‹ Affaires de RomeChapitre 15 sur 37 · Soumission d'esprit aux décisions de foi · texte numérisé non relu

Soumission d'esprit aux décisions de foi

!2. Soumission de fait aux lois de discipline.

3. Distinction des deux sociétés spirituelle et temporelle , et , dans celle-ci , indépendance à l'égard de la puissance ecclésiastique.

Je dois mettre la lettre entière sous les yeux du lecteur.

« Très Saint Père ,

» Il me suffira toujours d'une seule parole de » Votre Sainteté , non seulement pour lui obéir » en tout ce qu'ordonne la religion , mais encore « pour lui complaire en tout ce que la conscience )> permet.

» En conséquence , la lettre encyclique de Vo- » tre Sainteté , en date du i5 août 1 832, conte- » nant des choses de nature diverse , les unes » de doctrine, les autres de gouvernement, je » déclare ;

« 1 . Qu'en tant qu'elle proclame , suivant l'ex- » pression d'Innocent 1er, la tradition apostoli- » que, qui 7 n'étant que la révélation divine elle- » même perpétuellement et infailliblement pro- « mulguée par l'Eglise , exige de ses enfans une

n foi parfaite et absolue, j y adhère uniquement 5> et absolument , me reconnaissant obligé, comme « tout catholique , à ne rien écrire ou approuver n qui y soit con tra ire ;

» 2. Qu'en tant qu'elle décide et règle diffé- 9 rens points d'administration et de discipline a ecclésiastique , j'y suis également soumis sans a réserve.

)> Mais afin que , dans l'état actuel des esprits , n particulièrement en France, des personnes pas- » sionnées et malveillantes ne puissent don- 3» ner à la déclaration que je dépose aux pieds )» de Votre Sainteté de fausses interprétations, » qui , entre autres conséquences que je veux et j» dois prévenir, tendraient à rendre peut-être » ma sincérité suspecte , ma conscience me fait 9 un devoir de déclarer en même temps que , » selon ma ferme persuasion , si , dans Tordre » religieux, le chrétien ne sait qu'écouter et obéir, » il demeure, à l'égard delà puissance spirituelle, a entièrement libre de ses opinions , de ses paro- » les et de ses actes , dans l'ordre purement tem- » porel.

» En implorant à genoux sa paternelle béné- » diction , j'ose supplier très humblement le » Vicaire de Jésus-Christ , auteur et consommait teur de notre foi y de daigner accueillir avec » bonté l'hommage du profond respect avec lequel 5* je suis, etc.

« Paris, 5 novembre i833. »

DE ROME. '161 Quelles que pussent être les vues politiques de Rome j je croyais, je l'avoue , ma déclaration tellement conforme aux maximes catholiques universellement reçues , qu'il me semblait presque impossible qu'on refusât de s'en contenter. La dernière clause seule pouvait déplaire ; mais la repousser, c'eût été clairement poser le principe de l'union des deux puissances dans la personne du souverain pontife , en vertu de l'institution de Jésus-Christ, et, par une conséquence nécessaire, ramener la vie politique et civile tout entière sous la juridiction extérieure de l'Eglise , investie, dans l'ordre temporel comme dans l'ordre spirituel, de l'autorité première et suprême. Or , bien à tort sans doute , ainsi que la suite l'a montré, je m'étais de bonne foi persuadé que le catholicisme n'impliquait rien de semblable. Que si cependant, de droit ou de fait, le pape décidait le contraire, c'était évidemment pour les catholiques, une obligation rigoureuse de se soumettre às3. décision, provisoirement au moins, et même définitivement , si aucune réclamation ne s'élevait du sein de l'épiscopat ; car, suivant les maximes gallicanes mêmes , la simple adhésion tacite de l'Eglise dispersée, suffisait pour imprimer aux décisions pontificales le sceau de l'infaillibilité. En ce cas donc, chacun , averti de son devoir , instruit de ce qu'il devait pratiquer , et conséquemment admettre ou rejeter sur un point de doctrine si important , saurait nettement à quoi

m AFFAIRES l'engageait la qualité de catholique , chose désirable pour tous.

Je me trouvai vers ce temps en relations avec M. l'archevêque de Paris, et il m'est doux dédire combien j'eus à me louer de ses procédés , de sa bienveillance , et du zèle plein de sagesse avec lequel il s'employa pour terminer une affaire dont il était, à tous égards , plus facile de prévoir les inconvéniens que de comprendre les avantages. Je lui exposai franchement mes pensées , ma po* sition , mon invincible répugnance à dépasser , dans l'acte de soumission qu'on exigeait de moi , les limites que me fixaient mes convictions et ma conscience. J'insistai particulièrement sur le danger de confondre les deux ordres spirituel et temporel, dont la distinction et l'indépendance réciproque avaient été tant de fois solennellement reconnues , qu'à moins de s'exposer au reproche de variation dans la doctrine, on devait les regarder comme une maxime à jamais inébranlable de l'Eglise catholique : il me le semblait du moins , et M. l'archevêque parut sur ce point partager ma persuasion. Il me conseilla de tenter près du pape une dernière démarche , de lui adresser un Mémoire qu'il se chargea de faire parvenir. Je m'en occupai sur-le-champ ; et après m'être aidé de ses avis, je le lui remis pour qu'il voulût bien , selon son offre obligeante, l'acheminer à sa destination. Je m'étais appliqué à y éviter tout ce qui aurait pu atténuer l'effet des observations qu'il

DE ROME. 165 contentait, en irritant le moins du monde les susceptibilités romaines. Y avais-je réussi ? Je l'ignore. On en va juger.

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