lunatiques, des paraly- ‘tiques, et \ les quérissait.”

Voilà, Messieurs, l'exemple et le précepte que je trouve dans le livre sacré, le même qu'on vous a mis dans la main lorsque vous avez pris Dieu et sa sainte parole à témoin que vous alliez rendre justice à l'accusé. Le Christ n'a pas dit: Les démoniaques et les lunatiques, il faudra les envoyer à l’échafaud, non, il les laissait s'approcher de lui et les guérissait,

Messieurs, ni vous ni moi ne possédons le don de guérir les lunatiques, mais le devoir que ces paroles du livre sacré vous impose, c'est de livrer le malheureux que vous avez devant vous à ceux qui ont acquis ce don, au moyen de la science. Rappelez-vous bien, Messieurs, que votre mission n’est pas d'accomplir un acte de vengeance, mais de faire une œuvre de justice et d'humanité.

Messieurs, ma tâche est maintenant terminée et il ne me reste plus que quelques mots à vous offrir.

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Qn dit dans le langage naïf du peuple que ceux qui sont privés de la :aison ont reçu la visite de Dieu. Oui, Messieurs, rien n'arrive sans la volonté de Dieu.

Mais il n'y a pas que ceux-là que la divine Providence juge à propos de soumettre à de douloureuses épreuves, à de poignantes angoisses. Dieu, par sa visite, vient quelquefois jeter un voile de deuil sur des familles entières afin de mieux connaître les siens en les soumettant à l'épreuve du malheur. Deux familles, vivant parmi vous ont ainsi reçu la visite de Dieu; deux nobles victimes sont tombées lorsqu'elles étaient toutes deux au poste du devoir.

Ah! n'en doutez pas, ceux-là ont reçu là-haut la récompense que méritent au ciel comme sur la terre les forts et les courageux, qui ont fidèlement accompli leur tâche.

Les êtres aimés qu’ils ont laissés pour déplorer leur perte sont à plaindre assurément, mais sont-ils réellement plus dignes de pitié et de compassion que le pauvre lunatique qui a été la cause involuu’aire de leur affliction et de leur deuil, et qui, aujourd’hui n'a pus d'autre perspective que celle d'aller passer toute «, vie dans un asile d'aliénés ?

Eé la famille de l'accusé, n'a-t-elle pas eu ses épreuves, elle aussi ? Quel avenir malheureux lu visite de Dieu n'avait-elle pas réservé à ce brave père et à cette mère si dévouée ? |

Ce fut pour eux un joyeux jour, pourtant, que celui de la saint Valentin, le 14 Février 1875. Un enfant venait de naître et c'était un garçon! Cet'enfant venait au monde un jour de fête, un jour de gala, le jour da la saint Valentin. Quelle joie! Tous deux

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étaient dans l'ivresse du bonheur. Aussi, il sémble qu'on ait voulu attacher à son existence, un caraétère de gaieté et de plaisir perpétuels, et à son baptême on lui donna le nom de Valentin.

On dit qu'auprès du berceau rose des petits enfants qui viennent de naître, un ange descendu du ciel, vient se poser pour se constituer son ami et son protecteur pendant sa vie; mais au berceau de l’accusé, à côté e son ange protecteur aux ailes blanches, un autre ::: ‘t prendre place: c était le sombre

démon de la Foi. ange horrible au pied fourchu et

au regard de vipère. Oh! pendant que la maison résonnait de cris d’allégresse et que tout, jusqu’au soupir de cet enfant, invitait au plaisir et à la félicité la plus complète, l'affreux démon de la folie, caché dans l'ombre, ricanait d’un rire sardonique. Il me semble l'entendre se dire à lui-même :

Riez et badinez dans vos heures oikives ; Moi, je ferai passer vos bouches convulsives Du rire au grincement de dents !

Hélas ! dans la lutte qui devait s'engager entre ces deux anges, ce fut celui de la Folie qui lemporta. C’est lui qui, dans l'horrible tragédie du premier mars dernier mit un nuage ensanglanté devant les yeux de ce jeune homme de vingt ans. C’est lui qui, das une même nuit, en a fait un triple assassin. C’est lui qui l'a conduit enchaîné jusqu’au pied de ce tribunal.

Ah ! messieurs, si, oubliant teute cette longue série de faits qui établissent au-delà de tous doutes l’insanité de ce jeune homme ; si, négligeant les affirmations positives des quatre savants qui sont venus vous

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: donner le résultat de leurs longues études et de leur expérience ; si, demeurant sourds à tout ce que vous avez entendu, vous persistez à ne voir dans l'accusé

qu'un criminel lorsque tout vous désigne un fou, à

- vous la responsabilité ; condamnez-le, frappez-le sans

pitié ; mais, si telle est votre immuable détermination, n’en restez pas là : ayez jusqu’au bout le courage de votre œuvre. Venez ici le jour de son exécution, venez voir monter Valentine Shortis sur l’échafaud. Si, ce jour-là, vous le trouvez aussi indifférent à son sort qu'il l’a été devant ce tribunal, au spectacle du désespoir de son père et des larmes de sa mère, si, après l'avoir vu mourir sans émotion, sans amour et sans haine, vous êtes enfin convaincu que vous avez condamné un fou, peut-être alors un regret ou un remords viendra-t-il se loger au fond de vos consciences, et que, pendant longtemps, ce remords empoisonnera vos jours et troublera votre sommeil.

Mais non, laissez-moi écarter cette désolante peinture, ces sombres appréhensions. Non, non, jamais vous n'aurez de semblables regrets ni de si amers souvenirs. Fidèles à votre serment, vous déclarerez, appuyés sur la preuve écrasante qui a été produite devant vous que Valentine Shortis, au premier mars dernier, était un irresponsable, un fou, et que l’affreuse

tragédie dont il a été l’auteur à Valleyfield n'a été

que }’cte d'un lunatique.

= Votre verdict ne rendra pas à la liberté celui dont les instincts de maniaque délirant sont si dangereux pour:.la société. Il ira, ce malheureux jeune homme, rejoindre dans un asile ceux qui sont des fous comme lui. Il ira passer le reste de ses jours avec cet Edwards

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