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VENT SUSCEPTIBLE DES ACTES DE LA PLUS GRANDE ‘ VIOLENCE

Remarquez encore ce fait que rapporte le même docteur :

* Les brigands, lors du massacre des prisons à Paris, “ (l’auteur fait ici allusion à l’une des scènes les plus ‘ regrettables de la révolution française), s'introdui- “ sirent en forcenés dans l’hospice des aliénés de “ Bicêtre, sous prétexte de délivrer certaines victimes “ de l’ancienne tyrannie qu’elle cherchait à confondre “ avec les aliénés, ils vont en armes de loge en loge ; “ils interrogent les détenus, et ils passent outre si “ l'aliénation est manifeste. Mais un des reclus retenu “ dans les chaînes, fixe leur attention par des propos “ pleins de sens et de raison et par les plaintes les “ plus amères. N’était-il pas odieux qu’on le retint aux ‘ fers et qu'on le confondit avec les autres aliénés ? Il “ défiait qu'on pût lui reprocher le moindre acte d’ex- “ travagance ; c'était, ajoutait-il, l'injustice la plus “ révoltante. Il conjure ces étrangers de faire cesser “une pareille opression et de devenir ses libérateurs. “ Dès lors il s'excite dans cette troupe armée des mur- “ mures violents et des cris d’imprécations contre le “le surveillant de l’hospice; on le force de venir ‘rendre compte de sa conduite et tous les sabres sont. “ dirigés contre sa poitrine. On l’accuse de se prêter “dx vexations les plus criantes, et on lui impose “ d’abord silence quand il veut se justifier. Il réclame “en vain sa propre expérience en citant d’autres “exemples semblables d’aliénés nullement délirants, “ mais très redoutables par une fureur aveugle: on “ réplique par des invectives, et sans le courage de son

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“ épouse qui le couvre pour ainsi dire de son corps, il “ serait tombé plusieurs fois percé de coups. On or- “ donne de délivrer l’aliéné et on l’'emmène en triomphe “aux cris redoublés de “ Vive la République.” Le spec- ‘“ tacle de tant d'hommes armés, leurs propos bruyants et confus, leurs faces enluminées par les vapeurs du vin, raniment la fureur de l'aliéné ; il saisit d'un “bras vigoureux le sabre d'un voisin, s'escrime à ‘“ droite et à gauche, fuit couler le sang, et si on ne “ fât promptement parvenu à s'en rendre maitre, il ‘eût cette fois vengé l'humanité outragée. Cette horde “ barbare le ramène dans sa loge et semble céder en “ rugissant à la voix de la justice et de l'expérience.”

Messieurs, le savant qui a écrit ces lignes a mérité d’être surnommé ‘“ le bienfaiteur de l'humanité,” c’est le célèbre docteur aliéniste Pine], à qui la France, sa patrie, en reconnaissance de ses travaux sur l’aliénation mentale, à érigé des statues.

Doutez-vous de son expérience et de son savoir ? Ses connaissances qui ont révolutionné les systèmes. jusqu'alors en usage dans les asiles d’aliénés, chez toutes les nations civilisées, seruient-elles au Canada traitées avec. mépris et indifférence ? Ce serait nous. exposer nous-mêmes au ridicule et au mépris des nations du monde civilisé tous ontier.

Au reste, Pinel n'est pa: }l: seul qui exprime cette: opinion. Tous les aliénistes sont d'accord sur ce fait.

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À la place du témoignage des hommes de science, voulez-vons des faits judiciairement établis devant les. tribunaux ? Les cas de ce genre abondent ; permettezmoi de vous en citer quelques-u: uns. En voici un ques & été 6 jugé en France :—

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“ Le 4 novembre 1825,dit le compilateur des “Causes “ Célèbres,” un peu après-midi, une femme de 27 ans “ du nom de Henriette Cornier, domestique dans un “ hôtel garni de la rue Pepinière, No. 59, à Paris, des- “ cendit acheter un morceau de fromage, chez les “ époux Belon, fruitiers, habitant une maison conti- “ güe à l'hôtel. Cette femme, entrée depuis quelques “ jours au service des époux Fournier, logeurs, était “ déjà venue plusieurs fois acheter ses provisions dans “ la boutique des époux Belon.

“ Peu communicative et assez triste, cette femme “ qu'on appelait la fille Henriette Cornier, ou tout sim- “ plement Henriette, avait cependant été bien accueil- “ ie dès les premiers moments par les Belon, car à cha- “ cune de es visites, elle caressait avec une sorte de “ passion une charmante petite fille de dix-neuf mois, “ dont la gentillesse faisait l'orgueil de son père et de sa mère. Les Belon âgés tous les deux de trente-quatre ans avaient deux enfants, un petit g&rçon encore en nourrice et la petite Fanny, cette jolie créature qu'aimait à caresser Henriette.—Mes maitres sont sortis, dit en entrant Henriette Cornier, et il faut que je reste à la maison pour préparer le diner.— Comme vous dites ça, répondit la femme Belon, on

dirait que vous avez le cœur gros de votre nouvelle

place. Est-ce que vous n'êtes pas bien chez Fournier ? — Non, dit Henriette, ia femme a des manies, elle gronde pour rien. Trouvez-moi done une place de bonne d'enfants ; au moins, là, je serai plus heureuse, “ j'aime tant les enfants !

‘“ La femme Belon tenait en ce moment dans ses “ bras la petite Fanny, et Henriette la prit et se mit

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à la caresser pendant qu'on la servait. Il faisait une admirable journée d'automne et la femme Belon exprima le désir de profiter d’un si beau temps pour aller promener l’enfant.—C'est cela, dit Henriette, allez vous habiller, madame Belon, et laissez-moi un instant la petite Fanny, je suis seule à la maison, Je l'amuserai. Madame Belon fit quelques difficultés ; il semblait qu’un secret instinct l’avertit de ne pas laisser emmener sa fille, mais Belon embrassa Fanny et la mit en riant dans les bras d'Henriette, en recommandant à celle-ci de ne pas la garder longtemps Henriette le promit et se retira en couvrant de baisers la petite fille, la câlinant avec tendresse et lui séparant les boucles de cheveux blonds qui tombaient sur ses yeux. Rentrée à l'hôtel, Henriette Cornier hâta le pas, entra dans la cuisine située au rez-de-chaussée, y prit un grand couteau à découper et l’emporta d'une main, tandis que l’autre soutenait la petite Fanny qui jouait avec les rubans de son bonnet. Henriette montait dans sa chambre au premier au-dessus de l’entre-sol. Au pied de l'escalier elle rencontra la portière de la maison, la femme Druot, qui lui dit en riant :“ Est-ce que c'est à vous, Mam'selle Henriette, ce petit chérubin-là ?” Non, répondit Henriette en soupirant ; non, je ne suis pas assez heureuse pour cela.” Et elle monta à pas nressés, prodiguant à Fanny. de nouvelles caresses. Arrivée dans sa chambre, elle en ferme soigneusement la perte, étendit la petite fille sur le lit en travers, l’embrassa une fois encore, la regarda fixement, puis lui saisissant la tête, fit tendre le cou à l'enfant et le scia avec tant de sûreté et de promptitude,

EU “ que la pauvre petite victime n'eut même pus le “ temps de jeter un cri. Le corps sanglant retomba «“ sur le lit, la tête resta dans les mains d'Henriette. ‘ Un ruisseau de sang avait juilli sur l'assassin et “ coulait du tronc décapité dans un vase placé près “ du lit. Henriette écouta un instant le bruit des “ souttes qui se succédaient, et regarda ses mains “ vougies. Alors seulement elle eut un vague sentiment “ de dégoût et d’effroi et elle ieta la petite tête sur le “ carreau, puis elle ouvrit machinalement la porte, , regarda du haut de l'escalier, écouta si personne ne “ venait, et comme etfrayée tout à coup sans raison, “ courut s'enfermer dans la chambre de ses maîtres. “ Mais bientôt elle en sortit rassurée, rentra dans sa # chambre et parut refléchir. Elle prit le petit corps

sur le lit, le déposa sur le carreau près de la tête, “ puis elle essuya ses mains sans les laver, s’assit et “ resta plongée dans une sorte de rêverie. Tout à “ coup elle tressaillit, une voix se faisait entendre au ‘ pied de l’escalier.—"* Mam'selle Henriette, descendez- “moi Fanny, je suis prête”—C'était la inère qui “ venait demander son enfant. Henriette Cornier alla “ouvrir à porte, s'avança sur le palier et regarda “ dans lu cage de l'escalier. La femme Belon montait. “ Je viens chercher Fanny repéta la fruitière.” “ Il est ‘ mort, votre enfant,” répondit tranquillement Henri- “ette, La jemme Belon hâta le pes »t s’avança souri- “ ante. La” pauvre mère croyait À une plaisanterie. “ L'escalier était obscur ; quanu la mère arriva à la * dernière marche, elle trouva Ffenriette qui lui bar- ‘“ rait le passage et qui lvi rspéta doucement : “ Mais “je vous dis qu'il est r:vrt, votre enfant : allez-vous

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