‹ Affaires de RomeChapitre 25 sur 37 · VÉNÉRABLES FRERES , SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE · texte numérisé non relu

VÉNÉRABLES FRERES , SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE

Nous avons été informé de la misère affreuse dans laquelle ce royaume florissant a été plongé Tannée dernière ) nous avons appris en même temps que cette misère avait été causée uniquement par les menées des malveil-

1 Nous n'avons pu nous procurer le texte de ce Bref. La traduction qui suit est celle que les journaux ont publiée*

lans , qui , dans ces temps malheureux , se sont, sous le prétexte de l'intérêt de la religion , élevés contre la puissance des souverains légitimes , et ont précipité dans un abîme de maux leur patrie , en brisant tous les liens de la soumission légale. Prosterné devant l'autel du Tout-Puissant , nous , son indigne représentant sur la terre, avons versé des larmes abondantes sur les malheurs terribles qui sont venus fondre sur cette partie du troupeau que la Providence a confié à nos soins faibles mais dévoués. Dans l'humilité de notre cœur, nous nous sommes efforcé , par nos prières et nos soupirs, d'apaiser la colère du Père des miséricordes , en le suppliant de nous envoyer des consolations par la pacification de votre malheureux pays, déchiré par la guerre civile pour s'être révolté contre l'autorité légitime. A cette époque , vénérables Frères , nous vous envoyâmes un Bref pour vous faire savoir que vos malheurs avaient gravement affecté notre cœur: nous voulions ainsi vous consoler et vous raffermir dans vos devoirs , afin que vous défendissiez avec un zèle infatigable la vraie doctrine , et exhortassiez le clergé et les fidèles à la soutenir.

Nous avons appris que des obstacles résultant des circonstances avaient empêché que ce Bref ne vous parvînt. Maintenant , qu'avec la grâce de Dieu , la tranquillité et l'ordre sont rétablis , nous vous ouvrons de nouveau notre cœur, et nous vous exhortons encore plus vivement à faire tous vos efforts pour détourner du troupeau qui vous est confié les causes des malheurs passés. Le devoir vous oblige à veiller avec le plus grand soin à ce que des hommes malintentionnés , des propagateurs de fausses doctrines ne répandent pas parmi vos troupeaux le germe de théories corruptrices et mensongères. Ces hommes, prétextant leur zèle pour le bien public , abusent de la crédulité des gt-ns de bonne foi , qui, dans leur aveuglement 3

JUSTIFICATIVES. 3 j leur servent d'instrumens pour troubler la paix du royaume , et y renverser Tordre établi. Il convient que , pour | l'avantage et l'honneur des disciples de Jésus -Christ , la perfidie et la méchanceté de pareils prophètes de menj songe soient mises dans leur jour. 11 convient de réfuter j leurs principes trompeurs par la parole immuable de jj l'Écriture , et par les monumens authentiques de la trali dîtion de l'Église. Ces sources pures, auxquelles le clergé catholique doit puiser les principes de ses actions et de I renseignement qu'il doit aux fidèles , font voir clairement que la soumission au pouvoir institué par Dieu , est un I principe immuable , et que l'on ne peut s'y soustraire qu'autant que ce pouvoir violerait les lois divines et de l'Église.

« Que tout homme , dit l'apôtre , soit soumis à la puis- » sance établie; car il n'y a point de puissance qui ne vienne » de Dieu. Or les puissances existantes sont instituées par » Dieu. Ainsi, quiconque leur résiste, résiste à Dieu. » Ainsi , il faut se soumettre , non seulement pour éviter y> la colère de Dieu , mais aussi à cause de la conscience » ( Ép. de S. Paul aux Romains, xm ). L'apôtre saint Pierre dit aussi : « Soyez soumis à tout pouvoir humain, pour » l'amour de Dieu , au prince comme chef suprême, aux » chefs comme étant ses délégués. Tel est l'ordre que Dieu » donne, pour rendre muette l'ignorance des hommes » imprudens » (IÉpître. n. 13-15). Les chrétiens de la primitive Église étaient tellement fidèles à ces principes, qu'ils obéissaient aux empereurs romains, même au milieu des terreurs de la persécution , et travaillaient ainsi à la gloire de l'empire. Comme J.-C. ils ne reconnaissaient d'autre souverain que celui du ciel; ils ne confondaient point le Souverain éternel avec le souverain temporel , et obéissaient au dernier par amour du premier. Les saints Pères ont toujours enseigné cette doctrine , et c'est aussi

celle de l'Église catholique. Ces princes ont guidé les premiers chrétiens ; et leurs légions ne se souillaient jamais par la trahison , qui était si commune parmi les troupes païennes. Écoutons ce que dit Terlullien : « On » nous calomnie auprès de l'empereur ; cependant les » chrétiens n'ont jamais été les partisans d'Albin, de Ni- » ger ou de Cassius. Il n'y a eu d'infidèles que ceux qui, » la veille,avaient juré fidélité devant les dieux du paganis- » me, et leur avaient offert des sacrifices au lieu de prières » pour le salut de l'empereur. Le chrétien ne peut jamais » être ennemi. Non seulement nous ne sommes pas les » ennemis de l'empereur, mais nous savons en outre qu'il » est établi par Dieu , et que nous sommes obligés de le » chérir, de l'honorer et de désirer son bien-être. » En rappelant ces principes, vénérables Frères , nous ne supposons pas qu'ils vous soient inconnus , et nous sommes convaincu que vous les propagerez avec zèle; mais nous désirons que ce Bref vous serve de preuves de nos intentions à votre égard, et de notre ardent désir que le clergé de votre royaume se distingue autant par la pureté de sa doctrine que par une conduite exemplaire , afin que vous soyez exempts de blâme à tous les yeux. Yolre magnanime empereur vous accueillera avec bonté , et entendra nos représentations et nos prières dans l'intérêt de la religion catholique qu'il a toujours promis de protéger dans ce royaume. Certainement les gens raisonnables vous loueront , et vos ennemis seront forcés à garder le silence.

Dans cette attente, et levant les mains au ciel, nous prions le Dieu tout-puissant de vous enrichir de ses bienfaits célestes, et nous vous exhortons à faire notre joie en vous pénétrant d'un seul sentiment , d'un seul esprit et d'une même concorde. Propagez les bonnes doctrines, veillez au dépôt qui vous est confié , et priez Dieu ! Pour

JUSTIFICATIVES. 5 gage de notre sollicitude , nous vous donnons notre bénédiction , ainsi qu'au troupeau confié à vos soins.

Donné à Rome, près l'église de Saint-Pierre, le. .juillet 1852, la seconde année de notre pontificat.

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