SCENE VI OPORTO, seul, puis GOUGOURLI
OPORTO, qui commence à disposer les plats d'argent sur la petite table de nacre.
En être réduit à faire le laquais, moi un noble cavalier castillan, et il va falloir que j'assiste aux épanchements de ce vieux satyre avec ma maîtresse... mais qu'est-ce qui a pu prendre à Isilda ?. .. voilà une femme qui traverse les montagnes de la Sierra Nevada, pour me rejoindre et quand elle arrive près de moi, c'est pour se jeter au cou de ce vieux Maure... pourquoi...
GOUGOURLI, qui entre.
Pourquoi... je vais te le dire... je sais tout...
OPORTO
Ali! Coucourli, je t'en supplie, alors éclaire-moi.
GOUGOURLI.
Oui, mais laisse-moi d'abord enlever ma barbe, parce qu'elle me tient chaud...
OJPORTO.
Enfin quoi... que s'est-il passé?...
COUCOURLI.
Je trouve, maître, que tu as un certain culot de me le demander. Eh bien, à ce qu'il paraît que tu mènes la prison joyeuse... dis- moi donc ce que tu as fait sur la paille humide?
OPORTO
Je vous ai attendu...
COUCOURLI.
Oui, en compagnie des Maugrabines, toi un espagnol, tu t'es commis avec ces moricaudes, pouah !
OPORTO
Mais qu'est-ce que tu t'imagines?
COUCOURLI.
Ce qu'Isildasait comme moi, c'est-à-dire la façon dont tu emploies les loisirs andalous... alors tu dois trouver tout naturel qu'elle te trompe avec un, puisque tu Tas trompée avec vingt- cinq.
OPORTO
Mais c'est faux, arehi-faux...
COUCOURLI.
Faux ou non, Isilda en est persuadée et elle est résolue à aller jusqu'au bout...
OPORTO
Il faut absolument que je la détrompe, mais quand... à quel moment... nous ne pourrons pas nous retrouver seuls et dans un instant, elle va souper ici avec le Maure...
COUCOURLI.
Tu as dû encore gaffer...