‹ Affections chirurgicales du tronc [electronic resource]Chapitre 22 sur 65 · XIV. — Polypes de l'urèthre · texte numérisé non relu

XIV. — Polypes de l'urèthre

I t cas. — 3 non opérés (2 morts) ; 11 opérés (0 mort).

Ces polypes sont formés par la dilatation variqueuse des veines de la muqueuse uréthrale et par le prolapsus plus ou moins considérable de cette muqueuse (obs. 38). Ils sont pour l'urèthre ce que sont les hémorrhoïdes pour le rectum.

Ils ressemblent à de petites tumeurs framboisées, de couleur rouge vif ou rouge violacé, qui entourent le méat ou font hernie par son orifice. Leur volume est ordinairement égal à celui d'un pois, d'un noyau de cerise. Mais j'ai vu sur une de mes malades un polype de l'urèthre gros comme une noix (obs. 36).

3 fois ils saignaient pendant la miction comme des hémorrhoïdes fluentes.

Chez 4 malades, ils étaient complètement indolents. Chez les autres malades, au nombre de 10, les attouchements et le contact de l'urine provoquaient des douleurs plus ou moins vives, et, dans 2 cas, si vives qu'une attaque d'hystérie et qu'un accès de vaginisme en étaient les conséquences.

Bien que j'aie observé un polype de l'urèthre chez une femme de dix-neuf ans, c'est une affection de l'âge mûr. L'âge moyen de mes malades était de trente-neuf ans.

II est probable que l'uréthrite blennorrhagique a une influence sur la production des polypes de l'urèthre, puisque sur mes 14 malades, 3 avaient une vaginite et une uréthrite blennorrhagiques. Une autre malade avait une cystite purulente de nature tuberculeuse (obs. 37).

L'habitude de retenir les urines très longtemps m'a paru être une des causes prédisposantes.

Indépendamment de l'uréthrite blennorrhagique (3 cas), de la cystite purulente (1 cas), du vaginisme (1 cas), des attaques d'hystérie (1 cas), j'ai observé comme complication des polypes uréthraux l'érythème de la vulve (1 cas), le prolapsus de l'utérus (1 cas), les hémorrhoïdes de l'anus (l cas).

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11 malades étaient assez tourmentées pour réclamer un traitement chirurgical, qui a été, d'ailleurs, très simple. Dans 5 cas, j'ai saisi les saillies polypiformes avec une petite pince à griffes, je les ai attirées en dehors du méat et j'ai tranché leur base d'un coup de ciseaux courbes. Pour obtenir une destruction plus complète, dans 1 cas où les polypes s'implantaient très haut dans l'urèthre, j'ai raclé ce canal avec une petite curette tranchante, après avoir excisé avec des ciseaux à lames fines tout ce qui dépassait le méat. Enfin, pour mettre les malades à l'abri d'une récidive, j'ai cautérisé, chez 5 opérées, la plaie de l'excision soit avec le nitrate d'argent, soit avec le thermocautère.

L'excision simple est souvent si rapide, qu'il n'a pas été nécessaire d'anesthésier les malades, même localement. Mais, lorsqu'un curettage du canal, ou une cautérisation devait compléter l'excision, j'ai insensibilisé la muqueuse avec la cocaïne et, 2 fois, j'ai chloroformisé les patientes.

L'opération donne lieu à un écoulement sanguin peu considérable. Un peu de compression suffit à l'arrêter. Pendant quelques jours la miction est douloureuse. Au bout d'une semaine, en moyenne, tout rentre dans l'ordre.

Mais, les polypes de l'urèthre sont sujets à récidiver, ce qui est encore un trait de ressemblance avec les hémorrhoïdes. 3 de mes opérées sont revenues pour des récidives, et chez l'une d'elles j'ai dû pratiquer 3 fois l'excision, à plusieurs années d'intervalle.

3 malades n'ont pas été opérées, 1 fois parce que le polype était indolent, 2 fois parce qu'il était affection négligeable dans le cours d'une autre maladie très grave. En effet, ces 2 malades succombèrent, l'une à une phtisie pulmonaire (obs. 37), l'autre à une pneumonie (obs. 38).

Obs. 36. — Gros polypes de l'urèthre; excision; guérison. — La nommée K... (Madeleine), âgée de 27 ans, journalière, est admise le 17 mai 1887.

Pas d'antécédents spécifiques, ni blennorrhagiques. Elle a eu deux enfants, le dernier il y a six semaines. Avant sa couche elle n'avait rien au méat urinai re.

Deux semaines après l'accouchement, elle s'aperçoit qu'elle urine souvent et involontairement. La miction se fait en plusieurs jets, avec des cuissons et des douleurs. En même temps l'urèthre saigne assez abondamment, de manière à imprégner ses draps de lit et sa chemise. Cependant l'urine n'est pas rouge quand elle est émise. Elle allaite son enfant qui est bien portant.

L'examen de la vulve lait voir trois polypes à l'orifice externe du méat, qui n'est pas déformé. L'un de ces polypes est gros comme une petite noix. Les deux autres sont moins gros. Le plus petit a le volume d'un. pois. Ils sont sensibles, rouges, saignant au moindre contact. Leur surface est parsemée de points noirâtres, comme des grains de poivre, qui semblent être des veinules dilatées. Pas de suppuration uréthrale.

Le 24 mai. Anesthésie. Excision avec de petits ciseaux courbes, comprenant la muqueuse où les polypes s'implantent. Lavage de la plaie avec de l'eau boriquée. Hémostase en comprimant le méat avec un petit tampon de gaze boriquée.

Le lendemain, la malade a des spasmes du col qui l'empêchent d'uriner; on est obligé de la sonder et de renouveler le sondage le jour suivant. Dans l'intervalle des cathétérismes le sang refluait dans la vessie et se mélangeait à l'urine. Il est possible qu'une petite fausse route ait été faite en introduisant la sonde. %

Le 26 mai. La malade urinait toute seule.

Le 3 juin. Guérison. Exeat.

L'examen microscopique a montré que les polypes étaient formés par des dilatations variqueuses renfermant des thromboses.

Obs. 37. — Polype de l'urèthre récidivant; cystite purulente; tuberculose pulmonaire. Mort. — La nommée B... (Zoé), âgée de 42 ans, couturière, avait subi l'excision d'un polype de l'urèthre en décembre 1878.

Le 11 février 1879, elle rentra dans le service pour une récidive de son polype. En effet, une petite tumeur rouge, bosselée comme une framboise, sortait par le méaturinaire, Cette

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tumeur était indolente au toucher, bien que la malade accusât des douleurs pendant la miction et des envies très fréquentes d'uriner. Les urines étaient troubles. Le toucher vaginal localisait la douleur au col et au bas-fond de la vessie. Tous les désordres dépendaient d'une cystite, que rien ne put enrayer et qui évolua comme une cystite tuberculeuse.

Sans m'occuperde la récidive du polype uréthral, la cystite (ut traitée par les moyens ordinaires, injections de nitrate d'argent (à 1 p. 500) dans la vessie, balsamiques à l'intérieur. Les urines devinrent de plus en plus purulentes. En même temps, la malade se mit à tousser.

En mai, les signes d'une tuberculose pulmonaire commencèrent à se manifester.

Tout le cortège de la phtisie pulmonaire se déroula pendant les mois suivants, et la mort arriva le 11 septembre.

Obs. 38. — Gros polype de Vurèihre; mort de broncho-pneumonie ; autopsie. — F. . . (Rose), âgée de 75 ans, journalière, entre à l'hôpital le 20 mars 1886, pour une incontinence d'urine.

A l'examen on voit une saillie rouge-violacée, qui distend l'orifice uréthral et s'étale à l'extérieur (fig. 12). Nous pensons que la distension du canal peut être la cause de l'incontinence des urines, mais, d'un autre côté, la malade est très faible, et la perte des urines peut aussi être le résultat d'une parésie de la vessie.

Le 22, dans la soirée, elle meurt subitement, sans que l'état général ait pu faire prévoir une fin aussi rapide.

Le 24 mars. Autopsie.

Au niveau du sein droit squirrhe atrophique. La saillie normale du sein est remplacée par une dépression où la peau est froncée et très adhérente à la tumeur. En disséquant cette dernière, on constate qu'elle est intimement adhérente au périoste des côtes et de la moitié droite du sternum. Le tissu est très dur à la coupe.

Quelques adhérences du poumon à la plèvre gauche. Le poumon droit est adhérent tout entier à la paroi thoracique.

Broncho-pneumonie des deux poumons, prédominant du côté droit. Splénisation.

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Pas d'épanchement péricardique. Cœur dilaté, mou, graisseux, teinte feuille morte de son tissu. Un peu d'athérôme de la valvule mitrale, sans insuffisance. Le cœur droit est surtout dilaté. Pas d'insuffisance aortique.

Figure 12. — Gros polypes de l'urèthre. — Après la mort, l'urèthre a été fendu pour montrer que les polypes ont avec la muqueuse uréthrale les mêmes connexions que les hémorrhoïdes avec la muqueuse rectale.

La crosse de l'aorte est très dilatée, surtout au niveau de sa portion ascendante, où elle atteint près du double de son calibre normal. Ses parois ne présentent pas d'incrustations calcaires, mais paraissent seulement un peu amincies. L'artére pulmonaire est aussi dilatée.

Foie cardiaque, muscade, volumineux.

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Le rein, peu volumineux, présente un léger degré de néphrite interstitielle.

La rate est saine.

La vessie est de capacité normale, sans hypertrophie de sa tunique musculaire. La muqueuse présente des arborisations vasculaires très marquées.

En fendant la paroi antérieure de l'uréthre, on trouve que le point d'implantation du polype est extrêmement haut, au niveau du col de la vessie. L'implantation ne se fait pas par un pédicule étroit, mais par une base large, circulaire qui se continue directement avec la muqueuse du col, de telle manière que le polype semble formé par un glissement de la muqueuse de l'uréthre qui est venue faire hernie à travers le méat.

L'examen microscopique prouve que la tumeur saillante à l'orifice uréthral est formée par les éléments caractéristiques de la muqueuse et par des veines dilatées, qui ressemblent tout à fait à des hémorrhoïdes (fig. 12).

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