XIV. — Inversion de l'utérus
1 cas. — 1 opéré. Guéri.
Obs. 176. — Inversion de l'utérus à la suite d'une couche', section du corps de Vulérus inversé avec l'anse du serre-nœud élastique à crémaillière ; guérison. — S.-P... (Emilie), femme P..., artiste peintre, est accouchée en mars 1832 dans des conditions normales. Cependant, au mois de juin suivant, elle eut une phlegmatia alba dolens à la jambe gauche, et lorsque ses règles revinrent, elle perdit du sang en grande quantilé, par caillots énormes. Elle est restée dans un état de faiblesse extrême, épuisée par chaque époque menstruelle. Puis des pertes blanches sont survenues dans les intervalles des règles. Cet état inquiétant la malade, elle alla consulter un médecin qui se contenta de prescrire des toniques. Aucune amélioration. Eu décembre de la même année, on lui mit un anneaupessaire, qu'elle supporta difficilement. L'utérusétait devenu
irés irritable; les moindres pressions qu'on exerçait sur lui, et les efforts que faisait la malade en allant à la selle, amenaient des hémoirhagies abondantes. Les pertes, loin de diminuer, allaient toujours en augmentant. Le docteur de S... fut consulté et diagnostiqua un polype; mais en voulant explorer l'utérus avec l'hystéromêtre, ilne put pénétrer dans sa cavité.
Enfin, le 17 septembre 1883, la malade se décida à entrer dans le service de M. Polaillon, qui devait l'opérer de son polype. Le jour de l'opération, on reconnut qu'il n'y avait pas de tumeur polypeuse, mais une inversion de l'utérus.
Le corps de l'utérus retourné comme un doigt de gant s'était en quelque sorte hernié entre les lèvres du col. Sa surface interne devenue externe était rouge, congestionnée, et saignait au moindre contact. La saillie de l'utérus inversé allait tous les jours en augmentant, au point d'apparaître presque à la vulve. La malade l'avait repoussée deux fois avec ses doigts. Les pertes blanches avaient une odeur acre et aigre. Les membres inférieurs étaient œdématiés.
Le 30 octobre. Sans endormir la malade, je place sur l'utérus inversé, au ras du col, une anse de forte ficelle dont les deux chefs traversent la tige coudée du serre-nœud à crémaillère et à traction élastique de M. Périer. Hémorrhagie insignifiante pendant l'application de l'appareil.
Au bout d'une heure environ, la malade ressent de violentes douleurs dans l'abdomen, dues à la constriction de l'utérus. Le soir, elle a de la fièvre. Cataplasmes laudanisés, injection de morphine, repos absolu. Injections phéniquées dans lé vagin deux fois par jour. Le liquide, provenant des lavages, est un peu sanguinolent d'abord, puis devient un peu purulent.
Tous les deux ou trois jours on resserrait la constriction en descendant l'anneau d'un cran. L'utérus inversé se trouvait ainsi sectionné, de plus en plus, au niveau du fil constricteur.
Le 13 novembre. L'anneau était au dernier cran. La malade se portait bien, n'avait ni vomissement, ni ballonnement du ventre. Elle ne souffrait pas.
Le 14. L'appareil tombe, entraînant avec lui une masse charnue, peu considérable, ramassée sur elle-même, raccornie^ ressemblant à une mèche de filasse, donnant peu d'odeur.
UTÉRUS
En examinant avec le spéculum, je constate que le col est tout à lait normal (fig. 44). Il présente seulement quelques ulcérations sur le museau de tanche. Ce qui reste de l'utérus est U remonté au-dessus du col, de façon à simuler le corps d'un u utérus normal ; mais je n'essaie pas d'explorer la cavité avec un . i instrument quelconque, de peur de détruire les adhérences.. On ne sent plus le corps de l'utérus par le palper abdominal. .
Figure U. — Aspect du col après l'ablation du corps de l'utérus inversé. (Grandeur naturelle; dessin par M. Gaussade.)
Tampon d'iodoforme appliqué sur le col. Repos.
Le 23. La malade est presque guérie. Elle se lève et se pro-? mène à sa fantaisie. Il n'y a plus d'écoulements vaginaux.
Le 30. La malade quitte l'hôpital absolument guérie. On lui conseille du repos et surtout d'éviter, pendant plus d'un mois, les rapprochements sexuels. Les règles, qui devaient venir le 18, n'ont pas encore reparu.
Ayant eu l'occasion de revoir plusieurs fois cette malade, à des époques de plus en plus éloignées de son opération, en juin 1896 et en juin 1899, j'ai constaté qu'elle avait notablement engraissé. Ses règles ont disparu, mais elle éprouve, à leur époque habituelle, un peu de pesanteur dans le bassin. Le col est absolument normal. La sensibilité génitale existe comme avant l'opération.
Résumé.
Toutes les maladies et toutes les malformations, énumél rées et analysées dans les Chapitres précédents, forment un
total do 1 .7 L8 cas, qui se décompose de la manière suivante :
|j55 affections guérissables par des moyens médicaux, ont donné 444 guérisons et 11 morts : 5 par septicémie puerpérale (obs. 96, noa L, 2, 3; obs. 98 ; obs. d 15. n ;; ; 1 par embolie (obs. 97 )- I par pleurésie tuberculeuse (obs. 115, n" 1); 1 par albuminurie (obs. 115, n° 2); 1 par intoxication morphinique (obs. 115, n' i): 1 par vomissements incoercibles (obs. 116); 1 par intoxication bydrargyrique (obs. 90, n°2).
1 1 S affections incurables ont été plus ou moins améliorées, et ont eu une mortalité de 7 : 6 par cachexie cancéreuse (obs. 139 et obs. 157, nos 1, 2, 3, 4, 5), et 1 par péritonite suraiguë (obs. 140).
351 affections ont été traitées par la cautérisation intrautérine avec une tige de pâte au chlorure de zinc. 342 guérirent; 9 furent suivies de mort : 6 par septicémie puerpérale (obs. 90, n° 1 ; obs. 102, nos 1, 2,3 et 4; obs. 156), 1 par péritonite septique (obs. 111, n° 1), 2 par cachexie cancéreuse (obs. 154, nos 1 et 2).
794 affections ont été opérées avec un résultat de 744 guérisons et de 50 morts. Ces affections ont nécessité 807 opérations, qui se décomposent en : 620 opérations de minime importance (ponctions, incisions du col, excisions avec les serre-nœuds, curettages), dont la mortalité a été de 11 : par choc (obs. 101)-, par chloroforme (obs. 153); par syncope post-opératoire (obs. 113); par septicémie (obs. 99, nos 1 et 2, et obs. 110) ; par péritonite, septique (obs. 100, noslet2;obs. 111, n° 2; obs. 112 et obs. 117); 54 opérations de moyenne importance (amputations sus-vaginales, colporrhaphies et périnéorrhaphies), avec 2 décès, par pneumonie intercurrente (obs. 155) et par cachexie cancéreuse (Obs. 152);
1 33 opérations importantes (hystérectomies vaginales totales, laparotomies exploratrices, castrations
UTÉRUS
doubles, hystérectomies abdominales, hystéropexies), avec une mortalité de 37 : 4 par choc (obs. 127; obs. 13G; obs. 148, nos 1 et 2); 2 par hémorrhagie du pédicule (obs. 128, n° 1 et 2); 24 par péritonite (obs. 119; obs. 120; obs. 126, dun° 1 au ri0 12; obs. 133; obs. 138, n08 \ et 2; obs. 149, nos de 1 à 5; obs. 172 et obs. 175); 3 par urémie (obs. 129; obs. 137 et obs. 150); 3 par affection pulmonaire (obs. 131; obs. 132 et obs. 151); 1 par démence (obs. 130). Les principales Causes de la mortalité ont donc été : 1° la péritonite post-opératoire (30 cas), accident qui diminue de plus en plus avec les progrès de la technique chirurgicale; 2° la septicémie puerpérale (14 cas), qui déjoue trop souvent les efforts de la thérapeutique médicale et chirurgicale; 3° la cachexie cancéreuse (9 cas), contre laquelle nous sommes jusqu'à présent complètement désarmés.