P. Broca, Traité des tumeurs, t. II, p. 200 et suiv
DE LA FACE
quelques autres faits d’angiomes avec kystes séreux observés par Bickersteth et Holmes Coote sur différentes régions, et les ont invoqués à l’appui de l’hypothèse de la transformation kystique des vacuoles sanguines.
Nous avons trouvé deux exemples d’angiomes de la langue avec kystes : l’un de Baldy1, l’autre, plus récent, de Bryant2. Le premier est rapporté avec de curieux détails. Baldy fut appelé près d’une femme pauvre, qui fut heureusement délivrée d’un enfant mâle présentant le remarquable aspect suivant : la bouche était distendue à ses extrêmes limites et mise dans l’impossibilité de se fermer, par suite de la présence d’une grappe de tumeurs de différentes largeurs, situées sur les parties moyenne et supérieure de la langue. Elles occupaient la plus grande partie de cette surface et y faisaient une saillie notable. Elles offraient, par leur aspect, une ressemblance surprenante avec une grappe de raisin non seulement par leur forme, mais aussi par leur surface d’un jaune gris, recouverte d’une pellicule délicate. La similitude était encore rendue plus grande par ce fait que les vésicules globuleuses décroissaient en volume suivant la disposition particulière aux grappes de raisin.
La tumeur fut enlevée six heures après la naissance, et il n’y eut qu’un très léger écoulement sanguin. Quelques jours après, l’enfant pouvait prendre le sein, et la guérison était complète. Le même enfant portait une excroissance cutanée attachée à la partie supérieure du thorax et ayant le volume et la couleur des appendices cervicaux du dindon. Malheureusement la structure de la tumeur enlevée n’est même pas indiquée.
Dans le cas de Bryant , une petite fdle porte pendant sa première enfance un nævus de la langue entièrement caractéristique. Cet organe a l’aspect et donne la sensation d’une
1. Baldy, Case of singidar nævus maternus, London medical and physical Journal, 1827, t. LVI1I, p. 48.
2. A. Bryant, tke Surgical Affections of the tangue: Guy’s Hospital Rep., 1882, t. XLI, p. 101 et 147, obs. 111.
LYMPHANGIOMES
éponge vasculaire; il est tuméfié dans son ensemble, et de larges veines se dessinent sur ses faces; la masse se réduit par la pression des doigts. A six ans la tumeur se modifie rapidement, perd son état spongieux, devient ferme, plus dure en certains points qu’en d’autres, et revêt l’aspect d’une agglomération de verrues vésiculeuses remplies de liquide clair ou sanguinolent. A l’âge de dix ans, la dégénérescence kystique étant fort avancée, mais limitée à la partie supérieure de la langue, un gonflement incolore apparaît à la région sousmaxillaire droite, vers l’angle sous-maxillaire, et en bas sur le cou. Croyant à des kystes en ce point, Bryant pratique l’extirpation de la tumeur sous-maxillaire et ne trouve que de l’œdème du tissu cellulaire sans kystes; la langue seule est kystique. L’auteur insiste sur ce point qu’on ne peut méconnaître l'origine de l’affection dans un nævus. Rien, en effet, n’y contredit, mais x’ien non plus ne démontre que les kystes agglomérés, qui, par leur développement, semblent avoir fait disparaître les dilatations des vaisseaux sanguins, proviennent de ces vaisseaux sanguins eux-mêmes. Tout porterait plutôt à penser que l’hypertrophie linguale était due primitivement à des ectasies isolées, les unes sanguines, les autres lymphatiques. Nous réunirons plus loin de nombreux arguments en faveur de l’origine lymphatique des kystes séreux congénitaux, accompagnés ou non d’angiomes.