IV. NOTICES ZOOLOGIQUES ET BOTANI- QUES SUB LE CAP ET LES PAYS EN
VIBONNANTS.
Peu de pays ont été autant explorés par les naturalistes que la colonie du Cap.
N ous n’avons pas la prétention de don-
ner ici la faune et la flore complètes de
l’Afrique australe; nous nous bornerons seulement à tracer les caractères les plus saillants et qui ont le plus attiré l’atten^ < tion des voyageurs, tant anciens que modernes.
Il y a des pavs qui se distinguent des autres non-seulement par leur configuration et Ipur constitution géologique, mais encore par les animaux qui les habitent et par les végétaux qui y croi-sent. I.a Nouvelle-Hollande et les contrées de l’Afrique australe en sont des exemples frappants. Une observation non moins remarquable, c’est que plusieurs espèces d’animaux, le rhinocéros, l’hippopotame, l’hyène (crocottas des anciens), qui peuplaient autrefois l’Égypte et l'Éthiopie, se retrouvent aujourd'hui, en grande partie, relégués aux environs du cap de Bonne-Espérance. Les animaux du nord de l'Afrique et du Sénégal sont-ils spécifiquement différents de ceux du Cap? Cette question a été posée à l’égard de l'hippopotame, de la girafe, du zorilte, du caracal, de diverses antilopes, etc.; mais elle n’a pas encore reçu une solution définitive. Il est évidentqu'il y a ici unè grande difficulté, non pour telle ou telle espèce en particulier, mais pour un ordre très-général.
Elle s’étend à la presque totalité des types que l’on retrouve à la fois, d’une part, au cap de Bonne- Espérance, de l’autre, au Sénégal ou dans le nord de l’Afrique, ou à la fois dans ces deux contrées, fort semblables l’une à l’autre par leur création zoologique. M. Isidore GeoffroySaint-Hilaire, comparant entre eux les animaux des régions extrêmes du continent africain, est arrivé au résultat suivant : « I,es mêmes types, à peu d’exceptions près, se trouvent dans l’une et dans l’autre, mais modifies très-notablement, et même modifiés de telle sorte, que les différences observées sont généralement à la fois inférieures en valeur à celles par lesquelles les zoologistes caractérisent ordinairement les espèces, et supérieures à celles qu’ils sont habitués a remontrer entre les variétés (I). »
Éléphant, ajricain ( Elephas a/ricanus ). On croyait autrefois qu’il n’exis-
(i) Compta rendus de t Académie des sciences , 5 octobre 1846.
tait qu’une seule espèce d’éléphant; mais Camper, Blumeubach et Cuvier démontrèrent que l’éléphant d’Afrique, u’on rencontre aux environs du Cap , iffère essentiellement de celui des Indes, par la structure, le nombre des plaques des dents molaires, parles os du crâne, ceux de la face et ceux du squelette entier. Ainsi, l’espèce des Indes a la tête longue et le front plat ou même concave, tandis que celle d’Afrique a la tête ronde et le front convexe; la première a les plaques de ses dents molai res en forme de rubans ondoyants et festonnés ; la seconde a ces mêmes plaques en losanges; celle-ci a ses défeuses plus grandes, ses oreilles plus larges que la première, etc. La détermination des caractères spécifiques de l'éléphant africain a fait disparaître toute incertitude à l’égard de certains ossements fossiles.
Hippopotame ( Hippopotamus amphibius). On ne connaît qu'une seule espèce vivante de ce pachyderme, bien cju'on en connaisse déjà plusieurs espèces fossiles. L’hippopotame, que les colons hollandais du Cap appellent zeekoe (vache marine), et les Cafres imfoubou, habite les rivières et les lacs de l’intérieur. Sa taille est d’un mètre et demi jusu’aux épaules, et sa longueur d’environ eux métrés etdemi. Son corps est lourd, porté sur des jambes très-courtes, terminées par quatre orteils. L’œil est trèspetit, placé sur une éminence : incisives supérieures et canines extrêmement développées ; peau rude, dure, tres-épaisse, brune et dépourvue de poils.
Rhinocéros bicorne du Cap ( Rhinocéros africanus ). Caractères : six pieds de hautjusqu’auxépaules, et plus de treize pieds de longueur. Pieds courts, minces, et garni chacun de trois orteils. Yeux petits et latéraux; mufle armé de deux cornes. Peau nue , épaisse , rugueuse , d’un brun foncé. 11 est très-commun au nordest de la colonie. — Le rhinocéros bicorne du Cap se distingue essentiellement du rhinocéros des autres pays : il n’a que des molaires et point d’incisives ; tandis que 1e rhinocéros unicorne des Indes a des incisives séparées des molaires par un espace vide. Le rhinocéros de Sumatra parait former une espèce intermédiaire entre les deux précédentes ; car elle a deux cornes comme le rhinocéros
du Cap, et elle a des incisives comme celui des Indes.
Le Rhinocéros blanc ( Rhinocéros sinusus ), qu’on rencontre également aux environs du Cap, ne parait être qu'une variété de l’espece précédente (1).
Quagga (Equus Quagga). Le Quagga ouQouggaa les allures du cheval. Il habite, en immenses troupeaux , les plaines méridionales du Vaal-River. Caractères :
Hauteur, jusqu'aux épaules, environ un mètre et demi; longueur, près de trois mètres. Oreilles et queue semblables à celles du cheval. Crinière dressée, marquée ar des bandesalternativement brunes et lauches. Tête, cou et dos d'un brun rougeâtre, tachetés de raies foncées; ventre, jambes et queue de couleur blanche.
Le Zèbre ( Equus zébra), ou Wilde
Îtaard (cheval sauvage des colons holandais), qui vit egalement par troupeaux dans les régions montagneuses du Cap, a beaucoup de ressemblance avec le quagga; mais son port et ses allures sont plutôt ceux de râne ou du mulet.
Le zèbre de Burchell ( Equus Burchelii ) (2), ou le Bonti quagga des colons ( peechey des Betjouanas) , est une espèce intermédiaire entre le zèbre proprement dit et le quagga.
Parmi les carnassiers, on remarque les suivants, comme les plus nombreux : Lion ( Felis leo). Le roi des animaux se rencontre, aux environs du Cap, en uantité infiniment plus grande que ans l’Afrique septentrionale. Ses caractères sont connus. La couleur, qui varie du jaune au noir , dépend de l’âge de l'animal. Sa queue, d'un mètre de long, offre à l’extrémité une touffe de poils noirs. On remarque à chaque coin de la gueule une tache noire. Ses moustaches sont fortes et blanches. Ou le rencontre quelquefois en troupeaux.
Léopard ( Felis leopardus ). C’est le tigre des colons. Il a un peu moins d’un metrede haut, mesuré jusqu'aux épaules, et plus de deux mètres de longueur. Sa couleur varie, suivant les individus, depuis le jaune fauve jusqu’au rouge brun ; le corps est marque de taches noires , qui diffèrent en nombre et en grandeur,
(i) Harris, Wdd sports of Southern Africas I.oudon, i83g, p. 371.
(i) Dr. Smith, Africain zootogy.
suivant l’âge et les saisons. Sa queue a plus d’un mètre de long - les yeux sont jaunes. Il habite des fourrés épais, et ne vit point en troupeaux.
Le léopard chasseur (j Felis jubata ) est plus petit et plus rare.
Parmi les hyènes on distingue particulièrement trois espèces : 1“ Hyænn crocola; c’est l’hyène tachetée, ou le loup des colons du Cap ; c’est l’espèce la plus commune; 2“ Huæna fusca; sa couleur générale est d’un gris rougeâtre, marquée de taches et de raies brunes et noires. Cette espèce est moins répandue que la précédente; 3" Hijæna Vénal ica ; c’est le Wilde hond ou chien sauvage des colons hollandais. Cette espèce, d’une couleur jaune ocreuse, irrégulièrement tachetée de noir, est la plus petite; elle chasse en troupes nombreuses, et fait beaucoup de mal au gibier; ses pattes sont plus longues et plus grêles que chez les autres espèces.
C’est surtout dans l'ordre des ruminants qu’on rencontre les animaux les plus utiles et les moins bien connus.
La Girafe ( Camelopardalis girafa ), ou le chameau ( kameel ) des colons hollandais, est aussi commune dans l’Afrique australe qu’elle est aujourd'hui rare dans l’Afrique septentrionale. Elle vit en troupeaux de vingt à trente individus, et habite les grandes plaines de l’intérieur.
Bubulus Caffer. C’est le buffle du Cap, on le Bokolokolo des Betjouanas. Il a près de deux mètres de haut, mesuré
E’aux épaules, et quatre mètres de leur. Cou large; membres courts, vigoureux, bi- ongulés; queue d'un mètre de long, terminée par une touffe de poils noirs ; tête courte et petite en proportion du corps; yeux petits, farouches , et ombragés d’une spire d’épaisses cornes noires. Peau d'un noir bleuâtre et nue. La femelle est moins grande, et ses cornes sont disposées plus verticalement. — Le buffle au Cap habite , en grands troupeaux , les plaines et les forêts de l’intérieur.
Catoblepas Gnou ; Wilde beest (bête sauvage) des colons hollandais; Gnou desIIottentots.il a quelque res-emblance avec le buffle. Caractères : un mètre et demi de haut sur trois de longueur; tête large et carrée; yeux farouches et (iers;
oreilles courtes et pointues; stries entourant l'œil comme tes rayons d’un cercle. Au-dessous de chaque œil, une touffe de poils noirs, cachant une glande qui sécrète une humeur visqueuse. Cornes larges , contournées d’une manière niena-
ante; jambes minces et longues; queue
e cheval, blanche et atteignant le sol ; poil, brun foncé; sabot pointu, bleu foncé. Le gnou vit, en troupeaux nombreux, dans les plaines méridionales du Vaal-Rivier.
Le Catoblepas Gorgon ou le Blauw wilde beest (bête sauvage bleue) des colons hollandais, diffère du précédent par son poil plus foncé et par d’autres caractères peu saillants. Il vit également en troupeaux , et habite les plaines situées au delà de la rivière d’Orange.
Acronotus Caama; Harte beest des colons hollandais; caama des Betjouanas. C’est une espèce de daim qui se trouve en immenses troupeaux au delà de la rivière d’Orange. Il a près' de deux mètres de haut sur trois de long. Les cornes sont disposées en forme ae triangle; yeux rouges de feu; tache blanche triangulaire au-dessus dechaque cuisse et de chaque œil.» Tout l'animal, dit Harris, semble être un composé de triangles (1). »
Nous citerons encore comme approchant du genre Daim, le Boselaphus orcas, ou l’elau des colons , le Strepsiceros koudou et I* Acronotus lunata, ou le Bastard harte beest des colons; ces espèces vivent, en troupes nombreuses, dans les montagnes des Betjouanas.
L’intrépide chasseur Harris a trouvé dans le pays des Zoulas une espèce jusqu’à présent inconnue d’antilope, Aigocerus tlarrisi (sable antilope), dont il décrit ainsi les caractères : « Hauteur, jusqu'aux épaules, quatre pieds et demi ; cornes divergentes, jetées en arrière et placées immédiatement au-dessus des yeux. Tête un peu amincie vers le mufle , et comprimée latéralement ; cou large et plat; sabots noirs, obtus; poil serré et doux , de couleur noire ou brun foncé. Au-dessus de l’œil , il existe une raie blanche qui s’étend jusqu’au mufle, qui est entièrement blanc ;
(i) Wild sports in Southern Africa ; Lond. , i83ç), p. 377.
oreilles, dix pouces de long, étroites et pointues-, jambes et queue noires. I.a femelle est un peu plus petite que le môle, dont elle partage à peu près tous les traits. Cette espèce est très- rare (1). »
Les autres ruminants qui se rapprochent du genre Antilope , sont : Aigocerus equina, ou Bastard Gemsbock (chamois bâtard ides colons du Cap. On le trouve, en rares troupeaux, sur les chaînes élevées qui bordent les sources du Vaal-Rivier; Aigocerus ellivsiprtjmnus ; Oryx capensis, ou Gemsbock (chamois) des colons du Cap; il vit en troupes, principalement dans les plaines ouvertes du pays des Namauuas ; Gazeila euchore, ou Spring-boc/i (bouc sauteur) des colons du Cap, très-nombreux partout ; Gazeila atbi/rons , Blesbock des colons du Cap, ou Nunni des Betjouanas , en immenses troupeaux sur les bords du Vaal-Rivier; Gazeila pygarga, ou Bonte-Bok des colons du Cap; Antilope melampus, ou Rooye bock des colons du Cap , dans la contrée des Betjouanas; Tragetaphus sylcatica, ou Bosch-bock (bouc des buissons) des colons du Cap : il habite particulièrement les forêts des côtes; Redunca eleotragus, ou Reil-bock des colons du Cap; Redunca Lalandii, ou Rooye Rhee-bock des colons du Cap; Redunca capreolus , ou Rheebock des colons du Cap ; Oreotragus saltatrix, ou A ’lipspringer des colons du Cap; il habite par couples les rochers et les précipices : Tragulus rupeslris, ou Steenbock des colons du Cap ; Tragulus rnelanotis, ou Grysbock des colons du Cap, commun le long des côtes ; Cephalopus mergens ( Cephalopus Burchellii ), ou Duikerbock des colons du Cap : il vit solitaire le long des côtes; Cephalopus cærutea , ou Blauwbock des colons du Cap : il vit solitairement dans les forêts des côtes.
Le pays des Damaras, limitrophe de la colonie du Cap (22° et 28° latitude australe, et t-l0 et 16° longitude orientale), qui aété exploré par M. Alexander, offre encore de plus grandes richesses zoologiques. Voici la liste des mammifères que M. Alexander a rapportés de son
(i) Elle a été pour la première fois décrite dans les Transactions of zoological society, de r838 , sur l’individu tué par Harris.
expédition. Presque le quart de ses mammifères sont des espèces nouvelles ; on nous saura donc gré de les indiquer ici (1) :