‹ Affaires de RomeChapitre 28 sur 37 · JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

JUSTIFICATIVES

qu'on ne porte atteinte , par des opinions peu exactes , ou par des efforts et des actes , à la sainteté et à l'indissolubilité du lien conjugal. Pie VIII , notre prédécesseur d'heureuse mémoire , vous l'avait déjà instamment recommandé dans ses lettres , mais les mêmes trames funestes se renouvellent, les peuples doivent donc être instruits avec soin , que le mariage une fois contracté suivant les règles ne peut plus être rompu , que Dieu oblige ceux qui sont ainsi unis à l'être toujours , et que ce lien ne peut être brisé que par la mort. Qu'ils se souviennent que le mariage faisant partie des choses saintes, est soumis par conséquent à l'Église; qu'ils aient devant les yeux les lois faites par l'Église sur cette matière, et qu'ils obéissent religieusement et exactement à celles de l'exécution desquelles dépendent la force et la vertu de l'alliance conjugale. Qu'ils prennent garde d'admettre sous aucun rapport rien de contraire aux ordonnances des saints canons et aux décrets des conciles , et qu'ils se persuadent bien que les mariages ont une issue malheureuse quand ils sont formés contre la discipline de l'Église , ou sans avoir invoqué Dieu , ou par la seule ardeur des passions , sans que les époux aient songé au sacrement et aux mystères qu'il signifie.

Nous arrivons maintenant à une autre cause des maux dont nous gémissons de voir l'Église affligée en ce moment , savoir , à cette indifférentisme ou cette opinion perverse qui s'est répandue de toutcôté par les artifices des méchans, et d'après laquelle on pourrait acquérir le salut éternel par quelque profession de foi que ce soit , pourvu que les mœurs soient droites et honnêtes. Il ne vous sera pas difficile, dans une matière si claire et si évidente, de repousser une erreur aussi fatale du milieu des peuples confiés à vos soins. Puisque l'apôtre nous avertit qu'il n'y a qu'un Dieu , une foi, un baptême , ceux-là doivent craindre qui s'imaginent que toute religion offre les moyens d'arriver au bonheur éternel , et ils doivent comprendre que, d'après le témoignage du Sauveur même

ira Chrisinm, quia cum Christo non sunt ■ , seque infeliciter dispergere, quia cum ipso non colligunt, ideoque absque dubio œternun^esse perituros, nisi teneant catholicam fidem, eamque intégrant, inviolatamqne servaverint 2 . Hieronymum audiant , qui , cum in très partes schismate scissa esset Ecclesia , narrât , se tenacem propositi , quando aliquis rapere ipsum ad se nitebatur , constanter clamitasse : si qnis Cathedrœ Pétri jungitur , meus est 3 Falsô autem sibi quis blandiretur , quod et ipse in aqua sit regeneratus. Opportune enim responderet Augustinus ^ : Ipsam formant habet etiant sarmentum i quod prœcisum est de vite : sedquid ilii prodest forma, si non vivit de radice ?

Atqueex hoc putidissimo indifferentisrni fonte absurda illa fluit ac erronea sententia , seu potiùs deliramentumasserendam esse ac vindicandam cuilibet libertatem cottscientiœ. Cui quidempestilentissimo erroriviam sternit plena illa,atque immoderata libertas opinionum, quae in sacrœ et civilis rei labemlatè grassatur, dictantibus per summam impudentiam nonnullis , aliquid ex ea commo= di in religionem promare. At quœ pejor mors animœ, quant libertas erroris ? inquiebat Augustinus 5. Freno quippe omniadempto,quo homines contineantur in semitis veritatis,proruentejam in prœceps ipsorum natura ad malum inclinata, verè apertum dicimus puteunt abyssi 6, è quo vidit Joannes ascendere fumum, quo obscuratus est sol, locustis ex eo prodeuntibus in vastitatem terrœ. Inde enim animorum immutationes, inde adolescentium in détériora corruptio, inde in populo sacro-

» Luc XI, 23.

2 Symb. S. Athanas,

3 S. Hier. Ep. LYIÏI.

4 S. Aug. in Psal. contra 'part. Donat.

5 S. Aug. Ep. CUL

6 Apoc. IX, 3.

JUSTIFICATIVES. a3 ils sont contre le Christ, puisqu'ils ne sont point avec lui, et qu'ils dissipent malheureusement, puisqu'ils ne recueillent point avec lui; et par conséquent qu'il est hors de doute qu'ils périront éternellement , s'ils ne tiennent la foi catholique, et s'ils ne la gardent entière et inviolable. Qu'ils écoutent saint Jérôme, qui , dans un temps ou l'Église était partagée en trois par un schisme, raconte que , fidèle à ses principes , il avait constamment répondu a ceux qui cherchaient à l'attirer à leur parti : Si quelqu'un est uni à la chair de Pierre, je suis avec lui. Ce serait à tort que quelqu'un se rassurerait, parce qu'il a été régénéré dans les eaux du baptême; car saint Augustin lui répondrait à propos : Un sarment coupé à la vigne conserve encore la même forme ; mais à quoi lui sert cette forme, s'il ne vit point de sa racine?

De cette source infecte de l'indiffërentisme découle cette maxime absurde et erronée, ou plutôt ce délire, qu'il faut assurer et garantir à qui que ce soit la liberté de conscience. On prépare la voie à cette pernicieuse erreur par la liberté d'opinions pleine et sans bornes qui se répand au loin pour le malheur de la société religieuse

| et civile, quelques-uns répétant avec une extrême impudence qu'il en résulte quelque avantage pour la religion. Mais, disait saint Augustin , qui peut mieux donner la mort à l'âme que la liberté de l'erreur? En effet , tout frein étant ôté qui pût retenir les hommes dans les sentiers de la vérité , leur nature inclinée au mal tombe dans un précipice ; et nous pouvons dire avec vérité que le puits

i de l'abîme est ouvert, ce puits d'où saint Jean vit monter une fumée qui obscurcit le soleil , et sortir des sauterelles qui ravagèrent la terre. De là le changement des esprits, une corruption plus profonde de la jeunesse, le

runi , rerumque , ac legum sanclissimarum contemptus , inde uno verbo pestis rei publicae prse. qualibet capitalior , cùm experientiâ teste vel à prima antiquitate notum sit, civitates , quœopibus, imperio, gloria* fïoruêre, hoc uno malo concidisse, libertate immoderatâ opinionum, licentiâ concionum , rerum novandarum cupiditate.

Hue spectat deterrima illa, ac nunquam salis exsecranda et detestabilis libertas artis librariae ad scripta quœlibet edenda in vulgus, quam tanto convicio audent nonnulli efflagîtare ac promovere. Perhorrescimus, venerabiles Fratres, intuentes, quibus monstris doctrinarum , seu potiùs quibus errorum portenlis obruamur, quœ longé ac latè ubique disseminantur ingenti librorum multitudine , libellisque , et scriptis mole quidera exiguis , malitiâ tamen permagnis , è quibus maledictionem egressam illacrymamur super faciem terrœ. Sunt tamen , proh dolor ! qui eo impudente abripiantur, ut asserant pugnaciter hanc errorum colluviem inde prorumpentem satis cumulatè compensari ex libro aliquo , qui in hac tanta pravitatumtempestate ad religionem ac veritatem propugnandam edatur. Nefas profectô est ,omnique jure improbatum , patrari datâ opéra malum certum ac majus, quia spes sit , inde boni aliquid habilum iri. Numquid venena libéré spargi, ac publiée vendi , comporta rique , imô et obbidi debere, sanus quis dixerit, quod remedii quidpiam habeatur, quo qui utuntur, eripi eos ex interitu identidem contingat ?

Verùm longé alia fuit EcclesiaB disciplina in exscindenda malorum librorum peste vel apostolorum œtate, quos legimus grandem librorum vim publicè combussisse \

A et, Aposi. XIX.

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