B. CARDINAL PACCA
» Rome, 28 novembre i833. »
Je rapporterai avec candeur , et toujours en simple historien, les réflexions qui se présentèrent à mon esprit après avoir reçu cette lettre.
Dans son Bref à M. l'évêque de Rennes, le pape s'exprimait en ces termes au sujet de la nouvelle déclaration qu'il exigeait de moi : « Qu'il » s'engage à suivre uniquement et absolument la » doctrine exposée dans notre Encyclique ( par » laquelle, pouvons-nous dire avec Innocent Ier , » notre très saint prédécesseur, nous n'imposons » point de nouveaux préceptes , mais ce qui a » été établi par la tradition des apôtres et des » Pères ) et à ne rien écrire ou approuver qui » ne soit conforme à cette doctrine. »
Je déclarai en conséquence et dans les propres paroles qui m'étaient prescrites , « qu'en tant que » l'Encyclique proclamait , suivant l'expression » d'Innocent 1er, la tradition apostolique 9 qui , » n'étant que la révélation divine elle-même per- > pétuellement et infailliblement promulguée par » l'Eglise, exige de ses enfans une foi parfaite et » absolue, j'y adhérais uniquement et absolument,
Î74 AFFAIRES » me reconnaissant obligé, comme tout catholique, » à ne rien écrire ou approuver qui y fat court traire. » J'ajoutai que j'étais également soumis sans réserve à tout ce que la même Encyclique décidait et réglait sur différens points d'administration et de discipline ecclésiastique , réservant du reste ma liberté dans V ordre purement temporel.
Je ne tairai point que les explications si nettes et si franches du cardinal Pacca, et notamment la réprobation dont il m'apprit que le pape avait eu l'intention de frapper les maximes relatives à la liberté civile et politique soutenues dans l'Avenir, n'eussent contribué à me persuader de la nécessité de cette réserve, pour que la sincérité de ma soumission ne fût pas ultérieurement mise en doute.
Maintenant le même cardinal me notifiait , d'après les ordres du souverain pontife, que ma déclaration ainsi conçue avait été désapprouvée , qu'on en voulait une simple , absolue, illimitée.
Il paraissait évident dès lors : premièrement , que la désapprobation portait sur les deux dernières clauses, puisqu'à l'égard de la doctrine traditionnelle des apôtres et des Pères, mon adhésion était absolue y illimitée; secondement, que l'on exigeait une adhésion de même nature, c'està-dire absolue aussi et illimitée, généralement à tout ce que contenait l'Encyclique , interprétée selon le sens pour moi authentiquement déterminé
DE ROME. 175 par la lettre explicative du cardinal Pacca . Une pareille adhésion renfermait un acte de foi catholique ; car adhérer intérieurement (ce qu'implique la promesse de ne rien approuver de contraire ) , uniquement, absolument et d'une manière illimitée, à un enseignement quelconque , c'est déclarer qu'on tient cet enseignement pour divinement certain, et l'autorité dont il émane pour infaillible, au même titre et au même degré, sur chacun des points qu'il comprend, et auxquels on attache la même foi indivisible.
Or je remarquais que le refus d'admettre les distinctions établies dans la déclaration désapprouvée 3 impliquait , au moins en apparence , la desapprobation de ces distinctions mêmes : d'où l'on aurait pu conclure, si je renonçais à les exprimer, qu'averti de mon erreur , j'avais cessé de les croire légitimes , chose contraire à la vérité ; et dès lors , eussé-je le malheur de me tromper, je devais , sincère en tout , éviter que Ton s'abusât sur mes sentimens véritables.
Plus ensuite je relisais l'Encyclique elle-même, plus je sentais croître mes perplexités. Quelques exemples me feront comprendre.
Après avoir déploré , non sans de graves motifs, le progrès de l'indifférence religieuse, le pape ajoute : « De cette source infecte de Yindif- » Jérentisme découle cette maxime absurde et » erronée , ou plutôt ce délire , qu'il faut assurer » et garantir à qui que ce soit (cuilibet) la liberté » de conscience. »
S'il est de foi que la liberté de conscience ou ta tolérance civile des cultes doit être réprouvée jyar les catholiques, il faut qu'elle ait été expressément défendue de Dieu. Si Dieu Fa défendue expressément, cette défense ne souffre aucune exception ni depersonnes, ni de lieux, ni detemps. Or, depuis l'origine du christianisme jusqu'à nos jours , l'histoire montre l'Église s'accommodant partout sur ce point aux lois établies , et l'on ne voit pas qu'elle ait jamais fait aux gouvernemens chrétiens un devoir absolu de l'intolérance. Comment donc serait-on catholiquement obligé de croire , d'une croyance absolue et illimitée , que c'est une maxime absurde et erronée de prétendre qu'il faut assurer et garantir à qui que ce soit la liberté de conscience ? L'Eglise aurait-elle pu licitement tolérer dans la pratique une maxime absurde et erronée , une maxime , je le répète , opposée à la foi , si l'on est tenu de la rejeter uniquement et absolument, et de ne rien approuver quiysoit contraire? Il y a plus: un peuple entier, le peuple irlandais , professe hautement aujourd'hui même cette maxime erronée; elle forme une des bases principales sur laquelle il s'appuie pour réclamer ses droits religieux et politiques. Or, de deux choses l'une , ou il le peut faire catholiquement , et alors que penser de l'Encyclique ? ou il ne le peut pas , et en ce cas d'où vient que , le laissant délirer autant qu'il lui plaît , on n'essaie même pas de le ramener dans les voies catholiques ?
DE ROME. 177 Que si , d'une autre part , la liberté de conscience, dans l'ordre purement civil , était incompatible avec la profession du catholicisme , ce serait pour tout catholique un devoir absolu de ne tolérer aucune religion différente de la sienne , et par conséquent d'employer au besoin la force même , sitôt que la prudence le lui permettrait , pour en interdire l'exercice. Mais l'homme ne tenant à rien plus qu'à ses convictions religi euses
! aussi long-temps qu'il les juge vraies , et , par un sentiment naturel, repoussant toute contrainte dans le domaine intellectuel , l'obligation imposée aux catholiques de ne tolérer aucunes croyances opposées aux leurs , les constituerait dans un état de guerre permanent avec le reste du genre humain, et produirait nécessairement, ainsi que le prouve l'expérience , d'atroces persécutions , des luttes sanglantes et interminables. Or devait-on regarder les violences , les haines , les fureurs suscitées entre des frères , les emprisonnemens , les confiscations de biens , les tortures , les bûchers, les échafauds, les massacres et les désastres de toute espèce, inévitables résultats du précepte d'intolérance, comme inséparablement liés de fait à la prédication évangélique , comme une chose voulue et commandée, au moins indirectement, par le fondateur du christianisme , dont la doctrine, résumée par lui-même, se résout dans l'amour de Dieu et du prochain, d'où nait la
| fraternité universelle ? Je ne le pensais pas, quant à moi. i5,
Il 11e me semblait pas plus aisé de comprendre comment cette proposition, La liberté de la presse est une liberté funesieet dont on ne peut avoir assez d'horreur, pouvait, dans sa généralité, être un point de foi catholique. On sait bien qu'on peut abuser de la presse, et toutes les législations répriment plus ou moins ces abus ; mais la répression des abus n'est pas, il s'en faut beaucoup, la destruction de la liberté ; elle en est au contraire la reconnaissance et , sous un point de vue très vrai , la garantie. Qu'est-ce d'ailleurs que la presse, sinon une extension de la parole ? or que dirait-on de cette maxime : La liberté de la parole est une liberté funeste et dont on ne peut avoir assez a horreur ? Entendue eu ce sens qu'on peut user de la parole pour des fins funestes et horribles , on exprimerait une vérité tellement triviale, que personne n'oserait la présenter comme un point de foi révélé. Que si on la généralise, elle signifiera qu'on ne doit laisser à qui que ce soit la liberté de manifester par la parole soit orale soit écrite des pensées fausses et dès-lors dangereuses. Or qu'est-ce qui est faux , catholiquement parlant ? Ce qui n'est pas conforme à la doctrine catholique. La maxime qu'il faudrait admettre d'une manière absolue, illimitée, devrait donc être ainsi traduite : la liberté d'écrire des choses non conformes à la doctrine catholique est une liberté funeste et dont on ne peut avoir assez d* horreur. Mais le pape étant le dernier etsouverainjuge
DE ROME. 179 de ce qui est ou non conforme à la doctrine catholique, nul autre moyen que son jugement pour distinguer ce qui doit être permis ou défendu d'écrire : d'où la nécessité de créer un vaste système de censure ecclésiastique, qui, de degré en degré , remoute jusqu'à lui. Et comme il n'est pas un ordre de pensées qui n'ait des points de contact avec la doctrine catholique , il n'est pas un écrit qui ne dût être soumis à cette censure. Ce serait donc un point de foi, ou la conséquence immédiate d'un point de foi , que toute pensée humaine est soumise de droit au jugement du pape, et qu'on ne saurait avoir assez d'horreur d'un état de choses où chacun jouirait de la liberté d'écrire et de publier quoi que ce soit, sans y être préalablement autorisé soit par le pape directement, soit par quelqu'un de ses délégués. Il était, je l'avoue, hors de mon pouvoir d'admettre une maxime dont le développement conduisait à des conséquences si étranges , et dont l'application , s'il était possible seulement delà tenter, révolterait aussitôt l'instinct universel et bouleverserait la société jusqu'en ses dernières profondeurs.
Autre difficulté. Qu'un pouvoir établi ne puisse en aucun cas être attaqué et renversé sans crime ; que ce soit là un principe fondé sur renseignement et sur la pratique constante de l'Église , en un mot un principe de foi : outre que les écrivains scolastiques , et en particulier Saint-Thomas j soutiennent expressément le contraire , je
180 AFFAIRES cherchais vainement en moi-même le moyen de concilier cette assertion avec l'histoire où nous voyons tant de révolutions politiques contre lesquelles l'Eglise ne protesta jamais ; tant de princes déposés ou menacés de l'être , sur des motifs de nature si diverse, par les pontifes romains eux-mêmes. Fallait-il reconnaître dans ces nombreuses dépositions prononcées en vertu d'un droit qu'on appelait divin , autant de violations de la loi réellement divine ? Alors quelle idée aurait-on des papes , et que devenait leur autorité ? N'était-ce donc rien d'ailleurs , sans même tenir compte des exemples du passé , que ce profond sentiment des peuples chrétiens d'accord aujourd'hui pour subordonner leur obéissance à certaines conditions de justice générale , aussi bien qu'à l'exécution d'engagemcns réciproques , destinés à garantir la société tout à la fois du désordre et de la tyrannie ? Où en serait- on si l'on admettait que le catholicisme pùt être en contradiction avec la conscience humaine ? et, ce cas posé, sur quoi se fonderait-on pour faire aux hommes une obligation de l'embrasser? Dune part, on leur dirait que c'est le propre d'un orgueilleux , ou plutôt d'un insensé y de se fier à la raison naturellement infirme et débile 1 , et , de l'autre , que leur conscience ne les trompe pas moins ; de sorte que, pour être catholique, il fau-
1 Encyclique du i5 août.
drait abjurer tout ensemble et sa raison et sa conscience. Mon esprit se confondait dans ces réflexions.
Je ne concevais pas davantage qu'une association entre des hommes de religions différentes , dans un but d'utilité commune et d'intérêt temporel , pût être proscrite , sans qu'il en résultât une complète rupture des relations sociales entre les individus et les peuples malheureusement divisés de croyances 1 , et par conséquent la dissolution de l'unité du genre humain, une des premières et des plus certaines lois de notre nature. Et ne devait-on pas craindre qu'on ne vît dans une pareille défense un moyen d'isoler les hommes pour les asservir plus facilement? Ge que les pouvoirs absolus redoutent îe plus • n'est-ce pas en effet l'espèce d'alliance que les communications de tout genre établies d'un pays à l'autre , malgré les entraves qu'on y met, tendent à former de nos jours entre les peuples? Leur union fait leur force; abandonnés chacun à soi-même, ils seraient presqu'infailliblement vaincus.
Personne ne doute que le chef d'une société
1 Cela paraît incontestable, mais la vérité m'oblige de dire que le principe sur lequel repose cette disposition de l'Encyclique n'est pas nouveau. En 1479 ■> François II , duc de Bretagne , obtint du pape Sixte IV la permission générale pour ses sujets de pouvoir licitement trafiquer avec les Infidèles, sans avoir besoin d'aucune autre autorisation spéciale du Saint-Siège.
182 AFFAIRES quelconque ne soit le suprême juge de ce qui con vient à cette société. Aussi au pape seul le droit de décider s'il est avantageux pour l'Eglise qu'elle soit unie à l'État, ou séparée de lui. Mais que l'on soit obligé de croire, uinquement et absolument, que cette union a toujours été favorable et salutaire aux intérêts de la religion et à ceux de V autorité civile ; que cette proposition, qui ne contient qu'un jugement porté sur un ensemble de faits historiques , puisse jamais être matière de foi ou appartienne à la révélation de Jésus-Christ : j'aurais voulu me le persuader, puisqu'on m'en faisait un devoir ; mais tous mes efforts pour y parvenir étaient inutiles.
Au contraire , en méditant les paroles de l'Encyclique, je demeurais involontairement toujours plus convaincu qu'elle renfermait des choses qui, étrangères par leur nature à la révélation , ne pouvaient être proposées àla croyance intérieure r unique ^absolue, illimitée des catholiques, à moins que l'on n'attribuât à celui qui exigeait une semblable croyance une infaillibilité absolue aussi , illimitée, et telle enfin qu'elle existe en Dieu même. Je rends compte de ce que je pensais, je ne le justifie pas. Rien en ce moment n'est plus loin de moi que l'idée d'entamer une controverse quelconque.
On se représente aisément ce que, dans la situation que je viens de dépeindre , un homme ennemi de toute division dut souffrir en soi. Après
DE ROME. 183 avoir pesé devant Dieu les suites du parti que j'avais à prendre, j'allai trouver M. l'archevêque de Paris , et je lui annonçai que , ne comprenant plus rien aux principes que j'avais jusque-là regardés comme le fondement et la règle de l'autorité catholique . je ne voyais désormais qu'une chose à conserver, la paix; qu'en conséquence je me décidais à signer la déclaration que Ton me demandait , mais sous l'expresse réserve de mes devoirs envers mon pays et l'humanité, dont nulle puissance au monde ne pouvait ni exiger le sacrifice , ni me dispenser ; qu'en signant cette déclaration simple , absolue , illimitée je savais très bien que je signais implicitement que le pape était Dieu , et que je le signerais explicitement quand on le voudrait, pour la même fin. M. l'Archevêque loua ma résolution. Je n'ai pas le droit d'en dire davantage.
Quelques semaines après il me remit un Bref où le souverain pontife me témoignait sa satisfaction de ma démarche. A cette occasion je reçus la
1 Afin de prévenir toute chicane de mots, je crus devoir l'écrire en latin, en me servant des paroles même du Bref. La voici: Ego infrascriptus, in ipsâ verboram forma, quœ in Brevi summi pontiflcis Gregorii XVI , dato die 5 octobr. an, i833 y coniinetur , doctrinaux Encyclicis ejusdem pontifie i s litteris traditam, me unicè et absolutè sequi confirmo, nihilque ab illâ alienum me ant scripturiim esse, aut probaturum.
Lutetiœ Parisiomm, dieu deeewbr. an. i833.
184 AFFAIRES visite de M. l'abbé Garibaldi, chargé d'affaires du pape. Je lui répétai ce que j'avais dit à M. l'archevêque de Paris , et ainsi mes dispositions furent dès lors parfaitement connues à Rome. Elles le furent encore mieux , s'il est possible , par ce qui se passa un peu plus tard.
M. l'archevêque m'ayant pressé d'écrire au pape pour le remercier du Bref qu'il m'avait adressé , je lui répondis que le silence me paraissait plus respectueux; que d'ailleurs, d'après ce qu'il savait, je ne pouvais guère, en écrivant, éviter l'un ou l'autre de ces inconvénients , ou de mécontenter R.ome si je me tenais dans de vagues généralités , ou de m'engager au-delà de ce que ma conscience mêle permettait, si je m'exprimais de manière à la satisfaire pleinement.
Il ne laissa pas d'insister dans une lettre que je reçus le lendemain. J'en compris le motif, et je lui fis la réponse suivante :
« Monseigneur ,
» Rien au monde ne saurait m'ètre plus péni- )> ble que de ne pouvoir faire une chose que vous )» désirez. Mais , quelque simple qu'elle paraisse » en soi au premier abord, ilserait possible quelle » eût pour moi des conséquences si graves , que » je manquerais à toute prudence si je me laisj> sais aller au sentiment qui en cette occasion, » comme en toutes les autres, me porterait à vous » complaire , aussi bien qu'à témoigner au sou-
DE ROME. 185 » verain pontife mon humble et profond respect, j » Je suis averti qu'en ce moment on ourdit contre j » moi de nouvelles intrigues et j'en ai la preuve j i» entre les mains. Il m'importe donc extrême- ! » ment de ne rien faire ni de rien écrire dont ]! » mes ennemis pussent abuser plus tard pour me » placer dans une position fausse ou équivoque, j » Or la lettre dont vous m'envoyez le modèle, et a toute lettre semblable, serait certainement de » nature à leur procurer cet avantage. On la pré- 3> senterait comme un engagement de concourir , » au moins par mon silence , au système politique ! » de Rome ; et cet engagement, je ne le puis pren- » dre : ma conscience me le défend. Je ne promet- )> trai jamais ce que je ne suis pas résolu à tenir. î» En souscrivant aveuglément à tout ce qu'on m'a » demandé , j'ai voulu prouver que j'étais, quoi » qu'on en eût dit , un homme de paix ; et tout ce » que j'ai supporté , sans répondre un seul mot, )» de provocations, d'injures, d'outrages etdecalom- » nies, le prouve encore assez, je pense. Cettepaix 3» à laquelle j'ai fait des sacrifices qui peut-être 3) un jour honoreront ma mémoire , cette paix que » de toute mon âme j'ai voulu pour les autres, )> qu'on m'en laisse jouir à mon tour, j'y ai droit. » Ce n'est pas moi qui la troublerai. J'ai déclaré j» que dorénavant je ne m'occuperais en aucune » façon de rien de ce qui touche la religion catho- ! 3> lique et l'Église. Que demanderait-on de plus ? » Voudrait-on qu'étranger à ma patrie, à l'huma-
186 AFFAIRES » nité je demeurasse indifférent à ce qui les intéresse? Mais quelle puissance pourrait me dis- )> penser de mes devoirs envers elles ? Quoi qu'il m arrive, je les remplirai dans mon étroite sphère ; » et si de nouvelles persécutions devaient être le )» prix de ma fidélité à ces devoirs sacrés , Dieu j> me donnera, je n'en doute nullement, la force a de les supporter avec la constance qui sied à un n homme plein de foi dans l'éternelle justice et h peu soucieux de ce qui n'est que du temps.
» La position où je me trouve placé est si par- :» ticulière, si en dehors des communes circonstann ces de la vie, qu'elle justifiera, je l'espère, à )> vos yeux , ma persistance dans une résolution » qui n'a , comme mes actes précédens , pour ob- » jet que la conservation de la paix.
3> Daignez agréer l'hommage du respect et n de l'attachement avec lesquels j'ai l'honneur n d'être, etc,
«Paris , 29 mars 1834. «
Avant mon retour à Paris , habitant , comme je l'ai dit , la campagne , où la vie interne a plus d'énergie , une foule de pensées et d'émotions , telles que les peut faire naitre le spectacle si attristant de la société actuelle, se pressaient dans mon âme et la fatiguaient. Je crus qu'écrire ce que je ressentais me serait une sorte de soulagement. De là les Paroles d'un Croyant. Je n'avais nullement alors le desseinde les livrer à l'impression. Mais.
DE ROME. 187 à l'époque où mon récit est arrivé , les maux publics toujours croissans , l'espèce d'abattement où me semblaient tomber les hommes du courage le plus ferme , et aussi la nécessité d'un acte de ma part qui fixât clairement aux yeux de tous la position que j'avais voulu prendre en cédant pour le bien de la paix aux exigences de Rome, me déterminèrent à les publier. Le bruit de cette publication prochaine se répandit bientôt. Chacun làdessus fit ses conjectures , et toutes n'étaient pas bienveillantes. Ne sachant que penser de ce qu'on lui disait, M. l'archevêque de Paris désira de moi des éclaircissemens que je lui donnai avec la même franchise qu'ils m'étaient demandés. Je transcrirai ici sa lettre et ma réponse.
» Monsieur l'abbé ,
î> Vous êtes parti sans quej'aie pu avoir le plai- « sir de vous dire encore une fois adieu. Il m'a » été impossible de vous aller chercher, comme j'en » avais le projet. Actuellement je ne sais plus où » vous êtes, ni comment vous adresser directe*: h ment cette lettre. Le moyen que je prends sera j> long , je crois cependant qu'il sera sur.
» Accoutumé à traiter avec vous d'une manière î> aussi franche que cordiale , je me hâte de vous » demander le mot de ce que je viens d'appren- » dre , de ce qui me paraît une énigme et peut- » être une calomnie , d'après ce que vous m'avez 5> dit plus d'une fois. On m'annonce donc , on me
188 AFFAIRES î> confie à l'oreille , et sous le plus grand secret , » que mécontent de la conduite peu mesurée de i> tels et tels , et de nouvelles poursuites en cour » de Rome dont vous auriez été l'objet, vous vous m seriez malheureusement décidé à lever de nou- » veau l'étendard; qu'un ouvrage (brochure de » 200 pages) déposé chez un imprimeur de Paris, » va être sous peu jeté dans la circulation avec » un grand scandale.
» Voilà , mot pour mot , Monsieur l'abbé , ce » qu'on est venu me répéter ; vous devinerez faci- » lement combien je désire être instruit sur ce j> point et me mettre en défense , s'il y a lieu. » C'est à vous loyal Breton que je m'adresse pour » savoir ce que je dois croire de ces murmures, î> et s'il y a seulement une apparence qui les » justifie. Votre réponse me rendra plus ferme à » repousser les accusations. Jusqu'ici j'affirme à » tous ce que vous m'avez dit : que vous étiez ré- » solrtà garder un absolu silence sur les matières » de religion.
» Vous me rendrez un véritable service de me n donner là-dessus un petit mot d'éclaircissement, n Je vous le demande en ami qui vous est et qui » vous sera toujours bien sincèrement et bien ten- >» drement dévoué.
$ Paris , 2 3 avril i834- >