LIPOMES CONGÉNITAUX DES PARTIES MOLLES
' Les lipomes congénitaux des parties molles sont rares. On en a cependant rencontré dans les régions les plus variées : à la langue, au cou, sur différents points du tr.onc, sur les membres, et spécialement à la main et au pied. Les faits sont jusqu'ici peu nombreux et le plus souvent étudiés d'une manière incomplète. Nous passerons en revue la plupart des observations que nous avons relevées, en procédant par régions anatomiques.
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Lipomes congénitaux de la langue,
Poncet * (de Lyon) a rencontré chez une femme âgée de, soixante-deux ans, afFectée d'ailleurs d'un carcinome du sein, un lipome congénital de la langue. Ce lipome, situé sur la face dorsale de la partie moyenne de cet organe, présentait « l'aspect d'une langue surnuméraire ». Il n'avait déterminé aucune espèce de gêne de la respiration, de la mastication, de la dé-, glutition ni de la parole, La malade affirmait très énergi-, quement qu'elle portait cette tumeur depuis la naissance. La çiort étant survenue à la suite d'un cancer du sein, l'examen direct du lipome lingual put être fait.
La tumeur occupait la partie médiane du dos de la langue, à sept ou huit millimètres en avant du V lingual. Du volume d'un œuf de pigeon, elle offrait une formé régulièrement arrondie et une coloration jaunâtre ou rosée en certains points, à cause de la présence de petits vaisseaux. « Par une coupe verticale on voyait que le néoplasme s'était développé dans le tissu cellulaire sous-muqueux, qu'il était adhérent à la muqueuse et au tissu cellulaire sous-muqueux. » La partie cen-, traie était constituée par un gros lobule graisseux , environné d'un tissu fibroïde jaunâtre assez dense. L'examen histologique montra « une trame fibreuse disposée en faisceaux et en travées assez denses, renfermant une très faible quantité d'éléments cellulaires et circonscrivant par leurs anastomoses des îlots à contours arrondis ayant des dimensions variables. Gha-, cun de ces îlots était rempli par une masse de cellules adi-^ peuses pourvues de leur capsule propre, toutes accolées les unes aux autres et comme déformées par leur pression réciproque. Dans quelques-unes de ces vésicules adipeuses, la mar-, garine s'est cristallisée en aiguilles rayonnant du centre à la
1. Poncet, Fibro-Lîpome congénital de la langue : Lyon médical, 1888, vol. LVII, p. 130.
périphérie. De rares vaisseaux se distribuent à la tumeur en suivant le trajet des faisceaux fibreux. »
Un cas de Bastien *, indiqué partout comme un exemple de lipome lingual, a trait en réalité à une tumeur complexe. Un porteur d'eau âgé de vingt-cinq ans entre dans le service de Laugier pour une tumeur de la partie antérieure de la lAngue, existant depuis la première enfance et probablement congénitale. A quinze ans, elle avait le volume d'un noyau de cerise ; elle a depuis acquis la grosseur d'un œuf de pigeon. Fluctuante dans une portion, elle offre dans une autre un noyau d'une dureté pierreuse. L'extirpation ayant été pratiquée, on trouve une tumeur complètement encapsulée, composée de tissu fibreux, de tissu graisseux et de masses osseuses. Bastien admet non seulement que cette tumeur est congénitale, mais encore qu'elle provient peut-être d'une inclusion fœtale. Sans entrer dans cette hypothèse, on peut rapprocher le fait de Bastien d'un autre analogue, appartenant à 0. Weber^ Cet auteur a observé chez une jeune fille, âgée de quinze ans, une tumeur linguale qui, aperçue dès l'âge de sept ans, avait acquis peu à peu le volume d'une, noix et se composait de masses graisseuses associées à du cartilage.
Ces deux dernières tumeurs ne sauraient être rapportées au lipome proprement dit, bien que le tissu graisseux y soit prédominant, et leur pathogénie ne doit être interprétée qu'avec réserve. Qu'il nous suffise de faire remarquer l'analogie de ces productions fibro-cartilagiheuses, ayant débuté dans l'enfance et peut-être même avant la naissance, et. des tumeurs également fibro-cartilagineuses de la voûte palatine et du pharynx, que nous avons décrites sous le nom de dermoïdes simples. Non seulement ce seraient de part et d'autre des tumeurs congénitales, mais il y a une identité de structure et la même riiarche clinique. Si nous avons rappelé les observations de