XV. — Kystes de la glande vulvo -vaginale
18 cas. — 1 traité; 17 opérés.
Comme les abcès de la glande vulvo-vaginale, et probablement pour les mêmes raisons, les kystes siègent surtout à gauche (10 fois à gauche pour 6 fois à droite).
Ce sont des kystes par rétention, le liquide sécrété s'accumulant dans le canal excréteur de la glande de Bartholin ou dans ses culs-de-sac. Cette rétention suppose une oblitération du canal excréteur par une inflammation ou par quelque autre cause. Et, en effet, ehez 2 de mes malades, le kyste avait élé précédé, plusieurs années auparavant, par une Bartholinite suppurée (obs. 40).
Les femmes d'âge mûr y paraissent plus prédisposées que les très jeunes femmes. Ma statistique donne trente et un ans comme âge moyen.
Le kyste est situé sous la petite lèvre, en dedans de la grande lèvre. Quelquefois, en soulevant la petite lèvre, il la
■déplisse et l'efface. Son volume a varié entre le volume d'une ■amande, celui d'une orange et môme celui du poing. Dans ce ■dernier cas, le kyste sortait entre les grandes lèvres, de ■manière à faire croire à la malade qu'elle était affectée ■d'une chute de la matrice (obs. 42).
La muqueuse avait conservé son aspect normal, lorsque le kyste était peu volumineux, mais lorsque le kyste avait pris un grand accroissement, elle s'était amincie, et ressemblait à une membrane transparente (obs. 41).
Les petits kystes avaient une consistance élastique et étaient mobiles sous la muqueuse. Les gros kystes étaient fixes et nettement fluctuants. Les uns et les autres étaient indolents, à moins qu'ils ne fussent enflammés. Ils gênaient plus ou moins les fonctions génitales. Plusieurs malades m'ont avoué qu'ils se tuméfiaient à certains moments lorsque, sous l'influence d'une excitation vénérienne, la sécrétion de la glande de Bartholin devenait plus active (obs. 39 et 41).
Le liquide contenu est transparent, filant, de la consistance du sirop de gomme. Chez 1 malade (obs. 41), il était opalescent comme de l'amidon cuit. Chez d'autres malades, il était teinté en brun ou en rouge par un épanchement sanguin. J'ai rencontré 1 seule fois un liquide séreux, non filant.
J'ai observé 2 malades dont le kyste avait été envahi par unu inflammation suppurative et dontla poche, transformée en abcès, s'était ouverte spontanément. Je crois que plusieurs abcès de la glande vulvo-vaginale ont la même origine, un petit kyste qui s'est enflammé.
Le procédé qui consiste à évacuer le kyste avec un fin trocart, à laver sa cavité, puis à injecter un liquide irritant, tel qu'une solution de chlorure de zinc au dixième, est un procédé infidèle. Je l'ai mis 2 fois en pratique. Dans l'un de ces cas le kyste a récidivé, dans l'autre il a suppuré.
Inciser le kyste et cautériser profondément ses parois en appliquant sur elles une petite rondelle de pâte au chlorure de zinc, est un meilleur procédé, qui m'a donné 3 succès, dans les cas de kyste peu volumineux ou suppuré.
VULVE ET VAGIN
Le meilleur de tous les procédés est la dissection et l'ablation complète. Sur 10 ablations totales, 4fois l'opéra-] tion s'est terminée sans ouvrir la cavité kystique (obs. 39). La glande vulvo-vaginale est ordinairement enlevée eni même temps. Chez 1 de mes opérées, on la voyait étalée i sur la paroi du kyste. Comme la dissection s'étend assezJ profondément vers l'orifice du vagin, il arrive que quelques^ artérioles sont coupées et saignent abondamment. Dans- 1 cas, j'ai dû faire plusieurs ligatures, ce qui n'a pas empêché l'opérée d'avoir une petite hémorrhagie dans las journée (obs. 40). Ordinairement, il suffit de faire une suture dont les fils comprennent les tissus qui saignent, pour que le suintement sanguin s'arrête. Néanmoins il faut se tenir en garde contre la perte de sang.
La guérison des ablations totales a eu lieu en neuf jours; en moyenne, 3 fois par réunion immédiate, 6 fois par suppuration partielle de la plaie opératoire et 1 fois après la formation d'une plaque de gangrène sur la muqueuse disséquée.
Chez 2 femmes, dont l'une était enceinte de huit mois, jet me suis borné à évacuer le kyste par une incision simple.
L'incision simple, de même que la ponction, expose à las récidive ; j'en ai observé 3 cas.
Comme suite éloignée de; l'ablation du kyste, j'ai à signaler 2 faits dans lesquels il s'était formé, à la place de la; cicatrice, une petite tumeur en chou-fleur ressemblant plus à un adénome végétant qu'à un papillôme vulvaire. Dans ces 2 cas, la petite tumeur fut enlevée avec une curette.
1 malade refusa l'opération. Son kyste était suppuré. De temps en temps, il s'évacuait spontanément, puis se reformait au bout de quelques mois. Cette situation ne pouvait pas avoir d'issue favorable.
Obs. 39. — Kyste de la glande vulvo-vaginale, récidivant après des ponctions et ime incision simple; ablation totale; guérison. — Julie C..., âgée de 23 ans, couturière, est admise: dans le service le 20 mai 1881.
A la face interne de la grande lèvre gauche et un peu audessous de sa partie moyenne, on voit une tumeur de la grosseur d'une noix. Tumeur arrondie, élastique, indolente, sans altération de la muqueuse, qui est simplement soulevée. Elle date du mois de mars 1880. À cette époque, après un premier coït, la malade ressentit à la vulve une assez vive douleur et une sensation de cuisson, qui dura plusieurs jours. Les grandes lèvres se tuméfièrent, mais bientôt la tuméfaction °se limita à la lèvre gauche. Enfin, il ne resta plus de ce gonflement qu'une petite tumeur, à la place que nous avons indiquée, tumeur qui s'accrut peu à peu, et qui augmentait de volume pendant les règles et pendant les rapports sexuels.
Il ne fut pas difficile de reconnaître qu'on avait affaire à un kyste de la glande vulvo-vaginale. Ce kyste fut ponctionné deux fois et incisé largement une troisième fois au mois de novembre dernier. Il se reproduisit quelques semaines après ces trois interventions.
Une opération plus radicale était indiquée.
Le 20 mai. Chloroformisation. Incision verticale. Dissection de toute la paroi kystique, que je peux terminer sans ouvrir la cavité du kyste. Réunion de la plaie avec trois points de suture métallique.
La plaie opératoire se cicatrisa par première intention dans sa partie profonde. Les lèvres suppurèrent un peu.
Le 31 mai, la malade sort guérie.
Le liquide du kyste était transparent, filant, analogue à une solution de gomme.
Obs. 40. — Kyste de la glande vulvo-vaginale; ablation du kyste; hèmorrhagie consécutive; guêrison par suppuration. — Pauline M..., âgée de 20 ans, découpeuse, a eu, il y a plusieurs années, un abcès de la grande lèvre gauche. Depuis quelques mois, elle a remarqué qu'il se formait une tumeur à la partie interne de cette même lèvre. Admise à l'hôpital le 26 août 1891, je diagnostique un kyste de la glande de Bartholin, gros comme un œuf de poule.
Le 27 août. Après avoir insensibilisé la vulve avec des injections hypodermiques de cocaïne à 2 pour 100, j'incise la
VULVE ET VAGIN
muqueuse et je dissèque le tissu cellulaire qui entoure la i paroi kystique. Il faut prolonger la dissection très profondément du côté de la branche descendante du pubis. Pendant I cette dissection, le kyste est ouvert et laisse échapper une grande quantité de liquide filant et transparent. Enfin, toute la poche est enlevée ainsi que la glande de Bartholin. Plu- J sieurs artérioles coupées nécessitent des ligatures. L'écoulement sanguin ne se faisant plus qu'en nappe, je suture les ; lèvres de la plaie.
Dans la journée, hémorrhagie assez abondante pour que l'interne soit obligé de couper les points de suture et de tam- ■ ponner avec des boulettes de coton imbibées d'une solution à parties égales d'eau et d'antipyrine.
La cicatrisation se fit par granulation.
Le 4 septembre. Pauline M... sortait en voie de guérison.
Obs. 41. — Kyste de La glande vulvo-vaginale à contenu opa* -l lescent; ablation; réunion immédiate. — Maria 0..., âgée de 33 ans, sans profession, se présente le 14 janvier 1896 pour ■ se faire opérer d'une tumeur à la vulve.
La tumeur a commencé à se développer, il y a trois ans, sans avoir été précédée par un abcès. Actuellement, elle a le I volume d'une grosse noix verte. Elle oblitère en partie l'orifice vaginal et elle gêne pendant l'exercice de la bicyclette. La muqueuse, qui la recouvre, est amincie et transparente, laissant voir le contenu du kyste qui paraît bleuâtre.
Le 15 janvier. Pendant la chloroformisation, je procède à l'ablation totale du kyste. La plus grande partie de la tumeur s'énuclée facilement, mais son fond, qui contient la glande vulvo-vaginale. se déchire. Un flot de liquide épais, filant, opalescent comme de l'amidon cuit en colle claire, s'échappe par la déchirure. L'opération se termine par une suture à la soie.
Réunion immédiate.
Le 25 janvier. Exeat.
Obs. 42. — Kyste de la glande vulvo-vaginale simulant une chute de matrice. (In Bull. etMém. de la Société obstétricale et
gynécologique de Paris, séance du 12 juin 1890, p. 167.) — Mélanie B..., âgée de 43 ans, portait son kyste depuis quatre ou cinq ans. Elle croyait avoir une chute de matrice. Et, en effet, la tumeur formait, entre les cuisses, une saillie grosse comme le poing. Le diagnostic ne présentait aucune difficulté. La tumeur était fluctuante, transparente, indolore. Elle distendait la grande lèvre gauche et avait effacé le repli que forme la petite lèvre. L'orifice de la glande vulvo-vaginale était imperceptible de ce côté. Le kyste se prolongeait profondément sur la paroi gauche du vagin.
J'ai disséqué ce kyste sans l'ouvrir. Cette dissection a été assez laborieuse et fort sanglante. J'ai même entamé le bulbe du vagin et j'ai sectionné plusieurs artérioles.
A l'état frais, le contenu du kyste était liquide ; après quelques jours de séjour dans l'alcool, le contenu s'était épaissi et présentait l'aspect d'un mastic brunâtre.
La malade n'avait jamais eu d'abcès de la glande vulvovaginale.