II. DISTRICTS ET LIMITES DE LA CO- LONIE DU CAP
Le pays que les Hollandais possédaient au Cap, vers le commencement du dix - huitième siècle , comprenait toute la côte depuis la baie de Saldanha, autour de la pointe méridionale de l’Afrique, jusqu’à la baie de Plettenberg à l’est, et s’étendait assez loin dans l’intérieur. Pour donner encore plus d’extension à cette colonie , la compagnie des Indes avait fait l’acquisition detoute la Terre de Natal. Les anciennes possessions, non compris la Terre de Natal, étaient, au commencement du dixhuitième siècle , divisées en quatre districts : 1° la péninsule du Cap; 2” Stellenbosch; 3°Draakenstein;4° Waveren.
Au commencement de notre siècle (en 1815), les limites des anciennes possessions ayant été de beaucoup reculées, la colonie se trouva divisée en onze districts , qui sont ; 1° le Cap ( péninsule du Cap); 2“ Stellenbosch ; 3" Caledon ; 4° Tulbagh; 5* Clanwilliam; 6° Zwellendam; 7° George; 8° Uitenhage; 9° Graaff-Reynett; 10° Albany; ll°Tarka; 12° Somerset ; 13° Cradock ; 14° Beaufort. Cette circonscription politique est de jour en jour modifiée par rétablissement de nouveaux districts. Nous allons en donner ici une description succincte.
District de la péninsule du Cap.
Chef-lieu : Cape-Town {Pille du Cap). Ce district s’étend au sud jusqu’à False-Bay (Baie fausse) et se trouve séparé du district de Stellenbosch par des sables qui bordent la ville du Cap. Il reçut, en 1712, une augmentation considérable
Kr un décret du conseil suprême, à iccasion de quelques démêlés entre le fiscal indépendant et le landdrost (bailli), qui avait été établi, en 1685, par le baron Van Rheede, alors commissaire général de la compagnie (1). — Les montagnes les plus considérables de la péninsule du Cap sont celles de la
(i) Rei te an das Africanische Forgcbürge der Guten-Hoffnung, von P. Kolbe; Niirnberg , 3 vol. in-fot. Trad. -en français par Jean Bertrand; 3vol. in-ia', <743.
Table, du Lion , du Diable ou Vent, et du Tigre. Les trois premières environnent la vallée de la Table, où se trouve située la ville du Cap. La montagne de la Table (Tafelberg), Tavoa de Cabo des Portugais, a, selon La Caille, onze cent soixante-trois mètres de hauteur. Son sommet, vu de loin , paraît uni comme une table; après y être monté, on le trouve inégal et fort raboteux. Toute sa masse est stérile et entourée d’un grand nombre de fragments de roches de couleurs si variées , qu’elles ressemblent aux taches d’une peau de tigre.
La montagne de la Table est plus accessible qu'on 11e l’imaginerait, d’après son aspect. Un chemin, praticable presque partout, conduit jusqu’à son sommet. La vue y est extrêmement étendue; mais cette étendue même empêche de distinguer avec précision tous les détails du panorama qui se déroule devant les yeux. On prétend que lorsque le vent du sud-est s’élève on voit un petit nuatje sur le sommet de la montagne; bientôt un autre vient s’y joindre, et en peu d’instants toute la cime est, pour ainsi dire , voilée. On juge de la violence que doit avoir le vent par l’épaisseur des nuages; quelquefois, pendant la tempête, une partie des nuées se précipite de la partie inférieure de la montagne et fond dans la plaine.
C’est d’abord autour de la rade que l’on ressent les premiers effets du vent qui , augmentant progressivement, arrive jusqu’aux vaisseaux, et les soulève lentement. Mais bientôt la tempête enveloppe la ville elle-même, et fait tourbillonner des colonnes de poussière (1).
Kolbe rapporte que peu de temps avant son arrivée au Cap on avait vu
(t) Cornélius de Jong, Reite nachdem Forgebirge der Guten-Hoffnung, etc., in den Jahren 1791-1797; Hambourg, i8o3. Kolbe cite le même phénomène. Pendant la saison sèche, depuislemois de septembrejusqu’au mois de mars , on voit, suspendue au sommet de cette montagne et de celle du Vent, une nuée blanche qu'on regarde comme la cause des terribles vents du sud-est qui se font sentir au Cap. Lorsque les matelots aperçoivent cette nuée , ils disent, comme en proverbe : > La table est couverte , ou la nappe est sur la table. » Et aussitôt ils se mettent en mouvement pour le travail.
L'UNIVERS
paraître l’espace d’un mois, pendant la nuit, sur le sommet de la montagne, une escarbouele fort brillante, qui semblait couronner la tête de quelque serpent. Ce phénomène causa tant de frayeur, que personne n’eut la hardiesse d’approfondir la vérité. Middleton , dans son Traité de -géographie , remarque que ce jeu d’imagination qui fait apercevoir un serpent couronné par une escarbouele dans une vapeur lumineuse sur le haut d’une montagne , n’est pas une illusion particulière aux habitants du Cap; il cite une histoire toute semblable, relative au cap de Samoa, tirée d’uu voyage au Levant. Il faudra voir là sans doute un phénomène d’électricité atmosphérique, que les physiciens n’ont pas encore suffisamment éclairci.
La montagne du Lion, séparée de celle de la Table par une vallée profonde et étroite, s'étend au nord jusqu’à l'Océan. Son nom est, dit-on, dû à la multitude de lions auxquels elle servait autrefois de repaire. D’autres prétendent qu’elle doit son nom à sa forirje , qui représente , du côté de la mer , un lion couché et la tête relevée, comme s’il guettait sa proie. Le pied de la montagne est ouvert par une petite anse, sur le bord de laquelle Simon Van der Stell, gouverneur hollandais, lit bâtir un petit fort, garni de quatre pièces de canon, avec une guérite . pour s’opposer au commerce de contrebande. Mais les successeurs de Van der Stellontlaissé ce fort tomber en ruines.
La montagne du Vent ou du Diable n’est séparée de celle du Lion que par une pente étroite. C’est du sommet de cette montagne que les vents semblent quelquefois se précipiter comme de l'outre d’Éole. Suivant La Caille (1), il est de trente-deux toises plus bas que le sommet voisin de la Table. Les trois montagnes dont nous venons de parler, circonscrivent une vallée demi-circulaire où se trouve située la ville du Cap.
Environ vingt ans après le premier établissement des Hollandais dans la vallée de la Table, la ville du Cap se composait de deux cents maisons, avec des cours et des jardins. Voici comment en parle Kolbe, qui la visita en 1705 :
(i) Journal historique, p. 33y.
« Ses maisons sont de briques, mais la plupart d’un seul étage, par précaution contre les vents d’est, qui les incommodent beaucoup, toutes basses qu’elles sont; et, par la même raison, les toits sont de chaume. L’église, qui est bâtie de pierre, est simple, blanchie au dehors et couverte aussi de chaume.
Vis-à-vis est l'hôpital, grand bâtiment régulier, qui peut recevoir plusieurs centaines de malades. La forteresse où le gouverneur fait sa résidence, est un édiliee majestueux, fort et de grande étendue, fourni de toutes sortes de commodités pour la garnison. Elle commande non-seulement ia baie, mais encore tout ie pays circouvoisin. Les ofliciers de la compagnie y ont leur logement , et l’on y entretient constamment une garnison considérable (1). »
La ville du Cap prit en peu de temps un accroissement considérable. Un peu plus de cent ans après sa fondation, elle comptait déjà ouzo cent quarante-cinq maisons et plus de dix-huit mille habitants. Tel est le résultat du dénombre ment officiel de 1797 :
Hommes mariés 1,566
Femmes 1,354
Garçons 1,451
Filles 1,658
Hommes esclaves. .... 6,678
Femmes esclaves 2,660
Enfants esclaves 2,658
Total de ia population. . 18,112
Aujourd’hui , c’est-à-dire au bout de quarante ans, le chiffre de la population de la ville du Cap n’a pas sensiblement augmenté. — Une vingtaine de rues se coupent à angles droits, et partagent la ville en plusieurs quartiers réguliers; les unes montent du rivage à la montagne de la Table; les autres sont parallèles à la côte. En général, elles ne sontpas pavées: mais elles sont, ombragées par des allées de chênes et de pinastres. Les maisons, construites enbriques etdécorées de corniches , sont revêtues de stuc en chaux, qui sert à faire divers ornements en architecture. Devant chaque maison il y a une espèce de plate-forme, élevée d’en-
(i) Suivant Léguât , qui se trouvait au Cap en 1698, celte garnisou était composée de trois cents hommes.
rtren quatre pieds au-dessus du niveau de la rue. Les habitants l’appellent stoep, et ont coutume d'y prendre le frais le soir , ou d’y causer avec leurs amis. Les toits sont presque horizontaux , et on peut s’y promener commodément; ils sont blanchis à la chaux ; ce qui donna de loin à la ville un aspect particulier. Pour se procurer de la chaux , on cairine les coquilles jetées par la mer sur la côte. Les bois le plus souvent employés dans la construction des maisons et à d’autres usages sont le geel-hout. ou bois jaune, (espèce de podocarpus) et le stinkhout ou bois puant (tourna bullata, Burcheli). O dernier arbre donne un beau bois, semblable, pour la couleur et la qualité, à l’acajou; on en fait des tables , des chaises et d’autres meubles. Le boisjaune ressemble au sapin, seulement il n’est pas résineux. En raison de la douceur du climat , les maisons n’ont pas de cheminées, si ce n’est dans la cuisine ; au lieu de plafond , on voit les planches et les poutres, ce qui ôte aux chambres tout air d 'élégance. Cependant, les appartements sont élevés et entretiennent une température fraîche pendant l’été. Au reste, l’intérieur des maisons, même des pauvres, est toujours Soigné. 11 est à remarquer que les points les plus beaux d’où l’on a une vue étendue sur toute la baie, sont occupés par des édifices qui ont le moins d’apparence. Il y a deux églises, une pour les réformés ou calvinistes, l’autre pour les luthériens, dont le nombre est considérable. 11 y a , en outre, un assez grand Oratoire, qu’on a mis à la disposition des prédicateurs de diverses sectes. Les Malais ont un édifice particulier où ils s’assemblent pour pratiquer le culte mahométan.
La ville du Cap , comme les autres endroits de la colonie , est habitée par des nations d’origine très-différente. On y trouve des Hollandais et des Anglais à cdté des Malais, des Hottentots, des Malgaches et des Mozambiquois. Les Hollandais sont, en général, de riches propriétaires et agronomes, tandis que tes Anglais sont négociants ou militaires. Dans la classe inférieure, les Malais formentla majorité. Cette race d’hommes est supérieure en intelligence et en activité aux Hottentots. Aussi tes préfère-
t-on de beaucoup comme domestiques; presque tous savent un métier, et leurs femmes sont couturières, cuisinières, nourrices ou servantes, il n’y a pas de meilleurs cochers que les Malais ; on les voit souvent, dans la ville, debout dans un chariot , et menant au grand trot un attelage de six chevaux sans le moindre embarras. Beaucoup de Malais, descendants d’esclaves affranchis, ont des boutiques et des ateliers; plusieurs amassent un capital assez considérable. Les Malais sont, en général, fidèles, honnêtes et industrieux; mais ils sont si irascibles, que la plus légère provocation les jette quelquefois dans des accès de frénésie, pendant lesquels il serait dangereux de les approcher. Oarrow raconte un événement de ce genre arrivé pendant son séjour au Cap. Un Malais servait son maitre depuis longtemps, et avec fidélité ; il lui avait même payé diverses sommes du produit de son travail. Il crut avoir assez fait pour réclamer sa liberté, et la demanda pour prix de ses services; elle lui fut refusée. Le lendemain, il assassina un autre esclave qui vivait avec lui chez le même maître. Arrêté, il déclara dans son interrogatoire que le jeune homme qu’il avait assassiné était son ami , mais que le motif pour l’egorger avait été de se venger de son maitre , et qu’il avait pensé que la meilleure manière de le punir n’était paB de lui donner la mort, mais de lui faire perdre mille risdalers en faisant périr cet esclave, et mille autres en sus, en se mettant lui-même dans le cas de mourir au ibet; perte si sensible, croyait-il, pour insatiable avarice de son maitre, que le souvenir de cet événement empoisonnerait le reste de sa vie. Au rebours des Malais , les Hottentots, qui sont au service des habitants, ne parviennent jamais à quelque aisance. Les esclaves de Mozambique et de Madagascar sont aussi de bons serviteurs , et ou les emploie aux travaux les plus rudes; ces esclaves proviennent la plupart des prises faites sur les négriers qui, malgré l’abolition de la traite , se livrent encore à ce trafic défendu. Les Hottentots préfèrent la vie pastorale , et se mettent rarement au service des bourgeois; aussi en voiton peu daus la ville.
La maison du gouvernement est si-
L'UNIVERS
tuée dans un parc ou jardin de quelques acres; c’est une promenade agréable
{tendant les heures les plus chaudes de la ournée. Un grand édineesert d’hôtel de ville; il est situé sur la place de Groene- Plein, où se tient tous les jours le marché aux fruits et légumes. La plupart des paysans qui viennent de l’intérieur sur leurs chariots, attelés de bœufs, s’arrêtent sur la route, à trois milles de la ville, dans unhameauappeléZout-Rivier (Rivière de sel), dont les bords sont garnis de plantes salines (1). Les bœufs y trouvent une pâture qui leur manque dans la ville; les pâturages sont surtout abondants lors des pluies de mars; c’est aussi la saison où il arrive le plus de chariots et de denrées. Ordinairement les paysans se rendent, à la pointe du jour, dans la ville, y font leurs ventes et achats , et reviennent avec leurs attelages, le même jour, à Zout-Rivier.
Le manque de pâturages, et les landes sablonneuses qui entourent la ville du Cap, sont de grands inconvénients pour ses communications avec l’intérieur.
Une forteresse appelée le Château s’élève au sud-est de la ville; elle domine la jetée où se fait le débarquement , une partie de la baie de la Table , et la seule route qui, de la ville, conduise dans l’intérieur du pays. Au nord-ouest du Château s’étend la place ou plaine de la Parade, entourée d’une allée île pins et d’un rempart; auprès de la Parade est bâtie la caserne de la cavalerie , et entre celle-ci et le Château est située la douane. A l’entrée du jardin du gouvernement, on aperçoit uu bel édifice, achevé en 1815 ; il renferme la cour de justice, les bureaux du secrétaire colonial, etc. On trouve une salle de spectacle sur la place Boers-Plein ; mais on y joue rarement, faute de troupe; on a récemment bâti aussi une bourse et une halle de bouche-
(i) Les piaule» que Burchell a trouvées près de celle rivière, sont : Chtnolea diffusa, Thunb. ; Frankenia nothria, B.; Falkia repens , B. ; Statice scabra , B. ; Scirpus mari limas ; Cyperus textilis ; Campanula procumbeiis; Colula coronopifolia ; Cliffortia sarmenlosa; Polygala linophyUa; Potamogcton marinum ; Trijolium repens ; Cyperus corymbostts ; Cyperus lançais ; Jurtcus punctorius ; Cliffortia strobilina ; Tl piia latifolia ; Scirpus lacuslris ; Antherium fimbriatum.
rie. La ville est pourvue d’eau excellente que fournissent en grande partie les torrents qui descendent de la montague de la Table.
Sur le sommet de la montagne du Lion on a élevé un poste à signaux et une vigie , qui, au moyen d’un système télégraphique particulier, avertitae l'ap-
ftroche des vaisseaux, de leur force et de eur nombre ; il existe aussi une communication télégraphique entre la ville du Cap et Simon’s-Town, dans la False- Bay, station des bâtiments de guerre.
Au sud de la ville, un grand nombre de maisons de plaisance sont disséminées entre les vignes, les plantations et les bosquets ; delà et jusqu’à Ronde-Bosch , Wynberg et Constance, le pays est vraiment charmant, et ressemble aux contrées les mieux cultivées de l’Europe.
Ce qu’on appelle la péninsule du Cap comprend Cape-Town, Camps-Bay, Hout-Bay et Simon’s-Town; c'est une chaîne irrégulière de montagnes qui commenceà celle du Lion et se termine à la pointe du Cap proprement dit , le Cabo tormentoso de B. Diaz. — Le Cap jouit d’un climat non-seulement agréable, mais aussi très-salubre; situé dans l’hémisphère méridional , il a les saisons opposées à celles de l’Europe. Décembre et janvier sont les mois les plus chauds ; juin et juillet les plus froids; le soleil échauffe et dessèche le revers septentrional des montagnes, tandis que le côté opposé offre une belle verdure et une végétation vigoureuse. L’aspect du ciel austral diffère naturellement de celui du ciel boréal; la constellation de la Grande-Ourse n’est pas visible au Cap; en revanche, on y voit des étoiles et des constellations remarquablement belles, telles que Canopus , Achernar, l’a et 6 du Centaure et la Croix du Sud, invisibles aux Européens. Les saisons les plus belles sont l’hiver et le printemps ; en été et en automne, la sécheresse est à peu près constante ; et le long de la côte, la verdure disparaît presque totalement. Dans les districts éloignés de la mer, la saison humide commence dans les mois d’été; la pluie tombe alors par averses, accompagnées fréquemment d'éclairs et de tonnerre. La ville du Cap est sujetteà des ouragans, et les tremblements de terre s’y font sentir de temps en temps.
La température varie dans les diverses parties du district. Au Cap, la plus grande chaleur que M. Burchell ait observée était de 38° 8' du thermomètre centigrade, à l’ombre; mais, en général, dans la saison chaude , le thermomètre marque de 27° à 32°. En hiver il descend rarement au-dessous de 1 0° ; cependant, il gèle quelquefois en haut de la montagne de la Table , et pendant quelques jours les hauteurs de Stellenbosch et de Hottentotsch-Holland se couvrent de neige. Coudeveld, plateau des montagnes Neigeuses, passe pour le pays le plus froid dans toute la colonie. La neige y tombe souventà la hauteurd’uu pied, et séjourne deux à trois jours.
La plupart denos maladies sont inconnues au Cap; la petite vérole n’y règne que quand elle est apportée par des étrangers; mais alors elle fait de terribles ravages. Lorsqu’elle vient à se manifester, chacun court se réfugier dans les montagnes, et la ville du Cap est déserte. Les maladies les plus ordinaires sont-la consomption, l’hydropisie et l’apoplexie ; et ce n’est pas tant au climat qu’il faut les attribuer qu’à l’imprudence ou à l'intempérance. Rarement on atteint au Cap un âge avancé; Jong n’y vit que deux femmes octogénaires (1).
Jong remarque d’abord que le mélange des individus de diverses nations qui vinrent s'établir successivement au Cap a dû produire une influence marquée sur le caractère de leurs descendants. Le sang nègre se trouve quelquefois mélé dans celui des familles les plus anciennes et les plus distinguées. Cependant, il o’y a rien dans les traits des habitants du Cap qui puisse les faire remarquer. En général , ils sont assez heureusement constitués. La constitution de ceux qui habitent la ville est moins robuste que celle des campagnards; mais ils sont naturellement plus policés.
On voyage à cheval, ou dans des chariots attelés de chevaux ou de bœufs; il il y a aujourd’hui des voitures publiques qui vont du Cap dans les districts plus éloignés. Une poste aux lettres transporte les dépêches aux diverses localités de la colonie. Faute d’auberges, le voyageur n’a d’autres gîtes que les fermes,
(i) Cornélius de Jong, Reisen, 1. 1, p. 119.
si on veut l’y recevoir ; la plupart des voyageurs emportent dans leurs chariots leurs provisions et leur lit.
Stellenbosch. Cedistrictdoitson nom à la petite ville de Stellenbosch , à huit lieues environ de la ville du Cap, située à 33° 35’ tatit. australe et 18° 2? longit. orientale (de Greenwich.) Stellenbosch (bois de Stetl) est une des villes les plus anciennes de la colonie; elle fut fondée en 1670, par le gouverneur Van der Stell, dans une contrée sauvage que les Hollandais avaientappelé Wild-Bosch (Bois sauvage ). Cette contrée, presque entièrement couverte de ronces et de buissons, paraissait avoir été abandonnée par les Hottentots mêmes, et comme livrée aux bêtes féroces. Mais dès qu'elle fut défrichée, Steilenl>osch devint bientôt la rivale du Cap par ses édifices , ses champs de blé, ses vignobles et ses jardins. Les rues de la ville de Stellenbosch sont régulières, et se coupent, comme celles de Cape-Town, à angle droit. Les maisons sont propres et d’assez belle apparence; une grande partie en fut détruite en 1803 par un incendie, mais cette perte fut bientôt réparée. L’église, qui se trouve à l’extrémité de la ville, fut construite en 1722. Tout à côtéde l’église se trouve le drostdy (palais du landdrost ), édifice grand et commode; derrière cet édifice passe la rivière de Stellenbosch ou Kerste Rivier ( Première rivière). La ville , à cause de sa proximité du Cap, reçoit sans cesse de nouveaux accroissements.
Le district de Stellenbosch comprend la Hollande-Hottentote ( Hottentosch- Holland ), pays qui a tiré son nom , non pas d’une ressemblance avec la Hollande d’Europe, mais de ce qu’étant fertile en pâturages et bien arrosé, il avait paru le plus propre à nourrir les bestiaux de la compagnie hollandaise. En revenant de Cape-Town et après avoir traversé Roodebloem et le Salt-River, on arrive d’abord aux dunes ou isthme sablonneux du Cap ( Kaapsche-Duinen), puis à la Hollande-Hottentotedont les montagnes bordent la False-Bay. Ces montagnes, parmi lesquelles on remarque celle de Hang lip( Lèvre pendante), dominentla montagne de la Table; elles sont couvertes, comme celle-ci , d’une nuée blanche , pendant toute la durée des vents
L’UNIVERS
sud-est. Au centre est celle qui a reçu le nom de Schaapenberg ( montagne des Brebis ) , de l’abondance des pâturages et des troupeaux qu’elle nourrit. Du sommet de cette montagne on a la plus belle vue du monde.
Le gouverneur Van der Stell tirait un immense profit des vastes campagnes, des vignobles et des jardins qu’il possédait dans ce district. Le nombre de ses bœufs s’élevait à plus de douze cents, et celui des moutons à plusde vingt mille.
Ce gouverneur, qui rut révoqué, s'était mis en possession d’une étendue de plus de trente lieues de pays, à l’est, ou il faisait multiplier ces légions d’animaux. Entre plusieurs somptueux édifices qu’il avait élevés dans ce district, il avait construit un superbe château que la compagnie l’obligea à démolir à ses propres Frais, après avoir confisqué la plus grande partie de ses biens (1).
Le district de Stellenbosch comprend, outre la Hollande-Uotteutote, les anciens établissements de Draakenstein,de Moddergat et de Bottelary.
Caledon. Ce district a fait partie de celui de Zwellendam jusqu’en 1810, époque où le comte de Caledon, alors gouverneur du Cap, fonda la ville qui porte son nom. Elle est située à 34° 28' latit. australe, sur le Bath-River, branche du Kleene-River (Petite- Rivière ) , qui se jette dans la mer, près du cap Bluff. La ville de Caledon, qui a pris un rapide accroissement, se trouve dans le voisinage des célébrés eaux thermales de Zwartberg, auprès desquelles le docteur Hœsseneravait fondé, en 1797, un établissement sanitaire. Ces eaux, qui jaillissent de plusieurs sources , marquent 47“ 77' au thcrm. centigrade. Elles déposent une matière jaune, d’ocre, indice de la présence du fer. On ne les a pas encore analysées. M . Burchell a remarqué que la plupart des eaux qui sortent des Zwartberg ( montagnes Noires) sont thermo-minérales (2).
Tulbagh ou Tulbach ( Worcester ).
(i)Kolbe, qui rapporte ces détails, avait longtemps résidé , en qualité de secrétaire des colonies , dans les districts de Stellenbosch et Draakeusleiu.
(a) Les voyageurs ont signalé l’existence d’eaux thermales dans la vallée de l’OIifanl’s- Rivier occidental, dans le paysde Kamuasi, près de rolifant’s-Rivier oriental , dans la contrée
La petite ville de Tulbagh , chef-lieu de ce district ( 38° 16' lat. austr. , 19“ 3' long, orient., Greenwich), doit son nom au gouverneur hollandais Tulbach, qui mourut au Cap en 1772 (1). Il est situe à l’extrémité nord delà vallée de Roodezand ( Sable rouge ), dans un pays trèsbeau et bien choisi. La vallée ae Roodezand, qui formait l’ancien district de Waveren, est traversée par le Breede-Rivier( Rivière large), qui est un des principaux fleuves de la colonie et se jette dans la baie de Saint-Sébastien. Tulbagh est situé sur la grande route du nordest; mais il n’est accessible que du côté sud. Le nombre de ses habitants a augmenté en assez faible proportion, comparativement aux autres villes ou villages de la colonie. Il y a environ une centaine de maisons qui sont blanchies à la chaux et couvertes de chaume, dans le goût des villages de la Hollande. Les rues sont larges, et bordées de chênes et de pins. La résidence du landdrost est à peu de distance de Tulbagh. Le sol est fertile etsuffîsamment pourvu d’eau. Les montagnes environnantes sont le Roodezands-Kloof, le Winter-Hoek, le Mosterts-Hoek et le Oud-Kloof (Vieux défilé ). La fondation de la ville de Tulbagh, érigée en chef-lieu de district, date de 1804.
ClanwiUiam. Ce chef-lieu ( 32“ 9' lat. austr., et 18“ 56' long, orient. G.) fut fondé en 1814, sur les bords du Distel-Rivier (Zee-Koe-Rivier), un des affluents de l’OIifant’s-Rivier. Indépen-
des grands Namaquas, aux environs de Graff- Keynett, d’Uitcnhage, etc. Voyez F. Krauss, Uberdie Quellen des sûd/iclien A frika, dans les Ann. de minéralogie deLeonhardt.ann. 1843.
Ces eaux ne paraissent pas nuire à la végétation ; car on y trouve différentes espèces de Lobéliacées, de Restiacées et de Géraniées (/tertio verticillatus, Pélargonium grossutaroides, Athanasia tri/urca, Clifforna odorata).
(i) C’était un des hommes les plusrespectes de son temps. Il avait gouverné la colonie pendant cinquante ans et s’était hit aimer de tout le monde. C’était ce même gouverneur dont Bernardin de Saint-Pierre (Voyage à l’ile de France, au Cap, etc. ) a fait un portrait si louchant , et qui a fait construire l’observatoire de l’abbé La Caille. C’était uu vieillard de quatre-vingts ans, quand Bernardin de Saint- Pierre l’a vu au Cap.
AFRIQUE AUSTRALE: Il
damment de la demeure et des bureaux le sépare du district de Stellenbosch. du landdrost, le village de Clanwilliam Zwellendam fournit peu de bétail, et consiste en une douzaine de maisons moins encore de moutons & la ville du très-propres, rangées sur deux rues; en Cap; mais il y envoie vendre un grand 1838 il comptait deux cents habitants, nombre de chevaux. Les revenus des La situation de Clanwilliam , dans une fermiers proviennent du bois de consvallée sablonneuse à l’abri des monts truction qu’ils exploitent, de la vente de du Cèdre, est très-chaude. Les oranges leurs grains, beurre, savon et fruits secs, etd'autres fruits y sont excellents; mais A peu de distance delà, dans la vallée que il n’v a pas de débouchés suffisants. La parcourt la rivière Zonderend, est situé rivière des Éléphants (Olifant’s-Rivier), un établissement de missionnaires, fondé qui est la principale, ne peut être re- en 1800 par les frères moraves. Le nom montée, même par de petits bAtiments, de Baviaans-Kloof qu’il portait autreet la baie Lambert, le lieu de débarque- fois a été changé en Celui de Gnadendal ment le plus proche du drostdy, est trop (vallée de Grâce), ouverte et exposée aux coups de vent George. Cette petite ville (83° 47' lat. du nord-ouest. austf., et 22°43'iong. or. G.), chef-lieu
Le district de Clanwilliam forme la d’un des districts de l’est, fut fondée en frontière nord-ouest delà colonie. Il 1812. En 1820 elle n’avait encore qu’une est aussi étendu que mal déüni. C’est centaine d’habitants. Les maisons ont par l’agrandissement de ce district que deux étages, et sont séparées l’une de l’aula colonie parait devoir reculer scs li- tre par une seule rue a laquelle se joint, mites jusqu’à la rivière d’Orange et peut- à angle droit, une autre rue récemêtre même au delà. Onder-Bokkeveld, ment terminée, où il y a l’église, le pres- Bedouw et Hantam sont les cantons les bytère et l’école. La ville reçoit l’eau par plus petits de Clanwilliam. On essaye , une petite rivière, le Zwart-Rivier, vedepuis très-peu de temps, d’y élever des nantdesinontagnesetnetarissantjamais. troupeaux nombreux de mérinos. La po- Le district de George se trouve au sud pulation totale du district de Clanwil- de la rivière des Eléphants; il coupe liam était en 1830 de huit mille quatre l’ancien pays des Outeniquas (Outenicent soixante individus, dont les deux qualand) et le Groëncland. Il a été ortiers se composaient de Hottentots (t). ganisé pendant que sir F. Cradock était Ztvellendam (2). Ce chef-lieu ( 34* lat. gouverneur du Cap. Ce district a été céaustr., et 20° 25' long. or. G.) du district lébré par les voyageurs, pour ses beautés de même nom fut fondé en 1745.11 naturelles et ses forêts inépuisables qui consiste en une rangée de maisons et en approvisionnent non-seulement la ville fermes dispersées aux environs dans un ou Lop, mais aussi une grande partie de rayon d’une lieue. Les maisons sont ha- la contrée de l’intérieur, de bois de cbarbitées par des artisans, surtout par des pente et de chauffage. Il est expédié au charrons et forgerons, et les habitations Cap, par la baie de Plettenberg et par le isolées par des laboureurs. Le district, cours du Knysna , ou transporté, par parlequel passe lagranderoute qui mène terre , à travers le grand Karrou , jusque du Cap dans l’est de la colonie, comprend au drostdy de Beaufort et autres lieux l’ancien pays des Essequas. Il se corn- dépourvus de bois (1). pose de toute la contrée comprise entre c’est dans le district de George que le Zwartberg (montagne Noire) et le Levaillant avait établi son camp, et enbord de la mer ; il a pour limites à l’o- riclii sa collection d'histoire naturelle, rient la rivière Camtoos, qui le sépare UUenhage. Ce chef-lieu de district du district de Graaff-Reynett ; à l’occi- (33» 44' lat. aust.,et25° 42' long. or. G.) dent il a pour limite la rivière Zon- fut fondé en 1804. Situe enire le Camderend (affluent de Breede-Rivier ) , qui toos-Rivier et le Zondag-Rivier, il est à
dix-huit milles du Port-Élisabeth. Il pos-
(1) Ed. Alexander , Expédition of disco-
verjr intothe interior of Africa, etc.; a vol. (1) Q. Thompson, Travels and adrrntures in-8°, London , 1 S 3 S . in the Southern Africa , etc. ;a° édition J Lon-
(a) Quelques-uns écrivent Swellendam. don, 1827, a vol. in-8°.
L’UNIVERS
sède plusieurs avantages qui ne sont pas et une bonne ration d’eau-de-vie. Au communs dans l’Afrique méridionale. Il reste, il n’y a dans la chambre qu’un est plus abondamment pourvu d’eau frai- seul livre : c’est une grande et vieille Biche et de facilités pour l’irrigation que ble, munie de fermoirs en argent. Le toute autre ville de la colonie. Le terrain souper se réduit à un seul plat. Te même des environs est fertile, le climat y est qui m’a poursuivi, dit M. Cowper Rose, doux et salubre. Les vents violents du dans tout mon voyage : c’est un mélange sud-est et les chaleurs étouffantes de abominable de tête de mouton et de l’été, si incommodes au Cap, sont à peine graisse de la queue du même animal, connus ici. Toutes les denrées y sont à Cette graisse parait constituer le fond bon marché, et leur production peut être de tous leurs plats, et les légumes même augmentée presque indéfiniment. A la y nagent; heureusement il y avait aussi vérité, Uitenhage est trop éloigné de la uu bon pain, du beurre, du lait et des mer pour devenir un port; mais, par le pêches séchées. Dans un pays aussi remoyen de bateaux à vapeur, l'embou- culé, continue le voyageur, le fermier chure du Zwart-Kop, sur les rives du- ne peutjamais s’enrichir, faute de débouquel il est situé, pourrait être rendue ac- chepour ses productions; mais il a peu cessible, et on remonterait cette rivière debesoins,et, isolé commeil est, il mène jusqu’à trois ou quatre milles de la ville, ce qu'on peut appeler une vie patriar- Cependant , malgré sa position favora- cale, c’est-à-dire qu’il élève ses propres ble, Uitenhage n’a pas fait récemment chevaux, qu’il tue ses propres moutons, des progrès aussi rapides que Graham’s et qu’il porte des culottes de peau de Town et Port-Elisabeth. (Thompson.) mouton non tannée, et sans bas. Henri Il existe dans le district d’Uitenhage le fils vit et fume précisément comme deux établissements de missionnaires faisait Henri le père ; rien ne peut trouanglais, Enon, fondéen 1818, et Bethels- hier cette vie d’apathie et d’ignorance dorp. Ces établissements ont acquis si ce n'est la perte de la graisse des beaucoupd’importance dans ces derniers queues de mouton. La maison du paysan temps. est souvent grande, et les dépendances
Le district d’Uitenhage a beaucoup sont vastes; mais tout cela présente un souffert pendant la guerre des Cafres qui aspect peu riant : en dedans il n’y a rien avaient des repaires inaccessibles daus pour la commodité; et au dehors tout les défilés des Zuurbergen ( Montagnes est nu et aride. • Pourquoi, demanda un aigres ou arides). C’est là qu’ils assassi- de mes amis à un paysan, ne plantez-vous nèrent le landdrost de Stockestroem. pas des chênes, pour avoir de la verdure — Dans ce pays où la population est et de l’ombrage autour de votre maison, clair-semée, il règne unegiandeunifor- — Je serai mort avant que les arbres mité dans les mœurs et le caractère des soient grands! — Ce serait alors pour
S ns. M. Cowper Rose (1) cite un vos enfants. — Eh bien, quemes enfants er, nommé Hendrik van den Ze- en plantent! »Etle dialogue finit là. » phyr, comme type. « A la fin de la Graqff-fteyneU ou Graaf-Reinet. Journée , dit-il , arrive le fermier, mo- Cette ville (32° 15' lat. austr., et 25° dèle du flegme et de l’apathie hollan- long. or. G-), chef-lieu de district, fut daise; le chapeau quitte aussi peu sa fondée en 1786 par le gouverneur Van tête que la pipe quitte sa bouche On den Graaff (1); son accroissement a été voit fondre ensuite dans la chambre les extrêmement rapide. En 1797 ce n’était jeunes gens avec leur meester ou précep- encore qu’un assemblage de huttes de teur. Ce meester est ordinairement un terre, élevées à d’assez grands intervalancien soldat anglais, et tient le -milieu les les unes des autres, sur deux lignes entre les maîtres et les domestiques. Il et dans la forme d’une rue. Voici comenseigne tout ce qu’il sait, et reçoit, en ment en parlait, à cette époque, Barrow, échange de son petit fonds desavoir, un alors secrétaire de la colonie : « Le vilmince salaire, une copieuse nourriture, lage n’est guère occupé que par des ouvriers ou par des personnes qui exercent
(i) Four ycars in Southern Africa s vol.
in-8»; London, 1809. (1) Ily ajouta lenomdesafemmeReynett
AFRIQUE
quelques petits emplois sous le landdrost. Il a l'air plus misérable que le
Elus chétif village d’Angleterre. Les traitants n’ont ni vin ni bière , et ne boivent que l’eau de la rivière de Zondag, qui dans l’été est fortement imprégnée de sel. Il sera difficile de deviner quels sont les motifs qui ont fait choisir ce misérable emplacement pour y fixer la résidencedu landdrost. Ils ne pouvaient provenir ni des avantages ni des commodités et douceurs de Ta vie que ce lieu aurait pu offrir; peut-être avait-on consulté le bien-être des colons, parce que cette situation est à peu près au centre des établissements; cependant, il me paraît plus probable que des motifs d’intérêt, le défaut de jugement ou quelque esprit de contradiction , auront fait assigner pour chef-lieu de canton un endroit aussi désavantageux, aussi retiré et aussi sauvage (I). »
Le district de Graaff-Reynett fut peuplé par des aventuriers européens, a qui le gouvernement hollandais avait distribué trop facilement des terres; ils y apportèrent leurs vices et leur turbulence ; aussi ce district fut-il le plus mutin de toute la colonie. Voilà ce qui détermina le gouvernement à y fonaer un village, avec un magistrat pour contenir les habitants; mais les premiers drostes qu’on y envoya ne furent pas choisis avec assez de discernement, et eurent peu d'influence sur la conduite de leurs subordonnés. Lorsque la révolution française eut changé aussi le gouvernement batave, il se forma dans la colonie un parti de patriotes, et une insurrection éclata, en 1794, dans le district de Graaff-Reynett; le landdrost iMeinier, qui s’était fait détester, fut obligé de ^enfuir, et Graaff-Reynett devintlesiége d’une autorité populaire, dont les procèsverbaux se trouvent encore aux archives du drosty, et sont, dit-on, fort curieux. L’Insurrection avait déjà gagné les districts voisins, lorsque les Anglais débarquèrent et exigèrent le serment de fidélité : on le refusa dans le district de
(i) Harrow, An accounl of travels inlo the interior of the Southern Africa , in the years 1797 et 1 798 ; 2 vol. in- 4°, Londres. Cf. Walckenaer , Collection des voyages en Afrique, t. XVII, p. 95.
Graaff-Reynett; mais un détachement de troupes eut bientôt dispersé les mutins. Le gouverneur lord Macartney fit réinstaller par Barrow, son secrétaire, le même Meinier, qui s’était rendu odieux par son caractère dur et inflexible, et caserner un corps de Hottentots récemment organisé pour contenir les colons. Rien n’était plus humiliant pour ceux-ci que d’être gardés par leurs anciens bouviersdevenus soldats au service d’Angleterre. En 1798 ils s'insurgèrent de nouveau ; les troupes tirèrent des casernes sur les maisons où se rassemblaient les rebelles; quelques-uns s’enfuirent, d’autres furent saisis et conduits à la ville dirCap, où on leur fit le procès. Les Anglais envoyèrent un autre droste, et abandonnèrent du reste le district à son sort. Lorsqu’après la restitution de la colonie aux Hollandais , par suite du traité d’Amiens, le général Janssens vint visiter Graaff-Reynett, il le trouva dans l’état le plus déplorable. Beaucoup de familles avaient émigré ; la moitié des fermes étaient abandonnées et en ruine par suite des invasions des Cafres. Les possesseurs des autres, obligés sans cesse de faire tête aux Boschjesmans, étaient à peine capables de payer leurs impôts ; les caisses du district étaientvides, les édifices publics délabrés, et les charges de l’État remplies par des hommes ignorants ou faibles; bref, toute la population était démoralisée (1). — Le gouverneur essaya de porter remède à tant de maux, lorsqu’il fut rappelé, après que la colonie eut été reprise par les Anglais. Telles sont les premières pages de l'histoire politique de Graaff-Reynett, qui est aujourd'hui un poste de la plus haute importance ; car c’est par là que la colonie s'agrandira en reculant ses limites vers le nord-est, comme Clanwilliam est le point de repère pour son agrandissement vers le nord-ouest.
En 1804 Graaff-Reynett ne comptait encore que quinze à vingt maisons; en 1812 il y en eut soixante-quatorze. La population blanche du district était déjà de six mille six cent quatre-vingt-trois individus, et le nombre des Hottentots et des esclaves de huit mille trois cent
(1) Lichtenstein, Reise im sxMchen Afrika; Berlin, t8i», 3 vol. in-8°.
L’UNIVERS
trente-six. La ville, avec ses jardins et ses champs , est presque entièrement entourée par le Zondag-Rivier, et abritée de deux côtés par de hautes montagnes revêtues d’une verdure perpétuelle, grâce à la quantité de speckboom ( portulaca ria qfra ) qui en tapisse les pentes (t). Le d istrict de G raaff-Reyne 1 1 est riche en bestiaux et en grains , et sa prospérité va toujours en croissant. 11 y a de l’eau en abondance et le climat est salubre. « Ce Climat, pour sa salubrité, n’a pas, dit Barris , son pareil dans toute l’Afrique australe. On y trouve des fruits de toute espèce et en abondance (2). »
Autrefois un commerce considérable se faisait entre Graaff-Revnett (qui devait en grande partie sa prospérité au capitaine Stockenstroem ) et le Cap, par le moyen de chariots qui traversaient le grand Karrou, en hiver et au printemps, et revenaient avant que les ardeurs de l’été y eussent détruit les végétaux et tari les rivières. Les bouchers du Cap continuent à se procurer, par cette route, une grande partie de moutons et des bœufs nécessaires a la consommation de la ville et à l’approvisionnement des navires. Mais, depuis quelques années, presque toutes les marcliandisesenvoyées du marché de Graaff-Reynett, entrepôt pour l’intérieur, sont apportées par mer à la baie d’Aigoa , et de ce port a la ville par des chariots. (Thompson.)
Albany . Graham’s-Town ( Ville de Graham ), située à 33° 18' iatit- austr. et 26° 53'long. or. G-, rivale de la ville du Cap, est le chef-lieu du district Albany qui forme en partie la frontière de la Cafrerie (3). Cette ville, fondée en 1813, par le colonel Graham, et qui en 1821 n’avait encore que quatre-vingts maisons, en compte aujourd'hui plus de six cents, avec une population de plus de trois mille habitants dont la plupart sontAnglais(4).L’églisedeSaint-George,
(i) W. Burchell, Trarels in the inter ior oj Southern Africa; a vol. in-4°, London, i8a4.
(a) Harris, The wild sports of Southern Africa , etc.; t vol. in-8° London, i83y.
(3) On y publie depuis quelques années un journal ( Graham' s-Toam journal) qui donne quelquefois des renseignements intéressants sur l’état actuel de la colonie.
(4) M. K.av , Travels and researchts in Caffreria; i vol. in-8®j London, i833.
qu’on avait commencé à construire en 1820, fut achevée en 1830. On y voit un monu ment en marbre, elevé a la mémo i re du colonel Graham, qui était fort respecté dans toute la colonie. Les maisons sont construites en brique ou en pierre; les principales rues vont de l’esta l’ouest et sont croisées par d’autres à angles droits. Les jardins et les vergers qui s’y trouvent disséminés présentent, avec les collines environnantes, uncoupdœil fort pittoresque. Depuis 1830 on y a essayé la culture de la vigne, qui parait produire un vin d’une qualité supérieure (1). Le principal affluent du Kowi a ici sa source; il traverse Graham’s-Town et fournit en toute saison une eau excellente. Le climat est tempéré et très-salubre(2); entre les collines verdoyantes qui dominent la ville, s’enfoncent des ravins couverts de bois et parés de toutes sortes de fleurs qui croissent à l’ombre ; on y trouve aussi des défilés ou poorts , garnis de précipices dont les parois sont tapissées de festons de feuillage. Le soleil du soir, en pénétrant dans ces ravins et dans ces précipices, y produit des accidents de lumière d’un effet magique.
Kn revenant à la ville, on voit le bouvier hottentot ramener les bestiaux des habitants, ou une famille de fermiers dételer les bœufs de son chariot pour passer la nuit sur la pelouse auprès d'un ruisseau. Quelquefois, toute la population d’une ferme est là , serviteurs et animaux. La moisson une fois faite, le paysan est maître de son temps , et il ne dédaigne pas alors de charger son chariot de toutes ses denrées superflues pour aller au loin les échanger dans la ville contre les objets qui lui manquent. Le paysan est aussi chasseur; car ici la chasse se jointàl’agriculture pour nourrir les membres de la famille , comme dans l’enfance de la société. Aussi voiton quelquefois emballés, avec les denrées destinées au marchéde la ville, la peaudu lion , la belle peau tachetée du tigre, celle du loup, du lynx rouge, les cornes monstrueuses du buffle, dont on fait des poudrières , celles de diverses antilopes , les Oeufs et les plumes d’autruche, et les
(i) Soutli-African Almanac, [83r. (Almanach publié à la ville du Cap parM.Greig.)
(») Graham's-Town journal, april i83a.
AFRIQUE AUSTRALE. iS
tapi* grossiers, faits en peau de springbocks. Si les chariots appartiennent a des paysans qui trafiquent avec les tribus des frontières, ils apportent aussi les dents d’éléphant et d’hippopotame, des manteau* en fourrure provenant des Betjouanas et des Griquas, et les singuliers objets de parure de ces peuples , par exemple des colliers auxquels sont suspendus des dents de loup et des griffes de tigre , ou bien des objets mystérieux en bois ou en argile, auxquels on attribue des vertus magiques ; des bracelets en cuivre, qui sont quelquefois ingénieusement travaillés , de gros anneaux en ivoire , et des coiffures de femme , consistant en peau de bouc bleu couverte de verroterie, selon divers dessins. On
J' trouve encore les hassegaies cafres , avelots légers d’environ (feux mètres, et munis de pointes en fer; au-dessus de ces pointes , quelques armes de cette espèce ont de part et d’autre de doubles crocs, dont les uns sont dirigés en haut et les autres en bas, et qui ont pour but de rendre la plaie plus dangereuse, soit que l'arme y pénètre, soitquyon la retire, raffinement cruel qui s’exécute pourtant par des procédés grossiers; un quartier de roche sert d’enclume; une pierre tient lieu de marteau; et quelque vieux canon de ftisil et d'autre ferraille fournissent le fer. Quelquefois on aperçoit aussi, parmi ces armes, des haches de guerre ayant un manche encorne de rhinocéros, rovenant de bordes de sauvages trèsloignés , et l’arme si redoutable du faible Boschiesman , la flèche empoisonnée.
D’autres fois arrivent les chariots de missionnaires , traînant à leur suite des indigènes à qui on fait voir le pays que les Européens leur ont enlevé , et ou l’on déploie les arts delà civilisation aux yeux étonnés des sauvages.
Le tableau du mouvement commercial des fermiers d’Albauy est également vrai pour les autres districtslimitrophes.
La population du district d’Albany s’élève actuellement à environ sept mille habitants, dont seize cents noirs affranchis. C’est ce district qui a eu le plus à souffrir dans la guerre des Cafres. Cette guerre remplie de drames sanglants a eu pour cause la délimitation des propriétés coloniales. En 1810 la grande rivière des Poissons (Groote-Viscli-Rivier)
fut proclamée la limite orientale de la colonie. Dix ans après, Gaïka ou Chaka, chef des Cafres, lut obligé d’évacuer le riche terrain situé entre cette rivière et le Keiskamma. Gaïka et ses sujets en conçurent un vif ressentiment qui ne tarda pas à se traduire par des représailles sanglantes. — Si les Cafres, au lieu de se diviser continuellement, unissaient leurs forces pour attaquer les colons dispersés dans le district d’Albany, les halliers dont le pays est parsemé, et la grande étendue de la frontière, rendraient la défense très-difficile ; heureusement la jalousie et la haiue mutuelle entre les tribus empêchent une coalition générale, et, dans cet état de choses, elles se bornent à des larcins dont l’amour est souvent le motif. En effet , un Cafre sait qu’il ne peut avoir la jeune fille qu’il aime qu’en rachetant au beaupère en bestiaux; s'il n’en a pas, il sait que les hommes blancs en ont; il réunit quelques amis, à qui il promet de rendre le même service dunsi’occasion ; ils vont se mettre en embuscade daus quelque hallier au haut d’uDe colline a’où ils peuvent apercevoir le troupeau d’un coton; quand ils voient que les bouviers s’éloignent, ouqu’üsne sont pas en force pour résister , ils se glissent tout doucement dans le pâturage, quelquefois en rampant sous les buissons , et voilà les bestiaux enlevés. La première nouvelle que reçoit Je fermier du vol de son troupeau , c'est en voyant les Hottentots qui devaient le garder garrottés et attachés aux arbres. Les Cafres s’enfuient avec leur butin à travers les ravins et les buissons, en sorte qu’il est difficile de suivre leurs traces et de les atteindre; puis, passant à gué le Visch- Rivier, ils sont bientôt dans leur pays, où, moyennant la cession d’une partie de leur proie, ils gagnent la protection du chef. Quand les Anglais viennent se plaindre, ce dernier témoigne de l’indignation du vol qui a été commis, déclare que sa tribu ne s’en est pas rendue coupable, et promet, neanmoins, de faire des recherches; si le fait est trop patent, et qu’il découvre les voleurs , il promet de Tes punir sévèrement, et rend le bétail.
Tarka. Ce district, que mentionne Burchell ( Travels in the iulerior oj
IC L’UNIVERS
Southern Africa, vol. Il, p. 581), sans en donner aucun détail, a été incorporé dans les districts (Somerset, Cradock) de l’est, qui touchent aux frontières de la Caf rerie.
Telle était la division politique de la colonie du Cap en 1820. Elle a été successivement modifiée, soit pour faciliter les communications et le service administratif, soit par suite de l’extension incessante des frontières au nord-est et au nord-ouest. Le gouvernement a créé des districts ou sous-districts nouveaux, tels que ceux de Beaufort, de Cradock et de Somerset. La fondation de Beaufort date de 1822; sur son emplacement se tenait autrefois une foire pour l’avantage mutuel des colons et des tribus sauvages qui vivaient au delà des limites de la colonie. La foire de Beaufort dépendait alors de Graaff-Reynett et était principalement fréquentée par les Griquas. Ils y apportaient des dents d’éléphants, du sel, des peaux de toutes sortes d'animaux , du froment , du miel et divers objets de curiosité. Cradock, situé dans le voisinage du Groote-Visch- Rivier, ne contenait en 1823 qu’une vingtaine de maisons. Quoique le pays offre un aspect aride et désert, il est riche en troupeaux de moutons et de bœufs; et, parle moyen de l’irrigation , il produit plus de grain que sa consommation n’exige. — En 1825 le gouvernement forma le nouveau district de Somerset. I.a ferme de Somerset fut le noyau d'une ville qui compte peut-être aujourd’hui trois mille habitants. Les maisons sont bâties au pied du Bosch- Berg, qui présente ici plus de mille mètres d’élévation. Le district de Somerset est limité au sud par une ligne imaginaire, tirée du Zondng-Rivier presque au point de jonction du Soso avec le Konap; à l’est, parle Konap et le Winterberg; au nord, par la rivière d’Orange, età l'ouest, par leZondag-Rivier.Sa population était en 1832 de dix mille cent soixante et un habitants. Au norddeSomerseton trouve plusieurs sources minérales sulfureuses (1). Il existe à Somerset un établissement de missionnaires wesleyens.
Dans tous ces districts de la frontière,
(i)Kay, Travels and researchesin Cafraria, etc.; London, i833.
sauf celui d’Albany, les fermes sont généralement de six mille acres. Cette grande étendue est regardée comme la plus convenable ; mais elles ne sont , pour la plupart, destinées qua l’élève des bestiaux; car, sur toute leur surface , il est rare qu’il y ait plus de deux ou trois acres propres à la culture; uand même une plus grande quantité e terrain pourrait être arrosée, l’éloinement considérable d’un marché et incertitude des débouchés ne laisseraient guère de chances de profita l’augmentation de la culture du blé. Les fermiers se contentent d’en récolter assez pour leur usage, ou pour des échanges avec leurs voisins qui n’ont pas le moyen d’en tirer de leurs fonds.
Chaque district est administré par un drost ou landdrost. Il est divisé en deux ou plusieurs sous-districts, dont chacun a pour préposé un veldcornet.
En raison des changements qu’amènent sans cesse les relations du gouvernement avec les colons et les chefs de tribus sauvages , il est impossible d’indiquer les limites et la population exactes de chaque district ou sous-district. Cette circonscription politique, qui date du régime hollandais, a été singulièrement élargie dans un espace de trente à quarante ans, et se modifie tous les jours. C’est ce qui se comprendra facilement quand on saura que dans moins de cent cinquante ans la colonie du Cap a non pas doublé , mais centuplé pour le moins (1). Peut-être au moment où nous écrivons a-t-elle déjà pour limite, au nord , la grande rivière d'Orange. Elle serait alors comprise entre les 29° et 34° 55’ latitude australe, et les 18° et 27° longitude orientale de Greenwich. Un fait intéressant à constater, c’est qu’on entreprend de civiliser le continent d'Afrique, précisément par ses deux extrémités opposées :
au nord, par la France, et au sud, par l’Angleterre.
(i) Il suffit , pour s’en convaincre, de jeter un coup d’oeil sur la carte de l'ouvrage de M. Kay ( Travels and researches in Cafraria, London, i833), où se trouvent indiquées les limites successives de la colonie du Cap depuis i85g jusqu’en i8»5.