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CHAPITRE II

La région sus-hyoïdienne latérale, limitée, ainsi qu'on le sait, en haut par le bord inférieur du maxillaire inférieur, en bas et en arrière par le muscle sterno-mastoïdien, forme avec le creux parotidien qui la continue en arrière une gouttière allongée, assez étroite, dans laquelle se trouvent très rapprochées l'une de l'autre les trois premières fentes branchiales tout entières ainsi que la partie sias-hyoïdienne de la quatrième. On voit par là combien il sera difficile, sinon impossible, dans beaucoup de cas, de distinguer sur laquelle des quatre fentes se sont développés les kystes dermoïdes sushyoïdiens ou parotidiens que Ton y rencontre ; on ne peut donc pas examiner séparément ce qui appartient à chaque fente : tous les kystes dermoïdes sus-hyoïdiens latéraux ont trop de ressemblance entre eux pour n'être pas réunis dans une description commune. Ajoutons que, comme pour les kystes sus-hyoïdiens et linguaux de la ligne médiane, on doit étudier dans un seul groupe tous les kystes sus-hyoïdiens latéraux, quel que soit le plan anatomique qu'ils occupent, depuis la peau jusqu'à la muqueuse du plancher de la bouche.

C'est à ces kystes que l'on a donné quelquefois le nom de greriouillette sébacée, qualification impropre et très justement abandonnée. Bien que ces tumeurs soient d'une observation peu commune, leur histoire est déjà fort ancienne. Au dix-septième siècle, Pierre de Marchettis \ de Padoue, dont

1. Pierre de Marchettis, Sylloge observationum medico-chirurgicojnim 7^ariorum, Padoue, 1664; traduit en français par Warmont, thèse de Paris, 1858, p. 69.

Warmont nous a fait connaître les œuvres, relate le cas d'un révérend père théatin de Modène, auquel il incisa une tumeur mélicérique qui avait pris naissance sous la langue, près des ranines; delà elle s'était étendue le long de la partie droite du cou, jusqu'à la gorge, en portant obstacle à la respiration et à la déglutition. Girard^ mentionne aussi les loupes sublinguales et montre qu'elles sont difficiles à distinguer de la grenouillette commune. On verra que les difficultés du diagnostic n'ont pas encore disparu complètement aujourd'hui. Jourdain^, à la même époque, rapporte également des cas de mélicéris sublinguaux, mais sans préciser très exactement quel en est le siège ; dans l'un de ces faits cependant, il paraît bien établi qu'il s'agissait d'une tumeur médiane. Desault a vu chez une femme de vingt-quatre ans une tumeur sublinguale datant de l'enfance et contenant une matière grumeleuse et blanchâtre dans une cavité unique. Sans remonter à ces observations anciennes, il nous a été facile de réunir vingt-six cas publiés dans ces cinquante dernières années ; on les trouve disséminés dans les recueils périodiques ou dans divers mémoires en Allemagne, en Angleterre et en France. Lorsqu'il ne s'agit pas de faits rapportés isolément à titre de cas rares et curieux, tous ces kystes sont classés tantôt parmi les tumeurs sublinguales, tantôt parmi les kystes du cou. Il nous paraît cependant plus naturel d'en former un groupe topographique particulier. Le fait seul de leur siège dans la région sus-hyoïdienne latérale, où se trouvent toutes les fentes branchiales, établit entre eux un lien intime et explique très aisément leur origine. D'après leur situation plus ou moins profonde, ces kystes peuvent être divisés en trois variétés : sus-hyoïdiens, sublinguaux et mixtes. Sur vingt-six observations pourvues de détails suffisants, il y a six kystes sublinguaux, treize kystes

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