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III

DES DEUX SYSTÈMES DE CONDUITE QUE LES CATHOLIQUES POUVAIENT ADOPTER APRÈS LA RÉVOLUTION DE l83o.

Il n'y avait évidemment que deux partis à prendre , ou s'en tenir au système de la Restauration , à l'alliance indissoluble du trône et de l'autel , à la solidarité éternelle de l'un et de l'autre , ou renoncer à ce système et séparer, autant qu'il était possible , deux causes dont l'union avait été si malheureuse.

Voyons maintenant quels étaient les avantages de l'un et de l'autre de ces partis , avec leurs inconvéniens.

Le système de la Restauration avait contre lui l'expérience de seize années. A aucune époque , l'Église n'avait été moins libre , moins puissante sur l'esprit des peuples , en butte à plus d'outrages et à ceux même du pouvoir qui , trop faible pour la défendre, tâchait d'apaiser ses ennemis en leur sacrifiant les droits de la religion. Personne ne conteste que telle fut la véritable situation de l'Église sous ce régime , et personne n'eût voulu que cette situation durât toujours. On espérait que la Maison de Bourbon , en acquérant plus de puissance , ferait à l'Église d'autres destinées , mais où était cette puissance à la fin de juillet i83o ? Continuer sous la révolution , avec des ennemis , un système qui avait été funeste sous

DE ROME. 55 ia Restauration avec des amis , n'était-ce pas une folie? Aussiles partisans de ce système avaient une pensée secrète, et la voici : Il y aura prochainement une seconde restauration ; séparer l'Église de l'État, ce serait enlever aux Bourbons une partie de leur puissance , et priver l'Église de la protection qu'ils lui accorderaient. En attendant cette restauration , laissons donc les choses dans l'état où la révolution les a trouvées. G'est-à-dire qu'il fallait livrer l'Église de France au gouvernement de Louis-Philippe , parce qu'à tout hasard, il pourrait avoir pour successeur Henri V, et qu'à tout hasard encore , Henri V pourrait être et plus éclairé et plus fort que Charles X. Il est toujours incertain qu'une révolution ramène au trône les princes qu'une révolution en a précipités : il l'est davantage qu'elle les y ramène dans un temps très court , et il est impossible que ces vicissitudes donnent de la force au pouvoir qui les subit. Elles ont pour résultat des transactions qui ne tirent les princes de l'exil qu'en les plaçant sous la dépendance de toutes les opinions et de toutes les forces qui contribuent à les ramener.

Suivre ce premier système de conduite , était donc abandonner l'Église au hasard dans un moment décisif pour elle ; et en supposant des espérances douteuses réalisées même dans un court délai , c'était attendre son salut de cela même qui avait fait sa perte pendant seize ans.

Le second parti avait tout d'abord cet avantage

56 \FFAIRES de relever la religion de la chute du trône et de rompre toute solidarité avec ceux qui allaient travailler au profit de la race royale exilée. C'était empêcher que la religion ne fut traitée en vaincue et en conspiratrice. Dans un pays où le pouvoir est disputé, oùla guerre civile est menaçante, la neutralité est le premier intérêt de l'Eglise , quand ce ne serait pas son premier devoir. En renonçant à toute alliance avec TEtat et avec les partis , l'Église devenait inviolable pour tous ; elle choisissait au-dessus des passions sa vraie place ; elle accomplissait la mission de paix qu'elle a reçue de Jésus-Christ , et, par un singulier bonheur, elle accomplissait aussi le long désir des peuples \ elle disait à ses ennemis la cherchant dans la poussière d'un trône abattu : Christus non est hîc, surrexit ; elle disait à la France, quel que pût être son sort , qu'elle fût en proie aux étrangers , ou à la guerre civile : Munda ego sum à sanguine hujus. Fallait-il, au lieu de ce rôle si grand et si chrétien, la tenir hypocritement accolée à un pouvoir hostile , priant tout haut pour lui et tout bas pour un autre , rêvant des désastres contre la patrie, prenant une part sourde à tous les complots, et courbée sous des évêques octroyés par l'athéisme. Au temps de la République , l'Eglise de France s'était honorée sur les échafauds ; au temps du Directoire , elle avait ramené courageusement ses débris sur un sol où elle ne possédait plus rien de ses immenses

DE ROME. 57 richesses , et elle avait vécu et noblement vécu de la charité des siens ; au temps de l'Empire, elle avait accepté la protection , à quelques égards sincère , d'un grand capitaine , et ajouté de la puissance , dans l'opinion des peuples , à ses victoires même ; au temps de la Restauration elle avait allié sa cause à celle d'une maison royale revenant de l'exil , et dont elle avait naguère partagé les infortunes. Mais quel rôle eut-elle joué , quel devoir eût-elle accompli en i83o, si, au lieu de songer au salut des peuples , en songeant au sien , elle avait consenti à toutes les servitudes avec résignation , par dévouement à ceux qui n'avaient pu la défendre , et sur la foi de ces prévisions douteuses qui ne dispensent d'agir ni le chrétien ni l'homme dans les plus simples affaires de la vie ?

Quelques prêtres catholiques, ceux-là même qui avaient combattu le gallicanisme dogmatique et ses conséquences depuis plusieurs années, et qui par ce seul fait s'étaient constamment trouvés en opposition avec le pouvoir qui venait de tomber, jugèrent qu'ils pouvaient se placer entre la révolution et le clergé qu'elle menaçait. Ils crurent devoir saisir cette occasion où la Providence venait de donner un démenti digne d'être médité à tant d'espérances , pour poser clans leurs ruines les fondemens de la liberté de l'Eglise ; et c'est pourquoi , entre les deux systèmes de conduite qui viennent d'être expliqués, ils choisirent

58 AFFAIRES nécessairement celui qui leur permettait une action , celui qui ne les condamnait pas à l'inertie la plus absolue , qui n'était pas réprouvé par l'expérience, qui n'était pas une ruine déjà toute faite.

Afin de comprendre encore mieux la nécessité où ils furent de suivre ce système, il faut connaître celui qu'avait adopté contre l'Église le pouvoir sorti de la révolution de i83o.

§ iv.

DU SYSTÈME ADOPTÉ CONTRE L'ÉGLISE PAR LE GOUVERNE- MENT SORTI DE LA RÉVOLUTION DE l83o.

La révolution de i83o avait été faite autant contre l'Église que contre la Couronne , et il était impossible qu'il en fut autrement , à cause de leur intime alliance. Le gouvernement sorti de cette révolution devait donc être hostile à l'Eglise ; mais il n'avait le choix , comme nous l'avons dit , qu'entre une persécution ouverte et un asservissement progressif et complet. Il choisit le dernier mode comme moins hasardeux, et parce qu'il voulait en toutes choses conserver au moins les apparences de Tordre antérieur. On sait que telle a été sa politiqne.

Cependant des actes de violence nombreux furent commis contre la religion sur presque tous les points du pays avec la tolérance du gouvernement ; trop faible pour les réprimer . il y voyait

DE ROME. 59 d'ailleurs un double avantage, celui de livrer une proie au parti exalté de la révolution , et de rendre le clergé plus docile à ses vœux en lui faisant sentir le besoin d'être protégé. Ces actes de violence achevèrent la démonstration d'une vérité capitale, c'eslque la religion n'était pas haïe pour elle-même , mais pour son alliance avec le pouvoir. D'un bout de la France à l'autre , presque sans aucune exception , les sacrilèges eurent le caractère de représailles politiques. Ainsi le palais archiépiscopal de Paris fut saccagé parce qu'on avait cru voir dans un des derniers mandemens de l'archevêque des allusions aux coups d'État. Ainsi l'Église de Saint-Germain-l'Auxerrois fut dévastée parce qu'après un service pour l'âme du duc de Berry, un jeune homme imprudent suspendit au catafalque l'image du duc de Bordeaux. Ainsi les croix de Mission , plantées dans les derniers temps, furent abattues parce qu'elles portaient aux extrémités des fleurs-de-lys , et que les missionnaires avaient mêlé souvent à leurs prédications des objets de pure politique , tandis que la croix ancienne , la croix sans emblèmes étrangers ne fut l'objet d'aucune insulte. Partout où l'on ne trouva que la religion, la religionfut respectée. Elle le fut , non seulement du peuple pris en masse, mais des hommes de parti les plus exagérés. Le gouvernement l'attaqua seul par les moyens hypocrites dont il avait fait choix, et qui se rapportaient aux trois branches principales de

la religion, la hiérarchie, renseignement et le

culte.

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