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LOANGO

Selon Lopez , le royaume de Loango est compris entre l’équateur et les rives du Zaïre; il s’étend de la côte dans l’intérieur des terres l’espace de deux cents milles , en comprenant dans ses bornes le golfe de Lopez-Gonzalvo. Ce pays est peu connu des Européens , à l'exception de quelques places du littoral , parmi lesquelles on remarque surtout Mayomba , Cilongo ou Calengo et

( i) Lionel Wafer, New Voyage and description of t/te Isthmus of America ; Land., 1699.

(a) Lacroix , Relation universelle de l Afriqne ancienne et moderne ; Lyon, 1688, tom. III.

Loango, qui a donné son nom à la coutrée.

La ville de Mayomba est située sur la rive droite de la rivière Banna de Mayomba. Cette rivière est médiocre à son embouchure, et n’a pas plus de trois à quatre pieds de profondeur. Plus loin dans les terres elle est beaucoup plus large, et , chose remarquable , plus profonde; elle abonde en huîtres, que les femmes ouvrent et font sécher à la fumée : méthode simple, qui les conserve pendant plusieurs mois. La ville consiste dans une longue rue, si proche de la mer , que les flots forcent quelquefois les habitants à quitter leurs maisons. La baie où se jette la rivière est grande et sablonneuse; elle est sans barre en hiver, parce que les vents y rendent la mer fort houleuse ; mais lorsque le soleil est au sud de la ligne les pluies y apportent un calme qui permet aux chaloupes d’y entrer. La longueur de la baie est d’environ deux milles; la côte est basse, couverte d’arbres (1). La ville a donné son nom à une province dont elle est le cheflieu.

La province de Mayomba est si couverte de bois, qu’on peut y voyager sans être incommodé par la chaleur du soleil. Ces bois sont remplis de grands perroquets et de différentes espèces de singes , parmi lesquelles on remarque le pongo. Le sol ne produit pas de gram; mais, en revanche, il est riche en palmiers et bananiers. Les Portugais y venaient autrefois charger du bois de teinture. Le commerce de l’ivoire y est aujourd’hui presque nul.

Les habitants des deux sexes vont presque nus : ils ne couvrent que les parties génitales. Us sont doux et plus intelligents que ceux des contrées voi-

(1) Suivant Degrandpré, on reconnaît celte baie, en venant de l'equateur, à une terre ronde et assez haute tombant brusquement pour en former l'entrée. On doit naviguer avec précaution dès qu'on arrive par dix brasses. Droit dans le nord-est de l'entrée il y a un rocher sur lequel on ne trouve que deux brasses d’eau. C’est le seul écueil que l’on rencontre depuis le cap Lopez jusqu’à Loango. La baie de Mayomba est sûre et le mouillage bon.

CONGO

sines Ils connaissent le gommier, dont ils récoltent et vendent quelquefois le produit. Iis ne cultivent puint la terre, et se nourrissent de la racine de cassave , qui croît spontanément dans les forêts , et y acquiert une grosseur extraordinaire. Ils chassent une espèce d'antilope, et en tuent un grand nombre avec leurs sagaies , qu’ils lancent avec dextérité.

Battel vit dans leur ville une idole appelée Maramba. « Cette idole, dit-il, est placée dans un grand panier de la forme d’une ruche, au milieu d’une grande maison qui sert de temple. Elle sert à découvrir les vols et les meurtres. Au moindre sujet de soupçon , les habitants ont recours à leurs sortilèges, et ils sont si persuadés de la vertu de leurs pratiques, que si quelqu’un meurt tous les voisins sont obliges de jurer par le Maramba qu’ils n’ont point eu de part à sa mort. S’il s’agit d’une personne distinguée, toute la ville fait le même serment. A cet effet, ils se mettent à genoux, prennent l’idole entre leurs bras et prononcent ces mots : limeno cygebembes , 6 Maramba, qui signifient : « Je vieus m’exposer à l’épreuve, 6 Maramba! » Les coupables tombent morts sur-le-champ, quand il y aurait trente ans que le crime eût été commis. »

Battel assure qu’ayant passé une année entière dans le pays, il vit six ou sept coupables périr dans cette épreuve. La même superstition règne depuis Matamba jusqu’au cap Lopez. On consacre au culte de Maramba des hommes , des femmes et des enfants de douze ans. Le chef des prêtres ( gangas ) enferme les novices dans une chambre obscure, où il les fait jeûner longtemps ; ensuite il les en laissesortiravec ordre de garder le silence pendant quelques jours , malgré tout ce qu’on entreprend pour les faire parler. Cette initiation les expose à toutes sortes de souffrances. Enfin, le prêtre les conduit devant l'idole , et , leur ayant fait sur les épaules des marques en forme de croissant , il les fait jurer, par le sang qui coule de ces incisions, qu’ils seront lidèles à Maramba. Il leur défend l’usage de certaines viandes , et leur impose des devoirs auxquels ils sont attachés scrupuleusement. La marque de leur initiation est une petite boîte qu’ils

portent suspendue au cou , et qui contient quelques reliques de Maramba. Le chef du pays ne marche jamais sans être précédé d’une grande statue qui représente l’idole. S’il boit du vin de palmier la première coupe est répandue aux pieds de cette statue , que les habitants nomment mokisso , et les Portugais fetisso, d’où le nom de fétiche.

Suivant Dapper, le territoire de Selte est situé à cinquante-cinq milles au nord de la rivière de Mayomba , et s’étend jusqu’à Gobbi. Il est arrosé par une rivièredu même nom, et produit beaucoup de bois de teinture.

Le pays de Gobbi est situé entre Sette et le cap Lopez-Gonzalvo. Il est entrecoupé de rivières, de marais et de lacs remplis d’hippopotames et de poissons monstrueux. La capitale est éloignée d’une journée de la mer. La terre est infectée d’animaux féroces. Les indigènes sont presque toujours en guerre avec leurs voisins de Gomma, qui habitent entre Gobbi et le cap Lopez. Leur langue a beaucoup de ressemblance avec celle de I.oango (1). Dans la petite baie de Sainte-Catherine on trouve un misérable village, dont le chef est sous la souveraineté du roi de Loango. Ce port n’offre, selon Degrandpré, aucune ressource pour le commerce. On peut y faire de l’eau; mais il serait imprudent de se fier tout de suite à ses habitants , qui ont la réputation d’être perfides et méchants.

Au sud de Mayomba est la province de Calongo du Cilongo , avec la ville du même nom. Les terres y sont fertiles , surtout en blé; on y recueille un prodigieuse quantité de miel. Au sud, le Cilongo est séparé du Loango par la rivière dé Quille ou Quilongue. L’approche n’en est pas facile : la mer déferle avec fureur sur la barre , et le débaruement y est si dangereux qu’un tiers es piroques chavire dans le passage.

C’est cependant à l’aide de ces frêles embarcations que se fait le commerce des Européens avec les indigènes. Les bâtiments restent en dehors de la barre , et les Nègres viennent trafiquer g bord.

(i) Dapper, Description de t Afrique, p. 3a3.

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