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Afrique australe, Cap de bonne-espérance, Congo, etc

On a été longtemps dans une complète ignorance sur les régions qui se trouvent comprises entre le cap Negro , le cap de Bonne-Espérance et le cap Corrientes. On donnait à cette, portion du continent africain le nom de Cafrerle, qu’on fait dériver de l’arabe cafir, inGdèle , comme pour dire que ni le mahométisme ni le christianisme n’y avaient encore pénétré.

Le cap de Bonne-Espérance fut découvert en 1486, sous le règne de Jean II, par Barthélemy Diaz, amiral portugais. A cause des tempêtes qu’il y essuya , Diaz l’appela Cabo dos todos Tormentos ou Cap de tous les Tourments ; mais le roi Jean , par une heureuse inspiration , changea ce nom en celui de Cabo de Boa- Esperança ou Cap de Bonne-Espérance, qui s’est conservé jusqu’à nos jours.

Diaz n’v débarqua point, non plus que Vasco de Gama, qui fut chargé, après lui, du commandement de la flotte portugaise. L’amiral Juan de Infante, qui avait été capitaine du second vaisseau

de Diaz, au temps de la découverte , fut lepremier qui prit terre au Cap, en 1498. Sur le rapport de ce navigateur, le roi Emmanuel , qui régnait alors en Portugal , fit partir une nouvelle flotte , avec ordre d’y former un établissement. Mais les Portugais n’osèrent pas en courir les risques ; ils se bornèrent à tuer quelues animaux et à s’approvisionner ’eau dans l’tle de Robben. Ils trouvèrent dans cette Ile une caverne qui servit à les mettre à couvert du mauvais temps : elle a pris le nom de caverne des Portuais. François d’Almeida , vice-roi de Inde , toucha , en 1509 , au cap de Bonne-Espérance; il y envoya un détachement (jour se procurer quelques bestiaux par voie d'échanges. Mais , une querelle s’étant élevée, soixante-quinze Portugais furent tués par les naturels , et le vice-roi périt lui-même dans la bataille. Deux ou trois ans après , on résolut de venger cette défaite. Instruits^ de la passion des indigènes pour le cui- ' vre, les Portugais débarquèrent une grosse pièce de canon , feignant de leur en faire présent. Mais , pendant qu’une

1” Livraison. ( Afbique Austbalb.1

L'UNIVERS

troupe do ces indigènes la traînait joyeusement, les Portugais , qui l’avaient chargée à mitraille, y mirent le feu et firent un carnage effroyable : vengeance atroce, exercée par des hommes civilisés sur des barbares !

Durant près d’un siècle, les Portugais se plaisaient à faire de ces parages un tableau si sombre, que tous les navigateurs se hâtaient de les dépasser comme une terre maudite. D’ailleurs, la disette de vivres, les maladies, les tourments qu’entraînait un long séjour sur mer, les faisaient remonter avec précipitation dans le canal de Mozambique, pour relâcher enfin dans les établissements qui se trouvaient sur la côte de Sofala. Jean de Empoli aborda au Cap, en 1503; il vanta ce pays et l’accueil qu’il avait reçu des habitants, qui, disait-il, donnaient une vache pour une cloche (1). Mais il ne put, malgré ses récits, surmonter la crainte et. la répugnance des navigateurs de son temps. Ce ne fut que vers la fin du seizième siècle , ou plutôt à dater du commencement du dix-septième siècle, que les relâches au Cap devinrent fréquentes, et que les voyageurs firent connaître cette contrée remarquable et les peuples qui l’habitent.

Les côtes furent d’abord les points les plus explorés. Livio Sanuto, le Strabon du seizième siècle, fait voir par sa carte de l’Afrique, d’accord avec sa description, que le littoral entre le cap Negro et la baie de Sainte-Uélène était plus fréquenté et mieux connu alors qu’il ne l est de nos jours (2). Quant au cap de Bonne-Espérance, ce géographe nous apprend seulement que les navigateurs de son temps l’avaient nommé le Grand, lion, et qu’on le considérait comme le cap le plus dangereux à doubler; il le place à trente-quatre degrés latitude sua; ce qui s’accorde sensiblement avec les observations modernes.

Les premiers renseignements quenous ayons sur l’intérieur de la Cafrerie sont dus à E. Lopez, dont Pigafetta publia la relation en 1S91 (8). Quoique ces rensei-

(i) Purchas’s Pilgrimage , relations of the world, etc.; i6»6, in-fol.,u. 76».

(a) Livio Santilo, Geografia; i588, in-fol., P- ,37-

(3) F. Vigafella , Relaxione del rcalme di

gnements n'aient été en partie recueillis quedans les royaumes de Congo etd’Angola, ils sont cependant les seuls qui aient servi longtemps aux géographes pour remplir le vide de leurs cartes ; et aujourd’hui encore, dans la connaissance imparfaite qu’on a de ces vastes régions, il est des noms que les cartes modernes présentent d’après cette source si ancienne et si incertaine. Au reste, les détails qu’il donne sur les pays situés entre « le royaume de Congo , le cap de Bonne-Espérance et le fleuve du Nil »

(il ne se sert pas du nom de Cafrerie), ne sont pas bien longs. Comme ils offrent un grand intérêt pour l’histoire de la géographie, nous allons les reproduire en partie.

« Au delà d’Angola, dit Lopez , en se dirigeant vers lecapde Bonne- Espérance, est un roi, nommé Mataraa , dont le royaume se nomme Climbebe. Ce royaume s’étend depuis le royaume d’Angola à l’ouest jusqu'au fleuve Bravaghul ou Bavagal , au sud. Ce fleuve prend sa source dans les montagnes de la Lune , et se joint au fleuve Magnice , d’où sort le Nil d’Égypte. Dans ces mêmes montagnes, il y a, du côté de l’occident, un petit lac nommé Gale, d’où sort un fleuve qu’on nomme Camissa, mais que les Portugais désignent par le nom de Rivière douce, Rio dolce. Cette rivière coule au cap de Bonne-Espérance, et se décharge près de l’endroit qu’on nomme cap Falso (1). »

Congo e délit circonvicine contrade , trait 1 dallt scritti e ragionamenti di Kdoardo Lopet, Portogkesa ; lioma, 1S91, in-4*.

(1) Le fleuve Magnice dont parle Lopei est celui que d’Anville nomme Manie* , ou le fleuve du 8aînl-Esprit, qui «e décharge dans la baie de Lagoa. Le Garnis»* , on Rio doloe, ne peut être que lePalmiet, ruisseau qui *e perd dan» la mer près du cap Faite, ou 1* rivière de Stellcnboscb , qui se jette dans False-Bay, Ainsi, au moyen de ces lacs intérieurs qui faisaient communiquer à la fois les sources du Nil, du Zambèze, du Magnice et du Camissa, les voyageurs et les géographes du seizième siècle coupaient toute l’Afrique par des cours d’eau, et supposaient une facile communication entre tes points les plus éloignés de ce continent du nord au sud, et de l’est à l’ouest. Quels prodigieux changements auraient été produits dans las

Lopez nous apprend , en outre , qu'au delà du tropique et du royaume de Matama .jusqu’au cap de Bonne Espérance, le pays est partagé entre plusieurs petits rois indépendants. Après avoir signalé le cap de Bonne-Espérance , qu’il place à trente-cinq degrés de latitude , puis le cap Falso, il indique le golfe Formoso, aujourd’hui Plettenberg-Bay, le golfe del Logo où se décharge le fleuve Saint- Christophe, qui a trois petites îles à son embouchure. On reconnaît ici. la baie d’Algoa ; la rivière de Saint-Christophe, ou le Keyskamma, paraît être confondue a vecle Zondag-Rivier (1 ), à l’embouchure duquel se trouvent les trois petites îles de Santa-Cruz. Lopez mentionne ensuite la terre de Natal, « qui fut découverte et reconnue le jour de la Nativité de Notre-Seigneur, » jusqu’au capde la Pescari a (Pêcherie). Cesdenominations qntété conservées. Entre le cap de la Pescaria et le fleuve Magnice (Saint-Esprit) est, selon Lopez , le royaume de Buttua, qui s’étend depuis les plaines ou les vallons qui sont au pied des montagnes de la Lune, jusqu’au pays deJVIonomotapa vers le nord, et vers l’orient jusqu'à la mer, en suivant les rives du fleuve Magnice. Lopez ne dit rien sur les habitants de ces vastes contrées, si ce n’est que ceux qui habitent la région du Cap sont noirs. Il s'étonne qu’on trouve des Nègres sous le trente-cinquième degré de latitude et que les montagnes si froides de la Lune soient habitées par des hommes entièrement noirs. Ces faits lui font croire que le soleil et l’intensité de la chaleur ne sont pas la seule cause de la couleur noire des Nègres, et qu’il y en a une autre plus cachée et inconnue (3).

destinées du continent africain si les fleuves imaginés par les voyageurs et les géographes de cette époque avaient réellement existé! ( Collection des Voyages en Afrique , par M. Walckenaer, tome XV , p. 199.)

( r ) Nom hollandais qui signifie Rivière de dimanche. Rivier est le nom hollandais, et River le nom anglais de Rivière.

(z)Un des plus savants naturalistes de nos

{'ours, M. Flourens, a démontré que la coueur des Nègres est due au développement de la membrane pigmentale qui existe aussi, quoiqu’à un degré moins marqué, dans les race* blanches. Là elle se développe quelquefois

Les naturels du Cap se trouvent, pour la première fois, décrits dans l 'Histoire de la navigation aux Indes orientales , publiée à Amsterdam en 1598. et réimprinteeen 1009, in-folio. On lesy dépeint comme des hommes doux et d’un commerce facile, de moyeune stature, mais forts et agiles. « Leur couleur est d’un brun foncé tirant sur le rouge; ils vont nus, portant une peau de bœuf taillée en forme de manteau , le poil contre le corps , avec une large ceinture dont un des bouts pend en devant et recouvre les parties sexuelles. Ils ont des ornements et des bracelets d’ivoire et de cuivre rouge, et des anneaux d’or à leurs doigts, ainsique des chapelets d’os et de bois. Leur peau, qui est tatouée ou maruée de diverses empreintes , est enduite « graisse et exhale une odeur fétide.

Quelques-uns ont des planchettes de bois, au lieu de souliers. Ils mangent avec avidité les boyaux et les intestins des animaux qu’ils ont tués. Ils ont de grands troupeaux de bœufs; leurs moutons sont remarquables par leur beauté, et par leurs queues grandes et grasses; mais, au lieu de laine, ils ont du poil comme les chèvres. Les Uol landais entrèrent en commerce avec les naturels, et se procurèrent, pour une quantité de fer valant quatre florins de Hollande, trois bœufs et cinq moutons. Ils apprirent d’eux qu’ils nommaient le fer cori. »

Les Anglais suivirent de près l’exemple des Hollandais. Jacques Lancastreet Michel Burne touchèrent au Cap, en 1601 et 1605. L’un et l’autre confondent, dans leurs récits, la baie de la Table avec la baie de Saldanha. Burne parle d’une île située à l’entrée de cette baie; on y trouva un si grand nombre de lapins, qu’elle fut surnommée Coney- Island (île des Lapins). Keeling y relâcha, en 1607 et en 1609. Il remarqua la grosseur de la queue des moutons de ce payn il en vit une qui avait viugtlîuit pouces de large , et pesait trentecinq livres. Sharpey, qui sborda, en 1608, dans la baie de la Table, fut charmé de la quantité d’oiseaux et de veaux marins qu’on prit dans l’ile aux Pingouins (que les Hollandais ont

accidentellement chez de* personne* qui habitent les régions de la zone tempérée.

L’UOTVERS.

nommée Robben-Efland); il en remplit deux fois ses chaloupes, et en fit de l'huile pour ses lampes. Quant aux moutons, aux bœufs, aux volailles et aux poissons , il les acheta à bas prix des naturels. Mais il n’en était déjà plus de même deux ans après , lorsque Downton s'arrêta dans la baie de la Table : les naturels exigeaient du cuivre, ou une plus grande quantité de bestiaux, en échange de leur bétail. Ce navigateur donna une description plus détaillée de cette contrée et de ses habitants, « qui sont, dit-il, armés de lances, d’arcs et de flèches , qu’ils laissent dans les buissons quand ils viennent pour commercer; qui fout des éventails avec des plumes d’autruche, et emploient pour parure des boyaux , des cercles de cuivre et des plaques d’ivoire. » Vers 1641 les Anglais eurent la pensée de former dans la baie de la Table un établissement semblable à celui de Botany-Bay; leur compagnie des Indes fit conduire dans file des Pingouins dix malfaiteurs qui , au lieu de former le noyau d'une colonie, apportèrent le désordre et eurent une mauvaise fin (l).

Cependant, la région du Cap aurait continué d’être bien imparfaitement connue si les Hollandais n’y avaient enfin fondé une colonie , sous la conduite de Van Riebeek (2). C’est à partir de ce moment que date une ère nouvelle pour cette importante contrée de l’Afrique.

Van Riebeek , chirurgien hollandais , revenant des Indes-Orientales, en 1648 , avait observé que le pays du Cap de Bonne-Espérance était naturellement riche et susceptible de culture, les habitants d’un caractère traitable, et le port sûr et commode. Il communiqua ses observations aux directeurs de la compagnie; ceux-ci firent équiper trois vaisseaux et le mirent à la tête de l’entreprise. Arrivé au Cap, Van Riebeek fit un traité avec les habitants, qui cédèrent, dit-on , aux Hollandais la possession de leur pays pour la somme de cinquante

(i) Prévost, Histoire générale des Voyages , tome V, p. 144 (édition in-4°).

(a) Le journal de Van Riebeek a été publié dans la Zuid-jifrikaansch tydscrijt, «8ï4 et i8a5.

mille florins, en diverses sortes de marchandises (1). Il commença aussitôt à s’y fortifier par la construction d’un fort carré. Il forma dans l’intérieur du pays, à deux lieues de la côte, un jardin où il cultivait des plantes de l’Europe. Pour encourager celte colonie naissante, la compagnie hollandaise offrit à tous les émigrants soixante acres de terre par tête, avec droit de propriété et d'héritage, pourvu que dans l’espace de trois ans ils fussent en mesure de subsister sans secours et de contribuer à l’entretien de la garnison. A l’expiration de ce terme, il était permis aux colons de disposer de leurs fonds en toute liberté, s’ils n’étaient pas contents de leur marché ou de la qualité du climat.

Des avantages de ce genre attirèrent au Cap un grand nombre d’aventuriers.

Ceux qui manquaient de bestiaux, de grains et d’ustensiles , en reçurent à crédit par les avances de la compagnie. On les pourvut aussi de femmes,, qui furent tirées des maisons de charité et des communautés d’orphelines. Ces secours agrandirent la colonie dans trèspeu de temps.

Les Hollandais s’établirent d’abord dans les vallées de la Table. Mais, reculant bientôt les limites de leur établissement, ils élevèrent, près de la rivière de Sel (Salt-River), un fort de terre et de bois , avec une garde pour contenir leurs troupeaux et s'opposer aux incursions des Hottentots. Près de ce même fort, ils construisirent une écurie pour cent cinquante chevaux, et des logements pour un nombre égal de soldats.

Lorsque la colonie se fut étendue bien loin sur les bords de la rivière de Sel , le fort devint inutile, et tomba bientôt en ruines ; mais l’écurie subsista longtemps et servit de maison de détention pour les déportés. Kolbe, lors de son voyage ( 1705 — 1713), y trouva quelques princes indiens, exilés pour cinq ans par le gouvernement de Batavia. Ils étaient réduits à vivre de leur travail; et, après le terme de leur bannissement,

(i) On a traité cet achat de fable absurde, inventée par les agents de la compagnie hollandaise. Il est vraisemblable que les Hollandais ont usé ici des droits du plus fort, et qu’il n'y a point eu d’acquisition légitime.

ils furent reconduits aux Indes sur un vaisseau de la compagnie^

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