‹ Afrique australe, Cap de bonne-espérance, Congo, etcChapitre 3 sur 65 · LA COLONIE DD CAP DR BONNE · texte numérisé non relu

LA COLONIE DD CAP DR BONNE

La division ia plus naturelle d’un pays est celle qui repose sur sa configuration géographique; c'est cependant celle qui est le plus rarement adoptée surtout pour les colonies.

D’apres le cours des rivières, on peut admettre , dans la constitution des montagnes, une pente occidentale, une pente orientale et une pente méridionale. Les montagnes du versant occidental , dont les chaînes s’étendent du nord au midi, sont, en commençant par le nord (pays des Namaquas), les Kooperberges ou montagnes de cuivre, les Ka miesberges, les Bokkevelds supérieur et inférieur, le Roggeveid et les terrasses ou plaines ( Karrous ) qui en dépendent.

Les rivières et fleuves du versant occidental qui se jettent à l’occident dans l’océan Atlantique , sont, du nord au midi : la grande riviere d’Orange, Roussie ou Zaud-Rivier, Zwart-linjes-Rivier, Bitter-Rivier (rivière Amère), Groene- Rivier ( rivière Verte ) et ses affluents, Zwart-doon-Rivier et Harte-Beest-Rivier, Olifant’s-Rivier (rivière des Éléphants) et ses affluents Doorn-Rivier (Zwart-Clip-Rivier), Berge-Rivier, qui se jette dans la baie de Sainte-Hélène, et ses affluents ( Matjes-Rivier et Zout- Rivier), et le Diep-Rivier qui se jette dans la baie de la Table.

Les chaînes de la pente méridionale qui s'étendent de l’occident à l’orient sont le Warm-Bokkeveld , le Middel et le Klein-Roggeveld , le Nieuwveld la terrasse du grand Karrou, le Zwarte berg et les Sneeuwberges ( montagnes Neigeuses ). Les rivières de ce versant, qui se jettent au midi dans le grand Océan austral, sont, en commençant par la péninsule du Cap : Eerste- Rivier (première rivière), Steenbrass-Rivier, Palmiet-Rivier, qui se jettent dans la False-Bay ; Bot-Rivier, Onrust-Rivier, Kleine-Rivier, Breede-Rivier avec ses nombreux affluents (Zout-Rivier, Karnemelk-Rivier, Slang-Rivier, Buffeliagts-Rivier, Klip-Rivier, Keurboom- Rtvier, Leewen-Rivier, Zonder-ende- Rivier, Hex-Rivier, Bussinka-Rivier),

Duyvenhoks-Rivier et ses affluents (Kronibeks-Rivier, Doorn Rivier), Kafferkuils Rivier et ses affluents (Zœtmelk’s-Rivier, Vette-Rivier), qui se jettent dans la baie de Saint-Sébastien; Gaurits-Rivier (t) et ses nombreux affluents (Drooge-Rivier, Nouqua-Rivier, Tsunice-Kamina, Touw-Rivii-r, Buffalo- Rivier, Gamka ou Leewen-Rivier, Rhinoceros-Rivier, Olifant’s Rivier (2), Kat- Rivier, Zwart-Rivier), Geelbecks-Rivier, Kleine et Groote-Brakke-Rivier, Else-Rivier, qui sejettent dans Mossel-Bay ; Schaapkops-Rivier, Gowkamma, Keurboom-Rivier, Koukamma , Karreeka- Rivier, Sehiphout-Rivier, Taurau-Rivier, Varkiés Rivier, Kraus-Rivier,Zwellendam-Rivier, Hooren-Ririer, Dol-Rivier,Storin-Rivier, Elands-Rivier,qui se jette dans la baie de Plettenberg; Zita- Kamma, Slang-Rivier, Zeekœ-Rivier, Kabeljau-Rivier, Groote-Rivier ouCamtoos-Rivier et ses affluents ( Karreeka- Rivier, Hottentots-Rivier, Zoutwater ou Salt-Rivier ), qui se jettent dans la baie de Camtoos ou de Saint- François ; Kuka Rivier, Nukokamma ou Zondag-Rivier et ses affluents (Kleine- Zoudag-Rivier, Witte-Rivier, Kleine et Groote Riet-Rivier, Platte-Rivier, Karnemelk-Rivier, Bull-Rivier, Camdebo- Rivier),Graauwe-W ater-Rivier,qui sejettent dans la haie d'Algoa ; Boschjesmans- Rivier, Karreeka-Rivier, Kowi-Rivier, Kassuka-Rivier, Kleine-Mond-Rivier, Groote-Visch-Rivier (grande rivière des Poissons) et ses affluents (3) (Bavians-Rivier, Kromme- Rivier, Riet- Rivier, Tarka-Rivier, Doornboom-Rivier, Brakke-Rivier), Beka-Rivier, Keiskamma. Ce dernier fleuve qui porte le nom de Rivière de Saint-Christophe (Rio Almiscar des Portugais), forme la limite orientale de la colonie, et ia sépare de la Cafrerie.

La plupart de ces rivières ne sont que des torrents de montagnes qui se dessèchent pendant les fortes chaleurs, et se gonflent quelquefois prodigieusement

(i) Rio-Formoso des premiers navigateurs portugais.

(a) Il faut distinguer cette rivière d’une autre de même nom , qui se jette à l’ouest , dans l’océan Atlantique.

(3) Rio-Infante des navigateurs portugais.

2e Livraison. (Afrique Australe.) . ?

pendant la saison des pluies. Nous ne «irons ici une mention spéciale que du fleuve ou rivière d'Orange (I), que Burchell considère comme le plus beau, sinon le plus grand fleuve de l’Afrique. Ce fleuve, qui jouera un rôle important dans les destinées de la colonie, parcourt de l’est à l'ouest des régions encore peu connues. Tous les voyageurs se sont extasiés sur la beauté de* ce fleuve magnifique, bordéd’urbres verdoyants, parmi lesquels on remarque une espèce de saule pleureur, Salix gariepina , B., jusqu’à son embouchure près du cap Voltas. Ses principaux affluents sont le Nu-Gariep ou rivière Noire, le Ky-Gariep ou rivière Jaune ( l'aal-Hivier des Hottentots de Klaarwater) et le Maap-Gariep ou rivière Vaseuse; leur cours n’a pas encore été examiné avec une précision suffisante. Hs se réunissent pour former le Gariep , à peu près à la hauteur de Campbells-dorp. Le Maap-Gariep est moins large que la rivière Jaune; mais il est plus profond, et il présente beaucoup de sinuosités. Les indigènes assurent qu’il reçoit plus haut une rivière considérable, et que le Maap ainsi que le Nu-Ganep viennent d’un pays treséloigné. Le premier, dans la partie de son cours qui est entre le Karupuy et le Gariep, approche beaucoup du K.y-Gariep ou probablement d'un des ailluents de la rivière d’Orange. Les affluents du Gariep ont été l’objet sppcial des recherches de M. Bure|ieU et de M. Alexander, qui a particulièrement examiné l’embouchure ne ce beau fleuve. Ce dernier voyageur trouva aux environs de l’embouchure de la rivière d’Orange de riches mines de cuivre et de fer qu’il signale aux tentatives des entrepreneurs (2). On trouve des poissons en grand nombre dans le Gariep. Après les pluies périodiques . les eaux, en se retirant, les laissent dans des mares peu profondes. Alors les indigènes les prennent avec des nattes de jonc qui leur tiennent lieu de filets. Il est à remarquer que les poissons de ce fleuve sont

(l) 11 porta quelquefois le nom hollandais de Groote-Rivier (Grande-Rivière). Les indigènes (Koranuas ) lui donnent le nom de Gariep ou Fleuve par excellence.

(a) Alexander , Expédition of discovery of the ia/erior of Africa, vol. X, p. 108.

atteints a une maladie semblable à celle dont les hommes et les animaux qui boivent de cette eau sont attaqués après ses débordements périodiques; ce fait semble prouver que le Gariep acquiert une qualité insalubre de la terre qu'il a entraînée.

A l’inverse des autres rivières, le Kottrouman ou Kruman est large à son origine et diminue à mesure qu’il avance, a cause de l’absorption causée par le soleil et par un sable chaud ; a quelues journées de sa source il se perd ans les terres et disparaît totalement.

On assure que dans la saison humide il reçoit les eaux de la Moschoua, et que dans les années où il tombe beaucoup de pluies les deux rivières réunies arrivent jusqu’au Gariep. On peut alors considérer le Kourouman comme une branche du Gariep.

Dans une grande étendue de son cours , le Gariep est accompagné , depuis Qriqua-Towu, d’une chaîne de montagnes d’une longueur de près de cinq cents milles : Thompson l’a nommée le rempart Gariépin. En se rapprochant des moutagues du due d’York , il forme une cataracte fort remarquable. Les eaux du fleuve, confinées dans un lit très-resserré , descendent à la fois par une magnifique cascade de quatre cents pieds de hauteur. Voici le tableau qu'en fait Thompson, qui a le premier visité cette cataracte, à laquelle il a donné le nom du roi George : « Je me tenais sur un rocher escarpé, presque au niveau et directement en face du milieu de la chute; les rayons du soleil l’éclairaient en plein, et produisaient un arc-en-ciel magnifique. Le nuage de vapeurs humides qui s'élevait du sem des eaux agitées, les branches d’un vert brillant qui pendaient des rocs lointains, le fracas étourdissant de la chute, le bouillonnement tumultueux, et les tourbillons du fleuve qui , en bas, s’efforçait de s’échapper par un canal étroit, profond et sombre , formaient un ensemble d’une beauté et d’une majesté telles , que je n’en avais jamais vu de semblable. Pendant que je contemplais cette scène étonnante , je croyais rever. Sa sublimité éloignait toute crainte de danger, et, après une courte pause, je quittai à la hâte le lieu où je me te-

nais, pour mieux regarder du haut d’un rocher qui dominait ie gouffre écumeux.

Je venais de m’y placer, quand je me sentis empoigné à la fois par quatre Korannas, qm me prirent par les bras et par les jambes. Ma première pensée fut qu'ils allaient me lancer dans le précipice; mais cette idée, injurieuse pour ces bons sauvages , ne fut que momentanée. Ils sont naturellement timides; ils craignaient que ma témérité ne me fit courir des dangers; ils se hâtèrent de me retirer du bord de l'ablme, m’expliquèrent leur motif, et me demandèrent pardon. Je fus très-reconnaissant de leur soin , quoique leur obligeance me contrariât un peu. Je revins à mon premier poste pour dessiner le tableau que j’avais sous les yeux ; mais il me lut impossible de rien faire de passable.

Tous les rochers et les cavernes, les bois impénétrables qui entourent cette chute, et l’aspect désolé des monts Gariépins dans le lointain , complètent le tableau, dont la majesté ne s’effacera jamais de ma mémoire. »

La rivièred’Orange(Garte/i), quoique ayant un cours étendu, est, sur latin de la saison sèche, presque fermée à son entrée; et il y a Ires-peu d’eau jusqu’à quatre ou cina milles de son embouchure.La mer se urise sur cette barre, à chaque changement de lune , parce qu’il y a à cette époque une grosse houle venant de l’ouest. On trouve quelques minéraux précieux dans cette rivière; et le capitaine Morel) recueillit quelques grains de poussière d’or à son embouchure. Malgré l’aspect stérile du rivage, à vingt-cinq milles eu dedans de la rivière , le sol est bon et le pays bien boisé. A quelques milles plus a l'est sont des plaines étendues.

Le sol y est riche et susceptible de produire tout ce qu'on veut lui couQcr. Quelques-unes des forêts renferment de très-beaux bois (I).

Comme les contrées en deçà du fleuve diffèrent entièrement, par leur végétation et par la constitution géologique du sol, des contrées situées au delà, ou peut diviser naturellement l’Afrique australe en région cisgoriépinc et en ré-

(i) N amical Magazine, jiùltr.l 1844. — Annales maritimes , octobre 1844,

gion transgariépine. Cette division, proposée primitivement par M. Burrhell, ne tardera pas à être généralement adoptée , au moins par les naturalistes.

La baie d’Algoa ( Algoa-Bay ) ressemble, par la forme et par la position, à la baie de Plettenberg et à la Mossel- Bay. Étantouverleauventdusud est, qui y souille la plus grande partie de l’année , elle u’offre pas aux vaisseaux un endroit bien sdr pour le mouillage; il est même difiiede d’y entrer lorsque d’autres vents soufflent, le sud-ouest excepté. Le seul lieu d’abordage est une petite étendue de plage sablonneuse, toui ie reste de la côte étant hérissé d’écueils. La mer se brise d’ailleurs avec tant de force, qu’il faut employer des efforts extraordinaires pour faire passer les cargaisons des chaloupes sur la terre ferme. Voila pourquoi 11 suffit , dans cette baie, d'une petite force mdilaire pour empêcher un debarquement de la part de l'ennemi. La baie est une des plus poissonneuses de toute la côte , et ou s'y peut procurer facilement toutes sortes de vivres, ainsi que du bois, du sel , du savon. Il y a d’excellents pâturages; les contrées voisines de la baie pourraient produire beaucoup de fruits et de vin. Ce qui donne une importance particulière au fort Frédéric et a la baie d'Algoa, c’est le voisinage de la frontière de la Cafrerie. — Eres de la baie d’Algoa se trouve une couche puissaule de vingt pieds de suifate mangauosoaluminique (alun naturel, dans lequel la potasse ou l'ammoniaque s*- trouve rempfacé par de l'oxyde niangaueux). Ce sel est bianc, eu cristaux fibreux, brillants , semblables à ceux gie I’asbeste, avec lequel quelques voyageurs l’ont confondu (1).

La baie d'Algoa n’est point un asile sûr pour les vaisseaux. Comme toutes les baies de cette côte, elle est directement ouverte aux vents du sud-est , qui toutefois sont moins daogereux, moins violents que ceux qui soufllent de l’ouest et du sud-ouest.

Une des principales rivières de la co-

(x) Voyez Rerzelius, Traité tle Chimie , tome lit, p. 5x3 (traduction de MM. Hoefei et Kuliuger ).

so

L’UNIVERS

Ionie, le Zondag-Rivier (rivière de Dimanche), se décharge dans la baie d'Algoa. Cette rivière a sa source dans les Sneeuwberges ( montagnes Neigeuses), près du Spitskop ou Mont-Boussole (Compasberg), qui est un des points les plus élevés de l’Afrique méridionale. La surface des pays vers le nord est au moins de cinq cents mètres élevée au-dessus de la rivière de Zondag; et la hauteur du pic au-dessus de cette surface est encore de cinq cents mètres, mesurés trigonométriquement.

Les Sneeuwberges sont, suivantM. Burchell, la région la plusélevéedelacolonie, à en juger par le Froid qui y règne et par les rivières qui en descendent de tous les côtés. Ce groupe de montagnes est composé , d’après Barrow, de couches presque horizontales de grès. Leur sommet est rarement quartzeux , ainsi qu’on l’a observé dans les grandes chaînes plus voisines du Cap , et dans le Zwarteberg; mais, comme ces dernières, leur base repose sur un schiste bleu. Le sol de Sneeuwberg est , en général, argileux et talqueux. Il est entièrement dépourvu d’arbres et d’arbrisseaux; on n’y rencontre que des touffes de grandes hérités , des bruyères et des mésembryanthèraes. Les vents violents, plus que le froid , s’opposent à la croissance des arbre s car le chêne, qui résiste en Europe aux hivers les plus rigoureux, ne peut croître dans les Sneeuwberges.

La culture des céréales y prospère; mais les récoltes sont souvent détruites par trois ennemis implacables, les Boschjesmaus , la grêle et les sauterelles. Les plaines des montagnes Neigeuses sont très-favorables a l’elève des bestiaux et surtout des moutons. Ces derniers y sont bien supérieurs à ceux des autres districts , tant pour la taille que pour la qualité- La queue de quelques moutons ne pèse pas moins de vingt livres. 11 est rare qu’un fermier possède moins de trois a quatre cents de ces animaux. Le beurre de ce pays passe pour le meilleur de la colonie; "il est très-recherché au Cap.

Le Kamtky ou Groote-Visch-Rivier (grande rivière des Poissons) (l) prend

(i) Il ne faut pas confoudre cette rivière avec une autre du même nom, mais dont le

également sa source dans les montagnes Neigeuses. Semblable à toutes les rivières d’Afrique qui se déchargent dans l’océan Austral , la grande rivière des Poissons a son embouchure barrée par un banc de sable; elle a cependant assez de violence pour tenir constamment un canal ouvert En dedans de la barre, la rivière est très-profonde et assez large. Lés Portugais la découvrirent dans leurs premiers voyages, et la nommèrent Rio-lnfante. Dans l’espoirque les vaisseaux trouveraient un abri derrière cette barrière naturelle, ils construisirent un fort sur la rive gauche et y formèrent un petit établissement provisoire, jusqu’à ce qu’ayant découvert dans le nord-est la rivière de la Goa ou d’Algoa, ils s’en promirentdes avantages plus solides, et abandonnèrent Rio- Infante. Les rives s’abaissent depuis les plaines élevées des deux côtés , par un talus insensible couvert de végétation, jusqu’au bord de l’eau. C’est là que les hippopotames vont se désaltérer la nuit; car l’eau de la rivière est salée jusqu’à une distance considérable de son embouchure. La grande rivière des Poissons formait autrefois la limite de la Cafrerie.

Au pied des monts Nieuveld , qui se prolongent à l’est jusqu’à la chaîne des montagnes Neigeuses, se trouve la source de la riviere de Camtoos ( Camtoos-Rivier) et de ses affluents. Cette rivière, larue et profonde, se jette dans la baiede Content on deCamtoos. Ses bords sont ombragés de mimosas, et visités par des bêtes féroces. Vers le Soute- Kloof, le sol est jonché de fragments d’un quartz bleuâtre, mêlés de mica.

En quelques endroits perce un schiste tendre; mais vers le fond reparaît le grès du Cap, coloré par l’oxyde de fer (1). — L’espace compris entre la rivière Camtoos et la baie d’Algoa forme unecontrée riche et belle. La surface, semblable à un jardin anglais, est agréablement ornée de bouquets d’arbres majestueux, plantés par la main de la nature ; les collines sont couvertes d'un épais gazon

tours (dans les pays des Damaras, sur la côte occidentale) est encore problématique.

(i) Latrobe , Journal of a viiit to southtrn Africa, etc.; bond., 1818, in-4°-

AFRIQUE

qui, faute de bestiaux, pourrit sur la terre et fait place aux jeunes pousses qui se développent immédiatement après les pluies.

La baie de Plettenberg présente la perspective la plus imposante, avec ses immenses rochers , son rivage hardiment dessiné et les hautes montagnes qui la dominent : « C'est, dit Semple, un paysage où sont groupés les plus sublimes accidents de la nature, et qui n’a d’autres bornes que l’Océan (1). «L'abordage est difficile , à cause de la violence des vagues, même dans les temps calmes; du reste, le mouillage est bon, mais il faut des câbles forts pour tenir les vaisseaux à l’ancre. Les colons voisins de la baie de Plettenberg, qui fournit d’excellentes huîtres, subsistent de la coupe et du sciage du bois ; ils ne tirent de leur sol, peu fertile, que ia quantité de grains et de fruits nécessaire a leur propre consommation.

A quelque distance de la baie de Plettenberg se trouve le Lange-Kloof (long déülé), formé en partie par la chaîne de Zwarteberg (montagnes Noires) , où le Gauritz a sa source. Le Gamka etd’autres torrents descendent des hauteurs du Nieuwveld et des montagnes Neigeuses; après avoir arrosé le Karrou (plaine aride) inférieur, ilscoupentle Zwarteberg en passant par des ravins resserrés, et grossissent par leur gonflement temporaire les eaux du Gauritz. Sans ces issues , le bassin du grand Karrou formerait probablement, au moins dans la saison des pluies, le fond d’un lac ou d’un marais immense. Le Gauritz pourrait donc, avec raison, se nommer l’égout général de la colonie. Toutes les eaux qui prennent leurs sources à la distance de cent cinquante milles à l’est, et à une pareille distance à l'ouest, tant sur le Karrou que sur les montagnes plus au nord, se reunissent dans une énorme crevasse située dans les montagnes les plus voisines de la mer, où elles se déchargent par le lit du Gauritz. C'est ce qui explique les inondations subites et excessives de cette rivière.

Non loin du Dwyka (Rhinoceros-Rivier), l’un des affluents du Gauritz, on

(i) Seinple’ fValks and sketches of the Cape of Good-Hope, etc.; London, i8o5, in-8°.

voit, sur les flancs de Zwarteberg, les célèbres cavernes du Cango. Elles furent découverles, en 1780, par un fermier qui chassait dans les montagnes. L’ouverture ressemble à un portail de forme irrégulière, sombre et haut d'environ sept mètres; elle est à trente-cinq mètres au-dessus du lit d’un ruisseau qui a sa source dans quelques ravins à l’est.

Thompson visita ces cavernes en 1820; c’est le premier Européen qui y ait pénétré. « Après avoir parcouru à peu près deux cents pieds dans une direction tortueuse, mais horizontale, dit Thompson , nous arrivâmes à un précipice abrupte de trente-trois pieds, que nous descendîmes à l'aide d’échelles apportées exprès. Parvenus au bas, nous nous trouvâmes dans une salle longue de six cents pieds, large de cent, et dont la hauteur variait de soixante à soixante-dix pieds. Éclairée par les torches que portaient les esclaves, elle offrait un aspect magnifique, étant ornée de stalactites brillantes; lesunes,enforinede colonne, s’élevaient à quarante pieds ; une seule n'en avait pas moins de soixante; d'autres prenaient toutes sortes de formes fantastiques et même grotesques. Plusieurs étaient entièrement transparentes, et réfléchissaient la lumière des torches en produisant un effet brillant et magique. Cette salle portait le nom de Van-Zyl, d’après celui du fermier qui l’avait découverte. Une longue suite d’autres salles succèdent à celle-là , et sont désignées par diverses dénominations. La première est appelée le Greffe, parce que plusieurs des personnes qui y sont venues ont inscrit leurs noms sur ses parois; elle a environ quarante pieds deaiamètre, et trente pieds de haut; elle sert de vestibule à un autre qui a cent quarante pieds de longueur et de lareur, et cinquante de hauteur, et qui, e même que la première, est ornée de stalactites fort belles , mais moins magnifiques que celles de la première. On pénètre ensuite dans une sorte de galerie large de quinze pieds , et haute de vingt à l’entree, mais qui se rétrécit peu à peu, et qui, ù une distance d'une soixantaine de pieds . est terminée par une descente abrupte. Personne n'était encore aile au delà. Comme l'échelle de l’entrée ne pouvait être commo-

LUMl VERS.

dément apportée jusqu’ici, j’essayai de me glisser au bas du précipice, qui n’avait que quatorze pieds de profondeur.

Trois esclaves ine suivirent, mais si en désordre, que leurs torches s’eteignirent : heureusement la mienne brillait encore; je les rallumai, ri je me préparai a rn’< nfoncer dans cette grotte, la plus reculée de toutes. L'atmosphère m’en pnruttrèslourde; craignant donc que l'air n’y fût dangereux, je dis aux esclaves de rester à une certaine distance derrière moi, afin ue leurs torches restassent en réserve, ans le cas où la mienne s’éteindrait.

Otte salle avait cinq cents pieds de long, cinquante de large, et de vingt à

?|uarante Ue haut. A son extrémité, je us arrêté par un mur, ou rocher, au milieu duquel on apercevait une ouverture à une quinzaine de pieds du sol ; supposant que ce pourrait être la continuation de la caverne, j’y grimpai a la manière des ramoneurs, entre deux colonnes de spath; je reconnus que cette cavité n’était qu’une fente étroite, et d’ailleurs peu remarquable par son étendue et ses ornements. Au delà, je ne découvris aucune ouverture, et je pensai que c’était la fin de la caverne. Je calculai que là je me trouvais à peu près à quinze cents pieds de l’entrée. Je retournai sur mes pas et je rejoignis mes compagnons, qui n'étaient pas sans inquiétude sur l’issue de notre dernière descente, et qui me félicitèrent sur le succès de ma tentative. Mon nom fut donné à la dernière salle que je venais d’examiner. Alors je considérai en detail cette immense caverne. On me fit voir beaucoup de petites chambresqui donnaient sur la grande galerie : il y en a une qu’on nomme le Bain, parce qu’il s'y trouve plusieurs bassins naturels, formés par des pétrifications, et semblables à des baignoires de marbre creusées par l’art dans le roc vif; ces bassins étaient pleins d’eau douce, limpide et d'une fraîcheur délicieuse. La roche schisteuse qui compose les parois et le plafond de cette caverne est dure et compacte, mais percée, en plusieurs endroits, de fissures à travers lesquelles l’eau filtre après de grandes pluies. Cette eau, fortement imprégnée de matières calcaires qu’elle entraîne des couches superposées forme, en tombant goutte à goutte , Une multitude de

stalactites dont ces souterrains sont remplis. Dans quelques endroits, le plafond et les parois étaient couverts de myriades de chauves-souris, dont quelques-unes, réveillées par une lumière et un bruit auxquels elles n'étaient pas accoutumées, commencèrent à voler ; et ce lie fut pas sans difficulté que nous les empêchâmes d’éteindre nos torches. Le sol étuitdans divers lieux couvert, a une hauteur de plusieurs pieds, des excrémentsile cet animal, (pu étaient aussi secs que delà paille ; mais il est très-remarquable que la salle des Bains, probablement à cause de sa grande humidité, était entièrement exempte de cet inconvénient.

En revenant au jour, je reconnus que j’avais passe près de sept heures sous terre. »

La baie de Mossel (Mossel-Bay), où Vascode Gama aborda en décembre 1 497, reçoit les eaux des torrents qui descendent du pays des Outeniquas. Comme les autres baies de la côte méridionale, elle est ouverte au vent du sud-est ; mais elle est plus sûre pour les vaisseaux que la baie de Plettenberg. Les vents qui soufflent des points de l’horizon compris entre l’est et le sud y élèvent une très-grosse houle; mais les vents du sud-est n’y ont jamais la même violence qu’au Cap. Cette baie foisonne d’excellents poissons de toute espèce : on y trouve des moules très-grosses etd’une forte odeur. Les huîtres y sont excellentes ; pendant l’hiver, elle était autrefois très-fréquentée par les baleines noires.

Les plaines qui avoisinent Mossel-Bay sont couvertes d’aloès communs. L’extraction du suc de cette plante fut jadis un grand article de commerce. Mais le prix en est tellement tombé, que les habitants ne regardent plus cet objet comme digne de leur attention.

La rivière Large (Breede-Rivier), qui se jette dans la baie de Saint-Sébastien, reçoit la plupart de ses affluents du Karroû et du Hokkeveld. Cette rivière, justement appelée Large (Breede), est la seule de la colonie qui présente une nappe d’eau comme on en voit en Europe ; ses bords sont couverts de buissons. Un grand nombre de ruisseaux viennent grossir le Breede-Rivier, et inondent en hiver ces bas-fonds où les prairies offrent d’excellents pâturages pour les bœufs et les chevaux.

Les pics les plus élevés de la chalnede montagnes nui s'étend au nord de False- Bay , sont le Simort’sberg et le Paarlberg. Le premier est une des plus hautes montagnes qu’on puisse voirdu Cap ; son sommet fourchu ressemble à celui du Parnasse ; l’hiver le couvre souvent de neige ; dans l’été, tes vents du sud-est l’enveloppent de nuages qui le dérobent à la vue. Ce Parnasse a son Hêlicon qui s’abaisse h ses côtés ; on y voit aussi une autre llippoerène, dans laquelle aucune Muse n’a puisé jusqu'à ce jour. Le Paarlberg est un peu moins élevé. Il doit son nom à un chapelet de grosses pierres rondes qui ressemblent de loin aux perles {paarl en hollandais) d’un collier. Deux de ces perles, placées dans la direction du centre de la montagne et près de l'endroit le plus élevé, sont nommées par excellence la Perle et le Diamant. La chaîne de montagnes , à laquelle appartiennent le Simon’sberg et le Paarlberg, séparé si bien leCapde tout le pays situé au delà, qu’un petit nombre d'hommes en possession de ces passages couperaient efficacement toute communication entre les bords de la mer et les cantons de l’intérieur. Trois de ces passages sont accessibles aux voitures; les colons les nomment Klooft, c’est-à-dire gorges ou défilés. Ces passades sont Hottentotseh-Holland-Kloof , Roode-Zand- Kloof et Elend-Kloof. Le premier ouvre la communication du district de Zwellendam avec les parties de l’est de la colonie, vers les bords de la mer; le second, vis-à-vis de la baie de Saldanha, conduit à Graaff-Reynett et dans les parties les plus reculées de la colonie ; le troisième, encore plus au nord, débouche dans un pays sauvage et presque inhabité.

La Baie-Fausse ( False-Bay ) a environ dix lieuesde tour. On s’était imaginé assez longtemps que son fond était couvert de pierres, et qu’une ancre par conséquent n’y pouvait être en sûreté ; mais cette opinion, ayant été trouvée inexacte, lui a fait donner le nom de False-Bay. L’endroit le plus sûr pour les vaisseaux, pendant que règne la mousson du nord-ouest, c’est une espèce de crique arrondie (la baie de Simon), située à la partie ouest de Fatse-Bay.

On découvre, au centre de la baie, un grand rocher appelé Witte-Klip (Écueil

blanc), ou Beaux Veaux-Marins, qui s’élève au-dessus des eaux, et sur lequel une multitude d'oiseaux de mer vieuneut pondre leurs oeufs.

✓ Eu lisant les récits d'anciens voyageurs, ils ne faut pas oublier que ce u’on appelait autrefois baie de Saianlia (nom d’un des officiers de l’expédition d Albuquerque) n’était que la baie de la Table, ou est, comme nous l'avons vu, située la ville du Cap. Ce n’e3t qu’en 1601 que les Hollandais donnèrent le nom de Saldanha à une baie située sur la côte occidentale, et d’un degré plus nu nord de celle de la Table. Dépourvue d’eau douce, la baie de Saldanha ne fut fréuentée. depuis le commencement du ix-septième siècle, que par les baleiniers. Au dix-buitièlue siècle, les Hollandais, en défrichant cette côte, furent étonnés de sa fccondité. Cette baie offre le plus beau port de toute l'Afrique méridionale : elle est assez vaste pour contenir plusieurs Hottes, et protégée contre la fureur de la mer par cinq îlots, et contre les vents du coutment, le vent du nord excepté, par les montagnes. De plug, elle abonde en poissons, et les environs sont susceptibles d une culture très-productive. Tous ces avantages font que l’on s'étonne d’abord qu’on n’y ait pas fondé de ville, et que les navires ne mouillent pas dans la baie de Saldanha de préférence à celle de la Table, qui offre bien moins de sûreté : c’est que le défaut d'eau contre-balance la belle situation.— On voit sur les bancs de sable, laissés à découvert après la marce, des troupes de flamants se repaître d’insectes mari ns. Ces oiseaux, remarquables par l’immobilité de leur mâchoire inférieure, ce qui les force à tordre le cou en mangeant, ne couvent point dans la baie; ils disparaissent entièrement pendant la saison chaude , et quand ils reviennent, on ne voit jamais de jeunes parmi eux ; ils restent probablement dans le lieu de leur naissance , jusqu’à ce qu’ils aient acquis assez de force pour traverser ia mer. Des oiseaux marins , des serpents , des lézards et des lapins apportés d’Europe, sont les seuls habitants des petites îles de la baie, dont la végétation chétive se réduit à quelques mésembryantbèmes.

La baie de Sainte-Hélène , située

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plus au nord, n’a pas, comme la baie de Saldanha, l’inconvénient de manquer d’eau douce. Un des plus grands fleuves de la colonie, le Berg-Rivier, / débouché; mais il est tellement barré de sable à son embouchure, qu'il ne peut recevoir de bateaux qu’à la marée haute. D'apres les observations de Degrandpré, il ne serait pas difficile de faire sauter cette barre, et de faire du bassin intérieur un magnifique port marchand.

Les hippopotames sont aujourd’hui fort rares a l’embouchure du Berg-Rivier; ils sont extrêmement effarouchés, et ne viennent à terreque la nuit; ils remontent alors jusqu’à l’endroit où l'eau devient douce , c’est-à-dire où la marée cesse de sefairesentir. Le gouvernement, voulant conserver ces animaux dans la colonie, porta défense de les tuer, sous peine a’une forte amende (1).

Le pays voisin, n’ayant que des pâturages, diminue l’importance de la baie de Sainte-Hélène , qui en aurait bien davantage si elle se trouvait située sur la côte sud-est de la colonie.

« L’extrémité de l’Afrique méridionale, a dit Forster, est une énorme masse de granit , très-escarpée du côté de la mer. Le long de toute la côte occidentale de l’Afrique, jusqu’à la côte de Guinée, s’étendent des chaînes granitiques qui s’élèvent quelquefois jusqu’à la ligne des neiges. » Cette assertion de Forster est aujourd’hui en grande partie confirmée. Les promontoires des baies , sur la côte méridionale , les montagnes du Bokkeveld, le Piquet Berg, les montagnes de Hottentotscb-Holland , reposent sur des assises granitiques. Les rochers ou aiguilles isolées qui surgissent partout des roches plus récentes, ne se trouvent qu’à la bordure extérieure, près de la côte. Les sommets de ces rochers ou aiguilles sont toujours couverts de roches stratiformes et horizontales , qui sont quelquefois de l’argile schisteuse comme dans les Karrous , quelquefois aussi de l’amygdoloîde comme dans les montagnes de Nieuwveld, où les amygdales sont entremêlées de chlorite,

et où le conglomérat est semblable au toadstone de Derbyshire. Cependant, le plus souvent ce sont d’énormes niasses de grès, ainsi que les plus hautes couches des Karrous ; la couche supérieure des montagnes Neigeuses n'est autre chose que du grès à gros grains.

Les montagnes de’ Hottentotsch-Holland sont couvertes de couches de grès, qui paraissent être, tantôt du vrai grès , tantôt un agglomérat de cailloux, tantôt enfin de labrèche. Ces couches sont pour la plupart horizontales ; en quelques endroits , elles s’inclinent de 20° à 40° vers le sud-est ; par exemple, à Roode-Zand et près du Pikeniers-Kloof , où d’énormes masses de grès, entassées par la nature, sont inclinées du nord au sud , la plupart en couches régulières et parallèles. Ces couches , horizontales et continues , constituent la forme caractéristique des plateaux.

La base de granit de toute l’Afrique méridionale indique une pente considérable vers l'est. La limite de granit qu’on trouve à la Table, à la hauteur decinq cents mètres, n’est élevée à la Mossel-Bay que de dix-sept mètres au-dessus du niveau de la mer. Plus à l’est, depuis les baies de Plettenberg et d’Algoa jusqu’à la grande rivière des Poissons, on voit se prolonger dans la mer les mêmes couches de grès, qui paraissent près de la ville du Cap, à la hauteur de nuit cent trente mètres.

Le sable de l’Afrique méridionale contient presque toujours du fer, et souvent en grande quantité; il est généralement rouge , couleur due à la présence de l’oxyde ferrique. Mais on n’y a trouvé aucune trace d’or; et c’est en cela que la penteméridionaledel’Afrique se distingue de la pente septentrionale.

La presqu’iledu Cap a été seule exactement étudiée sous le rapport géologique. En partant de l'amphithéâtre de la baie de la Table, où estsituée la ville du Cap, on arrive, à travers un ravin profond, à rencontrer d’innombrables blocs de granit détachés, qui encombrent le pied ae la montagne de la Table et du lion. Il parait qu'ils ne se sont détachés que plus tard, puisque, d’après l’observation de Hesse (l), ils sont effleurés et dentelés

(i) Cette défense subsistait encore en 1818. Voyes Mémoires du Muséum d'histoire naturelle, t. VIII, p. 149.

(1) F. Hesse, Anmerkungen zu C. 7. hoir oh e Tagebuch eincr Besuchrcisc naeh Süd- AJrika; Halle, i8ae.

AFRIQUE AUSTRALE. . ‘jh

de tous côtés, et même à leur base, tout comme les plus hautes cimes des rochers. Un peu plus loin, on trouve des traces évidentes de grauwaeke schisteuse. Les couches sont ici ouverticalesou fortement inclinées. On entre ensuite dans la région du granit, où l’on reconnaît distinctement le contact des deux différentes roches à un grand nombre de Qlons de granit. S'étenda t à d’innombrables ramilications, ces liions traversent et pénètrent en tous sens les couches de grauwaeke. Ils s’accumulent en masses plus considérables à mesure qu’on s’élève; à trois cents mètres, laTable ne présente que des masses solides de granit ; si l’on monte encore trois cents mètres, le granit disparaît; il est recouvert immédiatement par des couches horizontales de grès qui, uniformes partout, semblent s’être tranquillement déposées, par-dessus le chaos des masses primitives. Jusqu’à la hauteur de soixante-dix mètres, le grès est rouge; puis il devient blanc et toujours plus compacte à mesure, qu’il approche du sommet ; il se trouve aussi mélangé de cailloux de la grosseur d’un pois jusqu’à la grosseur d’un œuf. C’estia couche horizontale qui donne à la montagnede la Table sa forme plate, et dont la surface est tapissée des plus belles bruyères. La constitution géologique de la montagne du Lion ne diffère pas de celle de la Table ; le sommet en est de grès ; vient ensuite le granit qui surgit de la grauwaeke; toute la masse de granit est, en outre, traversée par un filon de basalte.

La même formation se manifeste aussi plus ou moins visiblement dans les autres montagnes, et s’étend en général dans toute ta presqu'île du Cap. Toute la côte de la False-Bay se compose également de granit, qui cependant ne dépasse pas la hauteur de sept mètres au-dessus du niveau de la mer, par la raison u’ici les couches de grès s’inclinent avantage, quoiqu’elles aient la même épaisseur que sur les hauteurs de la Table. Cette élévation moindre s’accorde très-bien avec l'abaissement général des couches vers le sud-est , abaissement qui se manifeste dans toute l’Afrique méridionale.

Playfair considère ces faits remarquables comme une confirmation très-

importante de la théorie de Hutton, sur la formation postérieure des masses de granit qui surfirent des profondeurs de la terre. Les filons de granit n’ont pas seulement pénétré à travers la grauwaeke, mais ils ont encore enlevé à celte masse des parties qui s’élèvent, comme des lies, au-dessus du granit. Cette organisation serait une preuve évidente que les couches de grauwarke existaient déjà lorsque le granit , s’élevant tout à coup, vint la traverser comme une lave souterraine. Cette grande révolution de la nature a dû nécessairement s'opérer sous la surface des eaux ; car le grès qui couvre le granit jusqu’à la hauteur de cinq cents mètres n’est autre chose qu’un dépôt dé la mer. En conséquence , toutes ces masses n’ont pu s'élever qu’aprés que ce dépôt se tut formé tranquillement et avec une régularité parfaite. Il résulte . de ce système , que le granit est postérieur dans sa formation a la grauwaeke qu’il traverse, et sur laquelle il s’étend en masses très-considérables; mais il est antérieur au grès qui le recouvre. 11 est r ire de trouver un semblable exemple, où le double rapport de masses déposées et de .masses soulevées, avec des masses déjà existantes antérieurement, soit exprimé si clairement.

L’uniformité qui règne dans la constitution géognostique de ce pays nous en explique en quelque sorte l'irrigation et la culture. Partout où la base de granit perce les masses de grès et s’élève audessus d'elles, le sol est riche en sources et très-propre à Pagriculture, comme sur tous les terrains primitifs. De là, la fertilité des environs de la Table , et la surabondance de la végétation sur toute la terrasse littorale du sud. Il y a, au contraire, disette d'eau, partout ou des masses de grès couvrent la surface du pays ; i’eau des sources, des rivières et de l’atmosphère filtre à travers le sable jusu’aux couches de schiste ou à la hase e granit, d’où elle jaillit d'autant plus abondante dans tous les endroits où celle-ci est à découvert. Cela explique la grande disette d’eau des Karrous et de la côte occidentale. Les sources et rivières, qui se gonfient dans la saison pluvieuse, perdent souvent leurs eaux, qui s’infiltrent dans des masses de sable, et

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disparaissent complètement de la surface du sol. Dans les lits de ces rivières desséchées, on voit des animaux et des hommes. tourmentés par la soif, creuser des trous, où quelquefois ils trouvent encore un peu d’eau bourheuse qui les préserve de la m«rt.

On ne rencontre des marais que dans les ravins étroits, comme le Roodrzand- Kloof et le Langc-Kloof. On y trouve quelques végétaux, du riz. des bambous et d’auties plantes qui se plaisent dans des terrains humides. Ce qui a frappé tous les voyageurs en Afrique, c'est l’existence de ces lacs salés qui sont un des caractères géologiques les plus saillants de ce vaste continent. Ces lacs, dont la plupart sont desséchés , se trouvent fort en avant dans l’Afrique australe. Ils semblent indiquer d'immenses bancs de sel gemme, dont l’exploitation pourrait offrir de grandes ressources à la colonie.

Cette constitution géologique du sol explique differents phénomènes très-importants. Elle nous indique d’abord la cause de cette plus grande abondance d’eau que nous remarquons sur toute la cote sud et sud-est , voisine de la Cafrerie; elle nous apprend pourquoi toutes les hauteurs sont si dénuées o’eau, quoique , pendant deux tiers de l’année , elles soient tout aussi couvertes de nuages que d’autres pays situés sous la même latitude; pourquoi l’on trouve partout de l’eau , lorsqu’on creuse assez profondément dans la région du granit; pourquoi certains districts sont plus ou moins susccptihlesde culture. Enfin, cette constitution du pays nous explique comment il se fait que tous les établissements de la colonie du Cap ne se composent, pour ainsi dire, que d’iles cultivées, isolées les unes des autres, et séparées par des déserts et des plaines de sable plus ou moins spacieuses; conformément au caractère général du continent africain, ce sont autant d’oasis dans un immense désert.

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