KYSTES THYR0-HY01DIENS
dit-il, entre l’os hyoïde et le cartilage thyroïde, sur la membrane qui les unit, derrière le muscle thyro-hyoïdien et le peaucier, une tumeur enkystée contenant une matière visqueuse jaunâtre. Cette tumeur a déjà pris un certain volume avant de devenir apparente en soulevant les parties qui la couvrent : elle peut subsister longtemps sans acquérir un volume considérable et sans causer aucune gène ; mais elle est un objet de difformité, surtout pour les femmes, et les malades désirent en être débarrassés. Comme l’extirpation de cette tumeur est impossible, on pourrait croire qu’il suffit, pour la guérir, d’en faire l’ouverture avec un caustique ou avec l’instrument tranchant et de faire suppurer la poche au moyen des cathérétiques. L’expérience m’a appris le contraire. » Boyer rapporte ensuite que dans deux cas l’ouverture est restée fistuleuse malgré tous .ses efforts. « On en conçoit, ajoute-t-il, aisément la raison : pour que des parties couvertes de bourgeons charnus et en suppuration se réunissent, il faut qu’elles se touchent immédiatement; or la chose est impossible ici; de quelque manière qu’on s’y prenne, il restera toujours un intervalle entre la partie du foyer qui correspond au muscle thyro-hyoïdien et la partie postérieure qui repose sur la membrane thyro-hyoïdienne. » Après cela l’illustre chirurgien conclut qu'il convient de retarder autant que possible l’ouverture, et de prévenir le malade des conséquences de cette ouverture. Il était intéressant de rappeler ces premières considérations sur les kystes thyro-hyoïdiens, car les difficultés de la cure et la théorie mécanique de Boyer pour expliquer ces difficultés sont restées des notions classiques pendant plus de cinquante ans. Aujourd’hui on doit encore admirer l’exactitude avec laquelle Boyer sut observer les faits cliniques ; mais ses interprétations n’ont plus qu’un intérêt historique.
D’ailleurs Dupuytren1 démontra de bonne heure que l’extir-
1. Dupuytren, Gazette des hôpitaux, t. IV, 26 juillet 1831, n° 26, p. 101.
174 KYSTES DERMOÏDES ET MUCOÏDES
pation des kystes thyro-hyoïdiens était parfaitement praticable, contrairement à l’assertion de Boyer. Il fit, en effet, dès 1831, cette opération sur une fillette de treize ans pour un kyste dont l’origine remontait à l’âge de quatre ans. Ce kyste était adhérent par sa face profonde et contenait « une véritable matière mélicérique dans laquelle le chirurgien crut apercevoir quelques poils. » La présence d’un pareil contenu kystique n’inspira pendant longtemps aucune théorie pathogénique rationnelle. On ne pouvait pas alors établir une relation entre la nature du produit sécrété et la structure de la paroi sécrétante. Malgaigne1, ayant décrit, au lieu et place de l’intervalle creux de Boyer, une bourse muqueuse, considéra les kystes thyro-hyoïdiens comme des hygromas, et son opinion fut assez généralement acceptée jusqu’à Nélaton. Ayant remarqué que le liquide d’un de ces kystes était muqueux plutôt que séreux et que, de plus, la cavité se prolongeait jusque sous la base de la langue, Nélaton2 pensa qu’il s’agissait « d’un kyste formé par l’ampliation d’un follicule sous-muqueux » et proposa le nom de grenouillette soushyoïdienne, comme pour rappeler l’analogie de cette tumeur avec les grenouillettes vulgaires sublinguale et sous-maxillaire. Enfin, J. Paget3 rapporte une observation de kyste thyrohyoïdien chez un homme de cinquante à soixante ans , avec un contenu jaune brunâtre semblable à du miel, mélangé de cristaux de cholestérine. Ce kyste', comme celui de Dupuytren, était probablement dermoïde; mais le chirurgien anglais n’en eut pas non plus la pensée.
Il faut arriver au traité des tumeurs de Broca pour voir appliquer aux kystes thyro-hyoïdiens la théorie pathogénique de l’enclavement épithélial développée par Verneuil. Broca4
1. Malgaigne, Traité d’anatomie chirurgicale, t. II, p. 131; 1859.
2. Nélaton, Éléments de pathologie chirurgicale, 1854, t. III, p. 384.
3. J. Paget, Lectures on surgical pathology, 1865, p. 391 et 415.
4. P. Broca, Traité des tumeurs , t. II, p. 79, notes 1 et 2; 1869.
THYRO-HYOIDIENS
rapporte deux cas de kystes dermoïdes thyro-hyoïdiens. L’un fut observé sur une fillette de dix ans : il existait depuis quatre ans et offrait le volume d’une noisette ; l'ouverture donna issue à de la matière sébacée. L’autre appartenait à un garçon de dix-sept ans. Découvert à l’âge de treize ans, il avait acquis les dimensions d’un œuf de poule ; il contenait de la matière sébacée et des poils.
A partir de la publication des faits de Broca, les observations se succèdent en devenant moins rares : observations du Bordeaux médical 1 en 1872 , de Heurtaux2, de Panas3, de Houel\ de Faucon5 en 1874, de Tillaux 6, de Tapret1 en 1875, de Gironde 8 en 1879, de Démons en 1885, de Lannelongue9 en 1886, de Duménil 10 en 1887. La question a d’ailleurs été déjà résumée dans les thèses inaugurales de Affre (1875) et de Jacques Fauvel (1887).
ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Il est intéressant de rappeler tout d’abord une observation qui établit directement l’origine branchiale des kystes dermoïdes et mucoïdes thyro-hyoïdiens, et qui montre que, dans cette région comme en d’autres, on trouve la plus étroite parenté entre les kystes et les fistules branchiales ; c’est une observation de Heschl11, qui rencontra « sur le cadavre d’un