‹ Affections chirurgicales du tronc [electronic resource]Chapitre 14 sur 65 · Contusions · texte numérisé non relu

Contusions

11 cas. — 10 traités; 1 opéré.

Des coups de pied donnés pendant une dispute (7 cas), une chute à califourchon (1 cas), la selle de la bicyclette (1 cas), des manœuvres d'avortement (1 cas), des rapports sexuels immodérés (1 cas), ont été les Causes de ces contusions.

Le mont de Vénus et les grandes lèvres ont été le plus souvent atteints. Dans le cas des manœuvres d'avortement, la contusion portait sur la paroi postérieure du vagin. La vulve et tout le vagin étaient tuméfiés, ecchymosés, chez une jeune fille de dix-sept ans, qui prétendait avoir subi en une nuit les assauts de neuf garçons.

L'ecchymose et la tuméfaction de la muqueuse vulvaire, de la peau des grandes lèvres et du pénil ont été des phénomènes constants. En outre, dans 6 cas, le sang épanché avait formé un thrombus plus ou moins considérable.

Il est à remarquer que 3 femmes étaient enceintes et qu'elles n'avortèrent pas.

7 blessées guérirent par résolution et quittèrent l'hôpital au bout de huit jours en moyenne.

Chez 1 blessée, le thrombus amena la rupture de la muqueuse, et les caillots furent évacués par des irrigations phéniquées.

Chez 2 blessées, un phlegmon se forma et suppura. Dans 1 des cas la suppuration s'évacua spontanément par le rectum; dans l'autre cas, l'abcès fut incisé.

H. — Plaies conluses.

15 cas. — 15 traités. 1 mort.

En s'asseyant dans un omnibus ou un tramway, il peut

LÉSIONS TKAUMATIQUES

arriver qu'une secousse du véhicule fasse tomber la voyageuse à cheval sur la barre de fer qui sépare les places. Une violente contusion des parties génitales externes en est ordinairement la conséquence. 6 de mes malades présentaient une plaie contuse par cette cause. D'autres fois (4 cas) la chute avait eu lieu sur un corps dur tel qu'un tabouret, une chaise. Une femme de trente-trois ans avait été comme empalée en tombant sur le montant d'un siège. Parmi les autres agents vulnérants, j'ai encore à signaler une roue de fiacre (1 cas), un coup de pied (1 cas), un forceps (1 cas), le membre viril (2 cas).

13 fois la plaie contuse siégeait à la vulve, 2 fois au vagin.

La face interne des grandes lèvres et les petites lèvres ont été plus souvent intéressées que la fourchette ou la région clitoridienne. Les bords de la plaie étaient déchirés, ccchymosés, décollés. Son fond, plus ou moins profond, était rempli de caillots noirâtres. Toute la région était tuméfiée par une infiltration sanguine ou par un thrombus qui rétrécissait l'orifice vaginal. L'étendue de la plaie a été très variable. Après l'accident, celle-ci mesurait souvent plusieurs centimètres, mais lorsque les caillots avaient été éliminés, la rétraction des parties la réduisait ordinairement à de petites dimensions.

Dans le vagin, la plaie occupait la paroi postérieure dans 1 des cas, et dans l'autre le cul-de-sac latéral droit qui avait été défoncé (obs. 28).

Comme la solution de continuité comprend des parties très riches en vaisseaux : bulbe du vagin, clitoris, réseau péri-vaginal, l'hémorrhagie est l'accident habituel. 12 fois sur 15 plaies contuses, cette hémorrhagie a été très abondante, et, dans 1 cas, la blessée, apportée exsangue dans la salle, n'a pu être sauvée (obs. 29).

Une entorse du pubis, unerétentiond'urine pendant quelques jours, un écoulement sanguin par le col de l'utérus, ont été les seules complications observées. •

Lorsque la plaie a été débarrassée des caillots qu'elle contient, et lorsque l'hémorrhagie a été arrêtée, soit par un

VULVE ET VAGIN

tamponnement à la gaze iode-formée, soit par l'application de pinces à forcipressure, ou par la suture, la cicatrisation s'effectue rapidement, en dix jours en moyenne. Chez 1 seule blessée elle fût retardée par la production d'une plaque de sphacèle.

Obs. 28. — Déchirure du cul-de-sac vaginal par le membre viril; guérison. — 0... (Thérèse), âgée de trente-sept ans, couturière, est transportée d'urgence à l'Hôtel-Dieu, dans la soirée du 27 avril 1897. Elle perd du sang par la vulve en très grande abondance, et elle souffre dans le bas-ventre.

Interrogée sur la cause de cette hémorrhagie, elle avoue que, pendant un rapport sexuel, elle a éprouvé tout-à-coup une sensation de déchirure dans le bas-ventre et en même temps une grande douleur. Le sang s'étant mis à couler de manière à inonder son lit et ne pouvant s'arrêter, on prit peur et on l'apporta à l'hôpital.

Sans vérifier la cause exacte de l'hémorrhagie, l'interne de garde se borna à faire un lavage antiseptique du vagin et à appliquer un tamponnement avec la gaze iodoformée.

Le lendemain 28 avril, je trouve la blessée pâle, anémiée, mais ne perdant plus de sang. Elle me renouvelle son dire que l'hémorrhagie s'était produite pendant un rapprochement sexuel. Le ventre n'est pas ballonné. Le bas-ventre est douloureux à la pression.

Transportée sur le lit du spéculum, j'enlève le tamponnement avec précaution, et je fais une injection phéniquée chaude pour entraîner tous les caillots. L'hémorrhagie est arrêtée. En explorant le fond du vagin avec l'index, je sens, au niveau du cul-de-sac latéral droit, une solution de continuité dans laquelle l'extrémité du doigt s'introduit et peut se mouvoir librement, d'avant en arrière, dans rétendue de trois à quatre centimètres. La plaie semble n'avoir point de fond, et je ne cherche pas à savoir si elle pénètre dans la cavité péritonéale, ce qui est probable. Avec le spéculum, je vois que toute la moitié droite du col est, pour ainsi dire, désinsérée du vagin par une plaie presque linéaire. Sans pousser plus loin mes explorations, j'applique immédiatement un nouveau tampon-

LÉSIONS THAUMAÏIQUES

nement peu serré. La malade est replacée dans son lit et soumise au repos absolu.

La cause de cette plaie vaginale me laisse dans le doute. J'incline plutôt à penser qu'elle a été produite par quelque manœuvre avec un corps contondant, dont la blessée cherche à cacher la nature. Il me paraît impossible que le membre viril puisse causer un pareil effondrement. Mais, en variant mes questions, je n'arrive pas aune autre explication que celle qui a été donnée tout d'abord. Le mari, interrogé à son tour, affirme que la cause de l'hémorrhagie a été un coït naturel, et rien ne peut me faire suspecter sa sincérité. Il faut donc se rendre à l'évidence et admettre que le pénis est capable de déchirer le fond du vagin, même chez une femme bien conformée, comme ma malade.

La cicatrisation se fit sans accident et rapidement. Le 12 mai, Thérèse 0... quittait l'hôpital.

Obs. 29. — Plaie contuse de la vulve par une chute à çheval sur une séparation de banquette d'omnibus ; hémorrhagie grave ; soupçon de grossesse. Mort. — Le 17 octobre 1895, on apporte dans le service, au moment de la visite, Clarisse L..., âgée de trente-cinq ans, ménagère, pour une hémorrhagie extrêmement abondante par les parties génitales.

Voici ce que racontent les personnes qui l'accompagnent : il y a une heure environ, elle était montée sur l'impériale d'un omnibus, et elle allait s'asseoir sur la banquette, lorsqu'une secousse brusque, causée par le départ des chevaux, fit que son siège tomba sur le bras en fer qui sépare les places des voyageurs. Aussitôt une perte de sang se produisit, et comme la blessée devenait faible, on la descendit de l'omnibus, on la plaça sur un brancard et on l'apporta à l'Hôtel-Dieu. Pendant le transport elle continua à perdre un flot de sang.

Immédiatement couchée dans un lit, je trouve une femme exsangue, d'une pâleur de cire, sans pouls, avec refroidissement des extrémités, répondant à peine aux questions que je lui adresse. En l'examinant, je constate, au niveau du vestibule de la vulve, au-dessus du méat urinaire, une petite plaie contuse qui donne encore abondamment du sang noir.

VULVE ET VAGIN

Les muqueuses vulvaire et vaginale sont blanches comme un linge. Le col utérin est sain et ne saigne pas. Le corps de l'utérus n'est pas plus volumineux qu'à l'état normal. Rien n'indique un commencement de grossesse, si ce n'est que les régies n'ont pas paru depuis six semaines. La plaie contuse intéresse une veine qui parait variqueuse.

Je fais comprimer la plaie pendant cet examen, que j'abrège le plus possible. Dès qu'on cesse cette compression, le sang repart en bavant malgré la position horizontale de la blessée. Une cautérisation avec le thermocautère, un tamponnement avec l'eau de Pagliari sont impuissants. Il faut placer quatre pinces à demeure pour se rendre maître de l'hémorrhagie.

En même temps, on injecte sous la peau cinq grammes d'éther, un gramme de caféine, cinq cents grammes de sérum artificiel; on fait des frictions; on entoure la blessée de linges chauds. Le pouls reparaît. Mais cette amélioration n'est que de courte durée. Bien que l'hémorrhagie soit arrêtée, la syncope revient et la blessée succombe une heure après son entrée à l'hôpital.

Le cadavre fut réclamé pour une autopsie judiciaire dont le résultat nous est resté inconnu, comme cela arrive habituellement, de sorte que l'hypothèse d'un commencement de grossesse n'a pas été confirmée.

En rapprochant ce fait de 5 autres faits où la plaie contuse avait été produite en s'asseyant sur une séparation d'omnibus, il est facile d'expliquer le mécanisme de la blessure par un écrasement de la vulve entre le corps vulnérant et l'arcade du pubis.

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