CHAPITRE X
l'indo-chine.
Sommaire.
Bt'lief. — L'indo-Cliiiii;' esl une péninsule qui va en s'amincissant du nord au sud. Son relief est constilué par des massifs qui se détachent des plateaux tibétains. Ces sillons ont une direction nord-sud. La forme prédominante est le plateau. De ces plateaux se détachent une série de hautes chaînes conjuguées deux à deux et encadrant des vallées fluviales [Arakan- Voma, Pegou-Yoïna, etc.). Dans le Siam. ces plateaux tombent au nord en terrasses successives et se terminent au sud par une plaine inclinée. A l'est, les hauteurs de l'Annam tournent leur convexité du côté de la mer et tombent en falaises escarpées vers l'intérieur du pays. Leur altitude moyenne est d'environ 1 000 mètres. Au sud, une chaîne s'allonge le long de la côte occidentale jus([u'à ]\Lalacca (mont Ophir, 1000 m.).
Clinial. — Le climat dépend des moussons. La mousson du nord-est, sèche et fraîche, souffle d'octobre à mars; la mousson pluvieuse du sud-ouest, d'avril à octobre. La Cochinchinea deux saisons bien tranchées; leTonkin en a quatre. Les écarts de température augmentent du sud au nord (deux degrés entre l'hiver et l'été à Saigon, 11 à Hué, 17 à Hanoï^. Au Tonkin l'hiver est frais (14° et 7"). Pendant l'hivernage, il pleut beaucoup en Indo-Chine (lm.48 à Bangkok, S^-ll à Saigon). Au Tonkin les pluies d'été sont plus rares et en forme d'oiages. Le delta est d une hinnidilé extrême.
Ifijdrogrriphie. — L'Iraouaddy, d'abord fleuve montagneux, entre en plaine à Prome. Sou delta mesure 40 000 kilomètres carrés. Son débit moyen est de 1 500 mètres cubes. Le Saloueii est un fleuve de montagnes et de plateaux. La Menam arrose le Siam et se termine par un estuaire. Le Mé/conf/, fleuve de montagnes et de plateaux dans sa partie supérieure, court à la mer par une série de rapides {Xini(/-ko7ir/, Kéinarn/, île de K/ioiip, l'réapalti/tf/). A Pnom-penh, il se ramitie et un de ses bras cumniuniciue avec le Tuiilé-sap. Le bras oriental se confond avec la rivière de Saigon. Le delta a une largeur de 600 kilomètres; le débit moyen esl de 30 000 mètres cubes. Le Soni/-Koï ou l]eu\(' Rouge Aient du Yunnan. D'ahord fleuve montagneux, il entre en territoire fraiH;ais à Lao-kni/ et parcourt une plaine en jiartie formée de ses alluvions entre Lno-kaij et )i'ii-/i(if/. H se grossit de la ii\ière Noire {Si)iif/-f)(i) ol de la rivirre Claire. A Soii/ni/, il se raniilic d un de ses liras, le raniil des linpii/t'fi, s'unit au Song-Cau. Son didta ciunnu'uce à ].')0 kilomètres de la nier.
Côtes. — Les eûtes de l'Indo-Chiiie sont extrémemeut décoLipées. Les principaux caps sont cmix de Camau, S(iint-Jac(jiies, Homauia et Xcgrais. Les îles sont nombreuses {Amlaman. Isicohar. Merr/iii, Poulo- Condur, etc.). Les golfes, profonds, sont ceux du Tonkin. de la baie iVAlont/, de Sifti/i et de Mavtahon. Les principaux jiorls snut ceux (llfano'i, Saïf/071, liaiif/kok. Hué, Tourane, Sini/tipaiir. Plunh's et animaux. — lui Birmanie s'étendent les forêts i]e j'iinr/les; sur les collines réussissent le t/ic, le lafé et le tntxic. Daus l'Annam et le 'ronkin on dislin^'iic : I" une /.une lilluralr liiiiiiiilr et basse (jialiiiiers.
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palétuviers, etc.); 2" uiio zone de plaines défricliéos {rizières, jardins, cocotiers): Z° la zone forestière {/bambous, acacias, teck, arJives à caoutchouc, etc.). L'espèce animale la plus répandue est celle des élepliants. Les rhinocéros et les Iniffles sont utilisés pour le transport des fardeaux; les tigres sont nombreux; les pâturages nourrissent des chevaux, des porcs et des t)œufs. Beaucoup A'oiseaux et de reptiles.
Populations. — L'indo-Chine a subi à l'ouest l'influence hindoue et à l'est l'inlluence chinoise. En Birmanie vivent les Birmans dont la plupart ]tratiquent la religion bouddhique et parlent le sanscrit; sur les terrasses du Siam, les Thaï-Hiamois : avl sud, les Kiian et les Kmer, complètement déchus; à l'ouest, les Annamites, intelligents, vifs, pratiquant la doctrine de Confucius et fidèles à leurs traditions.
Géor/raphie politique. — Les Anglais occupent en Indo-Chine une superficie de 800000 kilom. carrés avec une population de 13 millions d'habitants. La Birmanie britannique s'étend sur 200 000 kilomètres carrés avec 4 000000 d'habitants. La capitale est Banr/oun (180 000 hab.). Mandala;/ a 188000 âmes. Les colonies anglaises du détroit {strnit's settlements) dans la partie méridionale de la péninsule comptent les colonies de Poulo- Pinanfj, Wellesley, Malacca et Sinr/apour. Les Français ont commencé leur occupation de la Cochinchine en 1862 ; le Tonkin fut conquis en 1883 et définitiA'ement actpiis en 1885. Le cours du Mékong nous a été cédé en 1893 par le Siam. L'Indo-Chine française comprend 700 000 kilomètres carrés et elle est peuplée de lô à 20 millions d'habitants. Elle est formée de l'union : iode la Cochinchine (60 000 kil. carr. ; 2000 000 d'hab.), villes principales Saigon et Cholon : 2" de V Annum (150000 kil. carr.), capitale Hué (50000 bah.); 3° du Tonkin (120000 kil. c, 7 000 000 d'hab.: cap. Hanoï, 150000 hab.) ; 4° <lu Cambodge (97 000 kil. carr., 1 500 000 bah.: cap. Pnom-Penh. ; 45 000 hab.). Le Laos forme depuis 1899 un territoire spécial de 300 000 kilomètres carrés avec Louang-Prabang (12 000 hab.) pour chef-lieu. Le royaume de Siam (COOOOO kil. carr. et 3 millions d'hab.) a pour capitale Bankok (600 000 hab.) sur le Ménam.
Géograpfiie économique. — L'Indo-Cbine est, comme la Chine, un pays essentiellement agricole. Les forêts couvrent une grande partie de la région (bois de construction, de teinturerie, bambou, teck). Parmi les cultures alimentaires, la première place appartient au riz. puis mi mais ei au millet. Les cultures maraîchères réussissent merveilleusement ; la canne à sucre est plantée au Siam ; le tabac ^ient bien et les hectares consacrés à la culture du coton augmentent chaque année. L'élevage est peu développé {bœufs du Cambodge, buffles du Laos, chevaux de Birmanie, porcs). Les pêcheries de la baie d'Along sont très rémunératrices. Un commerce spécial est celui des tiids d'hirondelles salanganes. La seule production animale (et encore est-elle médiocre^ est la soie. Les métaux précieux sont moins abondants que jadis (gisements aurifères de Pégou, de Birmanie et du Laos ; houille de l'Annam et surtout du Tonkin, étain de Malacca, pétrole de Birmanie, salines du littoral d'Arakan, etc.). Les principales industries indo-chinoises sont la céramique, les tuileries, la construction des barques^ V incrustât ion. L'industrie de la soie se développe; les filatures de coton aussi.
Voies de comimmication. — La circulation fluviale est assez intense. Les bateaux remontent VIraouaddg jusqu'à Bhamo. Le Mékong est navigable jusqu'à 760 kilomètres de son embouchure (Compagnie des Messageries fluviales de Cochinchine). Le Song-Koï est accessible jusqu'à Lao-kag [Compagnie de navigation tonkinoise). La rivière Noire est praticable
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jusqu'à 50 milles de son emboui'liure. l'ue ligue de oliomiu de fer a éli' inaugurée, en 1880, de Ranr/oiin à Mcuulalay et prolongée depuis jusqu'à Hliamo. Au Siam, il existe une voie ferrée de Ikiiiyuo/,- à Korat par Puknam (200 kil.). Dans l'Indo-Chine française, cinq lignes sont en construction qui uniront Haiplion;/, Hanoi, Lao-kui/, Vhi/i (Annam), Toitrane, Hué, Saïçiuii. et Mi/l/io. 11 existe déjà une ligne de liar-ntnh à Lanrjsoti et une autre (80 kil.) de Saïfjon à M;/lho. Le commerce extérieur se fait surtout par mer. Toutefois des caravanes régulières relient Bhamo à Talifou dunepart, cl à .U«//i/;our d'autre part. Les priinipauv ports sont ceux de Raiif/ouii sur l'Iraouaddy, Singapiiur dans la pres- (ju'ile de Malacca, Bai/r/kok au Siam et Saigon en Cochinchine. lluc et Toiirane sont les ports de l'Aunam; Hanoi et Haïphonç/ les ports du ïonkin. La valeur totale du commerce indo-chinois est évaluée à 1 200 millions de francs.
Situation et étendue. — L'Indo-Chine est une péninsule foi^inée par des sillons montagneux qui se détachent des hautes terres du Tibet et confinent au relief do la Chine méridionale. Elle mesure environ 2U0iJO0O de kilomètres carrés.
Relief. — Les sillons montag'neux ([ui forment l'ossature de rindo-Chinc all'ectcnt généralement, à Test, la forme de chaînes, tandis qu'à l'ouest, ce sont généralement des plateaux. Vers l'ouest, en ellet, se dressent des séries de chaînes parallèles qui enferment entre elles de longues vallées fluviales. Les monts de VArakan-Yoma, qui dominent le golfe du Bengale de 1500 mètres en moyenne, lorment avec le P<'(/()U-)'()iiia, à Test, le couloir de l'Iraouaddy. Entre le Pegou-Yoma et le Pouiifi-Louinj est encadrée la vallée du tSittang-.
La nature du relief est autre dans le Siam ; au nord, les plateaux se divisent, sont déchirés et tombent en terrasses successives, tandis que le sud-est est une plaine inclinée, bossuée seulement de quelques hauteurs de 500 à 000 mètres.
La structure de la rég-ion orientale, où s'étend l'Indo- Chine française, a été déterminée par les travaux de la mission Pavie (1880-1801). On sait aujourd'hui que les plateaux dominent dans le Tonicin méridional et dans l'Annam. Les hauteurs du pays d'Annam que l'on aj»pelle « ConJillère Annamite », bien qu'elles aient surtout le cara(;tère de plateaux, ont leur convexité tournée du côté de la mer, dont les sépare une étroite bande de plaines. T^a rég-ion la plus élevée s'observe au sud-est de Hué, où le Pou-Aloiial nuisure 25()i) mètres. Les formations en j)lateaux sont sur-
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tout remarquables au sud, où le LaïKj-Biaii se dresse ù 1 GOO mètres et le plateau des- Boloven à 1350 mètres. Longtemps on a cru que les monts de l'Annam étaient diniciles à fi-anchir, entre la mer et le Mékong, et que le seul col d'Aï-Lao, ou << porte du Laos » (300 mètres) offrait une route praticable. De récentes investigations ont permis de reconnaître deux ou trois autres passagescommodes.Dans la partie méridionale de rindo-Chine,si effilée, et que l'isthme de Kra seul rattache à la masse du nord, sur une largeur de 50 kilomètres à peine, se développent des montag'nes de 1000 à 2000 mètres.
Climat. — L'Indo-Ghine, comme l'Inde, est sujette au climat des moussons : l'été est la saison normale des pluies, l'hiver la période ordinaire des sécheresses. Les pluies d'été, déterminées par le foyer d'appel des hautes terres d'Asie centrale, sont amenées par des vents qui varient du sud-ouest au sud-est et à l'est.
Gomme dans l'Inde aussi, la durée et la date des saisons de pluie et de sécheresse varient du nord au sud. Ainsi la mousson pluvieuse, qui atteint Saigon en avril, ne s'étabHt au Tonkin que dans le courant de mai. Enfin, tandis que l'année est bien rigoureusement divisée en deux saisons, l'une pluvieuse, l'autre sèche en Gochinchine, le Tonkin a une petite saison de pluie en hiver. La Gochinchine, le Gambodge, l'Annam méridional et central ne connaissent pas le froid d'hiver, tandis que dans le Tonkin, il faut souvent faire du feu en décembre et en janvier. G'est justement la harassante ég-alité du climat cochinchinois qui a fait désirer aux Français l'occupation du Tonkin, beaucoup plus salubre parce que les saisons y sont plus tranchées.
Il résulte de cette distribution des pluies et des sécheresses une répartition différente des températures. Par exemple, le Tonkin où la saison sèche se prolonge jusqu'en mai, connaît à cette époque des températures très élevées ( -4- 38", -f- 40"), qui sont inconnues dans l'humide Gochinchine. Au Tonkin les pluies, même en été, affectent souvent le caractère de brusques et violents orages, tandis qu'en Gochinchine, les longues périodes de pluie sont le fait ordinaire.
Il pleut beaucoup, d'ailleurs, dans toute l'Indo-Ghine, puisqu'on évalue en moyenne les pluies de Saigon à 2"", 15
par an, celles de Rang-oun à 2"", 50. Les régions septentrionales sont moins bien partagées.
Enfin, dans les périodes de transition entre la saison humide et la saison sèche, se produisent de redoutables typhons. Les bords de la côte d'Annam sont particulièrement afîectés par ces redoutables météores.
Fleuves. — Les fleuves de Tlndo-Chine sont longs et abondants. En raison de la différence de relief, on observe qu'à l'est ils sont enfermés dans d'étroits couloirs et mal pourvus d'affluents, tandis qu'au centre et à l'est ils sont beaucoup plus ramitlés, comme par exemple le Mékong- et le fleuve Rouge du Tonkin.
\i Iraouaddy a été exploré dans son cours supérieur par le prince Henri d'Orléans elle lieutenant de vaisseau Roux qui ont reconnu les quatorze sources majeures du fleuve. À Rahmo, où commence la navigation l'égulière, il roule déjà 25000 mètres cubes par seconde. Son delta commence à 220 kilomètres de la mer et mesure plus de 40000 kilomètres carrés de superficie. Au mois d'août, en pleine saison des ])luies, son volume est environ sept fois su[)érieur à celui de février, mois le plus sec de Tannée.
La Salouen. dont le cours supérieur est encore très mal connu, est un impétueux fleuve de montagnes etdeplateaux. Des marécag-es sillonnés de « bayous » ou chenaux relient son delta à celui de flraouaddy.
La I\I(''ii(iii), fleuve du Siam, ne prend pas sa source dans les hautes montagnes tibétaines comme flraouaddy el la Salouen, mais dans un pays de médiocres collines. Elle se termine par un estuaire où la marée permet aux grands navires de remonter d'une quinzaine do kilomètres environ.
Les sources du Môhonfi ou (Inmhodgc ont été reconnues par Bonvalot et Dutr(;uil de Rliins. Il naît sur le plateau du Tibet. C'est d'abord un grand torrent, encaissé, impétueux, descendant de terrasse en terrasse. Son cours moyen forme une série de biefs, séparés les uns des autres par des rapides que les lieutenants de vaisseau Simon, Le Vay et Mazeran ont reconnus. Des affluents considérables, venus pour la plupart dcis monts de l'Annam, comme le Sé-Kong, accroissent de beaucoup son volume. TjOs cataractes les plus remarquables sont celles de Xieng- Kong-, de Kemmarat, de Klione, de Préajjatang-, (font