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LYMPHANGIOMES CONGÉNITAUX DE LA TÊTE ET DU COU

Les lymphangiomes cong-énitaux se présentent à la tête et au cou sous deux états anatomiques très différents : la forme réticulée, dite autrefois hypertrophique, et la forme kystique. Le premier de ces états ne se rencontre guère qu'à la face, et le second se voit, au contraire, très fréquemment au cou.

Les lymphang-iomes de la tête et du cou offrent un intérêt spécial suivant la région où ils sont placés : de là des variétés comme celles des paupières, des joues, des lèvres, de la lang'ue et enfin du cou, qui méritent d'être envisagées isolément.

LYBIPH ANGIOMES DES PAUPIÈRES

Le lymphangiome congénital des paupières est une affection très rare ; nous n'en avons relevé que trois observations, appartenant à Th. Beck*, Walsberg- et von Grsefe^ : encore deux de ces faits sont-ils rapportés avec trop peu de détails en ce qui concerne la structure des tumeurs.

Le malade de Beck, garçon âgé de quatorze ans, était affecté depuis sa naissance d'une tumeur hypertrophique occupant les deux paupières supérieures ; cette tumeur consistait en une hypertrophie énorme du tissu cellulaire des paupières ; le mus-

1. Th. Beck, Uber Elephantiasis der obern Augenlides; thèse iuaug. Bâle, 1877, d'après la Rev. des Se. méd., vol. XIY, p. 673.

2. Walsberg, Klin. Monatsbl. f. Augenheilkunde, 1879, p. 439-444.

3. A. von Grfefe, Elephantiasis der obern Augenliedes : Klin. Monatsbl. f. Augenheilkunde, 1863, p. 21.

cle orbiculaire était atrophié, les glandes sudoripares faisaient défaut. Walsberg- a opéré une fille âgée de vingt-sept ans d'un lymphangiome de la paupière supérieure gauche. La tumeur, qui remontait à la naissance , avait acquis , après plusieurs poussées inflammatoires, un tel volume , qu'elle descendait jusqu'à l'angle gauche de la bouche. La partie enlevée par l'opération était composée d'un tissu conjonctif jeune; on y trouvait de rares vaisseaux sanguins gorgés de sang et une énorme quantité de globules blancs.

A. von Grœfe a excisé chez une femme une tumeur hypertrophique de la paupière supérieure gauche, dont le début avait été noté peu de temps après la naissance. La paupière, pendante sur la joue, avait pris des dimensions énormes; elle mesurait trois pouces suivant chaque diamètre. La base d'implantation embrassait, avec la paupière supérieure, la région temporale jusqu'aux limites des cheveux. Le fragment excisé était constitué par une hypertrophie du tissu cellulaire et des éléments de la peau, avec une grande quantité de graisse et de vaisseaux dilatés.

Les lymphangiomes non congénitaux paraissent être plus fréquents ; nous en avons réuni cinq cas, que nous rappelons en raison de la rareté de l'affection; ils sont dus à Th. Beck, P. Broca, Carron du Villards (2 cas) et de Wecker. Le cas de Th. Beck* est rapporté en même temps que celui que nous venons de citer et qui était congénital. La tumeur palpébrale s'était développée après l'énucléation du globe oculaire. P. Broca^ a observé une jeune fille âgée de. dix ans, chez laquelle était apparue depuis un an environ une tuméfaction de la racine du nez, qui gagna ensuite les deux paupières de chaque côté et leur donna l'aspect de deux poches flasques et aplaties. Quelques piqûres pratiquées sur la peau donnèrent

.1. Th. Beck, loco cit.

2. P. Broca, obs. in Viguier, Essai siii^ les varices et les tumeurs lymphatiques superficielles, thèse de Paris, 1873.

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issue à un liquide séreux et amenèrent un affaissement complet, mais momentané, de la tuméfaction, qui ne tarda pas à se reproduire avec une certaine tension. La peau était colorée et transparente au niveau des paupières et des unguis, blanche au niveau de la région fronto-nasale. Le liquide, évacué par une ponction et examiné au microscope, avait les caractères physiques de la lymphe. L'affection, traitée par Broca à l'aide d'injections de perchlorure de fer, fut améliorée; mais ce procédé de traitement ne fut pas appliqué assez longtemps pour donner un résultat complet.

Deux cas de lymphangiome palpébral observés par Carron du Yillards* ont été attribués à des traumatismes. L'un de ces cas se rapporte à un métis indien de Cuba, âgé de quarante ans, chasseur de nègres marrons , qui portait une tumeur éléphantiasique grosse comme une orange et occupant la paupière supérieure, la tempe et la joue du côté drêit. Yingt ans auparavant, cette tumeur avait déjà le volume d'une noix; le malade disait qu'elle était apparue à la suite d'un coup de branche d'arbre qu'il avait reçu en pénétrant dans un fourré profond. Débarrassé de sa tumeur par une opération, il put reprendre son métier. Le second malade de Carron du Yillards était une fille de dix-sept ans. L'affection des paupières avait débuté vers l'âge de dix ans, à la suite d'un traumatisme. Les deux paupières de l'œil gauche, seules atteintes, formaient une tumeur si volumineuse que le chirurgien put en exciser un fragment pesant neuf onces françaises. Teillais^ (de Nantes) a opéré une femme de soixante-quinze ans dont la vision était empêchée depuis longtemps par la présence d'une hypertrophie éléphantiasique des deux paupières supérieures et de la racine

1. Carron du Villards, Tumeur éléphantiasique de la paupière supérieiire : Annales d'oculistique, 1854, vol. XXXII, p. 253, et Histoire d'une tumeur éléphantiasique de la paupière supérieure, guérie par une opération : Annales d'oculistique, 1856, vol. XXXV, p. 130.

2. Teillais, Éléphantiasis des paupières : Archives d'ophthalmologie , vol. II, n» 1, p. 42, 1882.

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