Variot, Journal de l’anatom
7. De Larabrie, de l’Hypertrophie congénitale de la langue, thèse de Paris,
LYMPHANGIOMES
cher et par nous-mêmes; pour l’hypertrophie des paupières, par Th. Beck, Walsberg et Teillais. Donc, qu’il s’agisse d’un fragment de paupière, de lèvre ou de langue, une coupe offre à l’œil nu un aspect homogène, aréolaire, à fines mailles. Au microscope on constate que les espaces de forme irrégulière, assez analogues en cela à ceux de l’angiome caverneux, sont vides ou remplis par des coagula fibrineux contenant des globules blancs et d’autres fois un mélange de globules blancs et de globules rouges, ceux-ci en petit nombre. Ces espaces sont creusés dans le tissu cellulaire sous-cutané, dans les intervalles interfasciculaires des muscles de la langue, de la lèvre et de la paupière. Le tissu conjonctif est en même temps sclérosé, épaissi ; il peut présenter en certains points des amas de cellules jeunes.
L’état des muscles a été l’objet de nombreuses discussions. La présence de cellules arrondies au contact des faisceaux musculaires avait fait croire d’abord à une production nouvelle de fibres musculaires; mais ce n’est qu’une interprétation. Plusieurs fois on a cru trouver cependant une hypertrophie du tissu musculaire. Yariot la signale encore, et pourtant la question doit être réservée.
La peau n’est ordinairemeut pas altérée, et nous avons reconnu que la muqueuse de la lèvre était intacte (Y. obs. LXXX). Au contraire, la muqueuse linguale est épaissie, les papilles sont hypertrophiées, et l’épithélium est également plus épais sur la partie procidente de la langue.
L’état des vaisseaux sanguins mérite une mention spéciale. Ils sont assez rares d’habitude et ne présentent aucune altération spéciale : telle est la règle ordinaire. Cependant Yariot et de Larabrie ont trouvé, à côté de lacunes ne renfermant que des leucocytes, d’autres espaces caverneux contenant du sang pur sans mélange de caillots fibrineux ni de globules blancs. Les globules sanguins ayant leur aspect absolument normal, sans trace d’irrégularité de contour ni de désintégration, de Larabrie en
DE LA FACE
a conclu que le sang ne pouvait pas provenir d’une irruption dans les lacunes lymphatiques, attendu que dans cette hypothèse les globules sanguins devraient être altérés et mélangés à des éléments lymphatiques, ce qui n’a pas lieu. Aussi doit-on admettre d’après lui que les lacunes remplies de sang normal pur appartiennent au système vasculaire sanguin. Il y aurait donc, dans le cas étudié par de Larabrie, un mélange de lacunes lymphatiques et de lacunes sanguines, autrement dit une combinaison intime de l’angiome et du lymphangiome.
Ce fait n’a pas été confirmé, croyons-nous, et d’autre part nous avons eu l’occasion d’observer, dans le lymphangiome kystique, des cavités en voie de formation, ne contenant que des globules sanguins non altérés. Et cependant ces cavités sanguines possédaient la même texture, le même épithélium, que les cavités renfermant les éléments ordinaires des cavités kystiques. En outre, on comprendrait difficilement qu’à côté de prétendues cavités sanguines indépendantes il n’y en eût pas qui restassent en communication avec les vaisseaux sanguins, ce qui se traduirait en clinique par des signes particuliers et autres que ceux du lymphangiome. C’est ce qui a lieu dans les faits où l’observation a montré l’association de l’angiome et de l’hypertrophie congénitale, de même que celle des kystes séreux congénitaux ou lymphangiomes kystiques avec l’angiome proprement dit; la tumeur présente une réductibilité partielle.
On croyait même jusqu’ici que les kystes séreux rencontrés dans certains angiomes provenaient d’un processus curatif qui isolait certaines lacunes sanguines; mais on comprend que si le lymphangiome et l’angiome sont associés primitivement dans une région du corps, une nouvelle pâthogénie des kystes séreux vienne se substituer d’elle-même à la théorie ancienne de la transformation de l’angiome. Bickersteth, Holmes Coote, Laboulbène, P. Broca, avaient pensé que l’angiome pur se transforme en une masse polykystique par le cloisonnement et
LYMPHANGIOMES
la séparation définitive des espaces caverneux dans lesquels le sang circule librement. Cela suppose un travail préparatoire que les faits n’ont pas encore établi sans conteste ; mais l’explication se simplifie si l’on admet une forme mixte d’emblée, c’est-à-dire un mélange d’angiome sanguin et de lymphangiome, les kystes n’étant alors qu’une dilatation des grands espaces lymphatiques.
C’est à la face qu’on a observé un certain nombre d’exemples de la prétendue transformation kystique de l’angiome, et il n’est pas inutile, dès lors, de rappeler quelques-uns de ceux qui ont été invoqués à l’appui de la théorie. Une tumeur érectile artérielle de la racine du nez, dont l’observation est rapportée par Costilhes1, fut traitée succesivement par les caustiques, par les sétons, et enfin extirpée; on y trouva un tissu formé d’une foule de vésicules hydatiformes communiquant sans doute entre elles, et dans quelques points ces vésicules étaient plus considérables. Un autre exemple de tumeur kystique, recueilli par Laboulbène dans le service de Laugier, se rapporte à un jeune homme de vingt et un ans. C’était une tumeur érectile datant de la naissance et restée stationnaire jusqu’à seize ans ; elle s’était ensuite accrue d’une manière sensible. Après avoir été cautérisée avec l’acide nitrique et traversée par deux sétons, elle fut enlevée par Laugier. Elle était composée de tissu fibreux, de tissu graisseux et de vésicules kystiques à contenu clair, translucide et huileux. Il faut noter que la peau de la paupière était, depuis la naissance, le siège d’une tache rouge. On avait porté le diagnostie de tumeur érectile veineuse; or, en faisant l’opération, on trouva une tumeur très peu vasculaire, mais kystique. Laboulbène 2 et P. Broca3 ont reproduit
1. Costilhes, Du Nævusmaternus et des tumeurs érectiles : Revue médicale, 1851, p. 324.
2. Laboulbène, Sur le Nævus en général et sur une modification 'particulière et non décrite, observée dans un nævus de la paupière supérieure, thèse de Paris, 1834, n° 38, obs. p. 35.