ITS
sons, cLinè" liorations.
Par lésion ou affection primitive.
Par accident ou
par maladie intercurrente
Par cachexie antérieure
Par suites opératoires
299 contusions traitées.
( opérées.
24 plaies contuses.
62 plaies par instrum.r 32 traitée?.
trdncliantsetpiquants.| 30 opérées.
52 phlegmons OU abcès.j 45 opéïS.:
"^^^^-^ f^Pids î ^gV^plîgV.
10 affections syphiliti-
39 tumeurs bénignes. .. { 3^ t-Hées.
25 tumeurs inalignes.. .j^Jt-p^^J^^^^^^^
82 RÉGION RACHIDIENNE.
Tableau II. — Opérations
Guérisons
MORTS
Choc
Septicémie auté-opératoire J
Septicémie post-opératoire l
Tuberculose
viscérale
Cachexie ^ sonile
Maladie intercurrente
4 extractions de balle.
18 curettages de fon-
1 laparotomie et anus
B. — Région raghtdienne.
Lésions traumatiques.
;. I. Fractures de la coloniie vertébrale.
( 20 liommes : 12 guéris ; 8 morts.
23 cas I 3 femmes : 2 — 1 —
Les causes de ces fractures sont : les cliocs ou les pressions directs (3 fractures par cause directe) ; l'inflexion de la colonne vertébrale (19 fractures par cause indirecte) ; la contraction musculaire (1 fracture, obs. 46).
Les chocs directs bornent souvent leur action aux points les plus accessibles de la vertèbre. C'est ainsi que, cliez 2 blessés, une apophyse épineuse était seule fracturee.Mais, chez d'autres blessés, une pression violente, comme celle
LÉSIONS TRAUMATIQUES.
d'une roue de voiture, brise ou écrase une ou plusieurs vertèbres. Dans le premier cas, la fracture n'est qu'un accident peu important ; dans le second cas, la fracture est toujours multiple et très grave, parce qu'elle se complique de déplacements des fragments et de lésions de la moelle ou des viscères (obs. 45, n°4).
Les fractures par inflexion sont de beaucoup les plus fréquentes. Tantôt le blessé tombe sur les reins, et la colonne vertébrale rencontrant un obstacle s'infléchit en arrière. Tantôt le blessé tombe sur la tête, sur le siège ou sur les pieds, et la colonne vertébrale s'infléchit en avant. D'autres fois, un corps très lourd, un fardeau, une poutre, est porté sur la tête ou sur les épaules, mais la colonne vertébrale ne peut résister au poids qu'elle supporte, elle plie et se brise. Sur mes 19 fractures par cause indirecte, j'ai pu déterminer que 6 fractures avaient été produites par une chute en arrière sur le dos, 4 par une chute sur les pieds, 1 par une chute sur les fesses, 2 par une chute sur la tête. Chez 1 blessé, la fracture eut lieu parce qu'un fardeau, qu'il portait sur la tête, glissa sur la nuque et fit plier le cou en avant. Chez 1 autre blessé, qui soutenait sur son épaule une poutre de charpente, la résistance du rachis fut vaincue. Enfin, chez 4 blessés, qui étaient tombés d'une grande hauteur, soit sur les reins, soit sur les extrémités du tronc, le mécanisme de la fracture est resté obscur.
Je n'ai observé que 1 exemple de fracture par contraction musculaire, chez un charretier, qui, debout sur sa voiture, et voulant relever son cheval, fit un violent effort en rejetant la tête en arrière. Il ressentit aussitôt une douleur à la partie inférieure du cou, la sixième vertèbre cervicale venait de se briser (obs. 4(5).
En faisant abstraction des fractures partielles des apophyses épineuses, j'ai trouvé que les fractures du rachis avaient eu pour siège : 10 fois les vertèbres lombaires, 8 fois les dernières vertèbres cervicales et 3 fois les dernières vertèbres dorsales. D'où il résulte que la colonne vertébrale se brise habituellement dans les régions où ses articulations sont le plus mobiles.
84" RÉGION RAGHIDIENNE.
De vingt à quarante ans, j'ai compté 17 fractures. Audessus de quarante ans, je n'en ai plus rencontré que 6.
La fracture se révèle souvent par des signes certains qui sont : la mobilité d'une apopliyse épineuf>e, mais surtout la déformation du rachis. Cette déformation se traduit, tantôt par la saillie anormale d'une apophyse épineuse, tantôt par une gibbosité angulaire, d'autres fois par une inflexion latérale du rachis. Lorsque la fracture occupe la région cervicale, l'exploration de la paroi postérieure du pharynx peut faire sentir la saillie d'un corps vertébral déplacé. La crépitation manque presque toujours.
Mais à défaut de signes certains, la fracture du rachis s'accompagne ordinairement de signes rationnels, qui suffisent pour établir le diagnostic. Ces signes sont :1a douleur locale, exaspérée par la pression et par les mouvements; en second lieu, la paralysie, due à la compression ou à la contusion de la moelle et des nerfs par les fragments déplacés.
Sur 23 fractures, j'en ai observé 11 avec déplacement et 12 avec une lésion du système nerveux.
Habituellement le déplacement des fragments s'accompagne d'une lésion médullaire. Mais il ne faut pas croire que ces deux phénomènes, déplacement et lésion médullaire, soient toujours connexes. J'ai vu 2 fractures avec gibbosité sans la moindre lésion nerveuse. Et inversement, dans 3 cas, la lésion nerveuse existait avec des fractures, qui ne présentaient aucun déplacement apparent.
La lésion nerveuse se manifeste par une paralysie, qui comporte divers degrés. Depuis le simple affaiblissement des muscles jusqu'à la paraplégie complète avec paralysie delà vessie et du rectum, j'ai observé tous les intermédiaires. Tantôt la paralysie portait plus sur l'un des membres que sur l'autre. Tantôt la moiilité était abolie, tandis que la sensibilité n'était qu'affaiblie, ou réciproquement. Ces variétés tiennent aa siège de la lésion médullaire et à la gravité de la lésion. Elles tiennent aussi à rarrachement de quelques racines rachidiennes, à la contusion ou à la déchirure du tronc nerveux au voisinage des trous de conjugaison.
LÉSIONS TRAUMATIQUES. »0
Ces paralysies peuvent disparaître ou s'amoindrir plus ou moins rapidement. Mais quelques-unes persistent, causent des troubles trophiques et constituent une infirmité des plus graves.
Indépendamment des lésions de la moelle et des paires rachidiennes, j'ai observé 1 cas de trismus (obs. 49), 1 cas d'hématurie, et d'autres fractures (fracture de côtes, fracture des deux calcanéums), qui s'étaient produites dans le même accident.
Comme accident consécutif, j'ai vu survenir cliez un blessé, qui était resté longtemps dans le décubitus dorsal, des eschares au sacrum et aux talons.
Une des fractures de la colonne vertébrale était compliquée de plaie avec issue des fragments (obs. 45, n" 1).
Le pronostic est grave, puisque la proportion des morts a été de 9 pour 23 fractures (39,13 p. 100). Il est d'autant plus grave que la moelle a été lésée et que la fracture siège plus haut. 4 de mes blessés sont morts en quelques heures par choc traumatique avec commotion, contusion ou rupture de la moelle (obs. 45, 1, 2, 3, 4) -, 3 ont succombé à une compression de la moelle cervicale (obs. 46 et obs. •47, n°B 1 et 2) ; 2 sont morts à la suite d'une myélite ascendante (obs. 48, n"' 1 et 2).
Chez les blessés qui ont guéri, la consolidation s'est faite dans un délai de quarante-cinq jours en moyenne.
Les fractures rachidiennes, sans déplacement et sans paralysie, n'ont besoin d'aucun appareil : le repos au lit suffit pour les guérir.
S'il y avait déplacement, j'ai constamment cherché à le réduire par quelques manœuvres prudentes de coaptation et par quelques manœuvres d'extension. Mais ces manœuvres aboutissent rarement à un résultat appréciable. Il faut alors immobiliser le tronc. Dans ce but, la gouttière de Bonnet rend de grands services, si la fracture siège à la région lombaire ou à la région dorsale et s'il y a paraplégie. Mais si la fracture occupe la région, cervicale, la minerve ou le collier avec corset plâtré est spécialement indiqué.
RÉGION RACHIDIENNE.
Depuis qu'on a soulevé la question d'intervenir en relevant ou en réséquant les fragments déplacés dans les fractures de la colonne verlébrale avec compression de la moelle, je n'ai rencontré aucun cas oii l'une de ces opérations m'ait paru utile.
Obs, 45. — Quatre faits de fracture de la colonne verlébrale. Mort rapide par choc.
1°M... (Léon), âgé de 20 ans, exerçant la profession de couvreur, tombe d'un quatrième étage, le 30 août 1891. Apporté à la Pitié, on constate une plaie dans la région lombaire avec fracture des vertèbres lombaires et fracture du sacrum. Des fragments de vertèbres sortent par la plaie avec un© abondante hémorrhagie. La plupart des nerfs, qui forment la queue de cheval, sont certainement rompus. La paraplégie est complète. Le blessé a recouvré toute sa connaissance. L'agitation de ses bras et de la partie supérieure du tronc contraste avec l'immobilité des membres inférieurs. Il meurt à neuf heures du soir, deux heures environ après son arrivée .
2" H... (Victor), âgé de 39 ans, menuisier, entré le 19 septembre, a une fracture de la colonne vertébrale au niveau de la douzième vertèbre dorsale, à la suite d'une chute d'un quatrième étage sur les pieds. On ne constate aucune autre fracture. Il est dans la stupeur. Une hématurie assez abondante se produit. Mort, six heures après l'entrée à l'hôpital.
3° A... (Dominique), âgé de 29 aus, vient aussi de tomber d'un quatrième étage, lorsqu'on l'apporte à l'Hôtel-Dieu le 20 mai 1893. Il a une fracture à la partie inférieure de la région dorsale, avec déplacement produisant une gibbosité. État de stupeur. Respiration très fréquejite. Dyspnée. Pouls petit et rapide. Sueurs froides. Paraplégie incomplète. Au bout de xrois heures, mort par choc t)-aumatique.
4° 0... (Ernest), âgé de 43 ans, a été renversé par une voiture, dont la roue a passé sur la partie supérieure de sou ventre. Apporté à l'Hôtel-Dieu le 30 septembre l'S93, on constate une paraplégie complète, qui est la conséquence d'une frac-
LÉSIONS TRAUMATIQDES. o7
ture du rachis, dont il n'existe cependant aucun autre signe. Plusieurs côtes ont été brisées en môme temps. Faciès grippé. Pouls insensible. Athermie, le thermomètre ne marque que 34°. Perte de connaissance. Mort dans la soirée.
]/autopsie de ces blessés ayant été faite par l'autorité judiciaire, nous n'avons pas pu constater l'état exact des lésions.
Obs. 46. — Fracture de la région cervicale 'par contraction musculaire. Mort par compression de la moelle à la suite de la rupture d'un vaisseau rachidien. (Obs. communiquée à l'Académie de médecine, séance du 27 septembre 1892; in BuL, p. 505.)
Le nommé S... (Anatole), charretier, âgé de 38 ans, est admis à la Pitié le 7 mai 1892. Voici comment il raconte son accident : il y a douze jours, étant debout sur sa voiture et voulant relever son cheval en tirant sur les rênes, il fit un violent eifort pendant lequel il se cambra et rejeta la tête en arrière. Aussitôt il ressentit une douleur à la partie inférieure du cou. Il fut soigné pendant douze jours pour une névralgie cervicale, puis envoyé à l'hôpital, où je constatai l'immobilité instinctive du tronçon cervical de la colonne vertébrale et la proéminence du corps de la sixième vertèbre dans le pharynx.
J'immobilisai le cou avec une minerve de plâtre.
Au bout de quinze jours, la minerve fut enlevée, et, malgré mes recommandations, Anatole S..., se croyant guéri, se mit à faire des mouvements du cou dans tous les sens.
Le 22 mai, à trois heures du matin, il se plaignit à l'infirmier veilleur d'une vive douleur à la tête. Il se leva, se promena dans la salle, alla à l'office demander une tasse de café, et tomba brusquement sans connaissance. On le reporta dans son lit. Il resta dans le coma et mourut à huit heures et demie du matin.
A l'autopsie, nous pûmes constater qu'il s'agissait d'une fracture simple avec dilacération des vaisseaux. Ceux-ci avaient fini par s'ouvrir tout à coup dans le canal rachidien et dans les enveloppes de la moelle, à la façon d'un anévrysme qui se rompt, d'où une hémorrhagie. La compression exercée sur la moelle, avait amené la mort.
RÉGflON RACHIDIKNNE.
Obs. 47. — Deux faits de fracture de la colonne cervicale. Mort par compression de la moelle.
1° R... (Emile), âgé de 27 ans, peintre en bâtiments, est tombé d'une échelle haute de cinq mètres environ. Aj-ant perdu connaissance, il ne peut donner aucun renseignement sur la façon dont la chute a eu lieu et sur les parties qui ont été atteintes.
Amené à l'Hôtel-Dieu le 29 avril 1894, on constate, d'abord, qu'il répond parfaitement bien aux questions qu'on lui adresse- Il se plaint d'une douleur extrêmement vive au niveau de la nuque, et demande qu'on lui immobilise la tête dans une position élevée.
L'exploration de la nuque permet de reconnaître qu'un point, situé au niveau de l'axis, est le siège d'une douleur extrêmement vive à la pression ; mais il est difficile de préciser le lieu des autres points douloureux. L'apophyse épineuse de la quatrième cervicale est mobile. La tête étant soutenue par l'oreillier, quelques mouvements de rotation à droite et à gauche sont possibles.
La paralysie des membres supérieurs et inférieurs est absolue. La sensibilité est presque complètement abolie aux membres inférieurs, au tronc et aux membres supérieurs. Elle est conservée à la tête, à la face, au cou, aux épaules, à la partie supérieure du tronc et du dos. La limite de la sensibilité est marquée par une ligne, à peu près circulaire, qui passerait au niveau du premier espace intercostal. Au membre supérieur le moignon de l'épaule est seul sensible.
Le blessé ne peut uriner ni aller à la selle. La soude n'amène que très peu d'urine. La verge est constamment en demiérection.
11 boit difïérents liquides au moyen d'un tube faisant chalumeau, mais il ne peut mâcher les aliments. Il reste absolulument immobile dans le décubitus dorsal.
Pas de paralysie oculaire; pas de déviation delà langue.
Le 22 avril. Même état. Pas de miction spontanée ; pas de défécation. T. 36°5.
Le 23. La sensibilité et les réflexes sont tout à fait abolis,
LÉSIONS TRAUMATIQUES. w
sauf au COU et à la tête. Pas de miction spontanée. Malgré deux lavements et une purgation avec l'eau-de-vie allemande, pas de défécation. Un peu de délire. T. 38°,6 m., 38°,8 s.
Le 24. Après avoir eu de la dyspnée toute la nuit, le blessé meurt brusquement à quatre heures du matin.
I FrG. 10.— Fractures des corps, des apophyses épineuses et des apophyses transverses. (Dessin par M. Boquel, interne du service.)
A l'autopsie, M. Boquel, interne du service, a constaté une fracture assez curieuse du corps et des apophyses épineuses des quatrième et cinquième vertèbres cervicales, et une frac-
I 'ture à la base des apophyses transverses gauches des quatrième, cinquième et sixième vertèbres. Un épanchement de sang remplissait le canal rachidien et comprimait la moelle. C'est l'épanchement qui a causé la mort, car les fragments des fractures n'étaient pas déplacés et ne causaient aucune compression (flg. iO).
2° R... (Auguste), âgé de 55 ans, porteur aux Halles, est apporté à l'Hôtel-Dieu, le 2 décembre 1894, La veille, il est tombé sur le dos dans un escalier. Immédiatement après la
j chute, paraplégie, érection qui persiste, rétention d'urine, dyspnée. Mort le 3 décembre, à neuf heures du matin. 11 exis-
Itait déjà une large phlyctène au sacrum. A l'autopsie, M. Sourdille, interne du service, constate une fracture par écrasement de la première vertèbre dorsale avec déchirure des ligaments articulaires, qui l'unissent à la sep-
'90 RÉGION RACHIDIENNE.
tièrae vertèbre cervicale, laquelle est subluxée en avant. La moelle était comprimée et ramollie. Aucun épanchement sanguin clans les méninges. Le ramollissement de la moelle était certainement un phénomène cadavérique, car Tautopsie n'a pu être faite, en raison d'une opposition judiciaire, que soixante heures après la mort. La vessie était distendue par l'urine. Les intestins paralysés étaient aussi distendus par le gaz.
Obs. 48. — Deux faits de fracture de la colonne vertébrale. Myélite. Mort.
1°D.., ( Al phonsine), journalière, âgée de 37 ans, s'est jetée d'un premier étage dans l'intention de se suicider. Apportée à la Pitié le 29 octobre 1879, je constate une fracture de la colonne vertébrale dans la région lombaire. Paraplégie complète du mouvement, incomplète de la sensibilité. Paralysie de la vessie et du rectum. Délire mélancolique.
Le 31 octobre. Hyperesthésie du membre inférieur gauche. Contracture des muscles . Fièvre.
Le l*"" novembre. Mort.
2° Le dimanche 25 mai 1890,à neuf heures du soir,le nommé J... (Michel), raffineur, âgé de 54 ans, se trouvant en état d'ébriété, tombe dans un escalier d'une hauteur de vingt marches. La chute a eu lieu en arrière^ de telle sorte que la partie postérieure du cou est venue heurter fortement le rebord d'une marche d'escalier. Le blessé affirme que son ivresse n'était que légère, et qu'il n'a pas perdu entièrement connaissance au moment de l'accident. Transporté chez lui, il a ressenti des douleurs « un peu partout ». Aussitôt après la chute, son urine s'est mise à couler goutte à goutte, et il lui a été impossible de remuer les bras ni les jambes. La nuit s'est passée sans sommeil, avec une forte fièvre.
Le lundi 26 mai, J... (Michel) est apporté à l'hôpital de la Pitié. Son état paraît grave. Depuis sa chute, il n'est pas allé à la selle. La miction s'opère toujours goutte à goutte et sans interruption. Il n'a pas de céphalalgie ni de vomissements. Sa parole n'est pas embarrassée. Son intelligence est restée intacte, mais sa physionomie est empreinte d'inquiétude. Sa face est con-
LÉSIONS TRAUMATIQUES. 91
gestionnée. La déglutition n'est pas difficile. La soif est intense et continuelle. L'envie d'expectorer est fréquente, mais l'efïort nécessaire pour expulser les crachats ne peut être exécuté. La température est de 38°, 6.
Les réflexes pharyngiens sont conservés, mais la sensibilité a entièrement disparu aux membres supérieurs.Elle est fortement émoussée aux membres inférieurs, qui peuvent se mouvoir très légèrement, alors que les membres supérieurs sont absolument inertes. Les contractions du trapèze, grâce à l'innervation du nerf spinal, les attirent seulement d'avant en arrière. Le blessé éprouve des secousses surtout dans le pied droit. Il a des crampes dans les doigts de la main droite.
L'exploration du pharynx avec le doigt fait sentir une bosselure produite par la saillie des vertèbres cervicales. Néanmoins il n'y a pas de dépression sur la face postérieure du cou, correspondant à cette saillie. On ne trouve même pas de traces de contusion sur la partie du cou qui a été lésée dans la chute, et la pression exercée sur cette région n'est pas douloureuse. Les mouvements de latéralité de la tête sont difficiles, ainsi que les mouvements d'avant en arrière.
Le 29 mai. Le blessé sommeille constamment, et semble entrer dans un état voisin du coma. Tous les muscles inspirateurs sont paralysés, seul le diaphragme agit. La constipation persiste. La température atteint 39°, 6.
Le 30. Le blessé se trouve mieux. Sa soif est moins ardente. Un lavement à la glycérine a déterminé une selle. La température a un peu baissé, elle n'est que de 39°, 1.
Le 31. L'état général s'est beaucoup aggravé depuis hier. Le blessé est dans un état d'assoupissement continuel. Lorsqu'on l'interroge à voix haute, il répond avec lucidité, mais pour refermer les yeux aussitôt qu'on le laisse tranquille Sa température atteint 39°, 8.
La respiration est de plus en plus difficile, et le malade succombe ce même jour à midi et demi.
L'autopsie montre que les 4«, b% Q% 7« vertèbres cervicales sont littéralement broyées. La moelle présente des signes manifestes d'inflammation .
RÉGION RACHIDIENNE
Obs. 49. — Fracture de la colonne cervicale, Trismus. Guéri s on.
Le 26 août 1879 aune heure et demie, V... (Jules), charpentier, âgé de 40 ans, fit une chute de la hauteur d'un deuxième étage, c'est-à-dire d'une hauteur de huitàdix mètres environ. Il prétend s'être laissé tomber sur le siège, et n'avoir pas perdu connaissance. Immédiatement après la chute, il rejeta par la bouche une quantité de sang qu'il évalue à deux ou trois verres. Malgré une douleur de tête assez vive et une sensation dégonflement au cou, il continua à travailler le reste du jour. La déglutition n'était pas trop gênée, et le blessé a pu, le soir même, faire son repas habituel. La nuit suivante fut agitée. V... (Jules) eut de la fièvre. En particulier, il ressentit une constriction des mâchoires et, le matin, il lui fut impossible d'ouvrir la bouche. Il resta couché chez lui, ne pouvant rien prendre que du bouillon et un peu de vin.
Le 30 aoiit, il entre à l'hôpital.
Le 31 août, je constate un trismus complet des deux côtés. Les temporaux et lesmasséters sont fortement contracturés.Le cou est raide. Il a une anesthésie de la partie inférieure des joues correspondant à la distribution des branches du plexus cervical. Anesthésie aussi des membres supérieurs, plus prononcée à gauche, où la motilité est également atteinte, car si les mouvements spontanés sont possibles, ils sont très aflaiblis.Ily aussi un aflaiblissement de l'ouïe du côté gauche. L'innervation est intacte aux membres inférieurs.
Température dans la bouche, 36•^8; dans l'aisselle, 37°,2 ; dans l'anus, 37,6. Pouls 56.
En présence de ce trismus complet, je songeai à un commencement de tétanos spontané, et je cherchai la raideur de la nuque. En palpant cette région, je trouvai un point douloureux au niveau de la cinquième vertèbre cervicale. Dans ce point existait une dépression et, en pressant sur l'apophyse épineuse, je sentis une mobilité anormale et une crépitation, L'apophyse épineuse de la sixième vertèbre semblait aussi fracturée. 11 était évident que cet homme s'était fait une fracture par contre-coup de la colonne cervicale au moment de
LÉSIONS TRAUMATIQUES. 98
sa chute sur les fesses. Comme il ne pouvait ouvrir la bouche, je ne pus savoir s'il avait une plaie ou une tuméfaction au niveau du pharynx.
Malgré cette fracture, notre homme tournait la tête à droite etàgauche.Illafléchissaiteuavant;mais il ne pouvait l'étendre beaucoup en arrière. Je mis une graude prudence dans cette exploration, et je m'assurai que la raideur du cou tenait à la fracture et non à une contracture des muscles.
Il n'y avait point de paraplégie, point d'incontinence des urines, ni des matières fécales. Le blessé marchait sans difficulté.
La fracture existait sans compression de la moelle ; mais les racines des plexus cervical et brachial avaient été distendues, et la distension avait porté sur les racines postérieures plus que sur les antérieures. Je rattachai le trismus à une lésion bulbo-spinale, ébranlement ou distension, r>t je le considérai comme le premier acte d'un tétanos.
Le bromure de potassium fut donné à haute dose.
Le 2 septembre. Dans la nuit, vers minuit environ, le blessé commence à ouvrir la bouche, et je constate, le matin, un écartementd'un centimètre et demi. La paralysie des membres supérieurs reste la même. Le blessé paraît serrer un peu plus avec la main droite qu'avec la gauche. L'anesthésie persiste aux membres supérieurs et à la partie inférieure de la face. On perçoit nettement la crépitation cervicale. Pouls 56. Température anale 370,7.
Le 3. L'ouverture de la bouche est plus étendue d'un centimètre environ. L'état général est assez bon.
Le 5. L'ouverture de la bouche est de trois centimètres environ. Le malade se plaint d'une douleur en avant de l'oreille gauche au niveau de l'articulation temporo- maxillaire, douleur que l'on augmente en essayant de faire mouvoir la branche du maxillaire avec la main, le pouce étant introduit dans la bouche. Mais il n'y a pas de fracture.
Le 9. Une complication survient du côté des organes de la respiration. Le malade tousse un peu ; la respiration est un peu gênée. L'auscultation permet d'entendre des râles muqueux à la partie postérieure et supérieure delà poitrine.
RÉGION RACHIDIENNE.
Les jours suivants, bronchite. La paralysie est toujours plus prononcée à gauche. On entend des râles sous-crépitants aux deux bases pulmonaires. Application d'un vésicatoire.
Le 16 octobre. Jules V... va à Vincennes. Je constate avant son départ que les mouvements du cou sont parfaitement libres. La sensibilité de la partie inférieure des joues est revenue. Celle du membre supérieur droit est complète ; celle du membre correspondant gauche commence à revenir. Quand on lui demande de serrer la main, on sent que la force de contraction, est aâaiblie, surtout à gauche.
IL Lésions tardives des fractures de la colonne verlébrale.
p. t hommes.
^ ( 2 femmes.
Chez ces 5 malades, revus plusieurs mois efc même plusieurs années après leur fracture, j'ai fait les remarques suivantes :
Augmentation de la difformité gibbeuse. Un serrurier que j'avais traité d'une fracture de la première vertèbre lombaire, sans déformation sensible du rachis, mais compliquée d'une paralysie du mouvement et de la sensibilité du membre inférieur gauche, et qui était sorti guéri en quatre-vingt-cinq jours, vint me consulter de nouveau au bout de trois mois. Une assez forte gibbosité se voyait alors dans la région lombaire. Le cal, formé aux dépens d'un ou de deux corps vertébraux, s'était rétracté, et avait produit l'inclinaison de la partie supérieure de la colonne vertébrale. La colonne était d'ailleurs solide. Le malade fléchissait facilement le tronc en avant. Il marchait sans difficulté, mais il se fatiguait plus vite qu'avant sa fracture. La paralysie avait disparu. La jambe gauche était seulement un peu plus faible que la droite.
Déformation des pieds et production de mal perforant. Chez 2 malades, les pieds s'étaient déformés k la suite de la paralysie des muscles, et étaient devenus pieds-
bots irrégiiliers. Uq mal perforant avait pris naissance sur les points les plus saillants, qui appuyaient sur le sol.
Même sans qu'il existât une déformation des pieds, j'ai vu un mal perforant chez 2 autres malades. Le trouble de la sensibilité et de la nutrition dans les paraplégies consécutives aux fractures rachidiennes prédispose singulièrement au mal perforant, comme il prédispose à toutes sortes d'atrophies et d'affections gangréneuses.
in. Déchirure des muscles lombaires.
21 cas. — 21 hommes : 21 guéris.
Anatomiquement on connaît fort mal cette lésion, qu'on désigne encore sous les noms de tour de rein, de lumbago traumatique. La déchirure intéresse-t-elle les fibres ' musculaires;, les insertions aponévrotiques ou les ligaments articulaires? Est-ce même une déchirure ou une simple distension? Il est difficile de le dire, faute d'autopsie. Le siège de la douleur, tantôt sur la saillie de la masse sacrolombaire, tantôt plus bas au niveau des insertions tendineuses ou aponévrotiques, semble indiquer que la lésion porte sur le tissu musculaire dans certains cas, et sur le tissu fibreux dans d'autres cas.
Quoi qu'il en soit, c'est une lésion très fréquente, beaucoup plus fréquente que mes chiffres ne l'indiquent, parce que la plupart des blessés n'entrent pas à l'hôpital.
Sa cause constante est un effort pour redresser le tronc, surtout quand il s'agit de soulever un fardeau.
Le blessé éprouve à ce moment une vive douleur et sent quelquefois une sorte de craquement dans les reins. La douleur persiste et s'exaspère par les mouvements du tronc.
^ Ce sont les hommes d'un âge mûr qui y sont le plus prédisposés. L'âge moyen de mes blessés était de quarante et un ans. Plusieurs étaient rhumatisants.
Le repos, le massage, les bains, surtout l'électrisation faradique ont amené la guérison en cinq jours en moyenne.
RÉGION RACHIDIENNE.