‹ Affections chirurgicales du tronc [electronic resource]Chapitre 57 sur 65 · III. — Phlegmons des ligaments larges · texte numérisé non relu

III. — Phlegmons des ligaments larges

16 cas. — 16 opérés : 11 guéris, 5 morts.

II n'y a pas très longtemps qu'on confondait les phlegmons des ligaments larges avec les ovaro-salpingites. Mais, actuellement, on ne doit comprendre sous cette dénomination que l'inflammation du tissu cellulaire et des lymphatiques, qui entourent les annexes de l'utérus. C'est ainsi qu'en mettant à part toutes les ovaro-salpingites, je n'ai plus trouvé que 16 cas de phlegmons des ligaments larges. Et comme l'origine de ces phlegmons est dans l'utérus, dans la trompe ou dans l'ovaire, j'ai souvent rencontré une salpingite ou une métrite concomitante, mais d'importance secondaire (obs. 215).

L'accouchement avait été la cause de ces phlegmons chez les trois quarts de mes malades (obs. 213). Chez les autres, l'étiologie m'a échappé.

Je les ai rencontrés plus souvent à gauche qu'à droite (8 fois à gauche, 4 fois à droite).

A leur début, aucun signe ne les distingue d'une périmé! trite ou d'une ovaro-salpingite. Plus tard, lorsque la suppuration s'est établie, la tuméfaction ressemble beaucoup à celle de cette dernière affection. J'ai seulement remarqué que les phlegmons des ligaments larges s'étalent dans l'une

clos fosses iliaques ou à l'hypogastrc, que leur tuméfaction est plus considérable que celle des ovaro-salpingitcs, que la sensation de leur fluctuation est plus nette, que leurs douleurs sont moindres, que leur évolution est rapide, que les métrorrhagies manquent. Ces nuances font pencher le diagnostic pour l'une ou pour l'autre affection, et l'autopsie m'a quelquefois démontré que j'avais eu raison de croire à un phlegmon (obs. 217).

Je n'ai eu affaire qu'à des phlegmons suppurés. 4 fois ces phlegmons s'étaient ouverts spontanément (2 fois dans le rectum, 1 fois dans le vagin, 1 fois à l'ombilic).

Comme l'abcès fait ordinairement saillie dans la fosse iliaque, c'est à ce niveau qu'il faut l'ouvrir. Si la fluctuation est superficielle, l'incision ne réclame pas de précautions spéciales. Mais, si la tuméfaction est profonde, il faut arriver jusqu'à elle sans intéresser le péritoine. Pour cela j'incise la paroi abdominale couche par couche, à deux centimètres au-dessus de l'arcade crurale. Arrivé sur le péritoine, je le décolle et je l'écarté vers le haut, en même temps que mon index, pénétrant de plus en plus clans le bassin, se dirige vers l'abcès dont il déchire la paroi. Chez 2 opérées, je n'ai pas rencontré le foyer purulent, et, sans insister davantage, je me suis borné à maintenir l'incision béante avec une tente de gaze iodoformée. Quelques jours après, le pus faisait irruption par la voie que je lui avais créée.

11 de mes 16 phlegmon furent ouverts par la fosse iliaque; 3, qui faisaient, par exception, saillie à l'hypogastre, furent incisés sur la ligne médiane ; 2, qui proéminaient dans le vagin, furent ouverts par les culs-de-sac de cet organe. Il va sans dire que les trajets fîstuleux des ouvertures spontanées m'ont servi de guide pour les incisions.

La guérison a exigé des pansements pendant quarante jours en moyenne -, mais, chez 1 malade, elle s'est fait attendre quatre mois, et, chez 1 autre, neuf mois. 4 fois une petite fistule a persiste, à la place de l'incision, chez des opérées qui se considéraient comme tout à fait guéries. J'ai constaté que ces fistulettes se fermaient à la longue.

TROMPES HT OVAIltKS

La mortalité considérable que j'ai eu à subir (5 décès sur 16 malades), tient au mauvais état des malades au moment de leur opération : 1 avait une infection puerpérale grave (obs. 214) ; 2 avaient une péritonite généralisée au moment de l'incision (obs. 215 et216) ; 1 souffrait d'une cystite sup] purée et d'une pyélo-néphrite double compliquant une intoxication putride (obs. 217) ; 1 avait une grosse salpingite qui avait causé l'abcès iliaque et une péritonite localisée (obs. 218). A l'exception de celle qui succomba aux progrès de l'affection rénale (obs. 217), toutes les autres furent emportées par une péritonite généralisée septique.

Obs. 213. — Phlegmon du Ligament large à la suite d'une couche; incision iliaque; guérison. — G... (Marie), âgée de 29 ans, ménagère, entrée le 5 janvier 1881, avait déjà eu trois accouchements normaux sans suites morbides, lorsqu'elle devint enceinte pour la quatrième fois. Sa grossesse fut régulière. L'accouchement, qui eut lieu il y a cinq semaines, fut suivi d'une délivrance difficile. On dut détacher le placenta et l'extraire artificiellement. Quatre jours après, la malade se leva et marcha dans sa chambre. A peine recouchée, elle ressentit, dans le ventre, une douleur violente, qu'elle compare à un coupde couteau, etàlaquelle succéda une douleur continue, lui arrachant des cris. Elle eut un frisson très violent durant trois heures, puis de la fièvre, de la céphalalgie, des sueurs. Malgré cet état, la malade ne garda pas le lit constamment. Elle continua à s'occuper de son ménage et à soigner ses enfants. Cependant, la douleur augmentant, il fallut entrer à l'hôpital.

On constate un empâtement avec induration dans la région iliaque droite. La peau est d"un rouge intense, et présente tous les caractères d'un phlegmon. Le gonflement fait saillie à un travers de doigt au-dessus de l'arcade de Fallope Le phlegmon paraît s'être formé autour des ganglions lymphatiques de la partie supérieure du vagin, et adhère à la paroi antérieure du bassin, au niveau du trou obturateur. Il est le siège de douleurs lancinantes, spontanées. La pression sur la fosse iliaque droite et sur la partie latérale de l'utérus est

très douloureuse. Par le toucher vaginal, on constate que le col esta peu près normal et indolore, mais lorsqu'on presse dans le cul-de-sac latéral droit, on provoque une vive douleur, et on sent une rénitence très marquée. Les mouvements d'inspiration et la toux exaspèrent la douleur. Le décubitus latéral et le repos absolu la calment notablement.

L'appétit n'est pas complètement perdu. Constipation opiniâtre. La fièvre est intense. T. s., 40°, 2.

Repos absolu. Applications émollientes et narcotiques sur le ventre. Purgation.

Le 10 janvier. Fluctuation nette et assez superficielle dans la fosse iliaque. Incision à deux centimètres au-dessus de l'arcade crurale, couches par couches, donnant issue à un demi-verre de pus phlegmoneux. Drain. Injection d'eau phéniquée dans le foyer. Pansement de Lister.

Le 12. La fièvre est tombée. T. m., 37°, 3. Les douleurs ne se produisent plus que pendant les mouvements. T. s., 39°4.

Le 13. Suppuration assez abondante, franchement phlegmoneuse. T., 40°. La maladeest très faible, mais garde de l'appétit.

Cet état de fièvre se maintient les jours suivants.

Le 19. La température baisse définitivement; elle oscille entre 37°,8 et 38°,5. La suppuration devient un peu plus abondante.

Le 21. La fosse iliaque droite est bien moins tuméfiée. On n'y sent plus qu'une induration profonde.

Le 26. La masse indurée s'est résorbée en grande partie. La plaie suppure très peu. La malade reprend peu à peu ses forces.

Le 1er février. La suppuration a disparu. Elle est remplacée par quelques gouttes d'un liquide séreux. La malade commence à se lever .

Le 6. L'incision est complètement cicatrisée.

Le 9. La malade guérie quitte l'hôpital pour aller au Vésinet.

Obs. 214. — Phlegmon suppuré du ligament large par infection puerpérale; incision dans la fosse iliaque; mort de septicémie puerpérale. — La nommée W. .. (Anna), âgée de 24 ans, fleuriste, est accouchée naturellement, il y a un mois, dans P. 38

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le service spécial de la Pitié. Elle s'était toujours bien portée et n'avait jamais souffert du ventre. Une semaine environ après son accouchement, elle fut prise de fièvre, de frissons et de diarrhée. On la transporta dans un service de médecine, où l'interne, M. Hutinel, diagnostiqua une collection purulente intra-abdominale et fit, au-dessus de l'arcade crurale gauche, une ponction exploratrice, qui donna du pus blanc, crémeux, non fétide. Comme il /allait intervenir, on la fit passer dans mon service le 27 janvier 1888.

Il y avait un empâtement dans la fosse iliaque gauche, ne laissant aucun doute, surtout après la ponction qui avait été faite, sur l'existence d'un phlegmon suppuré du ligament large. L'état général était très grave: fièvre intense, adynamie, aspect typhoïde^ indiquant une septicémie puerpérale avancée.

Le 28 janvier. Sans chloroformisation, incision au-dessus de l'arcade crurale gauche, décollement du péritoine et ouverture d'un foyer profondément situé dans le bassin, au niveau de la région juxta-utérine du ligament large. Lavage du foyer. Drain. Pansement avec de la gaze phéniquée.

Les 29 et 30. Diminution de la température. La malade ne peut prendre aucune nourriture. Vomissements.

Le 2 février. Le foyer est lavé chaque jour avec une solution phéniquée. Il donne très peu de pus. Mais l'opérée ne peut surmonter son adynamie. Elle s'affaiblit de plus en plus.

Le 7. Mort par septicémie puerpérale.

Obs. 215. — Abcès du ligament large gauche rompu dans ï 'abdomen; ■péritonite locale tendant à se généraliser; incision dans la fosse iliaque ; amélioraiton, puis généralisation de la péritonite à la suite d'une indigestion; mort. — V... (Marguerite), âgée de 23 ans, domestique, fut admise d'urgence à l'hôpital, le jeudi 20 avril 1893, pour des douleurs abdominales vives.

Le début de sa maladie remonte à deux semaines. Auparavant, elle était bien portante et régulièrement menstruée.

Il y a quinze jours, vers la fin de ses régies, à la suite d'une fatigue un peu plus forte que de coutume, elle aurait été prise de malaise et de douleurs abdominales. En même temps, ses

règles se seraient supprimées. Les jours suivants, la malade, tout en souffrant dans le ventre, aurait continué à se livrer à ses occupations de domestique. Mais il y a cinq jours, les douleurs abdominales ayant augmenté, elle aurait été obligée de s'aliter. Fièvre. T., 39°.

Je trouve que le ventre est ballonné et très douloureux à la palpation. Douleur diffuse, sans localisation précise. D'ailleurs la malade se laisse difficilement examiner, et ne répond que vaguement aux questions qu'on lui pose.

Le toucher vaginal est singulier. Le vagin est extrêmement court. Le doigt est arrêté, à une petite distance de la vulve, par une sorte de bride saillante, ressemblant à une bride cicatricielle. Le col utérin est extrêmement petit, et ressemble au col atrophié des vieilles femmes. La pression au niveau ducul-de sac postérieur est douloureuse, mais, en aucun point, on ne sent de tumeur, ni la fluctuation.

Le toucher rectal fait sentir, sur la partie antérieure du rectum, une tumeur allongée, qui paraît être le corps utérin, atrophié.

Dans la soirée, les douleurs abdominales persistent sans se localiser. Le ventre se ballonne uniformément Apparition de vomissements, d'abord alimentaires, puis bilieux, La malade prétend avoir pris, il y a cinq jours, unepurgation, qui serait restée sans effet. Et depuis cinq jours, elle n'aurait rendu ni matières fécales, ni gaz. Le pouls, petit et extrêmement rapide, donne 130 à 140 pulsations. T., 37°, 5.

Ce tableau symptômatique éveillant l'idée d'une occlusion intestinale, le chirurgien de garde est appelé d'urgence, mais il ne trouve pas d'indications suffisantes pour faire une opération.

Le 21. Le lendemain, le même état persiste. Ballonnement du ventre. Refroidissement marqué des extrémités. Vomissements verdâtres. Toujours absence de matières fécales et de gaz par l'anus.

Dans la soirée, apparition d'un vomissement jaunâtre, présentant tous les caractères d'un vomissement fécaloïde. Ces vomissements se renouvellent à plusieurs reprises. La tempé-

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rature descend à 37°. Malgré tout, la malade passe une nuit assez calme.

Le 22. Son état s'est amélioré au point de contrinriiquer toute intervention, bien qu'il y ait toujours absence complète de matières fécales et de gaz. La tem pérature est normale.

Le 24. La malade continuant à vomir et à présenter les mêmes signes d'obstruction intestinale, je me décide à intervenir. Une incision, couches par couches, est pratiquée dans la fosse iliaque gauche, un peu au-dessus de l'arcade crurale. Je trouve l'intestin recouvert d'une épaisse couche de fausses membranes, dont le décollement donne issue à une certaine quantité de pus fécaloïde, extrêmement fétide. Lavage du foyer à l'eau phéniquée et tamponnement avec la gaze iodoformée, suivant le procédé de Mickulicz.

Le soir, T., 38°. L'état général semble s'être amélioré. Il n'y a plus de vomissements. La malade a une selle normale. Le pouls est moins fréquent et plus fort.

Les jours suivants, l'amélioration continue. Les pansements sont renouvelés chaque jour, après lavage de la poche à l'eau phéniquée. La suppuration est peu abondante et a perdu sa fétidité. Mais, malgré tout, il persiste un certain degré d9 ballonnement du ventre, et la malade accuse des douleurs abdominales continuelles, assez vives pour lui arracher des cris. Pas de fièvre. De temps à autre, quelques vomissements. Selles rares. Urines normales.

Le 30. L'état général est assez satisfaisant. Les traits sont moins tirés et les douleurs moins vives.

Dans l'après-midi, la malade mange des fraises, que des parents lui ont apportées en cachette.

Le soir. Indigestion de fraises. L'état s'aggrave. Vomissements fréquents. Réapparition des douleurs abdominales. T. 38°.

La nuit est mauvaise.

Le 1er mai. Le ballonnement du ventre a augmenté. Sa palpation est douloureuse. Le pouls est faible et fréquent. Le faciès est grippé. La cavité de l'abcès suppure très peu.

Le 2. T., 38°,5. Pouls petit, incomptable. L'état s'aggrave de plus en plus. Absence de selles et de gaz. Refroidissement

AI'TISCTIONS ORGANIQUES

et cyanose des extrémités. Quelques vomissements verdàtres à intervalles éloignés. Les signes de la péritonite s'accentuent. Mort le soir à dix heures.

Autopsie. Péritonite généralisée. Les anses intestinales sont distendues, et leur surface est recouverte par des fausses membranes purulentes, qui les agglutinent les unes aux autres. Pas d'épanchement purulent dans l'intérieur de la cavité péritonéale.

Le grand épiploon, est épaissi et recouvre la masse intestinale, à laquelle il adhère par l'intermédiaire des fausses membranes.

A la partie inférieure de l'abdomen, les anses intestinales agglutinées circonscrivent un foyer purulent absolument enkysté, qui a été ouvert par l'incision pratiquée à la paroi abdominale. Ce foyer est en rapport avec le fond de l'utérus, et communique par un orifice étroit avec un deuxième foyer purulent, situé plus profondément sur le bord gauche de l'utérus, dans l'épaisseur du ligament large. Ce deuxième foyer communique lui-même avec la trompe, qui contient du pus.

A la place de l'ovaire gauche existe une petite poche pleine de pus.

L'utérus, très petit, présente une forme allongée. Son col fait à peine saillie dans le fond du vagin. L'utérus est situé très haut, et la collection purulente n'est pas en rapport avec les culs-de-sac vaginaux.

La cavité utérine est très étroite et ne contient pas de pus.

Les annexes du côté droit paraissent saines.

Les autres organes sont sains, sans abcès métastatiques, ni infarctus.

Obs. 216. — Abcès au niveau du ligament large droit, proèminnnt dans le vagin ; péritonite ; incision de l'abcès par le vagin; mort de péritonite. — G... (Antoinette), âgée de 32 ans, ménagère, est apportée dans le service, le 23 mars 1896, avec les signes d'une pelvi-péritonite. Elle apprend qu'elle a subi une ovariotomie, il y a trois ans environ. Le toucher reconnaît

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dans le cul-de-sac postérieur une tumeur volumineuse paraissant fluctuante

Le 25 mars. Temp. 39°. Chloroformisation. Salpingotomie vaginale. Issue d'une grande quantité de pus. Lavage de la cavité, dans laquelle je pousse une éponge paur arrêter le sang.

La péritonite continue sa marche.

Mort dans la nuit du 26 au 27 mars.

Autopsie. A l'ouverture de l'abdomen, on trouve l'intestin grêle très distendu par les gaz. Il est recouvert par le grand épiploon adhérent, d'une part, aux anses intestinales, d'autre part, à la paroi abdominale. L'intestin lui-même présente entre ses anses des adhérences nombreuses, paraissant assez anciennes. A la partie inférieure du paquet intestinal, il y a des fausses membranes purulentes. Ce n'est qu'après avoir détaché l'intestin et l'avoir soulevé qu'on trouve, entre la face postérieure et supérieure du corps -de l'utérus et l'anse sigmoïde du colon, une collection purulente peu abondante.

L'utérus est refoulé à gauche et adhère fortement à la partie inférieure du colon descendant.

A la place des annexes gauches on voit un noyau fibreux, gros comme une amande, représentant la cicatrice du pédicule de l'ovariatomie antérieure.

A droite de l'utérus, on trouve la trompe droite presque normale; mais son pavillon est confondu avec l'ovaire, qui contient un gros kyste hématique multilobulaire. Les poches de ce kyste sont en rapport très intime avec les anses voisines du colon ascendant. Elles occupent toute la moitié du bassin.

L'ouverture faite par le bistouri dans le cul-de-sac postérieur est assez large, irrégulièrement déchiquetée, et pénètre dans la cavité purulente, qui contient encore un peu de pus.

Obs. 217. — Abcès rétro-utérin sous-péritonéal, ouvert spontanément dans le rectum et dons le vagin; cystite suppurée; pijèlonéphrite ; septicémie ; mort. — Le 27 février 1897, entre dans le service la nommée N... (Maria), âgée de 43 ans, ménagère, pour une affection complexe du côté de l'abdomen.

Elle rend, par le rectum et par le vagin, un liquide purulent d'une horrible fétidité. Par le toucher vaginal je sens, en arrière de l'utérus, une tumeur molle, dont la pression augmente l'écoulement du pus. Avec le spéculum, je vois ce pus sourdre par un orifice situé sur la paroi postérieure du vagin. La trompe et les annexes ne paraissent pas tuméfiées.

Les urines sont purulentes et contiennent beaucoup d'albumine. Douleur dans la région rénale des deux côtés. Fièvre. T., 30°,

Ces affections sont anciennes, et leur cause est inconnue. Mon diagnostic est : abcès rétro-utérin, compliqué de cystite suppurée et de pyélo-néphrite ascendante double.

La paroi du vagin, au voisinage de la fistule, est tellement mince et friable qu'il me suffit de la déchirer avec le doigt pour pénétrer dans le foyer rétro-utérin. Injections antiseptiques. La fièvre tombe. La température se maintient aux environs de37°,37°5, et 38°. Mais l'affection rénale suitsoncours.

Le 20 mars. La malade succombe à l'affection des reins, compliquée par la septicémie qui résulte de l'abcès.

Autopsie. L'utérus, les trompes et les ovaires sont sains. En arrière de l'utérus et au-dessous du péritoine du cul-de-sac de Douglas, existe une cavité pleine de pus et de matières fécales, communiquant, d'une part, avec le rectum et, d'autre part, avec le vagin. Cette cavité est le foyer d'un abcès souspéritonéal, qui s'est ouvert à la fois dans le vagin et dans le rectum. L'origine de cet abcès est probablement un phlegmon de l'un ou de l'autre ligament large.

La vessie présente les lésions d'une cystite suppurée. Les uretères sont dilatés et très enflammés, surtout au voisinage de la vessie. Les reins sont congestionnés. Les bassinets sont dilatés et ne contiennent pas de pus.

Obs. 218. — Epanchement purulent de la fosse iliaque droite et salpingite suppurée; incision médiane ; péritonite généralisée septique; mort. — La nommée V... (Lucie), âgée de 49 ans, domestique, entrée le 22 septembre 1898, souffre du bas-Ventre depuis cinq ans, à la suite de fatigue. Elle avait eu antérieurement deux couches, dont elles s'était très bien remise. Pen-

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dant les cinq dernières années, elle avait des périodes de bonne santé et des rechutes, pendant lesquelles les douleurs augmentaient. Elle avait aussi des pertes muco-purulentes et quelquefois des métro rrhagies. Enfin la malade ne pouvant plus travailler se décida à entrera l'hôpital.

Le 26 septembre. Douleurs abdominales très vives, au moindre contact, qui ne me permettent pas de faire un examen complet. Utérus volumineux. Ecoulement ichoreux, fétide, par le col. T., 39°,9.

Je pense qu'il s'agit d'une endométrite suppurée, peut-être d'un épithélioma intra-utérin, compliqué d'une pelvi-péritonite.

Introduction d'une tige de laminaire pour dilater le col.

Le 27. Cautérisation intra-utérine avec une tige de chlorure de zinc laissée à demeure.

Le 28. La température est tombée à 37°.

Les jours suivants, l'amélioration continue. La palpation abdominale combinée avec le toucher vaginal devient possible, et je constate une tumeur profonde dans la région hypogastrique.

Le 7 et le 12 octobre. Fièvre, frissons. La température s'élève à 39°. La tumeur hypogastrique grossit. Elle est certainement le siège de poussées d'inflammation suppurative.

Depuis la cautérisation, les écoulements ichoreux ont cessé. Le soupçon d'un épithélioma du corps utérin doit être écarté. Mais où siège l'épanchement du pus ? Est-il dans la trompe ou autour de l'utérus.

Le 20. Le diagnostic n'étant pas précis, je me propose de faire seulement une laparotomie exploratrice et de me conduire selon les circonstances.

Chloroformisation. Incision de dix à douze centimètres. Paroi très grasse. Je tombe sur l'épiploon, dont un paquet adhère au côté droit du bassin. En explorant l'abdomen avec l'index, une poche se crève et donne un flot de pus, verdàtre, à odeur fade. Le pus est épongé aussitôt, Lavage de la poche. Le doigt explore la cavités et trouve que ses parois sont lisses et se prolongent dans le petit bassin vers l'utérus. Nouveau lavage du péritoine. Tamponnement de la cavité avec

de la gaze iodoformée. Suture de la paroi en deux plans.

Dans la journée, grand frisson avec claquement de dents, qui dure vingt minutes. Pas de vomissements. Pas de douleurs. T., 40°,4. ; P., 140. ; Resp. 24.

La nuit est assez bonne. Deux vomissement bilieux.

Le 21. T., 38°, 4. ; P. 130; Resp. ; 22. La malade est tranquille. Sueurs. Les urines sont normales et rendues spontanément. Faciès un peu altéré. Elle n'a pas vomi. Elle ne rend pas de gaz. Glace sur le ventre. Sulfate de quinine en lavement.

Dans la journée, elle dit ne se plaindre de rien. Mais son état s'aggrave. Hoquets. Vomissements. Grand ballonnement du ventre.

Le 22. Elle est mourante d'une péritonite généralisée infectieuse, et elle meurt dans la nuit.

Autopsie. Distension énorme de l'abdomen par les gaz intestinaux. Adhérences intimes, déjà très solides, entre les anses intestinales inférieures et lagaze iodoformée du tamponnement. Les anses de l'intestin grêle sont un peu congestionnées. Il existe entre elles des adhérences et, çà et là, un peu de liquide roussâtre, séro-purulent.

Au voisinage de la plaie, le péritoine pariétal est très épaissi, chargé de fausses membranes, qui baignent dans du pus. Toutefois les lésions de la péritonite, tant celles qui existen sur la paroi abdominale que sur l'intestin, ne dépassent pas l'ombilic. L'inflammation péritonéale est tout entière sous-ombilicale, surtout pelvienne.

Après avoir détruit les adhérences qui existent entre l'épiploon, l'intestin grêle, l'iléon, le cœcum et le péritoine pariétal du flanc droit, on découvre une collection purulente, qui s'étend depuis l'appendice iléo-cœcal jusqu'aux organes pelviens, et qui est restée emprisonnée entre la paroi abdominale d'une part, l'intestin d'autre part. Cette cavité est remplie par du pus très épais, sans odeur, mélangé à des fausses membranes. L'appendice iléo-cœcal est absolument sain, ainsi que le cœcum et l'iléon.

Du côté de la cavité pelvienne, on voit que la trompe droite est énormément dilatée, et l'on constate que le pus de

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la collection, qui s'étend dans la fosse iliaque droite, communique avec elle. Des adhérences intimes existent entre la trompe droite et l'intestin grêle, comme entre tous les organes pelviens.

La trompe gauche est augmentée de volume, grosse comme l'index, et renflée en son milieu où existe un abcès du volume d'une petite noix.

Les ovaires droit et gauche sont kystiques.

L'utérus est un peu augmenté de volume. Sa muqueuse est épaissie et congestionnée.

La vessie est saine.

Les autres viscères abdominaux sont à peu près normaux, sauf les reins dont le parenchyme est un peu pâle. Les viscères thoraciques sont sains.

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