V. — Tuberculose de la mamelle
2 cas. — 2 opérées.
Obs. 4. — Deux faits de tuberculose de lamamelle ; opérations ; guèrison. — 1° La nommée N... (Adeline), âgée de 59 ans, ménagère, a été admise à l'Hôtel-Dieu le 31 mai 1893.
Le sein droit est plus saillant que celui du côté opposé, sans que le mamelon et la peau aient changé d'aspect. Au niveau du sillon qui le sépare de la poitrine, on trouve une ulcération flstuleuse, dont les bords sont violacés et décollés. Cette fistule donne un pus séreux, mélangé de grumeaux blanchâtres. Quand on comprime le sein, l'écoulement devient plus abondant. Un stylet pénètre sous la mamelle et dans l'intérieur de la glande. Du côté de la poitrine, il ne rencontre aucune côte dénudée.
La maladie a débuté sans cause connue, il y a quatre mois. Le sein s'est tuméfié et sa consistance a augmenté. Peu à peu la tuméfaction profonde s'est ramollie et un abcès s'est ouvert à la partie inférieure de la mamelle. Jamais la suppuration n'a été abondante ni franche.
La santé générale de la malade est assez satisfaisante. Elle ne tousse pas, et l'auscultation du poumon est négative.
D'après les signes et la marche, le diagnostic fut : gomme tuberculeuse suppurée de la mamelle.
Le 6 juin. Pendant l'anesthésie, incision de quatre centimètres au niveau de la fistule. Avec une curette tranchante, toute la cavité est nettoyée des tissus caséeux qu'elle contenait, puis cautérisée avec une solution au cinquième de chlorure de zinc. Pansement avec la gaze iodoformée.
Le pansement est renouvelé tous les trois jours, après un lavage avec la solution phéniquée forte.
Deux jours après l'opération, la température monta à 38°5; puis tomba à la normale.
Le 24 juin. Guéri son.
2° F... (Marie), âgée de 49 ans, ménagère, est soignée depuis le 13 avril 1898 à l'Hôtel-Dieu, dans un service de méde-
AFFKlTIONS ORGANIQUES
cine, pour une bronchite chronique de nature suspecte. Comme elle porte dans le sein droit une tumeur qui prend de l'accroissement, on la fait passer dans mou service à la fin de novembre.
J'ai affaire à une femme très maigre, présentant l'aspect d'une phtisique avancée. En effet, elle a une toux profonde et fréquente, avec expectoration couleur fleur de pêcher, et aux sommets des poumons on entend des râles cavernuleux.
Il y a un an, la tumeur du sein avait le volume d'une noisette. Elle adhérait à la face profonde de la peau, en dehors du mamelon. Elle était indolente. Actuellement elle a le volume d'une orange. Elle est légèrement bosselée, de consistance assez dure, recouverte d'une peau lisse, amincie, adhérente, de couleur rouge violacé et brunâtre. Sur le point le plus saillant de la tumeur, existe une petite ulcération, dont les bords sont décollés, et dont le centre laisse voir un orifice fistuleux par lequel s'écoule un liquide séro-purulent, chargé de grumeaux fibrineux blanchâtres. La tumeur est mobile sur les parois thoraciques. Elle a envahi une grande partie de la mamelle. Elle est peu douloureuse à la pression et, quand on ne la comprime pas, elle ne fait pas souffrir. Dans l'aisselle du côté correspondant, les ganglions sont engorgés. Aucune affection cancéreuse dans les antécédents.
Il semble, à première vue, qu'on a affaire à un squirrhe ulcéré, mais, en y regardant de près, la forme de l'ulcération et l'écoulement grumeleux font pencher pour une tuberculose de la mamelle. Si on considère, en outre, que cette femme est profondément minée par une bacillose pulmonaire, mais qu'elle n'est pas cachectique et qu'elle n'a pas d'antécédents cancéreux, on arrive avec une grande probabilité à ce diagnostic. Pour obtenir une certitude, je fais inoculer à des cobayes le liquide grumeleux qui s'écoule de la plaie. Les cobayes sont devenus tuberculeux.
Le 9 décembre. Sans anesthésie, j'incise la tumeur avec le thermocautère. L'incision ouvre des foyers multiples, d'où s'écoule une grande quantité de liquide purulent et de produits caséeux. Je cautérise toutes ces cavités avec le thermocautère. L'opération ne provoque pas une grande douleur.
MAMELLES
Lavage de la plaie avec de l'eau phéniquée, et pansements tous les deux ou trois jours avec la gaze iodoformée.
Le 25 décembre. La plaie du sein av#it pris bon aspect. Elle était couverte de bourgeons rouges, se transformant peu à peu en tissu de cicatrice. La tumeur avait beaucoup diminué. La guérison ne semblait plus qu'une affaire de temps, mais les lésions pulmonaires n'étaient nullement améliorées.