VI
SI LE SCHIS5IE FETT ÊTRE RÉALIÉS EN FRANCE.
Tant qu'il y a eu en France des rois puissans
DE ROME. 77 et un clergé imbu des maximes gallicanes , le schisme a été possible; c'était la position de l'Angleterre quand elle s'est séparée de l'unité catholique. Aujourd'hui la France n'a plus de rois puissans , et l'immense majorité du clergé tient à l'Eglise romaine par une conviction d'esprit inébranlable et par un amour sans bornes. Les conditions du schisme n'existent donc pas. Si le gouvernement songeait à opérer un schisme pour se venger de la séparation de l'Eglise , voici quelle serait sa position : il aurait à détruire la liberté des cultes , à fermer les édifices catholiques dans toute l'étendue de la France , à persécuter trente mille prêtres qui n'auraient rien à perdre, et devenus populaires de deux façons , par la persécution même et par la séparation de l'Église et de l'Etat. 11 aurait en outre à créer une religion pour la mettre à la place de l'ancienne , c'est-à-dire qu'un gouvernement qui n'a point de puissance réelle- tenterait ce que la République n'a pu accomplir avec une puissance morale et militaire immense , avec les dépouilles de la noblesse et du clergé , et dans le trouble qu'apporte aux esprits une première révolution.
Quand les choses seraient préparées pour un schisme en France , il suffirait que le gouvernement tentât de l'opérer pour le rendre impossible, parce que cette tyrannie exercée sur les consciences révolterait toutes les opinions et tous les partis sans distinction ; cette œuvre administra-
78 AFFAIRES tive apparaîtrait à tous comme une tentative risible et comme une odieuse oppression. Toutefois , ce qui est impossible aujourd'hui pourrait plus tard cesser de l'être , par les changemens progressifs que l'influence du gouvernement sur le clergé apporterait dans les sentimens qui l'animent et dans les doctrines dont il est pénétré. C'est ce que savent ceux qui travaillent à la ruine du catholicisme. Ils espèrent avec le temps, avec l'argent du budget , avec de mauvais évêques , corrompre peu à peu l'esprit actuel du clergé de France. La religion et le Saint-Siège n'ont pas d'autres dangers à craindre.