CHAPITRE X
l/BXPAVaiOn EUROPEENlfE EN AFRiaUE
Au premier a^ect I'Afrique apparait comme le moins priTil^gie des grands continents. Le sol d'abord n*est pas d*une fertility ' tr^s grande. Les fleuves^ coulant tautdt dans des sillons ^troits, tantdt s*^pandant en \astes marecages, ne rendent pas h Tagriculture, si Ton excepte le Nil, des services notables. Mais c*est lec/tfno/quisemble ^tre le grand ennemi de T Afrique. N'est-ce pas en effet Tabsence d*eau qui ferme k la culture ces tastes ^tendues de desert, situ^es en latitude k la hauteur des regions d'Asie, les plus fertiles et les plus peupUes du monde? Enfln n'esti-ce pas 14 oil la v^g^tationest le plusriche que le climat i»t le plus meurtrier pour les blancs? U semble qu*ils puiseent s*6tablir a demeure sous certaines conditions, dans Tint^neur du pays, raais d'autres fl^aux les attendent : la mouche ts6t8i§ n^ permet pas T^levage nirintroductiond'animaux domestiques ou de transport, dans une grande partie de TAfrique centrale ; aillours les secheresses, les invasions de sauterelles ruinenl periodiquement les r^coltes et provoquent la famine.
Pour tirer parti d*un sol moyennement fertile et oil rEurfq>^n ne pent travailler, il faut recourir aux bras de la population indigene. Mais on sait qu*en g^n^ral les habitants sont extrememeat eiairsem^s. La density kilom^lrique ne d^passe le chiffre iO ou 15, que dans un tres petit nombre de cantons. Voilli plusieurs siaeles, en effet, que TAfrique, pour employer une expression de Cameron, « perd son sang par tous les pores ». La traite ne s'exerce plus en liberty, partout ou Vautorit^ des blancs est reconnue ; mais elle se fait encore en reality sur une graiide echelle. En arrachant &inii au eontinent africain la meilleurje et
M AKRIQUE. '-
la plus vigbureuse psuitia^de sa p<lpulation» les liommes ont done contribu6 a diminuer singuli6remeht la v^Ieur des ressources econofniques dont il dispose.
Neanmoins k ne consid^re^ue les cartes, TAfrique n*est plus k vrai dire qu'une coloniiefimrop^enne, et tout ce qui n'est pias encore officiellement plac^ sous un protectarat quelconque fail partie du moins deia « sphere dMnfluence » de telle ou telle puissance : les Anglais occupent Tfigypte et n*attendent qu'une victoire pour mettre la main sur le Soudan egyptien. Les Italiens prot^gent I'Abyssinie et rendrajent volontiers le m^me service k la Tripolitaine. Le Maroc est assur6ment le joyau le plus precieux des terres qui restent k prendre; mais I'Espagne en convoite patiemment Th^ritage et ses possessions futures s*i^tendent deja, dans la pens^e des patriotes de Madrid, jusqu*au cap Blanc, ou commencent les n6tres. Les cdtes du S^n^gal et de Guinea sbnt moreelees k rinfmi ; et bien rares sont les points * qui n'y portent aucun pavilion. Toute la region du Niger est d'oresetdeja partag^ ehtre la France et TAngleterre.^Du Gabon ju Cap, il, n*est pas un point de la cdte qui ne soil occupy par les Frani^ais^ TEtat du Congo, les Portugais, les Allemands, les Anglais. L'Etat du Congo'est en principeune colonic europ^enne iQternalionale, dont I'heritage est d'avance attribu^ k la Belgique.; Les Allemands et les Anglais ont pouss^ la pr^voyance Usqu^a se partager k Tamiable le desert de Kalahari et les Portugais ont partage de force avec les Anglais les pays du Zamb^ze. Les Allemands prolongent hardiment jusqu^au lac Bangoueolo la ligne du Rovouma qui les s^pare du Portugal. Les Anglais se sont r6serv6 au del^ de la rilri6re Tana, vers le nord, le .littoral qui leurouvre lepaysdu Kenia et la route de TEgypte. lis occupent ^galement la c6te septentrionale du pays Somal et la France ^e montre k Toccasion jalouse d'assurer Tintegrit^ de sa colonic d'Obock.
. Les ties ne sont pas nioins nettement distributes. Les Espa^ gnols et les Portugais se partagent celles de la c6te occidentale; le pavilion britannique flotte sur les rochers de SainterH^lene et de TAscension. Nous nous r^servons en revanche Madagascar et quelques autces lies de Tocean Indien^ les Anglais occupent le reste. . i * '
Yoyons maintenant quelle est la situation respective sur ce continent de chacun.des Etats colonisateurs.
^EXPANSION ECROP^ENNE EN AFRIQUK. 247
La France m^rite h tous ^gards d'etre citee en premiere ligne. t'Alg^rie-Tunisie, k la fois terre de peuplement et d*exploitation, est sans contredit la plus belle colonie d'Afrique; elle nous assure en outre la preponderance dans totite la partie septentrionale du continent. La possession du Tou^t nous rapprochera de moins de i 200 kilometres du Niger, ou doming notre influence. On a projete depuis longtemps la (Construction d'lin chemin de fer, qui unirait le Soudan k n6ire colonie mediterran6en^e ; TOuest africain nous ouvre le Congo et Ic centre de TAfrique. Madagascar* ou nous avons Tavantage de n*avoir aucun voisin, nous permet de surveiller toute la c6te orientate; et par Obock nous touchons k TAbyssinie. Nos possessions s'^cheloanent en definitive d une fa^on remarquable tout autour de TAfrique et nous pouvons partout faire valoir nos interMs.
Les Anglais occupent une position quelque peu symetriqiie de la n6tre. L^Algerie etla colonie du Cap se correspondent, mais la comparaison n*est pas« tant s*en faut, k notre d^savantage. L*un des deux pays est situe en face de TEurope, Tautre, k dcs milliers de kilometres de toute terre, ne s'ouvre que sur un ocean vide : lechiffre de la population iiiimigree, du commerce, est par suite bien plus considerable au nord qu*au sud. A Test les Anglais tendent evidemment, comrae nous a Touest, ^ joindre le pays qu*ils occupent sur la Mediterran^e k. leurs etablissements sur les mers de Tlnde : s'ils n'ont pa^, pour franchir cette distance, k traverser de^ desert, il leur faudra longtemps encore lutter contre les dangers suscites par les Arabes et les derviches. lis aspirent aussi k r^aliser pratiqueraent Tid^e des vieux g^ographes, qui faisaient du Niger et du Nil un seul et m^me fleuve. lis poss^defit du moihs, avec les embouchures de ces deux grands cours d'eaU,* deux des iheilleurs debouches de toiite TAfrique. Quelques iles ^parses leur permettent en outre de surveiller les mers et d'approvisionner facilement leurs navires. Peut-fitre enfin r^vent-ils de detourner vers le Nil toute une bonne partie du trafic du' Congo; mais ils entreraient alors en concurrence avec les Alleraands qui revent k leur tour de a faire enlrer k leiir profit dans un seul lit tout le torrent de marchandises de TAfrique equatoriale* ». ^
' C*est mSme ce qui fait aux yeux des Allemands la yaleur pre-
IV Dr. Karl Peters." • • • . . , . ,
m AFRlQUf.
miere 4e leurs ^tablissements Ae rAfriqtie orientale ; et c*est sans dou^e k la comparaison des avantages qu'ils esp^rent reti->^ rer de ce cdt6, qu'il faut attribuer cette sorte d*indiff6rence qulls affichent pour la cdte occidentale en general. Toute leur (aveur est k Tlreure presenfe pour Zanzibar et les grands lacs. Tout leur sert k ce but, vers lequel ils tendent avec une perseverance et une decision reniarquables. Leurs publicistes annoncent que c*est la « marchandise allemande, qui doit conquerir I'Afrique » et d^clarent que « chaque bribe de denr^e allemande yendue sur ce continent est une pierre appqrtee au monument jd^ la grandeur nationale )).
Les Italiens, quoique gens du Midi, sont beaucoup moin& enthousiastes. U est vrai que leurs succes n*ont rien d*encourageant. lis ont mis plusieurs annees k franchir la distance, moindre de iOO kilometres, qui s^pare la cdte de Massaouah du plateau. Encore sont^ils k peine ^tablis sur les hauteurs, lis sc sont pourtant assure pour Tavenir la preponderance en Abyssinie; et ne se feront pas k Foccasion scrupule de s*etal)lir en Gyrenaique et de s'approprier ainsi le seul canton fertile de la Tripolitaine.
Les Portugais sont les premiers venus sur le continent africain. Ce sont eux qui Tout decouvert^ mais iis n*ont pas su Feiploiter. Leurs etablissements d*Afrique sont restes le plus dair de leurs possessions coloniales ; mais ils sont vides d*habitant& et ce n*est qu*au prix de longs efforts qu*ils acquerront une valeur serieuse. U est juste d'ajouter que le gouverneoient de Lisbonne s'est reveille de sa torpeur et travaille avac une aclivitetres louableau reievement de son empire colonial. Quelque& lies compietent le domaine du Portugal en Afrique; Nadere et San Thome soot parmi ses plus riches et $es plus prosperes possessions.
VEspagne, a part quelques lies et quelqges « presidios p, vit surtout d^esperances; mais elle possedera sans doute, une des regions d*Afrique appeiees au plus brillant avenir. Saura-t-elle etre alors k la hauteur de sa ikche et ne pas se laisser conflsquci" tou$ le$ benefices da rheritage? On pent Tesperer, lorsqu*on songe au succes des colons espagnols en Algerie; maisce seront toujours bien enteQdu les peuples du Nord, Apglais ou AUemands^ qui seront de preference les clients duHaroc.
Deux autres peuples, voisins sur la carte d*Europe, meritjsnt