Le Fort, Bull, de thérapeutique, 188S, p
aucun instrument explorateur. La dissection du trajet devient alors plus délicate, surtout lorsqu'on se trouve au niveau des gros vaisseaux du cou; on doit procéder avec prudence, exercer quelques tractions sur le trajet, de manière à faire proéminer un cordon, chercher à y introduire un stylet qui devient un conducteur utile, et prendre pour guide enfin la nature particulière du tissu qu'on excise. A défaut de l'extirpation, on aura recours à l'incision du trajet et au raclage de toute sa paroi muqueuse avec les diverticules annexés.
Obs. XIV. — Dépression cupuliforme à la place du lobule de V oreille, qui fait défaut. — Eugénie Brou, fillette de trois mois, demeurant o3, rue de Montreuil, est apportée à l'hôpital Trousseau en janvier 1888. Elle présente une malformation de l'oreille gauche. Le lobule de cette oreille fait défaut. Le cartilage de la conque, s'arrête brusquement en arrière de la joue, dont il est séparé par une dépression assez profonde. Un petit bourrelet part de la dépression pour arriver à la joue.
La dépression est cupuliforme ; elle paraît résulter de l'adhérence du cartilage à la peau, de telle sorte que cette adhérence a maintenu la peau collée au cartilage en l'empêchant de se développer en lobule. En tout cas l'adhérence existe. Le peau ne présente pas de cicatrice dans cette région.
Obs. XV. — Fistule congénitale ouverte sur la partie antérieure de l'hélix. Kyste dermoide consécutif. — Un petit garçon, âgé de cinq ans, nous est amené le 31 juillet 1889 pour une ulcération siégeant à un centimètre environ de la partie antérieure de l'hélix.
Cet enfant porte depuis la naissance un petit orifice fistuleux situé sur la peau qui recouvre la partie antérieure de l'hélix. Cet orifice étroit, punctiforme, a toujours donné issue à un léger écoulement jusqu'au mois de mai dernier. A cette date, l'écoulement a cessé, et une petite tumeur s'est formée un peu en avant de l'hélix et a pris le volume d'un gros pois. Un médecin a appliqué un caustique sur cette tumeur et l'a ainsi ouverte.
Depuis lors, la plaie produite par le caustique ne s'est pas complètement cicatrisée. Aujourd'hui on aperçoit facilement l'orifice de la fistule, et on sent un cordon sous-cutané qui de ce point se porte
vers l'ulcération. La succession des accidents est la suivante : il y avait là une fistule branchiale congénitale avec un léger écoulement; l'arrêt de l'écoulement et l'accumulation du produit de sécrétion ont donné naissance à un kyste dermoïde consécutif.
Obs. XVI. — Fistule branchiale symétrique sur la partie antérieure de l'hélix. — M™" Rameau vient me consulter le 11 janvier 1888 pour son enfant, atteint d'une lésion tuberculeuse du ^scaphoïde du pied droit.
Cet enfant, âgé de neuf ans, est venu au monde avec deux petites fistulettes placées symétriquement de chaque côté sur le pavillon de l'oreille, au niveau de la partie antérieure de l'hélix, immédiatement en arrière de l'apophyse de ce cartilage au moment oh il se recourbe pour monter au-dessus de la conque. L'orifice de cette fistule est au fond d'une petite dépression ayant le diamètre d'une tête d'épingle, et un stylet y pénètre à un millimètre de profondeur. Il est fermé par une petite croûte habituellement. De temps en temps on fait sortir parla pression une gouttelette séro-purulente ; j'ai fait suinter moi-même du liquide.
Ni le père ni la mère ne portent rien de pareil.
Obs. XVII. — Fistulette congénitale ouverte sur la partie antérieure de l'hélix du côté droit. — Madame I., âgée de trente ans environ, nous donne sur elle-même les renseignements suivants : elle n'a commencé a être réglée qu'à dix-huit ans; mariée à un médecin depuis sept ans, elle n'a pas ea d'enfants ni de fausses couches.
Cette dame porte une petite fistulette ouverte sur la peau qui recouvre la partie -antérieure de l'hélix du côté droit. On aperçoit en ce point une petite dépression punctiforme au fond de laquelle se trouve un orifice très fin. Cette petite anomalie n'avait pas attiré l'attention jusqu'à l'âge de quinze ou seize ans. A partir de cet âge et pendant plusieurs années, il s'est fait par l'orifice cutané un léger suintement, qui, en se desséchant à l'air, laissait une petite croûte sans cesse renouvelée. Depuis un certain temps l'écoulement a complètement cessé. L'orifice de la fistule est à peine visible; il n'a pas été exploré, on ne peut percevoir au doigt aucune espèce de résistance au-dessous de la peau en avant de l'orifice.
Madame I. entend un peu moins bien de l'oreille droite.
Obs. XVIII. — Fistule congénitale nxédiane au niveau du cartilage cri-
coide. — Un garçon de douze ans nous est présenté en mai 1886. Il porte sur la ligne médiane du cou, immédiatement en avant de l'anneau cricoïdien, une dépression transversale recouverte en haut par un pli du tégument, également transversal. Les bords de ce pli sont en ce moment exulcérés par l'écoulement venant du trajet qui succède à l'orifice placé dans le fond de la dépression précédente ; ils sont, de plus, légèrement tuméfiés, ainsi que la peau voisine. Le liquide que l'on fait sourdre par la pression latérale du côté droit est séro-purulent, jaunâtre et visqueux ; il en sort deux gouttes. Un stylet pénètre assez facilement dans l'orifice et s'engage de bas en haut du côté droit du cou de plus en plus profondément à mesure qu'il s'élève ; il passe sur la partie latérale droite du larynx en dehors du cartilage thyroïde, et là, après un trajet de trois centimètres, il est arrêté, et les tentatives modérées pour le faire pénétrer plus profondément échouent. Une injection d'eau colorée ressort tout entière sans pénétrer dans le pharynx ; elle n'éveille aucune sensation particulière. Le cathétérisme donne lieu à un accès de toux à forme spasmodique.
Le père de l'enfant est très explicite sur l'origine de cette fistule, qui fut découverte le lendemain de la naissance ; elle ne donnait pas lieu alors à un écoulement appréciable, et elle était habituellement fermée par une petite croûte ; quand la croûte tombait, une goutte de liquide s'échappait. En d'autres circonstances la fistule paraissait entièrement fermée. Il est survenu un peu d'inflammation ces jours derniers au collège, par suite du frottement d'un col un peu dur. Ni la phonation ni la mastication n'augmentent la sécrétion.
Obs. XIX. — Fistule branchiale située à quatre centimètres au-dessus de la clavicule. — Ghauffour (Gustave), âgé de neuf ans et demi, entre à l'hôpital Trousseau le 6 juin 1888, salle Denonvilliers, n° 34.
Cet enfant porte depuis sa naissance une fistule du cou. Cette fistule ne donne lieu qu'à un suintement insignifiant; mais parfois son orifice s'oblitère et un petit abcès se forme. Elle ne cause aucune douleur, aucun trouble de la santé générale.
Au moment de l'entrée à l'hôpital, la fistule ofi're les caractères suivants : son orifice est situé sur la ligne médiane du cou, à quatre centimètres au-dessus de l'articulation sterno-claviculaire; il est distaut de deux centimètres du bord interne des sterno-mastoïdiens. Cet orifice est circulaire et permet l'introduction d'un stylet de trousse. A son niveau il n'existe ni saillie ni dépression. Il est en-
touré par un petit cercle d'un demi- centimètre de raj'on sur lequel la peau est amincie et violacée. Si on introduit un stylet par cet orifice, on voit que le trajet a une longueur de trois centimètres environ. Il se dirige presque verticalement en haut, en se déviant cependant un peu vers la droite; il remonte jusqu'à l'os hyoïde. Cette exploration avec le stylet n'occasionne ni douleur ni aucune sensation particulière. Le 12 juin, on fait l'extirpation des parois de la fistule. Avant de procéder à cette opération, on introduit dans le trajet un stylet coudé qui est maintenu en place pendant toute la durée de la dissection. L'opération est ainsi rendue plus facile.
On constate qu'il s'agit d'une fistule borgne externe s'arrêtant en haut à la partie postérieure de l'os hyoïde, à quelques millimètres de la ligne médiane. L'hémorragie survenue au cours de l'opération a été insignifiante. Deux points de suture sont appliqués à la partie supérieure de la plaie.
La guérison s'opère sans incident. L'enfant sortie 30 juin de l'hôpital, complètement guéri.
Obs. XX. — Fistule branchiale située à un centimètre au-dessus de la clavicule. — Gaubin (Anna), âgée de dix ans, entre à l'hôpital Sainte-Eugénie le 14 mai 1878 ^
L'orifice de la fistule est placé sur le cou, à deux centimètres delà ligne médiane et à un centimètre au-dessus de la clavicule, sur la face externe du faisceau interne du sterno-mastoïdien. Cet orifice est un peu déprimé. Le trajet qui lui succède monte en haut et en dedans en se rapprochant de la ligne médiane,.et s'engage dans les parties profondes; il se perd -au-dessous de la base de la langue, au-dessus du bord supérieur du pharynx; il a cinq centimètres de longueur ; son canal est légèrement irrégulier. Lorsque l'enfant exécute un mouvement de déglutition, le trajet attire l'orifice en haut, ce qui veut dire que par sa partie profonde le trajet adhère au muscle constricteur du pharynx. Il laisse écouler de temps en temps un liquide jaunâtre et transparent; jamais il ne s'est engorgé. Cependant il se passe quelquefois plusieurs mois sans issue de liquide. Enfin on s'est aperçu de l'existence de la fistule quelques jours après la naissance.
1. L'hôpital Sainte-Eugénie a changé de nom en novembre 1880 et s'appelle hôpital Trousseau depuis cette époque.