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A TOUS LES PATRIARCHES , PRIMATS , ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES

GRÉGOIRE PAPE XVIe DU NOM.

YENEPi. ABLES FRÈRES , 3AJLUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE.

Vous vous étonnez peut-être que, depuis que la charge de toute l'Église a été imposée à notre faiblesse, nous ne vous ayons pas encore adressé de lettres , comme le demandaient , et un usage qui remonte aux premiers temps, et notre bienveillance pour vous. Un de nos plus ardens désirs était de vous ouvrir sur-le-champ notre cœur , et , dans la communication du même esprit, de vous faire entendre cette voix avec laquelle il nous a été commandé , en la personne du bienheureux Pierre , de confirmer nos frères. Mais vous savez assez par quelle tempête de désastres et de douleurs nous nous trouvâmes, dès les premiers momens de notre pontificat , jeté tout-à-coup dans la haute mer, dans laquelle, si la droite de Dieu ne s'était signalée , vous nous eussiez vu submergé par l'effet d'une noire conspiration des médians. Nous répugnons a renouveler nosjustes douleurs par un triste retour sur tant de périls 5 et nous bénissons plutôt le Père de toute consola-

disjectis perduellibus , prœsenli nos eripuit periculo , atque , lurbulenlissimà sedalâ lempestate, dédit à metu respirare. Proposuiinus illico vobiscum communicare consilia ad sanandas contritiones Israël; sed ingens curarum moles , quibus in concilianda publici ordinis reslitutione obruli fuimus . moram tune nostrae huic objecit voluntati.

Nova intérim accessit causa silentii , ob factiosorum insolentiam ; qui signa perduellionis iterum attollere conati sunt.Nos quidem tantam hominum pervicaciam, quorum elfrenalus furor impunitate diuturnâ, impensaeque nostrae benignitatis indulgenliâ non deliniri , sed ali potius lonspiciebatur ; debuimus tandem , ingenti licet cum mœrore, ex collata nobis divinilùs auctoritale , virgâ compescere 1 : exquo, proutjam probe conjicere polestis , operosior in dies instantia nostra quotidiana facta est.

Ast cùm , quod ipsum iisdem ex causis distuleramus , jam possessionem pontificatûs in Lateranensi basilica ex inoreinstitutoque majorum adiverimus, omni demum abjectâ cunctatione , ad vos properamus , venerabiles Fratrès , testemque nostrae erga vos voluntatis epistolam damus laetissimo hoc die , quo de Yirginis sanctissimae in cœlum assumptae triumpho solemnia festa peragimus , ut quam patronam ac sospitam inter maximas quasque calamitates persensimus , ipsa et scribentibus ad vos nobis adstet propitia , mentemque nostram cœlesti afflatu suo in ea inducat consilia, quœ christiano gregi futura sint quàm maximè salutaria.

Mœrentes quidem , animoque trislitiâ confecto venimus ad vos , quos pro vestro in religionem studio , ex tanta , in qua ipsaversatur, temporum acerbitale maximè anxios novimus. Verè enim dixerimus , horam nunc esse potestatis tenebrarum ad cribrandos ; sicut triticum -

1 /. Cor,, 1T, 21.

JUSTIFICATIVES. 9 tion , qui , dispersant les coupables , nous arracha à un danger imminent, et en apaisant une effroyable tourmente nous permit de respirer. Nous nous proposâmes sur-lechamp de vous communiquer nos vues pour guérir les maux d'Israël ; mais l'immense fardeau d'affaires dont nous fûmes accablé pour ménager le rétablissement de l'ordre public, apporta quelque retard à notre dessein.

Une nouvelle cause de notre silence vint de l'insolence des factieux , qui s'efforcèrent de lever une seconde fois l'étendard de la révolte. Nous dûmes enfin , quoique avec une profonde tristesse , user de l'autorité qui nous est confiée d'en-haut , et réprimer sévèrement l'extrême opiniâtreté de ceux dont la fureur effrénée paraissait non pas adoucie, mais plutôt fomentée par une longue impunité , et par un excès d'indulgence et de bonté de notre part : de là, comme vous avez pu le conjecturer, notre tâche et notre sollicitude journalière sont devenues déplus en plus pénibles.

Mais comme nous avons , suivant l'ancienne coutume , pris possession du pontificat dans la basilique de Saint- Jean-de-Latran , ce que nous avions différé pour les mêmes causes , nous venons à vous , vénérables Frères , et nous vous adressons cette lettre en signe de nos dispositions pour vous, dans ce jour heureux où nous solennisons le triomphe de l'Assomption de la très sainte Vierge dans le ciel , afin que celle qu'au milieu des plus grandes calamités nous avons reconnue comme patronne et comme libératrice, nous soit aussi favorable au moment où nous écrivons , et que , par son souffle céleste , elle nous inspire les conseils qui peuvent être les plus salutaires au troupeau chrétien.

C'est avec le cœur percé d'une profonde tristesse que nous venons à vous , dont nous connaissons le zèle pour la religion, et que nous savons fort inquiets des dangers des temps où nous vivons. Nous pouvons dire avec vérité que c'est maintenant l'heure de la puissance des ténè*

io PIÈCES

lilios electionis ». Verè luxit , et defluxit terra,.., infecta ab habitatoribus suis , quia transgressi sunt leges, mutaverunt jus , dissipaverunt fœdus sempiternum *.

Loquimur, venerabiles Fratres, quae vestris ipsi oculis conspicilis , quae communibus idcirco lacrymis ingemiscimus. Alacris exultât improbitas , scientia impudens , dissoluta licentia. Despicitur sanctitas sacrorum , et quae magnam vira , magnamquenecessitatem possidet , divini cultûs majestas ab hominibus nequam improbatur; polluitur, babetur ludibrio. Sana hinc pervertittir doctrina, erroresque omnis generis disseminantur audacter. Non leges sacrorum, non jura, non instituta, non sanctiores quaelibet disciplina? lutae sunt ab audacià loquentium iniquâ. Yexatur acerrimè Romana haec nostra bealissimi Pétri Sedes , in quâ posuit Christus Ecclesiae fîrmamentum ; et vincula unitatis in dies magis labefactantur, abrumpuntur. Divina Ecclesiae auctoritas oppugnatur . îpsiusque juribus convulsis, substernitur ipsa terrenis rationibus , ac per summam injuriara odio populorum subjicilur , in lurpem redacta servitutem. Débita Episcopis obedientia infringitur , eorumque jura conculcantur. Personant horrendum in raodum acadeiniae ac gymnasia novis opinionum monstris, quibus non occulté ampliùs et cuniculis petitur catholica fides , sed horrificum ac nefartum ei bellum apertè jam et propalam infertur. Institutis enim exemploque prseceptorum , corruptis adolescentium animis , ingens religionis clades, moruraque perversitas teterrima percrebuit. Hincporrô freno religionis sanctissimaeprojecto,per quamunam régna consistant, dominalûsque vis ac robur firmatur , conspicimus ordinis public!

» Luc. XXII, 53 * Is. XXIV, 5.

JUSTIFICATIVES. iï bres , pour cribler , comme le blé , les enfans d'élection. Oui , la terre est dans le deuil et elle périt; elle est infectêe par la corruption de ses habitans , parce qu'ils ont violé les lois, changé les ordonnances du Seigneur, rompu son alliance éternelle.

Nous vous parlons , vénérables Frères , de ce que vous voyez de vos yeux , et de ce dont nous pleurons et nous gémissons ensemble. C'est le triomphe d'une méchanceté sans retenue , d'une science sans pudeur , d'une licence sans bornes. Les choses saintes sont méprisées; et la majesté du culte divin, qui est aussi puissante que nécessaire , est blâmée, profanée , tournée en dérision par des hommes pervers. De là la saine doctrine se corrompt , et les erreurs de tout genre se propagent audacieusement. Ni les lois saintes , ni la justice, ni les maximes , ni les règles les plus respectables , ne sont à l'abri des attein- I tes des langues d'iniquité. Celte chaire du bienheureux Pierre, où nous sommes assis , et où Jésus-Christ a posé le fondement de son Église, est violemment agitée , et les liens de l'unité s'affaiblissent et se rompent de jour en jour. La divine autorité de l'Église est attaquée, ses droits sont anéantis; elle est soumise à des considérations terrestres , et réduite à une honteuse servitude ; elle est livrée , par une profonde injustice , à la haine des peuples. L'obéissance' due aux évêques est enfreinte, et leurs droits sont foulés aux pieds. Les académies et les gymnases retentissent horriblement d'opinions nouvelles et monstrueuses , qui ne sapent plus la foi catholique en secret et par des détours, mais qui lui font ouvertement une guerre publique et criminelle : car, quand la jeunesse est corrompue par les maximes et par les exemples de ses maîtres, le désastre de la religion est bien plus grand, et la perversité des mœurs devient plus profonde. Ainsi, lorsqu'on a secoué le frein de la religion par laquelle seule les royaumes subsistent et l'autorité se fortifie, nous voyons s'avancer progressivement a ruine

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exitum, labem prineipalûs, omnisque légitima? potestatis conversionem invalescere. Qttae quidem tanla ealamitalum congeries ex illarum in prîmis oonspiratione societatua est repetenda. in quas quidquid in hœresibus et in sceleratissimis qnibusque sectis sacrilegnm, flagitiosum, ac blasphemum est . quasi in sentinam quamdam , cnm omnium sordium concretione confluxit.

Ha?c. venerabiles Fratres, et alia complura, et fortassis eliam graviora, quœ in prœsens percensere longum esset ac vos probe nostis , in dolore esse nos jubent, acerbo sanè ac diuturno, quos in Cathedra principis apostolorum eonstitutos zelus universa? domûs Dei comedat prae ca?teris , opus est. Verum cumeo nosloci posilos esse agnoscamus. quo deplorare dumtaxat innumera hœc mala non sufficiat, nisi et ea convellere pro viribus connitamur ; ad opem fidei vestrae confugimus vestramque pro calbolici gregis sainte sallicitudinem advocamus, venerabiles Fratres, quorum spectata virtus ac religio et singularis prudentia et sedula assiduitas animos nobis addit, atque in tanta rerum asperitate afflictos consolatione sustentât perjucundà. Nostrarum quippe est partium , vocem tôlière, omniaque conari, ne aper de silvâ demoliatur vineam, neve lupimactent gregem : nostrum est, oves in ea dumtaxat pabula compellere, quœ salularia iisdem sint , nec vel tenui suspicione perniciosa. Absit , Charissimi, absit, ut, quando tanta premant mala,tanta impendeant discrimina, suo desintmuneri pastores, etperculsi metu dimittant oves, vel, abjectâ cura gregis, otio torpeant acdesidià- Agamus idcirco in unitate spiritûs communera nostram , seu venus Dei causam, contra communes bostes pro totius populi salute una omnium sit vigilantia, una contenlio,

JUSTIFICATIVES. i3 de Tordre public, la chute des princes, le renversement de toute puissance légitime. Cet amas de calamités vient surtout de la conspiration de ces sociétés, dans lesquelles tout ce qu'il y a eu,, dans les hérésies et dans les sectes les plus criminelles, de sacrilège, de honteux et de blasphématoire s'est écoulé , comme dans un cloaque , avec le mélange de toutes les ordures.

Ces maux, vénérables Frères, et beaucoup d'autres et de plus fâcheux encore peut-être , qu'il serait trop long dénumérer aujourd'hui, et que vous connaissez très bien, nous jettent dans une douleur longue et amère , nous que le zèle de toute la maison de Dieu doit particulièrement dévorer , placé que nous sommes sur la chaire du prince des apôtres. Mais comme nous reconnaissons que dans cette situation il ne suffît pas de déplorer des maux si nombreux , mais que nous devons nous efforcer de les arracher autant qu'il est en nous , nous recourons à votre foi comme à une aide salutaire, et nous en appelons à votre sollicitude pour le salut du troupeau catholique , vénérables Frères, dont la vertu et la religion éprouvées, là prudence singulière et la vigilance assidue nous donnent un nouveau courage et nous soutiennent, nous consolent et nous récréent au milieu de circonstances si dures et si affligeantes. Car il est de notre devoir d'élever la voix et de tout tenter pour que le sanglier sorti de la forêt ne ravage pas la vigne, et pour que les loups n'immolent pas le troupeau. C'est à nous à ne conduire les brebis que dans des pâturages qui leur soient salutaires , et qui soient à l'abri de tout soupçon de danger. A Dieu ne plaise, nos très chers Frères, qu'accablés de tant de maux, et menacés de tant de périls, les pasteurs manquent à leur charge, et que, frappés de crainte , ils abandonnent le soin des brebis , ou s'endorment dans un lâche repos ! Défendons donc, dans l'unité du même esprit, notre cause commune, ou plutôt la cause de Dieu, et réunissons notre vigilance et nos efforts contre l'ennemi commun pour le salut de tout le peuple. 2

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ld porro apprimc prœstabitis , si , quod vestri muneris ratio postulat, attendatis vobis , et doctrinae, illud assidue revol ventes animo , uni versaient Ecclesiam quâcumque novitate pulsari 1 , atque ex S. Aftathonis poniirkis monitu 2 nihil de us , quœ snnt regnlariter définita , mi nui debere , nihil mut ari, nihil ad j ici , sed ea et verbis et sensibus illibata esse custodicndu. Immola inde consistet firmilas unitatis , quœ hâc B. Pétri Cathedra suo veluti fundamento conlinetur, ut unde in Ecclesias omnes veneranda? communionis jura dimanant , ibi universis et murus sit, et securitas , et porius expers fluet uum} et bonoruni thésaurus innumcrabilium 3. Ad eorum itaque relundendam audaciam , qui vel jura sanctsehujus Sedisinfringere conantur,vel dirimereEcclesiarura cum ipsa conjunctionem, quà unâ eacdem nituntur et virent, maximum fidei in eam ac venerationis sineera* slinliuminculcate, inclamantes cum S. Cypriano 4 , falsô confulere se esse in Ecclesia , qui Cathedram Pétri deserat y super quant fundata est Ecclesia.

Tn hoc ideo elaborandum vobis est, assidueque vigilandum,ut fidei depositum custodialur in tanta hominum impiorum conspiralione , quam ad illud diripicndum perdendumque factam lamenlamur. Meminerint omnes , judicium de sana doctrina, quâ populi imbuendi sunt, atque Eccîesiœ regimenet administrationera pênes Roraanum Pontifîcem esse,cuiplenapascendi,et regendi, gubernandi universalem Ecclesiam potestas à Christo Domino tradita fuit, uti Patres Florentini conciîii di-

« S. Cœlest. PP. Ep. XXI, ad Episc. GaUiar.

2 S. Agath. PP. Ep. ad Tmp. apud Labb. tooi. XI, pag. 535 edit. Mansi.

3 S. Innocent. PP. Ep. Xî, apud Constant.

4 S. Cypr. de unitate Ecries.

JUSTIFICATIVES. i5 Vous remplirez ce devoir, si, comme le demande voire office , vous veillez sur vous et sur la doctrine , vous rappelant sans cesse que V Église universelle est ébranlée par quelque nouveauté que ce soit , et que, suivant l'avis du pape saint Agathon , rien de ce qui a été défini ne doit être retranché , ou changé ou ajouté , mais qu'il faut le conserver pur et pour le sens et pour l'expression. Qu'elle soit donc ferme et inébranlable , cette unité qui réside dans la chaire du bienheureux Pierre comme sur son fondement; afin que là même d'où découlent pour toutes les églises les avantages d'une communion précieuse , se trouvent pour tous un rempart, un refuge assuré, un port à l'abri des orages , et un trésor de biens sans nombre. Ainsi , pour réprimer l'audace de ceux qui s'efforcent d'enfreindre les droits du Saint- Siège ou de rompre l'union des églises avec ce Siège , union qui seule les soutient et leur donne la vie, inculquez un grand zèle , une confiance et une vénération sincères pour cette chaire éminente , vous écriant avec saint Cyprien, que celui-là se flatte faussement d'être dans l'Église, qui abandonne la chaire de Pierre sur laquelle l'Église est fondée.

Vous devez donc travailler et veiller sans cesse à conserver le dépôt de la foi au milieu de cette conspiration d'impies que nous voyons avec douleur avoir pour objet de le ravager et de le perdre. Que tous se souviennent que le jugement sur la saine doctrine dont les peuples doivent être instruits, et le gouvernement de toute l'Église, appartiennent au Pontife romain , à qui la pleine puissance de paître , de régir et de gouverner l'Église universelle a été donnée par Jésus-Christ , comme l'ont expressément déclaré les Pères du concile de Florence. C'est le

sertè declararunt ». Est autem singulorum Episcoporum Cathedrœ Pétri fidelissimê adhœrere , depositum sanctè religiosèque custodire , et pascere , qui in eis est , grèvera Dei. Presbyteri verô subjecti sint , oportet, Episcopis, quos uti animœ parentes suscipiendos ab ipsis esse, monet Hieronymus a ; nec unquam obliviscantur , se vetustis etiam canonibus velari , quidpiam in suscepto ministerio agere , ac docendi et concionandi munus sibi sumere sine sententia Episcopi; cujus fidei populus est creditns 7 et à quopro animabus ratio exigetur3. Certum denique firmumque sit, eos omnes, qui adversus praestitutum bu ne ordinem aliquid moliantur, statum Ecclesiae , quantum in ipsis est, perturbare.

Nefas porrô esset , atque ab eo venerationis studio prorsus alienura , quâ Ecclesiae leges sunt excipiendœ , sancitam ab ipsa disciplinam , quâ et sacrorum procuratio, et Morura norma , et jurium Ecclesiae , ministrorumque ejus ratio continetur , vesanâ opinandi libidine iraprobari ; vel ut certis juris nalurae principiis infestam notari, vel mancam dici atque imperfectara , civilique auctoritati subjectara.

Cùm autem , ut Tridentinorum Patrum verbis utamur, constet, Ecclesiam eruditam fuisse à Christo JESU, ejusque apostolis , atque à Spiritu sancto ilii omnem veritatem in dies suggerente edoceri 4? absurdum plané est, ac maximè in eam injuriosum , restaurationetn ac regenerationem quamdam obtrudi , quasi necessariam , ut ejus incolumitati et incremento consulatur , perinde ac si censeri ipsa possit vel defectui , vel obscu-

J Conc. Flor. sess. XXV, in définit, apud Labb. t. XVIII , col. 528. edit. Tenet.

2 S. Hieron Ep. II ad Nepot. a. 1 , 24.

3 Ex Can. Ap. XXXVIII, apud Labb. tom. I, pag. 38, edit. M an si.

4 Conc. Trid. sess. XIII, decr. de Eucharist. inprœm.

JUSTIFICATIVES. 17 devoir de chaque évêque de s'attacher fidèlement à la chaire de Pierre , de conserver religieusement le dépôt , et de gouverner le troupeau qui lui est confié. C'est un devoir pour les prêtres d'être soumis aux évêques , que saint Jérôme les avertit de considérer comme les pères de leur âme ; et ils ne doivent jamais oublier que les anciens canons leur défendent de faire rien dans le ministère , et de s'attribuer le pouvoir d'enseigner et de prêcher, sans la permission de l' évêque, à la foi duquel le peuple est confié , et auquel on demandera compte des âmes. Qu'il demeure donc constant que tous ceux qui trament quelque chose contre cet ordre établi, troublent autant qu'il est en eux l'état de l'Église.

Ce serait sans doute une chose coupable et tout-à-fait contraire au respect avec lequel on doit recevoir les lois de l'Église , que d'improuver par un dérèglement insensé d'opinions la discipline établie par elle, et qui renferme l'administration des choses saintes , la règle des mœurs , et les droits de l'Église et de ses ministres ; ou bien de signaler cette discipline comme opposée aux principes certains du droit de la nature, ou de la présenter comme défectueuse, imparfaite, et soumise à l'autorité civile.

Comme il est constant , pour nous servir des paroles des Pères de Trente , que l'Église a été instruite par Jésus-Christ et ses apôtres , et qu'elle est enseignée par V Esprit saint qui lui suggère incessamment toute vérité, il est tout-à-fait absurde et souverainement injurieux pour elle , que l'on mette en avant une certaine restauration et régénération comme nécessaire pour pourvoir à sa conservation et à son accroissement; comme si elle pouvait être censée exposée à la défaillance, à l'obscurcissement, ou à d'autres inconvéniens de cette

rationi , vel aliis hujuscemodi incommodis obnoxia ; quo quidein molimine eo spectant novatores, ut, recentis humante institutions jaciantur fundamenta, illudque ipsum eveniat, quod detestatur Cyprianus , ut,quic divina res est , humana fiât Ecclesia Perpendant verô, qui consilia id genus machinantur, uni Romano Pontificiy ex S. Leonis tesliraonio, canonum dispensationem esse créditant, ipsiusque dumtaxat esse, non verô privati hominis , de paternarum regulis sanctionum quidpiani decernerc , atque ita , quemadmodum scribit S. Gelasius *, décréta canonum librare , decessorumque prœcepta metiri^ut quœ nécessitas temporum restaurandis Ecclesiis relaxanda deposcit, adhibitâ consideratione diligenti, teniperentur.

Hic autera vestram volumus excitalam pro religione constantiam adversùs fœdissimam in clericalem cœlibatum conjurationem , quam nostis effervescere in dies latius , connitentibus cum perditissimis nostri aevi philosopbis nonnullis eliam ex ipso ecclesiastico ordine, qui personœ obliti , munerisque sui, ac blanditiis abrepti voluptatum , eo licenliœ proruperunt , ut publicas etiam atque iteratas aliquibus in locis ausi sint adhibere principibus postulationes ad discîplinam illam sanctissimam perfringendam. Sed piget de turpissirais hisce eonatibus longo vos sermone distinere , veslrœque potius religioni fidentes committimus, ut legem maximi momenti,in quam lascivientium tela undique sunt intenta , sartam tectam custodiri , vindicari , defendi, ex sacrorum canonum praescripto , omni ope contendatis.

Honorabile deinde christianorum connubium , quod sacramentum magnum nuncupavit Paulus in Christo et Ecclesia 3 , communes nostras curas efflagitat , ne

* S. Cypr. Ep. LU , edit. Baluz.

3 S. Gelasius PP. in Ep. ad Episcop. Lucaniœ.

3 Ad. Hebr. XIII, 4.

JUSTIFICATIVES. 19 nalure. Le but des novateurs , en cela , est de jeter les fondemens d'une institution humaine récente , et de faire, ce que saint Cyprien avait en horreur , que l'Église , qui est divine , devienne tout humaine. Que ceux qui forment de tels desseins considèrent bien que c'est

I au seul Pontife romain 7 suivant le témoignage de saint Léon , que la dispensation des canons a été con-

ij fiée y et qu'il lui appartient à lui seul , et non à un particulier , de prononcer sur les règles anciennes , et ainsi , comme l'écrit saint Gélase , de peser les décrets des canons , et d'apprécier les réglemens de sesprédé-

1 cesseurs , pour tempérer, après un examen convena-

I ble y ceux auxquels la nécessité du temps et l'intérêt des églises demandent quelques adoucissemens.

Nous voulons ici exciter votre zèle pour la religion contre une ligue honteuse formée à l'égard du célibat ecclésiastique , ligue que vous savez s'agiter et s'étendre de plus en plus; quelques ecclésiastiques joignant pour cela leurs efforts à ceux des philosophes corrompus de notre siècle, oubliant leur caractère et leurs devoirs , et se laissant entraîner par l'appât des voluptés jusqu'à ce point de licence , qu'ils ont osé en quelques lieux adresser aux princes des prières publiques réitérées pour anéantir cette sainte discipline. Mais il nous est pénible de vous entretenir long-temps de ces honteuses tentatives , et nous nous confions plutôt sur votre religion pour vous charger de conserver, de venger , de défendre de toutes vos forces suivant les règles des saints canons , une loi si importante , et sur laquelle les traits des libertins sont dirigés de toutes parts.

L'union honorable des chrétiens , que saint Paul appelle un grand sacrement en Jésus-Christ et dans | V Église, demande nos soins communs pour empêcher

quid adversùs ipsius sanctitatem , ac de indissolubili ejusdem vinculo minus rectè sentiatur , vel tentetur, induci. Impensè id jam eommendarât suis ad vos Iitteris felicis recordalionis prœdecessor noster Pius VIII ; adhuc taraen infesta eidem molimina succrescunt. Docendi itaque sunt sedulo populi , malrimonium semel ritè initum dirimi ampliùs nonposse, nexique connubio Deum indîdisse perpetuam vitse soeietatem , nodumque necessitudinis , qui exsolvi , nisi morte , non possit. Memores sacris illud rebusadnumerari, etEcclesîœ proinde subjici, prœstitutas de ipso ejusdem Ecclesîaeleges habeant oboculos, iisquepareantsanctè, accurateque, ex quarumexecutione omnino "pendet ejusdem connubii vis, robur , ac jusla consociatio. Caveant,nequod sacrorum canonum placitis, conciliorumque decretis officiât , ullâ ratione admittant , probè gnari , exitus infelices illa babitura esse conjugia quse vel adversùs Ecclesiœ disciplinam , vel non propitiato prius Deo , vel solo sestu libidinis jungantur, quin de sacremento, ac de mysteriis , quae illo significantur , ulla teneat sponsos eogitatio.

Alteram nunc persequimur causam malorum uberrimam , quibus afflictari in prœsens comploramus Ecclesiam , ïndifferentismum scilicet , seu pravam illam opinionem , quse improborum fraude ex omni parte percrebuit , quâlibet fidei professione œternam posse anima? salutem comparari , si mores ad recti honestique normam exigantur . At facilisanè negotio in re perspicua , planeque evidenti , errorem exitiosissimum à populis vestrœ cura3 concreditis propelletis. Admonente enim apostolo «, unum esse Deum , unam fidem , unum baptisma , extimescant , qui è religione quâlibet patere ad portum beatitudinis aditum comminiscuntur , reputentqueanimo ex ipsius Servatoris testimonio, esse se con-

' Ad Eplws. Vf, 5.

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