Maury, Gaz. médicale de Paris, 1832, t. 111, p
écouler un liquide transparent, incolore, un peu gluant, comme la salive. Les caractères physiques du liquide firent prendre l'affection pour une fistule salivaire. C'était l'époque où la connaissance des fentes branchiales, à peine découvertes, n'était pas encore vulgarisée. Aussi le fait de Manry n'a-t-il pas plus de valeur dans l'historique de la question que deux autres que G. Fischer* a retrouvés dans un mémoire remontant à 1789. Le travail de Gass^, inspiré par Sarrazin, réunit tous les documents antérieurs à 1866, avec une observation nouvelle de Sarrazin et trois autres communiquées par Serres (d'Alais) à la Société de chirurgie. Malgré tout, Tétude des fistules branchiales n'a été vulgarisée que par les travaux de ces quinze dernières années.
Les fistules branchiales se montrent sous' trois aspects différents : fistules complètes allant de l'extérieur à la cavité pharyngée, fistules borgnes externes ouvertes à la surface de la peau et terminées en cul-de-sac dans l'épaisseur du cou, fistules borgnes internes ouvertes seulement du côté du pharynx. Cette dernière forme n'est pas démontrée d'une manière indiscutable. Les fistules borgnes externes sont de beaucoup les plus fréquentes : sur 75 fistules, Cusset compte 52 fistules borgnes externes, 18 fistules complètes, 5 fistules internes. Les chiffres de Fischer sont un peu différents : sur 400 fistules observées chez 82 malades, il y avait 60 fistules borgnes externes et 29 complètes. La même statistique de Fischer indique 64 fistules uniques, 18 doubles, 40 uniques à droite, 14 à gauche. Le côté droit est un peu plus prédisposé : 58 à droite, 32 à gauche. Parmi les 82 malades, il y avait 42 hommes et 36 femmes.
Le siège de l'orifice extérieur ou cutané est variable, et on
1. Fischer, Note historique sur les fistules congénitales du cou: Deutsche Chirurgie, 1873, t. H, p. S70. Obs. de Hunczowsky.
2. Gass, Essai sur les fistules branchiales, thèse de Strasboui'g, 1867, n» 977.
3. Serres, Trois Cas de fistules pharyngiennes : Bull, de la Soc. dechir., 17 janvier 1866.
peut à cet égard grouper les fistules branchiales en trois catégories, selon que l'ouverture se trouve :
1° Sur le pavillon de l'oreille;
2* Dans la région sus-hyoïdienne latérale, région commune aux quatre fentes branchiales ;
3° Dans la région sous-hyoïdienne latérale.
FISTULES CONGÉNITALES DU PAVILLON DE l'oREILLE
Les fistules congénitales du pavillon de l'oreille sont des malformations sans gravité. Un trajet en général très court et sous-cutané les fait aboutir à l'extérieur, où elles s'ouvrent par un orifice étroit. Ce sont donc des fistules borgnes externes. Il n'est pas sans intérêt d'étudier leur siège et leur disposition, d'autant plus qu'elles se compliquent parfois d'autres difformités de l'appareil auditif, de fistules du cou, etc. On les a rencontrées sur deux points du pavillon de l'oreille, à sa partie supérieure, au niveau de l'extrémité antérieure de l'hélix et à sa partie inférieure sur le lobule. L'une et l'autre variété sont rares, surtout la dernière : nous avons cependant rencontré des exemples de chacune. Et d'abord un jeune garçon de neuf ans, pour lequel nous étions consulté au sujet d'une affection tuberculeuse du pied, portait de chaque côté une fistulette située sur l'extrémité antérieure delà face externe de l'hélix (V. fig. 11). L'orifice, occupant le fond d'une très légère dépression, admettait un fin stylet qui pénétrait de haut en bas et d'arrière en avant à un millimètre de profondeur. Il était . habituellement recouvert d'une petite croûte jaunâtre. La pression du doigt en faisait sortir de temps en temps une gouttelette de liquide séro-purulent, ce que nous avons constaté nous-mêmes. La disposition était la même de chaque côté. Les parents avaient remarqué cette petite malformation dès le moment de la naissance de l'enfant.
Chez une dame de trente ans, la femme d'un médecin
d'Avranches , la fistule est unilatérale (V. obs. XYn)et siège au même point que dans le cas précédent. Elle a été aperçue seulement vers l'âge de quinze ou seize ans, à cause d'un léger suintement qui a commencé à se produire à cette époque et s'est prolongé pendant plusieurs années. Sans s'inquiéter en quoi que ce soit de cette minime lésion, la patiente s'est contentée, aussi longtemps que l'écoulement a duré, d'exprimer de temps en temps le contenu du trajet et d'enlever la petite croûte cutanée qui se reproduisait au niveau de l'orifice. Une fistule congénitale, siégeant au même point chez un
FiG. 11. — Fistule congénitale sur l'extrémité antérieure de l'iiélix.
petit garçon pour lequel nous avons été consulté, a présenté une remarquable particularité :« elle s'est transformée en kyste. L'orifice laissait écouler un peu de liquide depuis la naissance, sans occasionner aucun autre inconvénient. Au mois de mai 1889, l'écoulement s'arrête, et aussitôt il se forme une petite tumeur, qui ne tarde pas à acquérir le volume d'un gros pois. Incisée par un médecin, cette tumeur n'a pas guéri, la cavité est restée fistuleuse. Nous avons pu découvrir l'orifice de la fistulette et rétablir son trajet; puis nous avons pratiqué l'ablation et du trajet et de la cavité, d'après les préceptes qui règlent le traitement des kystes dermoïdes (V. obs. XY, p. 253, fig. 12). Urbantschitsch ' rapporte un cas