Dhoste, thèse de Paris
2. Davies Colley , Case of enormous enlargement of the lower lip cured by opération : Trans. ofihe Clinical Society, 1883, vol. XVI, p. 79.
lymphatiques. On n'est malheureusement pas renseigné sur l'origine ni sur la marche de l'affection. Toutefois on ne connaît pas de lésion semblable produite par la syphilis, et d'un autre côté le traitement antisyphilitique a été inefficace; il ne parait pas probable qu'il s'agisse d'une affection simplement consécutive aux accidents de la syphilis buccale. Mais ce n'est qu'en raisonnant par analogie qu'on peut, en l'absence de renseignements positifs, admettre l'hypothèse d'une affection d'origine congénitale. L'âge du malade ne serait pas une objection, témoin le fait précédent de Dhoste.
LYMPHANGIOME DE LA LANGUE OU MACROGLOSSIE
La langue est le terrain privilégié du lymphangiome congénital. L'hypertrophie congénitale de la langue est déjà décrite par les anciens auteurs, qui font des récits étranges des faits qu'ils ont observés. Gaspar Peucer (1607) avait vu des enfants « venir au monde avec la langue hors de la bouche et pendante sur le menton comme celle d'un veau récemment égorgé : de là le nom de lingiia vituli ». Zacchias a observé à Rome (1628) un nouveau-né fort bien constitué qui avait la langue d'une longueur au moins de trois travers de doigt. Scaliger parle d'un homme ayant une langue si grosse, qu'il n'ose en donner les dimensions de peur d'être taxé de mensonge. Thomas Bartholin rapporte l'observation publiée par un autre auteur d'une jeune personne dont la langue était grosse comme le bras : on put lui en retrancher une partie avec succès; il cite aussi le cas d'un enfant dont la langue, d'abord plus grosse que celle des autres enfants, acquit plus tard le volume d'une langue de veau de six semaines, ce qui ne l'empêchait pas de parler assez bien, quoiqu'il eût la voix un peu rauque \
A partir du commencement de ce siècle, les descriptions
1. Cet historique ancien est emprunté à la thèse de Gauquelin, Étude de la mégaloglossie, Paris, 1882.
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sont plus exactes. On étudie la marche et les complications cliniques, et surtout on se préoccupe du traitement. Mirault (d'Angers) père fit, en 1813, l'extirpation d'une langue procidente depuis l'enfance, en la divisant transversalement en trois parties au moyen de trois ligatures. Dans ce cas, les dents de la mâchoire inférieure étaient entièrement renversées, et la lèvre inférieure avait pris un développement si considérable , que pour y remédier Mirault en enleva un lambeau en Y. La guérison fut complète^ .
L'hypertrophie congénitale de la langue, désignée encore par les noms de procidejice ou prolapsus, de la langue, de macrogloÊsie, a une structure qui n'a pu être déterminée que par l'histologie. Virchow^ y a reconnu l'existence d'espaces caverneux étrangers au système sanguin et contenant des éléments lymphatiques. Dans les deux cas examinés par lui, « l'affection congénitale consistait en une espèce d'éléphantiasis partiel oii les vaisseaux lymphatiques paraissaient avoir pris une part essentielle : ce qui rapprochait l'altération de la forme kystique des tiimeurs éléphantiasiques congénitales. Il y avait une augmentation considérable du tissu conjonctif interstitiel qui entourait de petites cavités renfermant elles-mêmes des cellules lymphatiques; de plus, les glandes lymphatiques sous-maxillaires avaient éprouvé une sorte de transformation kystique. » Les recherches ultérieures ont confirmé la description et l'interprétation de Yirchow.
Si l'origine congénitale a pu paraître douteuse pour un certain nombre de lymphangiomes des lèvres et surtout des paupières, il ne peut y avoir aucun doute en ce qui concerne le lymphangiome lingual. Son existence est à peu près toujours constatée directement dès le moment de la naissance, soit parce que déjà la langue est en prolapsus, soit parce que la diffi-
1. Mirault, cité par Boyer, Traité des maladies chirurgicales, 4^ édit., t. VI, p. 321.
2. Virchow, Traité des tumeurs, t. 111, p. 293, traduction française.
culte de la succion provoque un examen de la bouclie et fait découvrir le volume anormal de cet organe. Dans les cas les plus légers, où l'hypertrophie, peu marquée, ne produit, au moins primitivement, aucun trouble fonctionnel appréciable, la bouche est seulement entr'ouverte. En général la succion est difficile et exige des précautions particulières. La déglutition elle-même se fait péniblement ; il faut que les aliments soient portés assez loin dans la bouche.
Le prolapsus apparaît donc soit dès la naissance, soit plus tard. La portion de langue qui fait hernie se recouvre de croûtes, de gerçures etd'exulcérations saignantes. Les papilles s'hypertrophient et prennent un aspect granuleux. Le volume de la langue procidente, variable selon les cas, peut, comme l'a vu Delpech, dépasser dix fois le volume normal, et la partie extérieure mesurer jusqu'à huit centimètres de longueur et quinze centimètres de circonférence (Gayraud). C'est alors qu'elle pend jusqu'au-dessous du menton, comme la lingua vitidina dont parle Peucer. La consistance est dure et rappelle celle du lymphangiome des lèvres. On a noté des battements artériels indiquant une vascularité exagérée, et la présence de vaisseaux variqueux. Nous reviendrons plus loin sur ce fait.
Un sillon souvent ulcéré se creuse par compression au niveau du bord alvéolaire, et, d'autre part, le bord alvéolaire lui-même se déforme avec le temps ; les dents incisives se dévient en avant, et la lèvre inférieure, se renversant en bas, forme une gouttière moulée sur la portion procidente de la langue. La portion intra-buccale de cet organe, peu modifiée dans son aspect, subit un certain degré de traction qui a pour effet d'entraîner en avant les amygdales, les piliers et le voile du palais, et d'élever l'os hyoïde avec le larynx. Ce changement de forme explique les difficultés de la déglutition. Les grosses molaires, déchargées de la pression réciproque qu'elles se transmettent normalement d'un maxillaire à l'autre, émergent peu à peu de leurs alvéoles et finissent par acquérir à la