I. — Cystites
65 cas :
35 hommes: 15 guéris; 13 améliorés; 7 état station. 30 temmes : 16 — 11 — 3 —
C'est la blennorrhagie uréthrale qui a été la cause la plus fréquente des cystites. Sur 37 malades, qui ont pu me fournir des commémoratifs assez précis, j'ai compté 20 cystites blennorrhagiques, 12 d'origine tuberculeuse, 2 causées par le rbumatisme,l par la grossesse, 1 par la septicémie puerpérale, 1 à la suite de la lithotritie.
(1) statistique comprenant une période de dix-huit années et demie, depuis le 1" janvier 1879 Jusqu'au 1" juillet 1897.
De 15 à 35 ans il y a eu 35 cystites; de 30 à 55 ans, 24; aii-clessus de 55 ans, 6 seulement. Ce sont, en effet, les jeunes sujets, plus que les personnes mûres, qui contrac- IcûL les urétlirites blennorrhagiques, cause la plus commune de l'inflammation vésicalc.
Dans les formes subaiguë et aiguë, les envies fréquentes d'uriner, le ténesme vésical et la douleur ont été, à des degrés divers, les principaux symptômes. Les urines étaient claires ou légèrement troublées par du mucus. Quelquefois elles étaient teintées par du sang. Elles n'exhalaient pas de mauvaise odeur.
Dans la forme chronique, les douleurs étaient moindres; mais l'urine était troublée par son mélange avec du pus ou du muco-pus, qui se déposait en couche plus ou moins épaisse dans le fond du vase. Elle avait pris une odeur ammoniacale et fétide. Chez 16 malades ellfi était franchement purulente, et 4 fois le pus était mélangé de sang.
28 fois l'inflammation était localisée au col de la vessie. C'est dans ces cas que j'ai observé les ténesmes les plus pénibles et les douleurs les plus aiguës. 13 malades avaient de véritables crises à chaque émission de quelques gouttes d'urine.
Les boissons alcooliques, les liquides et les mets qui communiquent à l'urine des qualités irritantes, la station assise prolongée, les courses en voiture, les fatigues de tous genres, les excès vénériens, la constipation, en un mot toutes les causes qui amènent la congestion des organes du bassin, exaspèrent l'inflammation de la vessie ou occasionnent une rechute de la cystite. J'ai observé que la période menstruelle provoquait toujours une recrudescence du ténesme et des douleurs (obs. 269).
Chez les hommes, la cystite s'est compliquée 5 fois d'un rétrécissement de l'urèthre et 6 fois d'une hypertrophie de la prostate. Chez les femmes, la complication la plus commune est la métrite ou la rétroversion de l'utérus.
Le diagnostic de la cystite n'a présenté quelque difficulté que chez les femmes. Pour elles, toutes les douleurs du bas-ventre dépendent de Id matrice. Si elles oht des mic-
tiens fréquentes, du ténesme vésical, des douleurs s'exasnérant pendant les règles, elles rapportent tous ces malaises h une métrlte. Il est très vrai que Tinnamniationde l utérus se complique souvent d'un trouble dans les fonctions de la vessie, mais ce n'est là qu'une fausse cystite. Je me suis appliqué à faire la distinction entre les métrites, qui sont si nombreuses, et les cystites véritables, dont le nombre est beaucoup plus restreint. Chez mes 30 malades femmes, la cvslite se reconnaissait non seulement par le ténesme vesicàl et la fréquence des mictions, mais surtout par une douleur au niveau du col et du bas-fond de la vessie, lorsque le doiet placé dans le vagin comprimait le col vésical contre la face postérieure du pubis. C'est cette douleur spéciale, très lo.îalisée, très nette, qui me mettait sur la voie de la cystite. Chpz ces femmes l'utérus était, d'ailleurs, indolore, ainsi que les culs-de-sac latéraux. L'examen des urines, qui contenaient souvent du mucus ou du pus, venait compléter le
diagnostic. - . • t i
Les 12 cystites tuberculeuses se caractérisaient par des douleurs et un ténesme insupportables, avec des urines le plus souvent claires ou à peine teintées de sang. 4 fois la prostate présentait une induration suspecte ; 1 fois le testicule, et 1 fois les poumons étaient envahis par les tubercules. Les sujets maigrissaient, et le traitement ne parvenait pas à amener une amélioration du ténesme ni des douleurs. Cette inefficacité du traitement est un bon signe de la cystite tuberculeuse. J'ai suivi, pendant six ans et demi, un jeune homme de vingt-six ans qui revenait, de temps en temps, faire un séjour dans ma salle, sans que j'aie pu améliorer sensiblement sa tuberculose vésicale. Le signe certain de la cystite tuberculeuse n'est donné que par la présence du bacille de Koch dans l'urine. On l'a rencontré 2 fois Chez mes malades.
Lorsque l'inllammation était légère, le repos au lit, les bains, les applications émollientes et narcotiques sUf le ventre, le copahu ou l'essence de térébenthine, le salicylate de soude ou le salol à l'intérieur, suflisaient pour amener la guérisou.
624 MALADIKS lUlINAIRES COMMUNES AUX DEUX SEXES
Dans les cas plus rebelles, j'agissais sur la vessie par des injeclions d'eau boriquéc liède, répelées chaque jour, et môme plusieurs fois par jour, de manière à faire un lava^^^c prolongé.
Si l'eau boriquée restait sans effet, je poussais dans la vessie une injeclion d'une solution de nitrate d'argent à 1 pour 500 ou même cà 1 pour 300 d'eau. Cette injection, renouvelée à huit jours d'intervalle, a réussi souvent. Quelquefois j'ai cherché cà moditier la muqueuse vésieale par des injeclions de permanganate de potasse au millième.
L'iiijeclion une fois fuite, le liquide était laissé dans la vessie aussi longtemps que le patient pouvait le garder, car il éprouvait ordinairement des douleurs et un vif besoin d'expulser le liquide injecté.
Si la cystite se compliquait d'un rétrécissement de Turètlire, ce qui est arrivé 5 lois, je commençais le traitement par la dilatation du canal.
31 malades sortirent guéris après un traitementde vingtsix jours en moyenne; 2i malades furent améliorés en vingt et un jours ; 10 malades, n'étant restés dans le service que cinq jours, étaient à peu près dans le même état qu'à leur entrée.
Obs. 269. — Cystite aiguê^ 'prohahlement de nature rhumatismale^ exaspérée par les règles; fjuérison. — La nommée Eulalie B...,âgée de 44 ans, journalière, est entrée le 27 mai 1884 à la Pitié.
Son père est mort d'accident. Sa mère a soixante-dix-huit ans et se porte bien. Jamais de rhumatisme dans la famille. Elle a sept sœurs et un frère qui sont bien portants. Leurs enfants sont aussi de bonne santé.
Elevée à la campagne jusqu'à quinze ans, elle a été réglée à quinze ans et demie. Depuis lors les menstrues sont revenues toutes les trois semaines régulièrement. Elle n'a jamais eu de grossesse ni de fausses couches.
A vingt- cinq ans, B... vient à Paris, se marie et se met à faire des ménages en ville. Elle habite une chambre, qui n'est ni froide ni humide, et se nourrit suffisamment bien. Elle n'a
jamais eu de maladies des organes génitaux, jamais de rhumatismes, ni de douleurs quelconques dans les membres pouvant faire penser à une maladie médullaire ou autre. Depuis 1883, petite hernie inguinale gauche, non contenue par im bandage et ne gênant pas la malade. Elle paraît, en somme, jouir d'une très bonne santé.
Au mois de décembre 1883, elle commença, sans cause connue, à uriner fréquemment avec des douleurs légères et un peu d'épreintes après la miction. Les urines étaient tantôt claires, tantôt troubles, jamais sanglantes. Elle continua néanmoins à faire ses ménages, à laver le linge, s'exposant fréquemment à des refroidissements. Pendant janvier et février 1884, ses occupations ne lui occasionnèrent pas trop de fatigues; mais, à la fin de février, les douleurs devinrent presque continues, localisées aux parties génitales et à la région sus-pubienne. En outre, sensations de brûlure dans le canal au moment de la miction. L'appétit était conservé, mais le sommeil se perdit.
Un médecin diagnostiqua, en mars, ua prolapsus utérin, et appliqua, à trois reprises, un pessaire annulaire. Il ordonna ensuite des pilules de fer, des injections vaginales d'eau de feuilles de noyer, des bains et des cataplasmes. Mais il n'y eut aucun soulagement. La malade ne pouvait plus marcher ni dormir, ni travailler à cause des douleurs atroces, spontanées et provoquées, qu'elle ressentait. Le médecin fit une cautérisation du canal avec le crayon de nitrate d'argent, sans résultat. Les régies, pendant tout ce temps, restaient régulières, mais apportaient une notable exaspération aux symptôme-^ douloureux de la vessie.
A l'hôpital, la malade dit souffrir dans los parties génitales, dans la région sus-pubienne, dans l'aine, dans les cuisses. Les douleurs sont exaspérées par les mouvements. Le nombre des mictions dépasse trente dans les vingt-quatre heures. L'envie d'uriuerdoit être satisfaite immédiatement sous peine d'uriner dans le lit. Avant la miction la malade éprouve une douleur vive et cuisante. Pendant la- miction, sensation de brûlure insupportable dans le canVl. Après la mic-
tioD, téliesme vésical, qui occasionne fies sortes de crampes dans les cuisses et les mollets indépendamment de la douleur dans les parties génitales et le bas-ventre. La quantité d'urine rendue à chaque miction est très faible. L'urine est trouble, muco-purulente, rougeâtre, m.ais sans traces de sang. KUe a une odeur de décomposition ammoniacale très prononcée. Los mouvements, même au lit, amènent une recrudescence dans les douleurs et dans la fréquence des mictions. La malade est obligée de rester immobile sur le dos; dans cette position elle trouve un calme relatif. Depuis plusieurs jours, elle n'a pas de sommeil.' L'appétit est fort diminué. Cependant elle conserve une apparence très robuste et n'a pas de fièvre.
Lavage, matin et soir, de la vessie avec de l'eau boriquée à 2,5 p. 100. Salicylate de soude deux grammes. Un bain chaud tous les deux jours. Cataplasmes sur le ventre. Repos au lit.
Le 3 juin. Même état. Eau boriquée à 4 p. 10^ additionnée de quelques gouttes de laudanum. Onctions à l'entrée du vagin avec une pommade belladonnée. Bains chauds prolongés.
Le 12. Elle commence à se lever, allant un peu mieux. Mais l'arrivée des régies, qui coïncident avec un refroidissement, exaspère notablement la cystite. Ce sont surtout les douleurs spontanées et provoquées par la miction qui sont exagérées, plutôt que la fréquence des mictions. Eau de Vichy aux repas.
Les jours suivants, la malade commence à voir la fréquence des mictions diminuer et, de jour en jour, l'amélioration se continue. Les douleurs deviennent moins vives; les urines sont plus claires. La malade commence à se lever, avec la précaution de ne pas trop marcher dans la salle.
Le 15 juillet. Les régies, qui sont peu abondantes, ravivent les douleurs. La malade gardele litpendantles trois jours qui suivent.
Le 17. Suppression du salicylate de soude, parce que la malade se plaint de gastralgie.
Le 25. La malade qui se lève, marche et sort dans la cour, quitte l'hôpital presque guérie, mais gardant encore un peu de douleurs après chaque miction.