DES LÈVRES
Nous avons observé encore un autre fait analogue, mais dans lequel l'affection était unilatérale (V. obs. LXXIX). Le gonflement de la joue, aperçu peu de jours après la naissance, avait augmenté par poussées successives. A l'âge de trois ans, la joue était tuméfiée dans toute son étendue; la moitié correspondante de la lèvre supérieure était elle-même atteinte. Nous avons noté en outre dans ce cas la présence d'un engorgement des ganglions sous-maxillaires.
LYMPHANGIOMES DES LÈVRES
Le lymphangiome congénital des lèvres est désigné sous le . nom spécial de macrocheilie, bien qu'on ait aussi quelquefois donné à tort ce nom à l'angiome diffus des lèvres. L'étude de cette affection est d'origine assez récente, et le premier exemple que nous en ayons trouvé est une observation de Pétrequin'. Ce chirurgien a opéré, en 1849, une femme âgée de vingtquatre ans, atteinte d'une tumeur hyper trophique de la lèvre supérieure d'origine congénitale. La lèvre pendante, peu mobile, était déformée par la présence d'un relief énorme en arrière et en avant. Trois dents incisives étaient repoussées en arrière. Pétrequin, ayant enlevé un lambeau triangulaire à base correspondant au bord libre de la lèvre, y trouva une hypertrophie simple sans induration, portant spécialement sur l'élément cellulo-adipeux, avec une transformation fibreuse des muscles. Holmes^ a fait une opération analogue à celle de Pétrequin sur un enfant de deux ans et demi, pour une hypertrophie congénitale de la lèvre supérieure d'un aspect désagréable. Très dure au toucher, la lèvre se laissait difficilement traverser par une forte aiguille, et cette piqûre ne donpait issue qu'à quelques gouttes de sang. La mère attribuait cette difformité à un coup
1. Pétrequin, Observation publiée par Gubian, Gazette médicale de Lyon, 1849, p. 77.
2. Holmes, Thérapeutique des maladies des enfants, édition française, p. 33, •
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qui lui aurait été appliqué à elle-même sur la lèvre pendant qu'elle était enceinte.
Ces faits étaient passés inaperçus, et le docteur Blot', présentant à la Société de chirurgie, en 1873, un enfant de huit mois atteint d'une hypertrophie congénitale de la lèvre supérieure, pour provoquer une consultation sur la thérapeutique à suivre, disait qu'il n'avait pas connaissance de faits semblables.
La nature lymphangiectasique de la macrocheilie congénitale, déjà constatée par une observation de Billroth^ a été établie par l'examen que fit Grancher en 1874 d'une pièce anatomique provenant du service de Dolbeau^
Aux lèvres comme aux paupières, le lymphangiome congénital affecte des localisations variées. Son siège ordinaire est la lèvre supérieure, qu'il occupe en général dans toute son étendue. Dans le cas de Dolbeau, les limites de la lésion sont exactement celles de la lèvre. « La ligne du i?ez est normale ; la sous-cloison est fort courte et refoulée en avant. La lèvre supérieure est, dans toute son étendue, démesurément agrandie. Le sillon labjo-jugal est effacé et remplacé par une faible dépression, au delà de laquelle les joues ont leur apparence naturelle. Cette lèvre supérieure masque complètement le bord libre de la lèvre inférieure. Cette dernière est normale, et le menton n'est ni saillant à l'excès ni effacé. » La limitation précise de la tumeur au territoire de la lèvre supérieure est d'autant plus à noter, que la tumeur avait acquis des proportions considérables. La lèvre avait une hauteur de trois centimètres sur la
1. Blot, Bull, de la Soc. de chir., 1873, 3" série, vol. II, p. 332.
2. Billroth, Beitrœge zur pathol.'Histolor/ie, 1837, p. 218, d'après Virchow, Traite des tumeurs, t. IV, p. 187, traduction française. La tumeur examinée par Billroth provenait d'une opération pratiquée par Langenbeck sur un garçon de quatorze ans pour une liypertrophie congénitale de la lèvre supérieure. Elle présentait déjà à l'œil nu un tissu trabéculaire caverneux dont les mailles, de la grosseur d'un pois, renfermaient soit des caillots blancs, soit du liquide séreux. Les glandes labiales n'étaient pas hj'^pertrophiées.
3. Dolbean et Félizet, Sur le Traitement d'une difformité congénitale de la lèvre supérieure : Bull. gén. de thérapeutique, 1874, t. LXXXVll, p. 442.